{"id":24436,"date":"2025-10-10T18:17:37","date_gmt":"2025-10-10T16:17:37","guid":{"rendered":"https:\/\/zawia3.com\/?p=24436"},"modified":"2026-10-26T16:36:10","modified_gmt":"2026-10-26T14:36:10","slug":"minors-in-libyan-prisons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/minors-in-libyan-prisons\/","title":{"rendered":"Des villages d\u2019\u00c9gypte aux prisons libyennes : des mineurs pris au pi\u00e8ge du chantage et du silence officiel"},"content":{"rendered":"<p><strong>Al-Sayed Mohamed Al-Sayed<\/strong> n\u2019avait pas encore d\u00e9pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans lorsqu\u2019il a quitt\u00e9 sa maison du village d\u2019<strong>Al-Ayed<\/strong>, dans le district de Belbeis, gouvernorat de Sharqiya, par une matin\u00e9e \u00e9touffante de juillet de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Il est parti d\u2019un pas h\u00e9sitant, portant un r\u00eave qu\u2019il jugeait plus grand que les limites de son petit village et l\u2019espoir d\u2019une vie digne sur une terre nouvelle, sans r\u00e9v\u00e9ler sa destination \u00e0 sa famille. Il ignorait que son voyage vers une \u00ab vie meilleure \u00bb le conduirait dans un v\u00e9ritable enfer, et que le simple retour \u00e0 la pauvret\u00e9 qu\u2019il fuyait deviendrait un r\u00eave presque inaccessible.<\/p>\n<p>Al-Sayed \u00e9tait \u00e9l\u00e8ve dans un <strong>lyc\u00e9e technique industriel<\/strong> lorsqu\u2019il a rencontr\u00e9 sur Internet un homme qui pr\u00e9tendait pouvoir le faire passer clandestinement en Italie via Alexandrie. Quand il en a parl\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re, celui-ci s\u2019y est fermement oppos\u00e9 et l\u2019a mis en garde contre les cons\u00e9quences de la migration irr\u00e9guli\u00e8re, lui rappelant qu\u2019il n\u2019avait ni passeport ni documents officiels l\u2019autorisant \u00e0 voyager. Son p\u00e8re lui a promis de participer \u00e0 une tontine afin de r\u00e9unir plus tard les frais d\u2019un d\u00e9part l\u00e9gal. Mais, le lendemain, la famille a d\u00e9couvert avec stupeur sa disparition : il \u00e9tait parti brusquement, sans dire au revoir \u00e0 personne.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, ses parents ont pens\u00e9 qu\u2019il travaillait avec son oncle comme carreleur pour subvenir \u00e0 ses besoins et aider sa famille modeste. La v\u00e9rit\u00e9 a toutefois rapidement \u00e9clat\u00e9 lorsqu\u2019un jeune du village a inform\u00e9 son p\u00e8re qu\u2019Al-Sayed \u00e9tait en route pour la <strong>Libye<\/strong>, d\u2019o\u00f9 il comptait rejoindre l\u2019<strong>Italie<\/strong> par la mer.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re se souvient de cette nuit \u00e9prouvante o\u00f9 son fils l\u2019a appel\u00e9 apr\u00e8s minuit. Il lui a dit \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 <strong>Salloum<\/strong> avec un groupe de passeurs dirig\u00e9 par un homme de Mansoura nomm\u00e9 \u00ab Abou Adham \u00bb, rencontr\u00e9 sur Internet. Cinq ou six jeunes du village l\u2019accompagnaient, et ils allaient remettre leurs t\u00e9l\u00e9phones avant d\u2019entrer en Libye. Puis la communication a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e. Le passeur a ensuite contact\u00e9 le p\u00e8re, r\u00e9clamant <strong>220 000 livres \u00e9gyptiennes<\/strong> pour poursuivre le voyage vers l\u2019Italie, ou <strong>50 000 livres<\/strong> pour ramener son fils en \u00c9gypte. Impuissant, le p\u00e8re a refus\u00e9 : il ne disposait pas de cette somme.<\/p>\n<p>Le dernier appel t\u00e9l\u00e9phonique de son fils provenait d\u2019un <strong>centre de d\u00e9tention \u00e0 Bir Al-Ghanam<\/strong>, une petite localit\u00e9 du gouvernorat libyen de Zaou\u00efa, \u00e0 environ 90 kilom\u00e8tres de Tripoli. Le jeune homme lui a expliqu\u00e9 que les passeurs le retenaient et exigeaient <strong>120 000 livres<\/strong> pour le lib\u00e9rer. Quelques jours plus tard, le p\u00e8re a appris que son fils \u00e9tait tomb\u00e9 entre les mains des autorit\u00e9s libyennes apr\u00e8s l\u2019interception du v\u00e9hicule qui le transportait avec d\u2019autres personnes.<\/p>\n<p>Mohamed Al-Sayed raconte \u00e0 Zawia3 : \u00ab Mon fils m\u2019a contact\u00e9 par \u00e9crit sur WhatsApp il y a une vingtaine de jours seulement. Il m\u2019a dit que je lui avais caus\u00e9 un probl\u00e8me avec une publication que j\u2019avais faite \u00e0 son sujet sur Facebook. Il m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019ils l\u2019avaient frapp\u00e9 et humili\u00e9 \u00e0 cause de cette publication, et m\u2019a demand\u00e9 de ne plus rien \u00e9crire. Il m\u2019a dit que les autorit\u00e9s libyennes avaient promis de lib\u00e9rer les mineurs de moins de 16 ans, les personnes \u00e2g\u00e9es et les malades. Mais il n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9, alors que des groupes de d\u00e9tenus sont sortis r\u00e9cemment. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019une voix bris\u00e9e, le p\u00e8re poursuit : \u00ab Dans notre seul village, une cinquantaine de jeunes de 15 \u00e0 16 ans sont partis en juin dernier. Certains sont arriv\u00e9s en Italie, d\u2019autres sont toujours d\u00e9tenus dans les prisons libyennes, et nous n\u2019avons plus aucune nouvelle de certains d\u2019entre eux. \u00bb<\/p>\n<p>Il ajoute qu\u2019un jeune revenu de Libye lui a appris que son fils \u00e9tait toujours retenu \u00e0 <strong>Bir Al-Ghanam<\/strong>, o\u00f9 les migrants subissent de \u00ab tr\u00e8s mauvais traitements \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a dit qu\u2019ils ne recevaient qu\u2019un pain par jour, qu\u2019ils \u00e9taient frapp\u00e9s et humili\u00e9s, et qu\u2019on les traitait comme des b\u00eates. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, <strong>Al-Sayed<\/strong> reste d\u00e9tenu \u00e0 la prison de Bir Al-Ghanam, l\u2019un des centres de d\u00e9tention les plus durs de Libye, qui enferme des centaines de migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re, dont des mineurs. Son p\u00e8re a frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes : il a adress\u00e9 un signalement au minist\u00e8re \u00e9gyptien des Affaires \u00e9trang\u00e8res et contact\u00e9 la d\u00e9put\u00e9e <strong>Sahar Othman<\/strong>, qui lui a promis d\u2019intervenir, sans r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Il conclut par un appel empreint d\u2019impuissance et de douleur :<\/p>\n<p>\u00ab Nous demandons aux autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes, et en particulier au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, d\u2019intervenir d\u2019urgence pour sauver nos enfants mineurs d\u00e9tenus en Libye. J\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 toutes les demandes possibles, mais personne ne r\u00e9pond. Nous ne connaissons pas le sort de nos enfants, et l\u2019on dit que l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte ne communique pas avec les autorit\u00e9s libyennes responsables de leur lib\u00e9ration. \u00bb<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, <strong>Kamelia Armanios<\/strong>, qui vit avec son enfant dans le village d\u2019Abanoub, dans le gouvernorat d\u2019Assiout, au sud de l\u2019\u00c9gypte, souffre depuis le d\u00e9part de son fils Abram George Saad, \u00e2g\u00e9 de vingt-deux ans. Le 26 novembre dernier, il est parti avec trois autres jeunes des districts d\u2019Abnoub et d\u2019Al-Fath, \u00e0 Assiout, \u00e0 la recherche d\u2019une vie meilleure en Italie. Sa m\u00e8re avait vendu une petite maison rurale, son unique bien, et la famille avait emprunt\u00e9 le reste de l\u2019argent \u00e0 verser \u00e0 un interm\u00e9diaire de la migration irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Kamelia retrace le parcours de son fils et de ses trois compagnons. Arriv\u00e9s en Libye l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, ils ont s\u00e9journ\u00e9 chez un homme qui organisait des voyages clandestins. Apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019attente sur le territoire libyen, ils ont pris la mer depuis la c\u00f4te libyenne le 11 avril dernier. Depuis, tout contact a \u00e9t\u00e9 rompu, comme si la mer les avait engloutis en silence. Leurs proches ont alors commenc\u00e9 \u00e0 chercher leur trace.<\/p>\n<p>Les quatre familles ont suivi toute piste susceptible de les mener \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Certaines ont vers\u00e9 des sommes importantes \u00e0 des personnes qui promettaient de les aider. Elles ont contact\u00e9 des interm\u00e9diaires \u00e9gyptiens en Libye. L\u2019un d\u2019eux leur a affirm\u00e9 que leurs fils \u00e9taient d\u00e9tenus \u00e0 Bir Al-Ghanam et a demand\u00e9 17 000 dinars libyens par jeune pour les faire lib\u00e9rer. L\u2019espoir s\u2019est vite dissip\u00e9 : l\u2019interm\u00e9diaire leur a ensuite annonc\u00e9 que les autorit\u00e9s avaient d\u00e9cid\u00e9 d\u2019expulser tous les d\u00e9tenus, sans qu\u2019aucune trace d\u2019Abram ou de ses compagnons ne r\u00e9apparaisse.<\/p>\n<p>Kamelia explique \u00e0 Zawia3 : \u00ab Nous suivons toutes les informations publi\u00e9es sur la prison de Bir Al-Ghanam. Des nouvelles ont circul\u00e9 sur le transfert de 45 \u00c9gyptiens du centre vers le sud de la Libye, mais les noms de nos fils ne figuraient pas parmi ceux des personnes transf\u00e9r\u00e9es. J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s. Il m\u2019a dit que le quartier dans lequel il se trouvait avait \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement vid\u00e9, mais qu\u2019il n\u2019avait vu ni Abram ni aucun des autres jeunes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 propos des circonstances qui ont pouss\u00e9 son fils \u00e0 partir, elle raconte : \u00ab Mon mari est mort il y a quatre ans, me laissant avec deux gar\u00e7ons, Abram et Thomas. Abram ne trouvait aucun emploi \u00e0 Assiout. Il voulait partir pour construire son avenir et se marier comme les autres jeunes. Nous vivons dans la maison de mon p\u00e8re, et notre situation financi\u00e8re est extr\u00eamement difficile. Mon fils est titulaire d\u2019un dipl\u00f4me technique industriel. Apr\u00e8s avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 trouver un emploi en \u00c9gypte, il esp\u00e9rait en trouver un en Italie. \u00bb<\/p>\n<p>Elle affirme que les familles des quatre jeunes vivent la m\u00eame \u00e9preuve. Elles ignorent o\u00f9 leurs fils sont d\u00e9tenus, s\u2019ils sont \u00e0 Bir Al-Ghanam ou ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s ailleurs. Elles suivent quotidiennement les informations et cherchent sur les r\u00e9seaux sociaux, en vain.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le Conseil national des libert\u00e9s publiques et des droits de l\u2019homme en Libye a appel\u00e9 le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 contacter les ambassades et consulats concern\u00e9s par les migrants d\u00e9tenus dans le pays, et \u00e0 les inciter \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9livrance de leurs documents de voyage. Il a soulign\u00e9 l\u2019importance d\u2019une coordination internationale pour soutenir les efforts nationaux de gestion de la migration irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Cet appel faisait suite \u00e0 une visite de terrain men\u00e9e par une \u00e9quipe du Conseil au centre de Bir Al-Ghanam, destin\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tention des migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re. Le rapport de visite a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que plus de 600 migrants y vivaient dans une situation humanitaire critique, en raison du retard de certaines missions diplomatiques \u00e0 accomplir les d\u00e9marches concernant leurs ressortissants et des insuffisances de la structure administrative du centre.<\/p>\n<p>Dans un <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/p\/19wsjmXkzX\/\">communiqu\u00e9<\/a> publi\u00e9 le 23 septembre dernier, le Conseil a insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019organiser les expulsions conform\u00e9ment aux normes internationales et de renforcer la coop\u00e9ration avec les organisations internationales, en premier lieu l\u2019Organisation internationale pour les migrations, afin d\u2019\u00e9largir les programmes de retour volontaire et d\u2019aide humanitaire. Il a demand\u00e9 aux \u00c9tats et organisations partenaires d\u2019apporter un soutien technique et financier aux institutions nationales libyennes, pour garantir une gestion efficace de la migration, prot\u00e9ger les droits des migrants et leur assurer un traitement digne dans un cadre juridique et humanitaire \u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n<p>Le vice-pr\u00e9sident de l\u2019Organisme de lutte contre la migration ill\u00e9gale pour la r\u00e9gion ouest de la Libye a, de son c\u00f4t\u00e9, effectu\u00e9 une visite au centre d\u2019h\u00e9bergement de Bir Al-Ghanam le 21 septembre dernier pour s\u2019informer de la situation des migrants, selon les <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/r\/14L6aRE7JxL\/\">indications<\/a> de cet organisme. Dans une courte vid\u00e9o, on le voit devant des mineurs \u00e9gyptiens assis par terre, auxquels il promet qu\u2019ils seront lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/zawia3.com\/migration\/\">https:\/\/zawia3.com\/migration\/<\/a><\/p>\n<div class=\"z3-article-separator\" role=\"separator\" aria-label=\"S\u00e9parateur de section\"><svg xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 140 4269 130\" preserveAspectRatio=\"xMidYMid meet\" aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\"><path d=\"M120 211H4149\" fill=\"none\" stroke=\"#7e7e7e\" stroke-width=\"10\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><\/svg><\/div>\n<h2>De l\u2019argent contre la libert\u00e9<\/h2>\n<p>Le 23 ao\u00fbt 2021, Hassan Salah Attia Ibrahim, 33 ans, et son cousin Hussein Hatem Hassan Attia Ibrahim, 20 ans, sont mont\u00e9s \u00e0 bord d\u2019une embarcation transportant une quarantaine de jeunes de leur village du district d\u2019Abou Hammad, dans le gouvernorat de Sharqiya, \u00e0 destination de l\u2019Italie. Mais la mer s\u2019est retourn\u00e9e contre eux, comme la vie de leurs familles allait basculer ensuite. Certains passagers se sont noy\u00e9s et leurs d\u00e9pouilles ont \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9es en \u00c9gypte. Hassan et Hussein ont surv\u00e9cu. Transport\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital avec les bless\u00e9s, ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par les autorit\u00e9s libyennes.<\/p>\n<p>Salah Attia, le p\u00e8re de Hassan, raconte qu\u2019un interm\u00e9diaire de leur localit\u00e9 avait organis\u00e9 ce voyage au d\u00e9part de Tripoli, contre 80 000 livres \u00e9gyptiennes par personne, avant de prendre la fuite apr\u00e8s le naufrage. Un mois apr\u00e8s la d\u00e9tention des survivants, dont Hassan et Hussein, Salah a d\u00e9couvert o\u00f9 ils se trouvaient gr\u00e2ce \u00e0 la diffusion de leur photographie : la prison de Bir Al-Ghanam. D\u2019autres personnes qui y avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenues l\u2019ont ensuite contact\u00e9, lui expliquant que les deux jeunes \u00e9taient dans un autre quartier de la prison. Il s\u2019est alors rendu au minist\u00e8re \u00e9gyptien des Affaires \u00e9trang\u00e8res et a d\u00e9pos\u00e9 un signalement officiel. Il y a retrouv\u00e9 leurs noms sur une liste d\u2019attente de rapatriement en \u00c9gypte comprenant 105 d\u00e9tenus, que Zawia3 a consult\u00e9e. Puis leurs nouvelles ont totalement cess\u00e9.<\/p>\n<p>Il raconte \u00e0 Zawia3 : \u00ab Des personnes nous ont appel\u00e9s pour demander de l\u2019argent en promettant leur lib\u00e9ration. Chaque famille a pay\u00e9 environ 4 000 livres \u00e9gyptiennes. Nous avons perdu notre argent sans aucun r\u00e9sultat et nous avons compris ensuite qu\u2019elles nous avaient tromp\u00e9s. Nous avons d\u00e9pos\u00e9 des plaintes officielles aupr\u00e8s du minist\u00e8re \u00e9gyptien des Affaires \u00e9trang\u00e8res et contact\u00e9 la d\u00e9put\u00e9e Sahar Othman, qui a transmis une demande aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes pour suivre l\u2019affaire. Mais nous n\u2019avons re\u00e7u aucune r\u00e9ponse officielle du consulat d\u2019\u00c9gypte en Libye. \u00bb<\/p>\n<p>Les r\u00e9cits des p\u00e8res et des m\u00e8res interrog\u00e9s par Zawia3 ressemblent \u00e0 ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Ahmed Ahmed Mohamed, 30 ans. Il avait quitt\u00e9 son village du gouvernorat du Fayoum pour travailler en Libye en 2023. Mais, apr\u00e8s que des passeurs l\u2019ont convaincu de rejoindre une travers\u00e9e clandestine vers l\u2019Italie en mai 2025, sa famille a perdu tout contact avec lui. Elle n\u2019a rien appris de son sort jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition de son nom sur la page \u00ab Histoire d\u2019un migrant \u00bb, qui publie les noms de personnes disparues au cours de voyages migratoires irr\u00e9guliers. Ses proches ont vite d\u00e9couvert qu\u2019il figurait sur une liste de d\u00e9tenus d\u2019une prison libyenne, sans que celle-ci soit identifi\u00e9e. Son cousin a contact\u00e9 l\u2019homme qui avait publi\u00e9 la liste, un Libyen de Syrte nomm\u00e9 \u00ab Abou Fares \u00bb. Celui-ci a affirm\u00e9 que Mohamed \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 Bir Al-Ghanam et r\u00e9clam\u00e9 15 000 dinars libyens pour obtenir sa lib\u00e9ration, raconte le cousin \u00e0 Zawia3.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au cours des derniers mois, les <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/v\/1GjPLj76X4\/\">appels<\/a> \u00e0 l\u2019aide se sont multipli\u00e9s parmi les proches de travailleurs et de migrants \u00e9gyptiens d\u00e9tenus dans la r\u00e9gion de Bir Al-Ghanam, en Libye. Ils demandent \u00e0 conna\u00eetre le sort de leurs enfants et r\u00e9v\u00e8lent avoir re\u00e7u des appels exigeant de l\u2019argent en \u00e9change de leur lib\u00e9ration.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re arr\u00eat\u00e9s en Libye sont souvent lib\u00e9r\u00e9s contre de l\u2019argent, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une prison connue sous le nom de \u00ab Maqar Habsa \u00bb, r\u00e9serv\u00e9e aux personnes d\u00e9pendantes aux drogues et aux accus\u00e9s dans des affaires de stup\u00e9fiants. Les autres prisons, comme celles de Tripoli, de Bir Al-Ghanam et de l\u2019a\u00e9roport, sont des \u00e9tablissements publics effectivement administr\u00e9s par des milices. Celles-ci fixent les sommes exig\u00e9es pour chaque d\u00e9tenu, entre 10 000 et 25 000 dinars. Certaines familles paient pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs proches, tandis que d\u2019autres n\u2019en ont pas les moyens, affirme une source locale \u00e0 Zawia3.<\/p>\n<p>Majed Mohamed, un pseudonyme, d\u00e9crit \u00e0 Zawia3 une partie des conditions inhumaines qu\u2019il a subies pendant plusieurs mois dans l\u2019une de ces prisons libyennes, o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 faute de titre de s\u00e9jour \u00e0 Tripoli. La nourriture \u00e9tait rare : un demi-pain et un petit morceau de fromage pour deux personnes. L\u2019eau \u00e9tait contamin\u00e9e, et environ un litre \u00e9tait distribu\u00e9 \u00e0 des dizaines de d\u00e9tenus. La faim et la soif provoquaient fr\u00e9quemment de violentes bagarres. Les gardiens venaient alors les suspendre par les pieds, la t\u00eate en bas, et les frapper avec des tuyaux d\u2019arrosage. Les m\u00e9dicaments \u00e9taient presque inexistants, et le m\u00e9decin refusait de s\u2019approcher des prisonniers, pr\u00e9textant la peur de la contagion. Durant son incarc\u00e9ration, Majed a contract\u00e9 des maladies de peau et des infections li\u00e9es aux mauvaises conditions de vie.<\/p>\n<p>Il d\u00e9crit la prison :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab La prison compte dix quartiers d\u2019environ cent m\u00e8tres carr\u00e9s chacun. Le moins peupl\u00e9 renferme sept cents personnes, et certains plus de mille trois cents. On y trouve des d\u00e9tenus de toutes les nationalit\u00e9s : \u00c9gyptiens, Soudanais, Marocains, Tchadiens, mais aussi des personnes du Niger et du Mali. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/zawia3.com\/irregular-migration\/\">https:\/\/zawia3.com\/irregular-migration\/<\/a><\/p>\n<div class=\"z3-article-separator\" role=\"separator\" aria-label=\"S\u00e9parateur de section\"><svg xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 140 4269 130\" preserveAspectRatio=\"xMidYMid meet\" aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\"><path d=\"M120 211H4149\" fill=\"none\" stroke=\"#7e7e7e\" stroke-width=\"10\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><\/svg><\/div>\n<h2>Des appels \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte<\/h2>\n<p>Il y a quelques jours, des mineurs \u00e9gyptiens d\u00e9tenus au centre de Bir Al-Ghanam ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 l\u2019antenne de la r\u00e9gion sud de l\u2019Organisme de lutte contre la migration ill\u00e9gale. Cette op\u00e9ration n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e officiellement, et aucune des deux parties concern\u00e9es n\u2019a, \u00e0 ce jour, publi\u00e9 de communiqu\u00e9 ni d\u2019explication, selon la <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/p\/17UcgYdKNo\/\">cellule<\/a> libyenne de secours. Celle-ci pr\u00e9cise que le nombre de mineurs remis ne d\u00e9passe pas 45. Le sort des autres d\u00e9tenus reste incertain, faute de transparence et de d\u00e9clarations officielles sur leur situation actuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans un <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/p\/17UcgYdKNo\/\">communiqu\u00e9<\/a>, la cellule de secours a exhort\u00e9 les familles en \u00c9gypte \u00e0 contacter d\u2019urgence l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte en Libye pour suivre le sort de leurs enfants mineurs et v\u00e9rifier s\u2019ils ont effectivement \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s ou se trouvent encore dans les centres de d\u00e9tention libyens. Elle souligne que la persistance de l\u2019incertitude exige une r\u00e9action officielle rapide et une coordination diplomatique claire afin de prot\u00e9ger ces enfants et de garantir leur s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tarek Lamloum, chercheur sur les migrations et l\u2019asile en Libye et directeur ex\u00e9cutif de l\u2019Organisation libyenne de secours et des droits humains, r\u00e9v\u00e8le que son organisation a re\u00e7u des signalements de familles de d\u00e9tenus faisant \u00e9tat de demandes d\u2019argent et de chantages portant sur environ 13 000 dinars libyens pour lib\u00e9rer leurs proches enferm\u00e9s \u00e0 Bir Al-Ghanam.<\/p>\n<p>Dans une <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/share\/1AH45QFAjz\/\">publication<\/a> sur son compte Facebook, Lamloum a invit\u00e9 les familles recevant de tels appels ou demandes \u00e0 contacter directement le Conseil national des libert\u00e9s publiques et des droits de l\u2019homme en Libye. Il s\u2019agit d\u2019un organisme gouvernemental qui a d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 le centre et publi\u00e9 un rapport officiel ne mentionnant pas de traitements d\u00e9gradants dans cette prison.<\/p>\n<p>Il a ajout\u00e9 que l\u2019Organisme de lutte contre la migration ill\u00e9gale devait annoncer clairement ce qui se passe dans le centre. Selon lui, la responsabilit\u00e9 juridique et administrative incombe \u00e0 la fois \u00e0 cet organisme et au Conseil national des libert\u00e9s publiques et des droits de l\u2019homme. Les deux devront rendre des comptes si l\u2019opacit\u00e9 persiste. Il estime que l\u2019organisme charg\u00e9 des migrations \u00e0 Tripoli ne peut se d\u00e9rober en affirmant que Bir Al-Ghanam est \u00ab ill\u00e9gal \u00bb, alors que le centre continue de fonctionner officiellement et re\u00e7oit des visites d\u2019ambassades et d\u2019organismes publics de d\u00e9fense des droits humains, ce qui renforce son caract\u00e8re officiel.<\/p>\n<p>Lamloum insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9, pour le pr\u00e9sident de l\u2019organisme et son adjoint, de r\u00e9soudre leurs diff\u00e9rends internes et de se coordonner. Le maintien de ces divergences entrave, selon lui, tous les efforts visant \u00e0 prot\u00e9ger les d\u00e9tenus et \u00e0 aider les victimes. Il avertit que le silence et l\u2019inaction face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de clarifier le statut juridique du centre engageront la responsabilit\u00e9 de toutes les parties concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans ses d\u00e9clarations \u00e0 Zawia3, Tarek Lamloum consid\u00e8re que l\u2019arriv\u00e9e et la d\u00e9tention de mineurs et d\u2019adultes \u00e9gyptiens dans la r\u00e9gion de Bir Al-Ghanam, situ\u00e9e \u00e0 environ 50 kilom\u00e8tres de Tripoli, sont li\u00e9es \u00e0 des circonstances imbriqu\u00e9es relevant de la migration irr\u00e9guli\u00e8re. Il explique que ce centre de mauvaise r\u00e9putation n\u2019a pas obtenu une reconnaissance officielle compl\u00e8te des autorit\u00e9s libyennes : le vice-pr\u00e9sident de l\u2019Organisme de lutte contre la migration ill\u00e9gale le reconna\u00eet, tandis que son pr\u00e9sident refuse de le faire. Cela soul\u00e8ve des questions sur la l\u00e9galit\u00e9 de ce centre, plac\u00e9 sous le commandement d\u2019un militaire et relevant administrativement du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9cise : \u00ab La plupart des d\u00e9tenus de ce centre, particuli\u00e8rement les mineurs, ont \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9s de haute mer apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de partir depuis les c\u00f4tes de Tripoli ou d\u2019autres plages libyennes. Certains ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s dans les eaux tunisiennes, puis transf\u00e9r\u00e9s de Tunisie en Libye avant d\u2019\u00eatre enferm\u00e9s \u00e0 Bir Al-Ghanam. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s dans la rue ou chez eux : leur d\u00e9tention fait suite \u00e0 des tentatives manqu\u00e9es de migration irr\u00e9guli\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Lamloum explique que, d\u2019apr\u00e8s les informations disponibles, ces d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 des autorit\u00e9s gouvernementales libyennes en vue de leur retour en \u00c9gypte. Ce retour a peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 eu lieu apr\u00e8s l\u2019intervention de l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte, qui avait demand\u00e9 leur rapatriement. Il avertit toutefois que leur transfert terrestre vers le sud de la Libye \u00e9tait dangereux. La r\u00e9gion n\u2019est pas s\u00fbre et les d\u00e9placements en autocar les exposent \u00e0 des attaques ou \u00e0 des enl\u00e8vements par des r\u00e9seaux arm\u00e9s de passeurs cherchant \u00e0 r\u00e9clamer une ran\u00e7on aux familles, voire \u00e0 des affrontements entre les forces libyennes et les groupes arm\u00e9s pr\u00e9sents dans ces zones.<\/p>\n<p>Il critique le manque de transparence dans le transfert des mineurs et le traitement de leur dossier. Les autorit\u00e9s libyennes et l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte n\u2019ont pas clairement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 o\u00f9 ils se trouvent ni quelle est leur situation. Il reconna\u00eet que l\u2019ambassade rencontre de r\u00e9elles difficult\u00e9s avec les services de s\u00e9curit\u00e9 libyens, divis\u00e9s entre les gouvernements de l\u2019Est et de l\u2019Ouest. Mais cela ne l\u2019exon\u00e8re pas de sa responsabilit\u00e9 envers ses ressortissants, particuli\u00e8rement les enfants et les mineurs d\u00e9tenus dans des centres dont le statut juridique est contest\u00e9.<\/p>\n<p>Il ajoute : \u00ab L\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte aurait d\u00fb annoncer d\u00e8s le d\u00e9part les obstacles rencontr\u00e9s dans le suivi de cette affaire, d\u2019autant que les minist\u00e8res de l\u2019Int\u00e9rieur et des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 Tripoli ne reconnaissent pas officiellement Bir Al-Ghanam, ce qui en interdit la visite aux missions diplomatiques. Pourquoi l\u2019ambassade tait-elle ces faits alors qu\u2019elle sait depuis des mois que des enfants sont d\u00e9tenus ? Ce qui s\u2019est pass\u00e9 repr\u00e9sente une prise de risque grave. L\u2019ambassade doit maintenant assumer ses responsabilit\u00e9s en r\u00e9v\u00e9lant le sort de ces mineurs et en pr\u00e9cisant s\u2019ils sont effectivement rentr\u00e9s en \u00c9gypte. \u00bb<\/p>\n<p>Le chercheur souligne que les autorit\u00e9s libyennes, repr\u00e9sent\u00e9es par le gouvernement et le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, portent la responsabilit\u00e9 directe de la s\u00e9curit\u00e9 des enfants d\u00e9tenus. L\u2019ambassade et la repr\u00e9sentation diplomatique \u00e9gyptiennes en portent \u00e9galement une part. Il est, selon lui, inacceptable de pr\u00e9tendre ignorer leur localisation alors que de nombreuses familles \u00e9gyptiennes ont signal\u00e9 la disparition de leurs enfants, dont certains pourraient s\u2019\u00eatre noy\u00e9s ou \u00eatre d\u00e9tenus en Libye.<\/p>\n<p>Lamloum conclut ses d\u00e9clarations \u00e0 Zawia3 en affirmant que l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte connaissait cette d\u00e9tention d\u00e8s le d\u00e9but et qu\u2019elle est donc pleinement responsable du suivi du sort des mineurs. Le nombre r\u00e9el de d\u00e9tenus reste inconnu : certaines sources parlent du transfert de seulement 40 \u00e0 45 personnes vers le sud, alors que les signalements d\u00e9pos\u00e9s par les familles \u00e9gyptiennes sont beaucoup plus nombreux. La responsabilit\u00e9 du minist\u00e8re libyen de l\u2019Int\u00e9rieur et de l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte demeure donc engag\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/zawia3.com\/migration-2\/\">https:\/\/zawia3.com\/migration-2\/<\/a><\/p>\n<div class=\"z3-article-separator\" role=\"separator\" aria-label=\"S\u00e9parateur de section\"><svg xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 140 4269 130\" preserveAspectRatio=\"xMidYMid meet\" aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\"><path d=\"M120 211H4149\" fill=\"none\" stroke=\"#7e7e7e\" stroke-width=\"10\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><\/svg><\/div>\n<h2>Des conditions de d\u00e9tention \u00e9prouvantes<\/h2>\n<p>L\u2019avocat Ahmed Al-Qasabi, sp\u00e9cialiste des affaires migratoires et p\u00e9nales, \u00e9voque des dizaines de cas de survivants de d\u00e9tention en Libye li\u00e9s \u00e0 des affaires de migration irr\u00e9guli\u00e8re qu\u2019il a c\u00f4toy\u00e9s. Ces personnes \u00e9taient trait\u00e9es avec cruaut\u00e9, priv\u00e9es de nourriture et d\u2019eau ; certaines \u00e9taient vendues \u00e0 des r\u00e9seaux de traite humaine parce qu\u2019elles n\u2019avaient ni statut l\u00e9gal ni protection. Il affirme \u00e0 Zawia3 que des personnes parties par des voies clandestines il y a deux ou trois ans ont \u00e9t\u00e9 victimes de disparition forc\u00e9e. Leurs familles continuent de les chercher aux postes-fronti\u00e8res et dans les a\u00e9roports, sans r\u00e9sultat. Personne ne sait si elles sont mortes, se sont noy\u00e9es ou ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es.<\/p>\n<p>Al-Qasabi explique que les migrants \u00e9taient parfois d\u00e9tenus dans des tranch\u00e9es ou des tentes au milieu du d\u00e9sert, presque totalement priv\u00e9s de nourriture et d\u2019eau, et soumis \u00e0 des coups, \u00e0 la torture et aux insultes. Il a rencontr\u00e9 une personne dont le corps portait des traces visibles de torture, agress\u00e9e pour avoir simplement demand\u00e9 \u00e0 retrouver sa famille. Certains r\u00e9seaux extorquaient de l\u2019argent aux proches en obligeant les d\u00e9tenus \u00e0 appeler leur famille pour demander une ran\u00e7on. Apr\u00e8s avoir encaiss\u00e9 l\u2019argent, ils ne les lib\u00e9raient pas et exigeaient des sommes suppl\u00e9mentaires. Certaines familles ont pay\u00e9 plusieurs fois sans voir revenir leurs enfants.<\/p>\n<p>Il d\u00e9clare \u00e0 Zawia3 : \u00ab Les migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re s\u2019exposent \u00e0 de multiples dangers, \u00e0 commencer par les risques juridiques. Ils peuvent \u00eatre poursuivis comme accus\u00e9s dans des affaires de passage clandestin ou de migration ill\u00e9gale, passibles de la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et d\u2019une amende pouvant atteindre un million de livres. Ils affrontent \u00e9galement des risques humanitaires et s\u00e9curitaires dans les pays o\u00f9 ils se rendent : ils vivent dans une peur permanente, fuient continuellement les autorit\u00e9s et peuvent tomber aux mains de r\u00e9seaux de traite humaine ou de trafic d\u2019organes, subir du harc\u00e8lement ou des agressions sexuelles, ou \u00eatre exploit\u00e9s dans des activit\u00e9s ill\u00e9gales. \u00bb<\/p>\n<p>Al-Qasabi pr\u00e9cise que de nombreux migrants meurent pendant leur voyage, de faim dans le d\u00e9sert lors des d\u00e9placements terrestres ou noy\u00e9s lors de travers\u00e9es maritimes dangereuses. Les r\u00e9seaux qui organisent ces voyages les traitent brutalement et les retiennent dans des conditions inhumaines. Dans les affaires o\u00f9 il a assur\u00e9 leur d\u00e9fense, des victimes lui ont dit ne recevoir qu\u2019un repas par jour, limit\u00e9 \u00e0 un pain, un morceau de fromage et une bouteille d\u2019eau, en plus des humiliations, insultes et agressions physiques.<\/p>\n<p>Il souligne que le migrant en situation irr\u00e9guli\u00e8re qui passe par la Libye pour rejoindre la M\u00e9diterran\u00e9e affronte trois types de risques : des risques juridiques li\u00e9s aux poursuites p\u00e9nales dans son pays ou dans celui de destination ; des risques psychologiques r\u00e9sultant de la peur, de la pression et des \u00e9preuves subies ; et des risques physiques, notamment celui d\u2019\u00eatre victime de traite humaine, de trafic d\u2019organes, de torture ou d\u2019exploitation.<\/p>\n<p>Il ajoute : \u00ab Les affaires de migration irr\u00e9guli\u00e8re comptent parmi les affaires p\u00e9nales les plus graves li\u00e9es \u00e0 la migration et \u00e0 la traite humaine. Le l\u00e9gislateur \u00e9gyptien leur a consacr\u00e9 une loi sp\u00e9cifique, la loi n\u00b0 280 de 2016, modifi\u00e9e ensuite pour devenir la loi n\u00b0 22 de 2022. Bien que l\u2019\u00c9tat ait adopt\u00e9 des lois sp\u00e9cifiques et renforc\u00e9 les sanctions pour endiguer le ph\u00e9nom\u00e8ne, particuli\u00e8rement lorsque les victimes sont des femmes ou des enfants, celui-ci persiste en raison des insuffisances de l\u2019\u00e9ducation, du manque d\u2019emplois et de la d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique. Cela pousse de nombreuses personnes \u00e0 c\u00e9der aux promesses des passeurs, qui les attirent avec un d\u00e9part contre des sommes de 100 000 \u00e0 200 000 livres. Leur sort peut ensuite \u00eatre de survivre et de traverser, ou de subir l\u2019arrestation, la mort ou la torture. \u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019\u00c9gypte occupe le deuxi\u00e8me rang pour le nombre de migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re empruntant les routes maritime m\u00e9diterran\u00e9enne et terrestre vers l\u2019Europe. De janvier \u00e0 d\u00e9cembre 2021, ils \u00e9taient environ 7 938, notamment \u00e0 destination de la Gr\u00e8ce, de Malte et de l\u2019Italie, selon une <a href=\"https:\/\/draya-eg.org\/2024\/08\/31\/%D8%A7%D9%84%D9%87%D8%AC%D8%B1%D8%A9-%D8%BA%D9%8A%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D9%86%D8%B8%D8%A7%D9%85%D9%8A%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%A3%D8%A8%D8%B9%D8%A7%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%A4%D8%B4%D8%B1%D8%A7%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%84%D9%88%D9%84\/\">\u00e9tude<\/a> publi\u00e9e par le Forum strat\u00e9gique des politiques publiques et des \u00e9tudes du d\u00e9veloppement, \u00ab Draya \u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00c9gyptiens se classent au deuxi\u00e8me rang de la <a href=\"https:\/\/www.ajnet.me\/news\/2023\/9\/15\/%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%A7%D8%AC%D9%8A%D9%88%D9%86-%D9%88%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B5%D8%B1%D9%8A%D9%88%D9%86-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D8%B5%D8%AF%D8%A7%D8%B1%D8%A9-%D8%B9%D8%AF%D8%AF\">liste<\/a> des migrants rejoignant l\u2019Europe par la M\u00e9diterran\u00e9e centrale, qui englobe les c\u00f4tes tunisiennes et libyennes, sur une route d\u00e9crite comme la plus dangereuse. Depuis le d\u00e9but de 2024, la Libye occupait la premi\u00e8re place parmi les pays de d\u00e9part des migrants vers l\u2019Italie, selon les <a href=\"https:\/\/www.bbc.com\/arabic\/articles\/c3g9470y39jo\">rapports<\/a> d\u2019organisations sp\u00e9cialis\u00e9es dans la migration ill\u00e9gale.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/zawia3.com\/mexico\/\">De l\u2019\u00c9gypte au Mexique : un r\u00eave am\u00e9ricain devenu cauchemar<\/a><\/p>\n<div class=\"z3-article-separator\" role=\"separator\" aria-label=\"S\u00e9parateur de section\"><svg xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" viewBox=\"0 140 4269 130\" preserveAspectRatio=\"xMidYMid meet\" aria-hidden=\"true\" focusable=\"false\"><path d=\"M120 211H4149\" fill=\"none\" stroke=\"#7e7e7e\" stroke-width=\"10\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1718\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"1930\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2142\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2354\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"211\" r=\"56\" fill=\"#fafafa\" stroke=\"#9c9c9c\" stroke-width=\"3\"\/><circle cx=\"2566\" cy=\"202\" r=\"50\" fill=\"#647580\" stroke=\"#4e5962\" stroke-width=\"4\"\/><\/svg><\/div>\n<h2>Une porte d\u2019entr\u00e9e dangereuse vers l\u2019Europe<\/h2>\n<p>La migration irr\u00e9guli\u00e8re en Afrique du Nord s\u2019apparente d\u00e9sormais \u00e0 un \u00ab mouvement saisonnier \u00bb, qui s\u2019intensifie en \u00e9t\u00e9 lorsque la mer se calme. Les tentatives de travers\u00e9e se poursuivent depuis la Libye et la Tunisie, parfois depuis le Maroc et l\u2019Alg\u00e9rie, selon le degr\u00e9 de contr\u00f4le s\u00e9curitaire dans chaque zone. Le nombre de mineurs non accompagn\u00e9s entreprenant seuls ces voyages conna\u00eet une hausse inqui\u00e9tante, signe dangereux pour l\u2019avenir de la r\u00e9gion. Les manifestations au Maroc pourraient entra\u00eener une nouvelle vague migratoire vers l\u2019Europe dans la p\u00e9riode \u00e0 venir, explique la docteure Basma Fouad, sp\u00e9cialiste des migrations et directrice ex\u00e9cutive de la Fondation internationale des ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9clare \u00e0 Zawia3 : \u00ab L\u2019\u00e9lan des jeunes et des mineurs vers la migration irr\u00e9guli\u00e8re s\u2019explique par \u201cl\u2019illusion d\u2019une Europe paradisiaque\u201d. Les r\u00e9seaux sociaux diffusent une image trompeuse d\u2019une vie ais\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, sans montrer la dure r\u00e9alit\u00e9 que vivent les migrants \u00e0 leur arriv\u00e9e. Certains mineurs obtiennent des possibilit\u00e9s de scolarisation et de s\u00e9jour dans les pays europ\u00e9ens, alors que les jeunes adultes sont d\u00e9tenus ou jug\u00e9s. Cela explique la multiplication des tentatives des mineurs en particulier. \u00bb<\/p>\n<p>La sp\u00e9cialiste insiste sur le fait que l\u2019ignorance, davantage que la pauvret\u00e9, constitue le moteur le plus dangereux de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Beaucoup ne connaissent ni les lois ni les r\u00e9alit\u00e9s de leur pays et de l\u2019\u00e9tranger. Pourtant, le voyage peut co\u00fbter environ 15 000 euros, une somme qui permettrait de cr\u00e9er une petite activit\u00e9 dans le pays d\u2019origine. La perte d\u2019espoir et l\u2019imitation des autres aggravent la crise, surtout dans les zones rurales, o\u00f9 les jeunes cherchent \u00e0 reproduire des parcours ant\u00e9rieurs sans en conna\u00eetre les d\u00e9tails. La qu\u00eate d\u2019une vie meilleure devient ainsi une route vers une mort lente dans les rues glaciales de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de la Libye, la directrice de cette fondation consacr\u00e9e aux migrations d\u00e9crit une \u00ab v\u00e9ritable trag\u00e9die : le pays est devenu une porte d\u2019entr\u00e9e dangereuse vers l\u2019Europe, plut\u00f4t qu\u2019une destination o\u00f9 s\u2019installer ou travailler \u00bb. Elle affirme que les migrants \u00e9gyptiens y sont confront\u00e9s \u00e0 un r\u00e9seau de passeurs, d\u2019interm\u00e9diaires et de milices. Trait\u00e9s comme des \u00ab marchandises humaines \u00bb, ils sont enlev\u00e9s, vendus et enferm\u00e9s dans des conditions inhumaines, dans des centres surpeupl\u00e9s o\u00f9 manquent nourriture et soins. Ils se retrouvent face \u00e0 deux choix douloureux : prendre la mer dans un voyage qui peut leur co\u00fbter la vie, ou rentrer en \u00c9gypte bris\u00e9s psychologiquement et financi\u00e8rement.<\/p>\n<p>Concernant le r\u00f4le des ambassades et consulats \u00e9gyptiens, Fouad explique que leur capacit\u00e9 d\u2019intervention est juridiquement limit\u00e9e, car la plupart des migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re se d\u00e9barrassent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de leurs papiers pour faciliter une demande d\u2019asile ou dissimuler leur identit\u00e9. Certains imitent d\u2019autres accents pour tromper les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes, mais des commissions sp\u00e9cialis\u00e9es d\u00e9tectent souvent cette ruse. Elle pr\u00e9cise que les ambassades ne peuvent traiter le cas d\u2019une personne qui ne poss\u00e8de aucune preuve d\u2019identit\u00e9 ou refuse de reconna\u00eetre sa nationalit\u00e9. Les migrants eux-m\u00eames \u00e9vitent souvent de contacter le consulat par crainte d\u2019\u00eatre expuls\u00e9s, ce qui rend l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat presque impossible.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9duire le ph\u00e9nom\u00e8ne, la sp\u00e9cialiste estime que la solution ne r\u00e9side pas dans l\u2019interdiction, mais dans l\u2019offre d\u2019alternatives. Elle appelle \u00e0 \u00e9largir les programmes de formation professionnelle gratuits ou peu co\u00fbteux et \u00e0 les relier \u00e0 des possibilit\u00e9s de d\u00e9part l\u00e9gal et s\u00fbr.<\/p>\n<p>Les march\u00e9s europ\u00e9ens ont notamment besoin de travailleurs qualifi\u00e9s dans l\u2019agriculture, les soins infirmiers, la m\u00e9canique et le b\u00e2timent. Proposer ces formations en \u00c9gypte ouvre la voie \u00e0 une migration l\u00e9gale garantissant dignit\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9. Elle note que l\u2019\u00c9gypte a commenc\u00e9 \u00e0 suivre cette orientation, avec des programmes pr\u00e9parant les jeunes linguistiquement et professionnellement avant leur d\u00e9part. Elle cite le plan italien \u00ab Mattei \u00bb, qui soutient la formation de jeunes dans des pays comme l\u2019\u00c9gypte pour les pr\u00e9parer avant leur arriv\u00e9e en Italie. \u00c0 ses yeux, ces initiatives pr\u00e9sentent un double avantage : r\u00e9pondre aux besoins de main-d\u2019\u0153uvre du march\u00e9 europ\u00e9en, tout en am\u00e9liorant la situation \u00e9conomique des familles \u00e9gyptiennes et en augmentant les transferts d\u2019argent des travailleurs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, une source majeure de devises pour le pays.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part de mineurs \u00e9gyptiens vers l\u2019Europe via la Libye constitue l\u2019un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus dangereux li\u00e9s \u00e0 la migration irr\u00e9guli\u00e8re, malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00c9tat \u00e9gyptien pour y faire face sur les plans s\u00e9curitaire, m\u00e9diatique, juridique et du d\u00e9veloppement. Les autorit\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler les c\u00f4tes nord et \u00e0 emp\u00eacher tout d\u00e9part d\u2019embarcations de passeurs. Les itin\u00e9raires se sont toutefois d\u00e9plac\u00e9s vers la fronti\u00e8re occidentale avec la Libye, profitant de sa longueur, de l\u2019absence de cl\u00f4ture et d\u2019un terrain compos\u00e9 essentiellement de d\u00e9sert et de sables mouvants, qui rend sa surveillance compl\u00e8te extr\u00eamement difficile. C\u2019est ce qu\u2019explique le docteur Ayman Zohry, sp\u00e9cialiste de la d\u00e9mographie et des migrations, fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne d\u2019\u00e9tudes migratoires et membre du Conseil national des droits humains.<\/p>\n<p>Zohry pr\u00e9cise que le Conseil national de l\u2019enfance et de la maternit\u00e9 suit cette question avec une attention particuli\u00e8re et assume la tutelle l\u00e9gale des mineurs dont les familles refusent le retour apr\u00e8s leur arriv\u00e9e en Europe. Le droit europ\u00e9en, notamment italien, interdit l\u2019expulsion des mineurs, ce qui complexifie leur prise en charge malgr\u00e9 l\u2019accord de r\u00e9admission des migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re conclu entre l\u2019\u00c9gypte et l\u2019Italie en 2007. Certains parents ont exploit\u00e9 cette situation juridique : au lieu de risquer eux-m\u00eames un d\u00e9part clandestin, ils envoient d\u00e9sormais leurs enfants de 11 \u00e0 12 ans, esp\u00e9rant qu\u2019ils seront plac\u00e9s dans des centres d\u2019accueil europ\u00e9ens plut\u00f4t que renvoy\u00e9s en \u00c9gypte. Mais ces enfants traversent une \u00e9preuve tr\u00e8s dure, faite de dangers et de violations graves des droits humains, parfois jusqu\u2019\u00e0 la mort.<\/p>\n<p>Il d\u00e9clare \u00e0 Zawia3 : \u00ab Certains enfants ne parviennent pas en Europe et sont renvoy\u00e9s depuis la Libye. D\u2019autres atteignent les c\u00f4tes italiennes et sont plac\u00e9s dans des foyers temporaires. Beaucoup s\u2019enfuient toutefois pour tenter de rejoindre des proches ou des connaissances, avec l\u2019espoir de travailler, de couvrir les frais du voyage et d\u2019envoyer de l\u2019argent \u00e0 leur famille en \u00c9gypte. \u00bb<\/p>\n<p>Zohry affirme que les r\u00e9seaux de passeurs sont actifs dans les zones frontali\u00e8res avec la Libye, o\u00f9 ils font passer clandestinement aussi bien des personnes que des marchandises, en exploitant la g\u00e9ographie de la fronti\u00e8re. Selon lui, le ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut \u00eatre totalement \u00e9limin\u00e9 : \u00ab M\u00eame de grandes puissances comme les \u00c9tats-Unis, qui ont construit un mur \u00e0 la fronti\u00e8re mexicaine, n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 mettre d\u00e9finitivement fin aux franchissements clandestins et \u00e0 la contrebande. \u00bb<\/p>\n<p>Le membre du Conseil national des droits humains estime que les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de certains citoyens peuvent expliquer une partie des d\u00e9parts clandestins, mais qu\u2019elles ne justifient pas de risquer la vie des enfants. Il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer la sensibilisation dans les villages et les zones rurales o\u00f9 les d\u00e9parts de mineurs sont nombreux.<\/p>\n<p>Zohry conclut ses d\u00e9clarations \u00e0 Zawia3 en affirmant que l\u2019\u00c9gypte aborde ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la fois comme une question de s\u00e9curit\u00e9 nationale et comme une question humaine. Pour y mettre fin, il faut une coop\u00e9ration internationale s\u00e9rieuse entre pays de d\u00e9part et pays d\u2019accueil, poursuivre la sensibilisation de la soci\u00e9t\u00e9 et soutenir les familles les plus pauvres, afin qu\u2019elles ne soient pas contraintes d\u2019envoyer leurs enfants dans ces voyages potentiellement mortels.<\/p>\n<p>De nombreux \u00c9gyptiens, dont des enfants mineurs, restent d\u00e9tenus dans des centres et des prisons libyens dans des conditions \u00e9prouvantes, sans accusations claires, sans proc\u00e9dures judiciaires et sans contact avec leurs familles. Celles-ci ne peuvent que suivre les rumeurs et attendre des appels furtifs confirmant que leurs enfants sont encore en vie. Leur humanit\u00e9 s\u2019effrite jour apr\u00e8s jour, en l\u2019absence de toute action efficace pour les ramener dans leur pays. Les appels des familles se poursuivent et quelques efforts de d\u00e9fense des droits humains s\u2019esquissent timidement.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages des familles et des d\u00e9fenseurs des droits humains montrent que le dossier des migrants mineurs d\u00e9tenus en Libye n\u2019est plus seulement une question humanitaire. Il constitue une v\u00e9ritable \u00e9preuve de l\u2019engagement des gouvernements \u00e9gyptien et libyen \u00e0 assumer leurs responsabilit\u00e9s juridiques et morales envers les enfants et les victimes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des familles \u00e9gyptiennes d\u00e9noncent des demandes de ran\u00e7on pour leurs enfants d\u00e9tenus \u00e0 Bir Al-Ghanam, en Libye.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":24437,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"footnotes":""},"categories":[20601],"tags":[],"kateb":[20634],"class_list":["post-24436","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-enquetes","kateb-aya-yasser-fr"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/zawia3.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/\u0633\u062c\u0646.png","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24436"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24438,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24436\/revisions\/24438"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24437"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24436"},{"taxonomy":"kateb","embeddable":true,"href":"https:\/\/zawia3.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/kateb?post=24436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}