800 avocats dans une bataille juridique pour obtenir la destitution du ministre de l’Éducation

Fait sans précédent dans l’histoire des gouvernements égyptiens, le ministère de l’Éducation fait face à une grave crise juridique et médiatique, sur fond d’accusations selon lesquelles l’actuel ministre de l’Éducation, le Dr Mohamed Abdel Latif Ramadan Saad, aurait falsifié ses diplômes.
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Shimaa Hamdy

L’équipe de défense qui réclame la destitution du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement technique, au motif qu’il n’est titulaire d’aucun diplôme universitaire, a tenu une réunion de coordination le jeudi 1er mai 2025 au soir, au siège du Parti des conservateurs, dans le centre du Caire.
Cette réunion s’est tenue après que la première chambre « Droits et libertés » du tribunal administratif (Conseil d’État) a fixé au 31 mai 2025 la première audience de l’affaire n° 53050 de l’année judiciaire 79, volet urgent, introduite par l’équipe de défense.

L’équipe de défense, composée de 15 avocats, avait demandé la fixation d’une audience urgente pour examiner le volet en référé de l’affaire, portant sur l’exécution de la décision administrative implicite de refus de prononcer la nullité de la nomination de Mohamed Abdel Latif comme ministre de l’Éducation, celui-ci ne remplissant pas l’une des conditions essentielles pour occuper ce poste, à savoir être titulaire d’un diplôme universitaire, puisqu’il ne serait titulaire que du certificat égyptien de fin d’études préparatoires (collège). L’équipe a demandé l’annulation de tous les effets de cette nomination, au premier rang desquels l’adoption d’une décision révoquant le troisième défendeur de son poste de ministre de l’Éducation et de l’Enseignement technique.

L’action en justice, dont Zawia3 a obtenu une copie, a été intentée contre le président de la République, Abdel Fattah al-Sissi, ès qualités, le Premier ministre, Dr Mostafa Madbouly, ès qualités, et le ministre de l’Éducation, Dr Mohamed Abdel Latif, ès qualités, à la suite du décret présidentiel n° 258 de 2024, pris le 3 juillet 2024 et publié au Journal officiel (numéro 26 bis « B »), qui comprenait la nomination du Premier ministre et de plusieurs ministres, dont le Dr Mohamed Ahmed Abdel Latif Ramadan Saad au poste de ministre de l’Éducation et de l’Enseignement technique.

Après la publication du décret, les pages officielles du Conseil des ministres et de l’Autorité de contrôle administratif ont publié les CV des nouveaux ministres : celui du ministre de l’Éducation indiquait qu’il était titulaire d’une licence en tourisme et hôtellerie de l’université d’Helwan, d’un master en développement de l’éducation de l’université Lawrence aux États-Unis, ainsi que d’un doctorat en gestion et développement de l’éducation de l’université « Cardiff City » aux États-Unis, ce qui s’est révélé par la suite inexact.

Dans ce contexte, l’avocat Amr Hassan Abdel Salam, membre de l’équipe de défense et avocat près la Cour de cassation et la Haute Cour constitutionnelle, a déclaré que l’équipe de défense avait officiellement contacté le service des inscriptions de l’université « Cardiff City » aux États-Unis pour vérifier l’authenticité du doctorat attribué au ministre.

Abdel Salam a ajouté, dans une déclaration à Zawia3, que l’université avait confirmé de manière catégorique que le ministre Mohamed Abdel Latif ne figurait pas dans ses registres et ne s’était inscrit à aucun de ses programmes académiques ; elle a également indiqué que le numéro de série imprimé sur la copie du diplôme qui lui est attribué appartenait à une autre personne, ce qui laisse penser à une possible manipulation des données.

Il a également expliqué que l’université avait confirmé que la spécialité mentionnée sur le diplôme, à savoir « gestion et développement de l’éducation », ne figure pas parmi ses programmes académiques actuels, et qu’il n’est pas prévu de l’y inclure à l’avenir.

Dans le même temps, l’équipe de défense a contacté l’université « Lawrence » aux États-Unis pour vérifier le master attribué au ministre ; l’université a répondu qu’elle se limitait à des programmes d’enseignement artistique et musical de niveau préuniversitaire et qu’elle ne proposait aucun programme d’études supérieures ni aucune formation dans le domaine du développement de l’éducation, selon Abdel Salam.

Le membre de l’équipe de défense a affirmé que le nombre de demandes d’adhésion à l’action présentées par des avocats solidaires dépassait à ce jour les 800, venues de tous les gouvernorats du pays, sans compter les 15 avocats qui ont officiellement introduit l’action devant la justice.

L’avocat Amr Abdel Salam a précisé qu’il avait déposé une plainte officielle auprès du procureur général au sujet de menaces qu’il a reçues de Nermine Ismail, la mère du ministre de l’Éducation, le Dr Mohamed Abdel Latif : la menace a été transmise par un message disant en substance : « Si vous ne vous retirez pas de l’affaire, je les ramènerai dans un sac » (expression menaçante en dialecte égyptien). Abdel Salam a estimé que ce message constituait une menace explicite et un chantage direct à son encontre et à l’encontre des membres de l’équipe de défense, précisant que l’un des collaborateurs de l’équipe avait reçu ce message d’un employé de la plateforme éducative « Ashtar », au nom de la mère du ministre.

Commentant l’affaire, Abdel Salam a insisté sur la nécessité de corriger l’erreur commise, afin de préserver le prestige de l’État et la confiance des citoyens dans ses institutions, affirmant que reconnaître une erreur et s’employer à la corriger n’est ni une faiblesse ni une honte, mais reflète au contraire la force et la crédibilité de l’État. Il a souligné que si la direction politique avait su à l’avance que les documents du ministre de l’Éducation n’étaient pas authentiques, elle ne l’aurait pas choisi pour ce poste.

Il a conclu en affirmant que cette affaire est un précédent, le premier du genre dans l’histoire des gouvernements égyptiens, puisqu’il n’était jamais arrivé qu’un ministre soit nommé sur la base de diplômes falsifiés. En principe, dans les procédures de nomination, les documents officiels et les pièces présentés sont réputés authentiques et valables jusqu’à preuve du contraire, et l’on n’imagine pas qu’ils puissent être manipulés par la personne choisie pour assumer une responsabilité d’une telle ampleur.

 

 

Le ministre titulaire du seul brevet, et une plainte pour faux en préparation

En août 2024, l’avocat Amr Abdel Salam, membre de l’équipe de défense, a déposé auprès du procureur général une plainte enregistrée sous le n° 830719 de 2024, parmi les requêtes du bureau technique, demandant l’ouverture d’une enquête approfondie sur la falsification des diplômes attribués au ministre de l’Éducation et la vérification de l’authenticité de tous les diplômes qu’il prétend avoir obtenus. La plainte est toutefois toujours en cours d’examen à ce jour, sans qu’aucune mesure juridique décisive n’ait encore été prise.

De son côté, l’avocat Magdy Hamdan, vice-président du Parti des conservateurs et membre de l’équipe de défense, a déclaré que l’équipe avait obtenu un document officiel tiré de la base de données du ministère égyptien de l’Éducation, indiquant que le ministre de l’Éducation n’est titulaire que du certificat de fin d’études préparatoires, et qu’il n’existe aucune donnée prouvant qu’il a obtenu le baccalauréat (thanaweya amma).

Hamdan a ajouté, dans un entretien exclusif avec Zawia3, que l’équipe avait également consulté la base de données du Conseil suprême des universités, qui relève du ministère de l’Enseignement supérieur, laquelle a confirmé que le ministre n’est inscrit comme diplômé d’aucune université ni d’aucun institut supérieur égyptien disposant d’une autorisation officielle de l’État, ce qui contredit l’obtention de la licence en tourisme et hôtellerie mentionnée dans son CV officiel.

Hamdan a précisé qu’il avait rejoint l’équipe de défense à titre personnel, en tant qu’avocat, et non au titre de son parti, soulignant que le Parti des conservateurs ne s’était pas joint officiellement à l’action. Il a ajouté qu’un grand nombre d’avocats de différents gouvernorats d’Égypte s’étaient joints à l’action en tant que soutiens, à l’appui des demandes de l’équipe de défense en faveur d’une enquête approfondie sur les diplômes attribués au ministre de l’Éducation.

Dans le même contexte, l’avocat Ali Ayoub, avocat près la Cour de cassation et membre de l’équipe de défense, a déclaré qu’il s’apprêtait à déposer une plainte officielle accusant le ministre de l’Éducation d’avoir falsifié ses diplômes, sur la base des documents officiels obtenus par l’équipe de défense, qui prouvent l’inauthenticité des diplômes sur lesquels le ministre s’est appuyé pour accéder à son poste en juillet 2024.

L’article 206 du Code pénal dispose : « Est puni des travaux forcés à temps (peine remplacée depuis 2003 par la réclusion aggravée) ou de la réclusion quiconque contrefait ou falsifie l’un des objets suivants, que ce soit lui-même ou par l’intermédiaire d’autrui, ainsi que quiconque utilise ces objets ou les introduit sur le territoire égyptien en sachant qu’ils sont contrefaits ou falsifiés, ces objets étant : un ordre présidentiel, une loi, un décret ou une décision émanant du gouvernement ; le sceau de l’État ou la signature ou le sceau du président de la République ; les sceaux, timbres ou marques de l’une des administrations ou de l’une des autorités gouvernementales ; le sceau, la signature ou la marque de l’un des fonctionnaires du gouvernement ; ainsi que les feuilles de salaire, bons, “sarakis” ou autres titres émis par le Trésor public ou ses branches, ou les poinçons de l’or ou de l’argent. »

L’article 214 de la même loi dispose également : « Quiconque utilise les documents falsifiés mentionnés dans les trois articles précédents en sachant qu’ils sont falsifiés est puni des travaux forcés ou de la réclusion de trois à dix ans. »

La nomination de Mohamed Abdel Latif Ramadan Saad au poste de ministre de l’Éducation et de l’Enseignement technique, dans le cadre du remaniement ministériel du 3 juillet 2024, a suscité une vive controverse dans les milieux politiques et médiatiques, ainsi que dans les cercles juridiques, après la diffusion d’informations faisant état de la falsification de ses diplômes universitaires. À ce jour, le gouvernement égyptien n’a publié aucune réponse officielle à ces accusations ni aucune explication à l’opinion publique.

Le CV publié sur les pages officielles du Conseil des ministres et de l’Autorité de contrôle administratif indiquait que le ministre était titulaire d’une licence en tourisme et hôtellerie de l’université d’Helwan, d’un master en développement de l’éducation de l’université Lawrence aux États-Unis, ainsi que d’un doctorat en gestion et développement de l’éducation de l’université américaine Cardiff City. Les investigations de l’équipe de défense ont toutefois établi que ces diplômes étaient dénués de tout fondement, selon des correspondances officielles avec les universités concernées.

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Shimaa Hamdy
Journaliste égyptienne, elle couvre les dossiers politiques et des droits humains et s’intéresse aux questions des femmes. Chercheuse sur la liberté de la presse, les médias et les libertés numériques.

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