Le flottement de la livre : les répercussions des décisions de la Banque centrale d’Égypte

Des banquiers ont affirmé à « Zawia3 » que l’objectif de ces mesures est de réduire les taux d’inflation mensuels et de contrer le marché parallèle des changes, tandis que certains d’entre eux estiment que la chose dépend de ce que l’État pourra accomplir à la suite de ces décisions, et que les répercussions de la décision sur le marché, les processus de production et les prix apparaîtront en trois étapes.
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Imam Ramadan

L’Égypte connaît ces dernières années une détérioration économique qui assombrit son présent et son avenir : depuis le déclenchement de la révolution du 25 janvier 2011, l’économie égyptienne a subi des reculs successifs, qui se sont aggravés avec la propagation de la pandémie de « Covid-19 » en 2020 et le conflit russo-ukrainien en 2022, avant d’atteindre leur paroxysme avec la guerre contre la bande de Gaza depuis le 7 octobre dernier.

Les défis auxquels fait face l’économie égyptienne sont multiples, de la hausse des taux d’inflation à la pénurie de devises étrangères, en passant par le recul des investissements et la hausse des taux de chômage ; de plus, Le Caire souffre d’un déficit du budget général et d’une énorme dette extérieure, qui a failli exploser avec les décisions successives de laisser flotter la monnaie locale face au dollar américain.

Les effets des turbulences économiques ne se sont pas limités au seul volet financier, mais se sont étendus à tous les aspects de la vie en Égypte : les prix des produits de base ont sensiblement augmenté, le niveau de vie a reculé et le sentiment d’inquiétude et de tension s’est accru parmi les citoyens. Pour faire face à ces défis, le gouvernement égyptien a pris de nombreuses décisions, dont la libéralisation du taux de change de la livre, la hausse des taux d’intérêt, la rationalisation des dépenses publiques et l’augmentation des aides sociales, la dernière en date étant les décisions surprises prises par la Banque centrale d’Égypte ce mercredi : libéraliser le taux de change de la livre selon les mécanismes du marché, et relever le taux d’intérêt au niveau le plus élevé de son histoire, de 600 points de base, ce qui a affecté les taux de dépôt et de prêt au jour le jour ainsi que le taux de l’opération principale, qui ont atteint respectivement 27,25 %, 28,25 % et 27,75 % ; elle a également relevé le taux de crédit et d’escompte dans la même proportion, pour atteindre 27,75 %.

Fin février 2024, les réserves de devises étrangères de l’Égypte ont connu une légère hausse, atteignant 35 310,8 millions de dollars, contre 35,22 milliards de dollars fin décembre 2023, selon un communiqué officiel de la Banque centrale d’Égypte.

Les réserves monétaires de l’Égypte avaient augmenté en janvier 2021 jusqu’à 40 062,5 millions de dollars, soit une forte hausse de 4 milliards de dollars, alors qu’elles n’étaient que de 36 milliards de dollars en mai 2020 ; elles ont continué à augmenter jusqu’en mai 2022, pour atteindre 37 123,5 millions de dollars, puis ont été en baisse jusqu’à atteindre finalement un peu plus de 35 milliards de dollars, également selon la Banque centrale d’Égypte.

 

L’accord de Ras El-Hekma

Des banquiers ont affirmé à « Zawia3 » que l’objectif de ces mesures est de réduire les taux d’inflation mensuels et de contrer le marché parallèle des changes, tandis que certains d’entre eux estiment que la chose dépend de ce que l’État pourra accomplir à la suite de ces décisions, et que les répercussions de la décision sur le marché, les processus de production et les prix apparaîtront en trois étapes.
Ces décisions sont intervenues après que l’Égypte a obtenu d’importants flux monétaires internationaux, dont la réception d’un versement de 10 milliards de dollars dans le cadre de l’accord de développement de la zone de Ras El-Hekma, ainsi que 520 millions de dollars provenant de la vente d’hôtels historiques à une filiale du groupe Talaat Moustafa Holding, dans le but de contrer le marché parallèle du dollar.

Un effet direct sur le marché

Commentant ces décisions, le docteur Fayyad Abdel Moneim, ancien ministre égyptien des Finances et expert bancaire, déclare à « Zawia3 » que leur effet sera rapide et direct, mais en même temps temporaire : « L’effet sera temporaire et contribuera à calmer le marché, jusqu’à ce que les choses se stabilisent », affirmant qu’il y aura un autre effet à moyen terme, et un dernier effet qui apparaîtra sur une durée allant jusqu’à trois ans ; mais, après une courte période, le marché commencera à être saturé de ces décisions, « à condition qu’elles soient suffisantes et efficaces et capables de couvrir les besoins en devises étrangères pour les importations dont nous avons besoin, et de réduire la présence des marchandises en douane, en attente de leur dédouanement dès que des devises fortes seront disponibles pour les faire entrer ; dans ce cas seulement, le taux de change sera équilibré ».
Abdel Moneim estime qu’il n’existe pas de taux de change fixe : c’est la nature de la monnaie dans l’économie moderne, car elle est soumise à un ensemble de pressions et de transactions diverses, notamment pour couvrir plusieurs secteurs, dont principalement les importations, l’industrie, la consommation, la thésaurisation, et d’autres transactions qui influent sur le marché et le rendent parfois volatil ; mais le marché est le facteur le plus puissant d’expression des prix : si le marché est stable et que ses besoins sont satisfaits, les prix se stabiliseront ; mais s’il y a un écart, les prix ne se stabiliseront pas complètement, et le gouvernement ne parviendra alors pas à atteindre son objectif.
Interrogé sur les répercussions des dernières décisions de la Banque centrale sur les processus de production et les projets, il a déclaré qu’elles seront inévitablement influentes : les importations seront régulières, le cycle de production fonctionnera comme il se doit et les matières premières seront disponibles sur les marchés, soulignant que la régularité du cycle de production et des calculs économiques des investisseurs et des producteurs est une chose très importante, dont l’effet devrait apparaître rapidement.
L’ancien ministre des Finances estime que le changement attendu et les objectifs à court terme de l’État découlent des décisions de l’État, à savoir la hausse du taux d’intérêt de 6 % d’un coup, qui intervient après des hausses successives des taux d’intérêt au cours de la période précédente d’une certaine manière, ainsi que des versements financiers successifs attendus de l’accord de Ras El-Hekma, et de l’accord avec le Fonds monétaire international, qui s’est beaucoup rapproché ; ces événements réunis auront un effet direct sur les prix sur le marché.

Une véritable réforme structurelle

Poursuivant sur les répercussions des décisions de la Banque centrale, « Fayyad » a déclaré que ces mesures doivent avoir pour objectif final d’opérer un véritable changement et une réforme structurelle de l’économie égyptienne, consistant à renforcer les exportations, réduire l’écart de la balance commerciale et œuvrer à réaliser des excédents de la balance des paiements, afin que le citoyen et le commerçant ressentent une stabilité du taux de change. Il a mis l’accent sur la manière dont l’État peut réaliser des excédents de la balance des paiements et accroître les recettes réelles de la balance commerciale, qui proviennent directement des recettes du tourisme et des transferts des Égyptiens, ainsi que combler l’écart entre exportations et importations, dans le cadre d’un plan stratégique à long terme établi par le gouvernement.

Depuis la prise de la décision, ce matin, le taux de change du dollar dans les banques égyptiennes et étrangères connaît une hausse désordonnée : le prix à la Banque nationale d’Égypte a dépassé 50 livres, alors qu’il n’était que de 30,8 livres tôt le matin, le prix sur le marché officiel ayant augmenté de plus de 66 %.

Selon les données publiées par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques en Égypte, le marché a connu un recul du taux d’inflation générale des prix à la consommation en zone urbaine en janvier 2024 : le taux mensuel a atteint 1,6 %, contre 4,7 % le même mois de l’année précédente, et 1,4 % en décembre 2023. Quant à l’inflation annuelle, les chiffres ont également enregistré un recul, le taux annuel atteignant 29,8 % en janvier 2024, contre 33,7 % en décembre 2023.

 

L’inflation et l’économie égyptienne

« Créer un équilibre direct dans les mécanismes de l’offre et de la demande sur le marché égyptien, tandis que nous ressentirons une forte impulsion vers l’élimination des demandes accumulées de devises étrangères » : c’est ainsi que le docteur Bilal Shoaib, économiste, a parlé des effets rapides des décisions de la Banque centrale, affirmant que l’intervention de la banque en matière de taux d’intérêt a pour objectif principal de contrôler la liquidité monétaire, afin d’empêcher les cambistes de manipuler à nouveau le cours du dollar.

Shoaib a souligné, dans son entretien avec « Zawia3 », que cette mesure économique est très importante pour parvenir à un équilibre du taux de change, notant que l’inflation est l’un des défis majeurs auxquels fait face l’économie égyptienne, directement liée au phénomène de « dollarisation », c’est-à-dire la tentative des commerçants de convertir la livre égyptienne en dollars et, par conséquent, d’influer sur la tarification des marchandises, des voitures et des denrées alimentaires en dollars, tout en les vendant en livres égyptiennes, ce qui entraîne une hausse folle et anarchique des prix.

Quant à l’autre effet des décisions de la Banque centrale, l’économiste a déclaré qu’elles attireront davantage d’investissements étrangers, ce qui contribuera à fournir la liquidité en dollars nécessaire au départ, affirmant que cela permettra aux banques de relever les taux d’intérêt pour un resserrement monétaire accru.

« Shoaib » a révélé que jusqu’à mille milliards de livres en monnaie locale se trouvent en dehors du système bancaire, indiquant qu’il existe davantage de véhicules d’épargne dans les banques publiques égyptiennes, et que l’État cherche de temps à autre à collecter cette liquidité monétaire en émettant des certificats d’épargne à taux d’intérêt élevé.

Cela intervient au moment où les deux banques publiques en Égypte ont émis de nouveaux certificats d’investissement, au rendement élevé atteignant 30 % sur trois ans, le rendement étant réduit à 25 % et 20 % la deuxième et la troisième année respectivement, avec un versement périodique du rendement pendant la période d’investissement. La Banque nationale d’Égypte a décidé de lancer un certificat d’investissement à rendement dégressif sur trois ans, avec un rendement annuel de 30 % la première année, 25 % la deuxième et 20 % la troisième, versé annuellement.

La Banque nationale d’Égypte a modifié le taux de rendement du certificat platine dégressif sur trois ans, dont le rendement annuel est désormais de 26 % la première année, 22 % la deuxième et 18 % la troisième, pour les nouvelles émissions à compter d’aujourd’hui, 6 mars 2024, avec un versement mensuel du rendement. En outre, le taux de rendement du certificat platine à trois ans à rendement fixe a été modifié : le rendement annuel est désormais de 21,5 % pour les nouvelles émissions à compter d’aujourd’hui, 6 mars 2024, au lieu de 19 %, avec un versement mensuel.

Les certificats platine d’un an ont par ailleurs été maintenus, avec un rendement annuel de 27 % versé à l’échéance et un rendement mensuel de 23,5 %, avec le lancement d’une nouvelle périodicité de versement, à un rendement annuel de 23 %, versé quotidiennement.

Dans la même veine, la Banque Misr réémet le certificat d’épargne « Ibn Misr » sur trois ans, dégressif, avec différentes périodicités de versement des rendements pour répondre aux besoins des clients : trois émissions ont été approuvées, avec un versement annuel, trimestriel et mensuel. Selon les précisions de la banque, les rendements annuels atteignent 30 % la première année, 25 % la deuxième et 20 % la troisième. Les rendements à versement trimestriel atteignent 27 % la première année, 23 % la deuxième et 19 % la troisième. Quant aux rendements à versement mensuel, ils atteignent 26 % la première année, 22,5 % la deuxième et 19 % la troisième, pour les nouvelles émissions à compter d’aujourd’hui, 6 mars 2024.


Commentant les nouvelles décisions, l’économiste Ehab Samra a déclaré à « Zawia3 » que ce qui se passe était prévisible, expliquant que l’acceptation par les citoyens des amendements constitutionnels de 2019 a été le point de départ de la situation à laquelle est parvenue la scène économique égyptienne aujourd’hui, après qu’ils ont renouvelé leur confiance dans le pouvoir actuel, qui a aggravé la crise.

Il a ajouté : selon une déclaration antérieure du ministre des Finances Mohamed Maait, 54 % de l’économie égyptienne se situe en dehors du budget de l’État (il entend par là les fonds spéciaux et d’investissement), sans compter l’économie de l’armée ; ce qui signifie que nous sommes face à un système économique fragile, qui ne dispose pas des outils de protection des citoyens. Il poursuit : « Le Caire a reçu des flux monétaires étrangers sans précédent, que l’Égypte n’avait jamais reçus dans son histoire, et qui ont été entièrement dilapidés dans des actifs improductifs ne générant aucune recette pour le budget de l’État, tandis que des actifs productifs importants ont été vendus, ou la production arrêtée en vue d’une vente future ». Et la décision de la Banque centrale aujourd’hui de relever le taux d’intérêt de 6 % est la plus forte hausse des taux de l’histoire, et c’est la seule décision que la banque puisse prendre ; tandis que la libéralisation du taux de change n’est pas entre les mains du gouvernement ou de la Banque centrale, mais entre celles des forces du marché désormais, conformément à ce que nous ont imposé la Banque mondiale et les autres créanciers ; c’est pourquoi le dollar est passé de 30,9 livres à 51 livres dans certaines banques en l’espace de quelques heures.

Quant à l’effet de la libéralisation du taux de change sur les marchés locaux, il a déclaré que les prix augmenteront de nouveau, car le régime a perdu les mécanismes de gestion du marché et a perdu ses lignes de production ; ce qui se passe n’est qu’un analgésique : le prix officiel est désormais le même que celui du marché noir, et l’État a perdu les mécanismes de gestion de la crise lorsqu’il s’est retiré du secteur public productif, qui a toujours représenté le moyen de sauvetage des Égyptiens en temps de crise ; il a également affaibli les capacités productives du secteur privé (les usines à l’arrêt). Selon lui, l’annonce par l’État du dédouanement des marchandises demain n’est qu’un moyen de collecter des flux de devises étrangères, rien de plus. « Le gouvernement ne peut pas obliger les producteurs à vendre les marchandises et les produits à des prix inférieurs au cours des banques locales, qui a déjà atteint celui du marché noir, ce qui alourdit le fardeau des Égyptiens ». Il a conclu que l’élimination du marché noir n’est d’aucune utilité, car il n’est pas une cause, mais le résultat de la faiblesse des ressources productives, des exportations, du tourisme et des recettes du canal de Suez, et de la baisse des transferts des Égyptiens de l’étranger ; si le gouvernement poursuit la même politique économique, rien ne changera dans le paysage, et nous irons même vers le pire, selon ses termes.

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