Après le FMI : l’Égypte cherche son indépendance économique face au poids de la dette et à l’épreuve de la mise en œuvre

Les intérêts de la dette absorbent environ deux tiers des recettes de l’Égypte, à l’approche de la fin du programme du FMI.
كولاج توضيحي لمصانع وأفق القاهرة ويد تحمل مخططًا وورقة نقدية مصرية، عن الاقتصاد المصري بعد صندوق النقد.
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Rasha Ammar

Une mission du Fonds monétaire international entamera dimanche prochain les discussions sur la huitième et dernière revue du programme de financement de l’Égypte. En décembre prochain, le programme de coopération financière en cours avec le Fonds prendra officiellement fin : il comprend l’accord au titre du mécanisme élargi de crédit, d’un montant de 8 milliards de dollars, ainsi que la facilité pour la résilience et la durabilité, dotée de 1,3 milliard de dollars.

Cette sortie procédurale intervient alors que le gouvernement égyptien cherche à instaurer une nouvelle phase de politiques économiques, fondée sur une vision nationale de la réforme et sur la volonté de mettre fin à la dépendance persistante envers les programmes d’emprunt auprès des institutions internationales.

Lors du Forum Égypte 2026, le Conseil des ministres a annoncé les contours du Programme national de transformation économique 2027–2030. Celui-ci vise à faire passer l’économie de la gestion des crises et de la stabilisation financière à une croissance fondée sur la productivité et le renforcement du secteur privé.

Cette transition se heurte toutefois à une équation économique complexe. Les données officielles font état d’une amélioration notable de la liquidité extérieure, illustrée par la hausse des réserves internationales nettes à 57,35 milliards de dollars fin septembre 2026 et par la progression des transferts des Égyptiens travaillant à l’étranger. Les pressions financières structurelles demeurent néanmoins bien présentes à l’intérieur du pays : les intérêts de la dette absorbent environ les deux tiers à trois quarts des recettes budgétaires égyptiennes, tandis que l’inflation reste à des niveaux élevés qui pèsent sur le niveau de vie et l’investissement, selon des observateurs interrogés par Zawia3.

Qu’est-ce que le Programme national de transformation économique 2027–2030 ?

Le programme constitue une tentative du gouvernement de répondre aux interrogations des investisseurs et des milieux économiques sur l’orientation des politiques publiques après la fin de la supervision directe du FMI. Selon les communiqués officiels du Conseil des ministres et du ministère de la Planification et du Développement économique, il s’agit d’un cadre intégré sur quatre ans, fondé sur les conclusions du Dialogue national, le Document de politique de propriété de l’État et le Programme national de réformes structurelles.

Il comprend un ensemble d’objectifs chiffrés ambitieux que le gouvernement souhaite atteindre d’ici à l’exercice 2029/2030. Le principal consiste à porter progressivement la croissance du produit intérieur brut réel à 6,8 % d’ici à la fin de la décennie, contre environ 5,1 % attendus pour l’exercice en cours, en élargissant la base productive et en stimulant les exportations.

Le plan prévoit également de faire passer la part de l’investissement total dans le PIB de son niveau actuel de 12,7 % à 20 % d’ici à 2029/2030. Il vise parallèlement à modifier la répartition de ces investissements, en portant la part du secteur privé à 67 % du total des investissements réalisés, contre environ 57,7 % actuellement. Cette orientation traduit la volonté de l’État de réduire les dépenses d’investissement public au profit des initiatives privées.

Le gouvernement a fait de la réduction de l’inflation à une fourchette de 5 % à 7 % une priorité, alors qu’elle dépasse actuellement 13 %. Il entend également ramener le déficit extérieur du compte courant de 5,1 % à 2,3 % du PIB et le taux de chômage de 5,8 % à environ 5,5 %.

Le programme vise en outre à accroître les recettes fiscales de deux points de pourcentage, pour les faire passer de 13 % à 15 % du PIB. Les autorités affirment que cet objectif sera atteint par l’élargissement de l’assiette fiscale, la numérisation des procédures et l’intégration de l’économie informelle, sans introduire de nouvelles charges ni de nouvelles tranches d’imposition.

Le programme s’articule autour de quatre grands axes de travail comprenant 40 objectifs et 185 mesures d’exécution, ainsi que 20 réformes législatives et 25 réformes institutionnelles. Ces mesures doivent faire l’objet d’une évaluation continue au moyen de 150 indicateurs de performance.

Il se concentre sur cinq secteurs présentés comme les moteurs d’une croissance durable : l’agriculture, l’industrie manufacturière, les communications et les technologies de l’information, le tourisme et l’énergie. Les indicateurs officiels montrent que ces secteurs ont contribué à environ 50 % du taux de croissance réelle récemment enregistré, représentent près de 40 % du PIB et emploient environ 40 % de la population active occupée. Ils ont également attiré des flux d’investissement avoisinant 3,1 milliards de dollars au premier semestre de l’exercice précédent.

Comment les experts le perçoivent-ils ?

Pour l’économiste Mohamed Fouad, président du groupe parlementaire du parti Al-Adl à la Chambre des représentants, le problème central du gouvernement ne réside plus dans sa capacité à afficher des objectifs chiffrés ambitieux, mais dans l’absence de mécanismes de mise en œuvre.

« Lorsque nous parlons de porter l’investissement total à 20 % du PIB et la part du secteur privé à 67 %, alors que le taux réel d’épargne intérieure ne dépasse pas environ 3 %, la question centrale ne devrait pas porter sur le degré d’ambition de cet objectif, explique-t-il à Zawia3. Elle devrait porter sur la manière réaliste de le financer, sur l’identification des ressources permettant de combler l’écart existant entre l’épargne et l’investissement, et sur la pérennité de ces ressources à moyen et à long terme. »

Abordant la dette publique et son lien avec la marge de manœuvre budgétaire de l’État, le président du groupe parlementaire d’Al-Adl précise : « Il en va de même pour la gestion de la dette. Le fait que les paiements d’intérêts absorbent environ 68 % des recettes de l’État impose des contraintes extrêmement fortes à l’efficacité et à la souplesse de la politique budgétaire. Pourtant, il reste impossible d’évaluer ou de déterminer la marge disponible pour le développement et les services publics sans disposer d’un plan gouvernemental d’exécution clair pour gérer le principal de la dette, réduire le coût de son service et réorganiser radicalement les priorités de la dépense publique. »

L’économiste critique la succession de cadres théoriques pour les plans gouvernementaux sans évaluation de leurs résultats, décrivant un syndrome récurrent : « La vérité est que nous avons assisté à cette scène au moins deux fois ces dernières années : d’abord avec le lancement de la Vision Égypte 2030, puis avec la présentation du Récit national pour le développement économique. À chaque étape, nous revenons au point de départ pour discuter presque des mêmes objectifs, réexpliquer ce qui a déjà été expliqué, puis passer rapidement à un nouveau cadre théorique sans prendre la peine de mesurer les résultats du précédent ni de le soumettre à une évaluation objective. »

« Cette compétition permanente pour expliquer ce qui a déjà été expliqué et ces passages successifs d’un plan à l’autre, sans règles d’exécution claires ni véritable obligation de rendre compte des résultats, sont devenus au fil du temps un véritable gaspillage de temps et d’efforts, ajoute-t-il. Ils ne peuvent en aucun cas remplacer une réforme économique structurelle sérieuse. »

« La vulnérabilité du modèle économique actuel n’est plus une proposition théorique sujette à débat, affirme-t-il. Les fortes variations du taux de change et la grande sensibilité de l’économie aux mouvements des capitaux spéculatifs et aux fluctuations des conditions extérieures révèlent sans ambiguïté la persistance des déséquilibres structurels que tous ces plans et programmes successifs étaient censés corriger. »

Le professeur d’économie politique Karim El-Omda partage cet avis. Il estime que les éléments présentés sur le programme de transformation économique sont généraux et complexes et ne peuvent être commentés ou évalués dans l’absolu. Parler d’augmenter la production industrielle, de renforcer la fabrication locale, d’accroître les exportations et la croissance, et de réduire le chômage et l’inflation n’a rien de nouveau en soi. Ces objectifs ont déjà été avancés à plusieurs reprises dans des stratégies antérieures, comme le plan égyptien de développement durable, Vision 2030, et le Récit national.

El-Omda explique à Zawia3 qu’une véritable évaluation de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre ce programme ne peut s’arrêter aux objectifs généraux ou aux grandes lignes de la stratégie : ce sont des propos généraux déjà entendus. Elle dépend entièrement de la connaissance de la nature et du détail des 185 mesures que le gouvernement a annoncé vouloir prendre pour atteindre ces objectifs. Les mesures d’exécution constituent la base permettant de juger scientifiquement et objectivement de la possibilité d’une application réelle.

Il souligne que fixer des objectifs sur une longue période allant jusqu’à 2030 fait craindre la répétition d’expériences passées. En 2021, par exemple, le Premier ministre avait évoqué l’atteinte de l’autosuffisance en 2023, une perspective alors jugée positive par certains. Mais, souvent, les objectifs sont fixés à des échéances lointaines et, lorsque 2030 arrivera, tout le monde aura oublié ce qui a été dit et annoncé à la fin de 2026.

Il insiste sur le fait qu’une analyse précise et détaillée ne peut se contenter d’évoquer les plans dans leur généralité : « Nous avons besoin que ces 185 mesures précises et leur contenu soient annoncés et expliqués, afin que les spécialistes puissent déterminer si elles sont réalisables sur le terrain. »

Des chiffres encourageants, mais…

De son côté, Ahmed Aboud, professeur d’économie et de finance à l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, considère que les objectifs annoncés, portant l’investissement à 20 % du PIB et la part du secteur privé à 67 %, sont fondamentalement des chiffres encourageants. Mais le plus grand défi ne réside pas seulement dans la volonté d’accroître l’investissement : il consiste à assurer les financements nécessaires. Comparer le taux actuel d’épargne intérieure, autour de 3 % du PIB, à un objectif d’investissement de 20 % révèle un déficit de financement proche de 17 %, observe-t-il.

Il explique à Zawia3 que cet objectif n’est pas impossible à atteindre, mais qu’il suppose de disposer de ressources de financement clairement identifiées : augmenter l’épargne intérieure, attirer d’importants flux d’investissements directs étrangers et réduire l’éviction du secteur privé par le secteur public dans les projets, afin de laisser une véritable place à l’accroissement de sa contribution.

Sur le plan des finances publiques, Aboud indique que les intérêts de la dette, qui absorbent environ les deux tiers des recettes gouvernementales, soit quelque 67 %, représentent une contrainte majeure et une proportion élevée, pesant clairement sur la capacité de l’économie à fournir les ressources nécessaires aux autres activités et secteurs. Il relève que l’État cherche actuellement à élargir les assiettes fiscales et à ajuster progressivement certains taux d’imposition pour accroître les recettes, tout en adoptant des politiques de réduction de l’emprunt afin d’alléger le coût des intérêts et d’accélérer la croissance. En pratique, il n’existe pas de marge suffisante pour les dépenses de développement sans de véritables réformes de la structure de la dette publique.

Concernant la politique monétaire, il affirme que les taux d’intérêt élevés demeurent une nécessité imposée à l’économie égyptienne pour lutter contre l’inflation actuelle. Il s’agit d’une mesure habituelle, appliquée même dans les économies avancées comme l’Europe et les États-Unis pour freiner l’inflation. Il précise que cette politique vise également à protéger la stabilité du taux de change de la livre égyptienne et à préserver l’attractivité du marché pour les investissements étrangers afin d’empêcher leur sortie. Tout départ de ces capitaux exercerait en effet une pression sur les réserves de change et la monnaie nationale.

Malgré ces avantages, il estime que la hausse des taux a un coût tangible : alourdissement de l’endettement, report de certains projets d’investissement et ralentissement des marchés intérieurs, notamment de l’immobilier et de l’industrie, ainsi qu’un effet direct sur les habitudes de consommation des ménages.

D’après les chiffres disponibles, le plan gouvernemental se heurte au problème de l’écart entre l’épargne et l’investissement. Les données indiquent que le taux d’épargne intérieure brute en Égypte n’avoisine que 3 % du PIB, un niveau modeste qui ne suffit pas à financer, à lui seul, un bond de l’investissement à 20 % sans recourir à l’épargne étrangère, sous forme de prêts ou de flux d’investissements directs.

En outre, l’ambition de porter la part du secteur privé à 67 % dépend de la capacité de l’État à appliquer effectivement les règles de neutralité concurrentielle et à mettre en œuvre le Document de politique de propriété de l’État sans sélectivité. Le secteur privé continue de réclamer des garanties concrètes sur la stabilité des politiques fiscales et douanières, la facilitation de l’attribution des terrains industriels, la suppression des privilèges préférentiels accordés à certaines entreprises et entités publiques, ainsi que l’allègement des contraintes bureaucratiques.

L’élargissement de l’assiette fiscale soulève également des questions pratiques sur les mécanismes d’exécution. L’intégration de l’économie parallèle exige de véritables incitations qui dépassent le coût de la conformité au secteur formel. Par ailleurs, chercher à collecter davantage de ressources dans un contexte d’inflation et de recul du pouvoir d’achat risque, en pratique, d’alourdir la charge des contribuables déjà en règle.

L’accumulation de la dette publique et le coût élevé de son service constituent aussi le principal défi limitant la marge de manœuvre des finances publiques et la mise en œuvre des plans de développement économique et social. Les déclarations officielles du Premier ministre Mostafa Madbouly ont clairement révélé l’ampleur de ce fardeau : les paiements d’intérêts absorbent actuellement entre 67 % et 68 % de l’ensemble des recettes de l’État. Il a décrit ce niveau élevé comme le problème fondamental menaçant la pérennité de la stabilité financière, alors que les crédits alloués au service total de la dette, principal et intérêts, atteignent environ 2 300 milliards de livres égyptiennes dans le budget de l’exercice en cours.

L’Égypte et le FMI : que se passera-t-il après la fin du prêt ?

À l’approche de décembre, l’attention se porte également sur la définition des relations futures entre l’Égypte et le FMI, après des années de coopération financière intensive engagée fin 2016 et renouvelée à travers plusieurs programmes, dont le dernier est l’accord au titre du mécanisme élargi de crédit modifié en mars 2024.

Les données officielles, appuyées par des déclarations concordantes de hauts responsables gouvernementaux, confirment que l’Égypte ne négocie actuellement ni nouvelle facilité de crédit ni nouveau prêt auprès du Fonds. Les déclarations du Premier ministre indiquent que l’économie égyptienne n’aura pas besoin d’un nouveau financement du FMI dans sa prochaine phase et que l’orientation privilégie nettement le programme national indépendant et la couverture des besoins en dollars par d’autres sources.

L’Égypte a reçu au total environ 7,3 milliards de dollars dans le cadre du programme actuel, après la septième revue approuvée en juillet dernier, qui a permis le décaissement de 1,8 milliard de dollars : 1,5 milliard au titre du mécanisme élargi de crédit et environ 273 millions au titre de la facilité pour la résilience et la durabilité. Une dernière tranche d’environ 1,7 milliard de dollars reste conditionnée à l’achèvement de la revue finale.

De son côté, Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, a déclaré que le Fonds se concentrait d’abord sur l’achèvement de la revue finale du programme actuel. Il a expliqué que l’institution restait prête à discuter des projets et des priorités du gouvernement égyptien et à examiner toute demande future de nouveau programme si les autorités le souhaitaient, soulignant que la décision finale appartenait à la partie égyptienne.

Ahmed Aboud affirme que l’affranchissement de l’économie du programme du FMI et la fin de l’accord actuel en décembre seraient une bonne chose et une étape positive en faveur de l’indépendance financière. La sortie du programme signifierait naturellement un ralentissement de l’emprunt extérieur en général et la fin d’une dépendance persistante envers les fonds du FMI, tant que le gouvernement ne manifeste pas l’intention de solliciter un nouveau programme de financement.

Mohamed Fouad met pour sa part en garde contre la confusion entre diversification des créanciers et souveraineté économique : « Obtenir des financements extérieurs auprès d’autres acteurs ne signifie pas nécessairement disposer d’une plus grande indépendance économique. De même, mettre officiellement fin au programme du FMI ne signifie nullement que les obligations et engagements qui y sont liés disparaissent. » Il souligne que le seul véritable critère de redressement réside dans la capacité de la structure productive de l’économie à générer des entrées de dollars autonomes et durables et à réduire le déficit de financement, plutôt que de simplement remplacer un prêteur par un autre.

Les financements extérieurs de substitution : gérer les besoins en dollars

Alors que l’Égypte envisage de cesser d’emprunter auprès du FMI, la question se pose de savoir comment elle couvrira ses besoins de financement extérieur et honorera le service de sa dette. Les documents des institutions internationales indiquent que l’Égypte a annoncé des besoins de financement extérieur d’environ 12,9 milliards de dollars pour l’exercice 2025/2026 afin d’atteindre ses objectifs de réserves de change, ramenés à environ 5 milliards en 2026/2027.

Pour répondre à ces besoins, la stratégie égyptienne repose sur trois voies de financement alternatives. La première est le partenariat stratégique avec l’Union européenne. Le soutien européen constitue l’un des principaux piliers de la liquidité extérieure jusqu’en 2027, dans le cadre d’une enveloppe globale de financement de 7,4 milliards d’euros.

Cette enveloppe se répartit entre 5 milliards d’euros de prêts concessionnels destinés à soutenir la stabilité financière et budgétaire, 1,8 milliard d’investissements supplémentaires dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et l’industrie, et 600 millions de dons non remboursables. Parmi ces derniers, environ 200 millions sont consacrés aux programmes de gestion migratoire et de lutte contre les flux migratoires irréguliers.

Dans le cadre de ce partenariat, l’Égypte a reçu des versements réguliers comprenant un milliard d’euros fin 2024, un milliard en janvier 2026 et environ 1,5 milliard en juillet 2026, contribuant à renforcer la liquidité officielle en devises.

L’Égypte cherche également à garantir des engagements financiers stables auprès des institutions régionales et internationales de développement. En mai 2026, la Banque mondiale a approuvé un financement d’un milliard de dollars au titre du programme GROWTH II, destiné à renforcer le rôle du secteur privé, soutenir la viabilité budgétaire et favoriser la transition écologique.

Ce financement comprend une garantie de crédit internationale de 200 millions de dollars apportée par le Royaume-Uni, ainsi qu’un financement parallèle mobilisé auprès de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Ces instruments visent à remplacer les prêts commerciaux à court terme par des prêts de développement à faible taux d’intérêt et à longue échéance, afin d’alléger la pression sur le calendrier des remboursements.

Les investissements directs du Golfe représentent également une solution stratégique de substitution à la politique d’endettement. La relation économique entre l’Égypte et les pays du Golfe est passée du modèle des dépôts bancaires à celui de l’investissement dans les actifs et les grands projets.

L’économie entre indicateurs macroéconomiques et pressions du quotidien

Ahmed Aboud, professeur d’économie et de finance à l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, estime que la trajectoire de l’économie égyptienne jusqu’au milieu de 2027 dépend de trois facteurs : la stabilité politique, l’évolution de la situation régionale et le volume des entrées de capitaux extérieurs.

Aboud envisage deux grands scénarios. Le premier repose sur la capacité de l’État à attirer suffisamment d’investissements et de financements pour renforcer la liquidité en dollars et les réserves, ce qui favoriserait une croissance progressive, une baisse régulière de l’inflation et une politique monétaire plus efficace.

Le second suppose que l’économie subisse des chocs extérieurs, tels qu’une hausse mondiale des prix de l’énergie, la poursuite du recul des recettes du canal de Suez et un ralentissement des investissements directs étrangers sous l’effet des tensions géopolitiques. Cette trajectoire accentuerait les pressions sur la monnaie et la croissance, ce qui pourrait contraindre l’État à organiser de nouveaux financements, auprès du FMI ou par d’autres voies.

Les indicateurs du dernier trimestre 2026 reflètent la pertinence de cette lecture d’une performance à deux visages : l’économie affiche une résistance extérieure alors que persistent les pressions intérieures sur les conditions de vie et les finances publiques. Les réserves internationales nettes ont atteint un record de 57,35 milliards de dollars fin septembre, en hausse annuelle de 15,8 % et couvrant plus de huit mois d’importations. Cette progression s’est accompagnée d’un redressement des transferts des expatriés à 33,9 milliards de dollars en huit mois. En revanche, les pressions intérieures restent tenaces, malgré le recul de l’inflation urbaine annuelle à 13,9 % et de l’inflation sous-jacente à 14,1 % en septembre.

À l’approche de la fin du programme de financement actuel avec le FMI, l’Égypte est confrontée à une épreuve qui dépasse le simple arrêt des emprunts auprès de l’institution internationale ou la diversification des sources de financement extérieur. Le véritable défi réside dans la capacité de l’économie à passer d’une dépendance aux prêts et aux flux financiers extérieurs à un modèle plus durable, fondé sur la production, les exportations et l’investissement privé, et capable de générer des ressources en dollars couvrant des besoins de financement croissants sans reproduire la crise de l’endettement.

Les analyses des experts montrent que le Programme national de transformation économique, malgré ses objectifs ambitieux, ne gagnera pas en crédibilité par la seule annonce de chiffres ou de calendriers allant jusqu’à 2030. Celle-ci dépendra de la clarté de ses mesures d’exécution, de la capacité du gouvernement à corriger les déséquilibres structurels et à réduire le coût de la dette, de l’espace accru accordé au secteur privé, ainsi que de l’évaluation des résultats réels et de l’obligation d’en rendre compte.

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Rasha Ammar
Journaliste égyptienne, elle a travaillé pour plusieurs sites d’information égyptiens et arabes et s’intéresse aux affaires politiques et aux questions sociales.

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