Les travailleurs égyptiens, carburant des profits des hommes d’affaires : l’État regarde !

Zawia3 a recensé la fermeture et la liquidation de plus de 110 entreprises et usines en Égypte au cours des dix dernières années. Plus de 30 travailleuses et travailleurs de différents secteurs, employés depuis cinq à sept ans, affirment que le salaire minimum n’est pas appliqué malgré les décisions officielles.
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Shimaa Hamdy

« Après cinq ans de travail, mon salaire n’a pas dépassé la barre des 3 500 livres, primes et tout compris, et après déduction des cotisations sociales et des impôts, il n’a pas dépassé la barre des 2 800 livres. » C’est par ces mots que Nahed Ramadan* (nous avons masqué son vrai nom à sa demande, par crainte de représailles administratives de la part de son employeur) a commencé à dévoiler ses difficultés face à la non-application du salaire minimum fixé par les autorités à six mille livres, dont l’entrée en vigueur avait été annoncée à partir du mois de mai dernier.

Cette quadragénaire, qui travaille depuis près de cinq ans dans l’un des clubs relevant de l’Autorité du canal de Suez, dénonce la non-application du salaire minimum, malgré les déclarations des responsables sur l’importance d’alléger les difficultés économiques et les conditions de vie des personnes à faible revenu.

Mayada Omar, qui travaille sur une chaîne de production dans une usine de vêtements en tant que responsable de la qualité, indique que son salaire ne dépasse pas la barre des 3 200 livres après quatre ans de travail dans la même usine. Elle explique : « La plupart du temps, nous ne sommes pas payés pour les heures supplémentaires et nous n’avons pas droit à l’heure de repos ; la direction considère souvent que la journée de travail se termine avec l’achèvement des tâches quotidiennes, et non à l’issue des heures de travail fixées. »

L’histoire de Nahed et de Mayada n’a rien d’unique : lors de la préparation de ce reportage, nous avons contacté, à Zawia3, plus de 30 ouvriers, ouvrières, employés et employées de différents secteurs, qui travaillent depuis cinq à sept ans, et tous ont affirmé que le salaire minimum n’est pas appliqué malgré les décisions officielles. Ils ont également affirmé que la journée de travail atteint parfois neuf ou dix heures, en violation de la loi sur le travail actuellement en vigueur, et que la plupart d’entre eux n’ont pas été rémunérés pour les heures effectuées au-delà des huit heures prévues par la loi sur le travail.

Selon le ministère du Travail, l’alinéa « c » de l’article 1er de la loi sur le travail n° 12 de 2003 contient une définition précise du salaire, à savoir « tout ce que le travailleur perçoit en contrepartie de son travail, qu’il soit fixe ou variable, en espèces ou en nature, sur la base duquel est calculé le salaire minimum, et qui comprend : la commission, le pourcentage, les augmentations, les avantages en nature, les gratifications, les indemnités, la part des travailleurs dans les bénéfices et les pourboires, compte tenu des règles de versement de ces éléments ».

Selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), la durée hebdomadaire moyenne du travail est passée de 55 heures à 53 heures entre 2010 et 2022, soit neuf heures par jour en 2010 et un peu plus de huit heures et demie par jour en 2022.

Il convient de noter que la Banque mondiale a fixé le seuil de pauvreté à environ 6,85 dollars par jour, soit l’équivalent de 347,9 livres par jour (un dollar valant 50,8 livres). Ainsi, toute personne dont le revenu mensuel est inférieur à 10 275 livres est considérée comme pauvre selon les critères de la Banque mondiale.

En 1990, la Banque mondiale a commencé à fixer un seuil de pauvreté d’un dollar par personne et par jour. Ce seuil d’un dollar par personne et par jour a évolué au fil des ans pour atteindre 2,15 dollars, avant que la Banque ne recalcule le seuil de pauvreté en 2022 pour le porter à 6,85 dollars par jour.

 

 

Hommes d’affaires et responsables

Au cours des deux derniers mois, les médias égyptiens ont relayé des déclarations d’hommes d’affaires et de responsables égyptiens associant l’efficacité de la production et le progrès économique à de longues heures de travail, en violation flagrante de la loi sur le travail et des conventions internationales. L’homme d’affaires Mohamed Farouk a ainsi réclamé que la durée du travail en Égypte soit portée à 12 heures par jour, six jours par semaine, estimant que cette approche est la voie du succès économique et de la hausse de la productivité. Invité dans un podcast, il a rejeté l’idée d’« équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle », qualifiant ce concept d’« irréaliste ».

Ces déclarations ont suscité la colère des défenseurs des droits et des acteurs engagés sur les questions ouvrières, car elles sont intervenues au moment où le mouvement politique et de défense des droits s’oppose au projet de loi sur le travail actuellement soumis au Parlement égyptien pour examen et adoption, et alors que certaines usines et entreprises ont connu des protestations pour réclamer l’application du salaire minimum.

La loi sur le travail n° 12 de 2003 a fixé les droits des salariés du secteur privé, dans ses articles 80 à 87, en matière de durée officielle du travail, comme suit : « Le salarié ne peut être effectivement employé plus de huit heures par jour ou 48 heures par semaine, sans compter les périodes consacrées aux repas et au repos. Le ministre peut décider de réduire la durée maximale du travail pour certaines catégories ou dans certaines industries ou activités qu’il détermine. Les heures de travail doivent en outre comporter une ou plusieurs pauses pour le repos et les repas, d’une durée totale d’au moins une heure, et il doit être veillé à ce que le salarié ne travaille pas plus de cinq heures consécutives. »

Hisham Fouad, journaliste et chercheur spécialiste des questions ouvrières et sociales, estime que le libéralisme en Égypte considère la main-d’œuvre abondante et bon marché, celle qui « complète son dîner par le sommeil » (autrement dit, qui se couche le ventre vide), comme son seul avantage compétitif. Il poursuit : « Ces gens se montrent et affichent ouvertement ce qu’ils font dans leurs usines, loin des caméras des médias. Cette classe croit qu’il faut sucer le sang du travailleur, en exploitant son besoin d’un emploi pour pouvoir vivre ; ainsi se développe le phénomène du travail forcé, dont les taux augmentent dans le monde, comme l’indiquent les organisations internationales. »

Il explique, dans son entretien avec Zawia3, qu’en 2021, 27,6 millions de personnes étaient soumises au travail forcé dans le monde, ce qui signifie qu’à notre époque, 3,5 personnes sur mille travaillent dans des conditions proches de l’esclavage ou de la corvée, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail. À l’échelle mondiale, avec l’essor de la « libéralisation » et de la dérégulation des marchés dans les années 1980, dans le contexte de la crise capitaliste mondiale, qui s’est aggravée avec la crise de 2008, l’État protecteur (selon le modèle industriel de l’après-Seconde Guerre mondiale) a commencé à reculer au profit de la flexibilité.

Au sujet des problèmes posés par la « flexibilité du travail » selon l’Organisation internationale du travail, le chercheur spécialiste des questions ouvrières ajoute que les hommes d’affaires la considèrent comme une autorisation à verser aux travailleurs de faibles salaires et à les contraindre à travailler dans de mauvaises conditions, en violation des conventions internationales. Il souligne que le système capitaliste en Égypte soutient cette classe avec toutes ses ailes, civiles et militaires.

Dans le même contexte, Hassan El-Barbary, chercheur spécialiste des questions ouvrières, estime que la situation dans le secteur privé en Égypte s’est aggravée depuis 2020, avec la pandémie de Covid-19, le début de l’aggravation de la crise économique en Égypte et ses effets négatifs sur les entreprises qui ont subi des pertes. La main-d’œuvre disponible sur le marché est ainsi devenue supérieure aux besoins, et les choix des hommes d’affaires ou des employeurs se fondent désormais sur leurs propres conditions, sans lien avec les lois ou les conventions et pactes internationaux.

Il ajoute : « Toutes les décisions relatives au salaire minimum sont des décisions souveraines, qui ne sont précédées d’aucun dialogue social ni d’aucun mécanisme de fixation ou de révision du salaire minimum, et le Conseil supérieur des salaires ne joue pas son rôle dans ce domaine, bien qu’il s’agisse de sa mission la plus importante. À cela s’ajoute l’absence de caractère contraignant de l’application du salaire minimum. De nombreuses entreprises ont saisi le Conseil supérieur des salaires, par l’intermédiaire d’organismes comme la Fédération des chambres de commerce et la Fédération des industries, pour être exemptées de l’application du salaire minimum, alors même qu’il existe une manipulation consistant à appliquer le minimum au salaire global et non au salaire de base, ce qui a permis à certains de manipuler le montant du minimum, tandis que d’autres ont demandé une exemption en invoquant leur incapacité à l’appliquer. L’affaire est désormais laissée à une commission spécialisée du Conseil supérieur des salaires, sans aucune transparence. »

 

 

De longues heures de travail

L’Organisation internationale du travail a révélé dans un rapport qu’environ 50 millions de personnes dans le monde vivent sous le joug de l’esclavage moderne, en majorité des femmes et des enfants, une hausse notable que l’organisation attribue aux années de la pandémie (de Covid-19) qui a frappé le monde et à ses conséquences économiques et sociales. L’organisation considère le travail forcé (contraint) comme l’une des formes les plus marquantes et les plus répandues de cet esclavage moderne. Le terme d’« esclavage moderne » n’est pas défini juridiquement, mais il est utilisé comme un terme générique qui englobe plusieurs pratiques, dont le travail forcé et la servitude pour dettes. Cette définition renvoie essentiellement aux situations d’exploitation qu’une personne ne peut refuser ou auxquelles elle ne peut échapper en raison de menaces, de violences, de coercition, de tromperie et/ou d’abus de pouvoir.

Les profits mondiaux annuels tirés du travail forcé sont estimés à environ 236 milliards de dollars américains. Ce montant représente les salaires effectivement volés aux travailleurs, ce qui touche particulièrement ceux qui peinent déjà à subvenir aux besoins de leur famille. Le travail forcé est le plus répandu dans les États arabes (5,3 pour mille), suivis de l’Europe et de l’Asie centrale (4,4), des Amériques et de l’Asie-Pacifique (3,5 chacune) et de l’Afrique (2,9). Selon l’Organisation internationale du travail, 27,6 millions de personnes étaient soumises au travail forcé dans le monde en 2021. De 2016 à 2021, ce nombre a augmenté de 2,7 millions, principalement en raison du travail forcé imposé par le secteur privé.

Commentant ces données, le chercheur Hisham Fouad déclare : « Le gouvernement des hommes d’affaires n’a pas osé toucher aux articles relatifs aux salaires dans le nouveau projet de loi sur le travail, car “Sawiris et ses compagnons” (en référence à l’homme d’affaires Naguib Sawiris) y ont écrit en gros caractères : “Défense d’approcher”. »

Il poursuit : « Pour qu’on ne nous accuse pas d’exagération, nous signalons que le nouveau projet de loi sur le travail, préparé par le gouvernement, réduit la prime périodique annuelle de 7 % du salaire de base à 3 % du salaire soumis à cotisations. Et ce n’est un secret pour personne que le conseil chargé des salaires ne s’est réuni, “par la volonté de quelqu’un”, que quelques rares fois en 15 ans, et lorsqu’il s’est enfin réuni, il a décidé de porter le minimum à 6 000 livres. Mais sa décision a “consacré l’injustice”, puisqu’elle a exclu les travailleurs des micro-entreprises, qui travaillent dans des conditions difficiles sans contrat de travail, tandis que plus de 90 % des établissements industriels privés ont demandé à être exemptés de la hausse du salaire minimum, invoquant leur mauvaise situation, si bien que la plus grande partie de la main-d’œuvre égyptienne a été privée d’augmentation de salaire. »

Il estime que le gouvernement des hommes d’affaires viole les conventions internationales relatives au travail décent, que nous appelons aussi droits sociaux, parmi lesquels le salaire minimum, la durée du travail et les congés, la sécurité et la santé au travail, la sécurité de l’emploi et la sécurité sociale. Pour faire face à la non-application de la décision de relever le salaire minimum, il faut durcir les sanctions contre les hommes d’affaires qui s’y dérobent, en alourdissant les amendes jusqu’à l’emprisonnement, afin que les hommes d’affaires soient dissuadés et accordent aux travailleurs leurs droits.

Il souligne que les travailleurs, armés de syndicats forts et de partis de gauche, sont capables de contester n’importe quelle loi, à condition qu’existe un climat politique offrant une marge de manœuvre. En attendant ce moment, la classe du « où va-t-on trouver l’argent ? » poursuivra sa lutte contre la faim, les licenciements et le despotisme, en endurant toutes sortes d’oppression, mais ce qui est certain, c’est que ce moment viendra.

 

 

Mona Ezzat, directrice de la Fondation Al-Nun pour la protection de la famille et chercheuse spécialiste des droits économiques et sociaux, estime que les déclarations associant l’allongement de la durée du travail à un effet positif sur le volume de production sont inexactes et contraires aux normes internationales en matière de sécurité et de santé, ainsi qu’aux tendances actuelles dans les pays du monde. Elle explique que le corps humain a besoin de repos physique et psychologique, car une partie de ses capacités consiste à travailler de manière concentrée, sans compter que les travailleurs et les travailleuses ont besoin d’un environnement de travail sûr et sain : les trois facteurs (santé, psychologie et environnement de travail) influent sur la capacité productive du travailleur.

Elle ajoute que la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail traite de l’incidence de la violence domestique sur la situation des travailleurs et des travailleuses sur leur lieu de travail, de l’importance pour les lieux de travail d’y prêter attention et de l’étendue de leur responsabilité envers les travailleurs et les travailleuses, compte tenu de son impact sur les relations au sein des lieux de travail et sur la production.

Mona souligne que les normes internationales du travail sont allées au-delà de la durée du travail pour s’étendre à la sécurité sanitaire et psychologique du travailleur et à son environnement, et qu’il existe dans certains pays une tendance à réduire la durée du travail pour améliorer l’état de santé physique et psychologique des travailleurs et des travailleuses, ce qui améliore la qualité de la production. Les récentes déclarations d’hommes d’affaires évoquant de longues heures de travail montrent qu’il s’agit d’employeurs qui enfreignent les normes internationales relatives à la notion d’environnement de travail sûr.

Quant à la responsabilité du pouvoir pour limiter ce type de déclarations, Ezzat estime que trois parties sont responsables des relations de travail selon les normes internationales : le gouvernement, les employeurs et les syndicats, qui se situent sur un pied d’égalité dans leur droit à défendre les intérêts des travailleurs et des travailleuses, ainsi que les relations de travail et les droits et devoirs qu’elles comportent sur les lieux de travail. Elle juge également nécessaire d’instaurer un dialogue social entre ces parties afin de s’accorder sur l’application des normes internationales du travail et des conventions prévues ; ainsi, « le rôle du gouvernement est ici de garantir l’équilibre de la relation, d’empêcher qu’une partie prenne le dessus sur l’autre et d’être le garant de relations de travail efficaces et équilibrées, dans lesquelles aucune partie ne fait pression sur une autre, que ce soit par l’organisation ou par la législation ».

L’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail ont estimé que 398 000 personnes sont mortes d’un accident vasculaire cérébral et 347 000 d’une cardiopathie ischémique en 2016, pour avoir travaillé plus de 55 heures par semaine. Entre 2000 et 2016, le nombre de décès dus à des maladies cardiaques liées aux longues heures de travail a augmenté de 42 %, et celui des décès dus aux AVC de 19 %. L’étude conclut que travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à une augmentation estimée à 35 % du risque d’AVC et de 17 % du risque de décès par cardiopathie ischémique, par rapport à une durée de travail de 35 à 40 heures par semaine.

Selon les données de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, le nombre d’accidents du travail a dépassé 750 en 2009, tandis que plus de 340 ont été enregistrés en 2021 ; l’année 2010 a connu un pic, avec plus de 950 accidents du travail enregistrés au cours de l’année.
Accidents du travail en Égypte, 2009-2021
Alors que la condition des travailleurs et la crise de l’application du salaire minimum sur les lieux de travail sont débattues sur la scène politique et dans les milieux de défense des droits, la Chambre des représentants a poursuivi, le 24 novembre dernier, l’examen de la loi sur le travail ; les séances consacrées au projet de loi devraient se poursuivre jusqu’à la fin de l’année, compte tenu du grand nombre de ses articles, qui dépasse 500, et sur fond d’objections croissantes de la part des syndicats indépendants, des partis politiques et des défenseurs des droits.

Des millions de travailleurs égyptiens attendent l’issue des débats parlementaires sur la nouvelle loi sur le travail, que le gouvernement égyptien avait présentée il y a deux ans, retirée l’an dernier, puis présentée de nouveau début novembre dernier, avant de la retirer une nouvelle fois pour y apporter des modifications. La Chambre des représentants a commencé à examiner le nouveau projet de loi unifiée sur le travail en octobre 2024, destiné à remplacer la loi sur le travail en vigueur n° 12 de 2003, près de huit ans après l’approbation du nouveau projet par le gouvernement et sa transmission au Conseil d’État pour examen.

À la suite de cela, la commission des libertés du Centre des services syndicaux et ouvriers (CTUWS) a décidé de lancer une campagne contre la loi sur le travail, comprenant un ensemble d’activités et d’événements : le lancement du film de sensibilisation consacré à la nouvelle loi sur le travail, « Nafea et Fahim », la publication d’une note d’observations sur le projet et son envoi à un groupe de députés et de responsables politiques concernés par la question, ainsi que la poursuite de la campagne de collecte de signatures en soutien aux amendements proposés, dans le but d’influencer les décideurs et les législateurs afin de garantir l’adoption d’une loi sur le travail juste, qui respecte les droits de tous les travailleurs et travailleuses et leur offre un environnement de travail sûr et sain. Le plan prévoit également de sensibiliser aux articles essentiels dont la campagne réclame la modification dans le projet de loi sur le travail.

Dans le même contexte, la commission des libertés et de la législation du sixième Congrès général de la presse égyptienne a présenté une lecture critique du nouveau projet de loi sur le travail, allant des principes généraux du projet à l’examen d’un certain nombre de ses articles qui, selon la commission, touchent au travail journalistique.

Le rapporteur de la commission des libertés et de la législation, Mohamed Basal, a souligné lors des travaux du congrès que les observations de la commission, jointes à cette lecture critique, reposent sur les discussions d’un séminaire organisé au syndicat des journalistes, auquel ont assisté des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits et des experts, au sujet du nouveau projet. Il a indiqué que certaines observations contenues dans la lecture critique découlent de l’analyse des articles de la loi à la lumière des évolutions sociales et des décisions de justice relatives aux relations de travail, ainsi que de l’examen de rapports critiques antérieurs sur le projet.

Les observations comprenaient huit points essentiels : des observations générales sur l’élaboration du projet et sa philosophie, les salaires, les relations de travail et leurs formes, ainsi que les règles de fin de service et la grève pacifique, le dialogue social, les négociations et les conventions, et enfin l’emploi des femmes et des enfants.

Pour sa part, le chercheur Hisham Fouad estime que, malgré les problèmes et les crises que subissent les travailleurs et les travailleuses en Égypte, aucun changement de fond n’est intervenu en ce qui concerne l’assouplissement des restrictions à l’exercice du droit de grève garanti par la Constitution ; au contraire, la grève a été interdite pendant les périodes « exceptionnelles » déterminées par le gouvernement, ce qui a suscité des réserves de la part de l’Organisation internationale du travail. Il a poursuivi : le projet de loi sur le travail, actuellement en discussion au Parlement, a également exclu de sa protection un million et demi d’« esclaves salariés », qui travaillent depuis des années sans la moindre protection, parmi lesquels les « aides ménagères », ou, comme les appellent les riches, les « domestiques » !

Il ajoute : « Si l’on sait que la majorité d’entre eux sont des femmes, la chose ressemble à une invitation ouverte à en faire une “proie facile” pour les exploiteurs. Pire encore, le projet de loi a ignoré la lutte contre le harcèlement sexuel sur les lieux de travail, malgré son ampleur. »

Zawia3 a recensé la fermeture et la liquidation de plus de 110 entreprises et usines au cours des dix dernières années, parmi lesquelles : la société Misr pour la soie artificielle, la Société nationale égyptienne de filature, la société d’Alexandrie de filature et de tissage, la Société égyptienne des textiles et de l’impression, la société des Ateliers industriels de la soie et du coton (ESCO), la société de l’Union des industries textiles supérieures (SETA), la société unie de filature et de tissage, la société Arabe et Polvara de filature et de tissage, et la Société égyptienne moderne de filature et de tissage.

L’orientation du pouvoir visant à fermer les entreprises et les usines publiques s’accorde avec les politiques du Fonds monétaire international, annoncées dans le « Document sur la politique de propriété de l’État », dans le cadre de l’élaboration d’une stratégie nationale visant à renforcer le secteur privé et à définir les domaines d’activité de l’État et du secteur privé, ce qui signifie que le secteur privé et les hommes d’affaires ont désormais le dernier mot sur le marché du travail et sur le sort des travailleurs.

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Shimaa Hamdy
Journaliste égyptienne, elle couvre les dossiers politiques et des droits humains et s’intéresse aux questions des femmes. Chercheuse sur la liberté de la presse, les médias et les libertés numériques.

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