La neuvième chambre du tribunal correctionnel du Nouveau Caire, présidée par le juge Mohamed Moubarak, a condamné mardi 27 octobre 2026 Lina Attalah, rédactrice en chef de Mada Masr, à une amende de trois millions de livres égyptiennes. Elle a également ordonné la fermeture du site et la confiscation de ses équipements, dans l’affaire concernant son exploitation sans licence. Les forces de sécurité ont détenu Attalah après le jugement, a rapporté Mada Masr.
Le jugement est intervenu après le rejet des demandes de la défense et la désignation d’un avocat commis d’office, malgré la présence des avocats d’Attalah et son opposition. Hossam Bahgat, directeur exécutif de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), a assisté à l’audience et en a décrit le déroulement à Mada Masr.
Salle évacuée et demandes de la défense rejetées
Selon Bahgat, le tribunal a suspendu l’audience après que la défense a insisté pour disposer d’un délai suffisant afin d’examiner le dossier. Le juge a ensuite ordonné l’évacuation de la salle, à l’exception d’Attalah et de ses avocats.
La salle s’est alors remplie de policiers et de gardes en civil, et un officier de la Sécurité nationale est arrivé, a-t-il relaté. Au retour du président du tribunal et du représentant du parquet de la sûreté de l’État, le juge a annoncé le maintien du rejet de toutes les demandes procédurales de la défense, notamment celles visant à verser des pièces au dossier et à entendre des témoins.
Le président a demandé aux avocats de plaider. Ceux-ci ont maintenu leur refus de le faire tant que leurs demandes resteraient insatisfaites. Selon Bahgat, le juge a alors fait entrer un avocat inconnu de tous les membres de l’équipe de défense et annoncé sa désignation pour représenter Attalah, une décision qu’il a décrite comme stupéfiante pour les personnes présentes.
Un avocat commis d’office malgré huit avocats présents
Les membres de la défense ont protesté contre cette désignation alors que les huit avocats habituels d’Attalah étaient présents. Attalah a elle-même refusé d’être représentée par cet avocat, mais le juge a refusé de consigner son objection au procès-verbal, a déclaré Bahgat à Mada Masr.
Il a ajouté que le président du tribunal avait commencé à consigner lui-même des demandes au nom de l’avocat commis d’office, alors que celui-ci n’avait pas encore parlé. Le juge a ensuite lu le jugement de condamnation au milieu des protestations de la défense. Bahgat a qualifié cette étape de plus choquante encore.
Le jugement a fixé l’amende au maximum de trois millions de livres, assortie de la fermeture de Mada Masr et de la confiscation de ses équipements. Des agents ont ensuite entouré Attalah, l’ont soulevée du sol et emportée hors de la salle, selon le récit publié par le média, qui indiquait qu’elle était toujours détenue au moment de sa publication.
De l’interrogatoire au procès en quelques jours
Convoquée le 19 octobre, Attalah a été interrogée pendant plus de six heures le 21 octobre, puis libérée sous caution de 100 000 livres. Elle a appris son renvoi devant le tribunal le lendemain, selon un communiqué publié par l’EIPR.
Zawia3 avait rapporté que la procédure porte le numéro 11743 de 2026 devant le tribunal correctionnel du Cinquième District, et le numéro 9072 de 2026 au parquet de la sûreté de l’État. Le renvoi concerne uniquement la licence ; l’accusation de fausses nouvelles évoquée lors de l’interrogatoire en est absente.
Des demandes de licence sans issue
Mada Masr avait indiqué, citant son avocat Hassan Azhari, que ses demandes de 2018 et 2020 étaient restées sans réponse. Le média avait appris leur rejet lors d’un interrogatoire en 2022. Sa dernière demande, déposée en juin 2023, demeurait sans réponse.
Le procès s’inscrit parmi six affaires visant le média et ses journalistes en six ans, selon la couverture de Zawia3. La dernière convocation coïncidait avec la participation de Mada Masr à une rédaction solidaire réunissant huit médias pour vérifier les déclarations du Forum Égypte 2026, en remplacement de l’équipe détenue de Matsda2sh.
Matsda2sh : une rédaction entière derrière les barreaux
Les arrestations, commencées le 28 septembre, ont touché Mohamed Ashraf Abou Ameira, Abdallah Kadri, Islam Barakat, Omar Helal, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel. Ils constituent toute l’équipe de Matsda2sh basée en Égypte. L’EIPR assure leur défense, comme l’a documenté Zawia3.
Abou Ameira a été le premier présenté au parquet, le 3 octobre. Après environ dix heures d’interrogatoire, sa détention a été ordonnée pour quinze jours. Son avocat Islam Salama a évoqué auprès de Zawia3 des accusations d’appartenance à un groupe terroriste, de fausses nouvelles et d’utilisation d’un compte en ligne, selon son article.
Zawia3 a relayé le récit de l’EIPR selon lequel la plupart des journalistes ont dénoncé des tortures et des aveux fabriqués obtenus sous contrainte. Le 7 octobre, le parquet a affirmé qu’aucune blessure n’était visible et que trois examens médico-légaux n’avaient révélé aucune trace de violence. Le média avait nié les accusations sécuritaires, selon ce rapport.
Le 13 octobre, leur détention a été prolongée de quinze jours dans l’affaire de sûreté de l’État no 8083 de 2026. Zawia3 a relayé les objections de l’EIPR, qui dénonçait l’absence de preuves présentées aux journalistes et demandait une enquête sur les plaintes pour torture ainsi que leur libération.
En parallèle, Zawia3 a rapporté le lancement gouvernemental de « Chat EGYPT », le 19 octobre, pour vérifier l’information à l’aide de l’intelligence artificielle. À la publication de cet article, le 23 octobre, l’équipe de Matsda2sh en Égypte restait en détention provisoire.
