Des médias au communiqué du parquet : comment « Matsda2sh » a-t-elle été recadrée sous l’angle sécuritaire ?

L’analyse du communiqué du parquet général et le recensement de 48 contenus médiatiques révèlent le recoupement entre le vocabulaire de l’accusation et le cadrage sécuritaire de l’affaire « Matsda2sh », face aux dénégations des accusés et aux déclarations de la défense concernant la contrainte et les mauvais traitements.
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Hisham Aref

Le parquet général a publié, ce 7 octobre 2026, un communiqué concernant l’affaire n° 8083 de 2026 (registre de la Sûreté de l’État suprême), dans lequel il a déclaré que les investigations de la Sécurité nationale avaient lié la plateforme « Matsda2sh » à la confrérie des Frères musulmans, et qu’il avait autorisé l’arrestation et la fouille de ses employés ; l’exécution a abouti à l’arrestation de six personnes, interrogées en présence de leurs avocats, avec la présence d’un membre du Syndicat des journalistes lors de l’interrogatoire de l’accusé inscrit au syndicat.

Le communiqué a attribué au premier accusé l’aveu d’avoir rejoint un comité médiatique de la confrérie et d’y avoir travaillé, d’avoir publié des contenus pour exécuter un plan visant les institutions de l’État et d’avoir reçu un financement mensuel par des virements bancaires depuis l’étranger. Mais il a également mentionné que les autres accusés avaient nié toute appartenance, à l’exception de l’un d’eux, qui a dit y avoir appartenu auparavant puis s’en être séparé avant de travailler pour la plateforme. Le parquet a déclaré que l’examen des téléphones et des comptes avait révélé des correspondances, des groupes fermés et des publications favorables à la confrérie.

Le parquet a ajouté qu’il avait renvoyé devant la médecine légale trois de ceux qui ont dit avoir subi des actes de cruauté, et que ses rapports n’avaient pas établi de blessures ni de traces de violence, et il a annoncé le placement des accusés en détention provisoire et la poursuite des investigations. Il s’agit là du récit du parquet sur les interrogatoires et les examens, et non d’un jugement de condamnation.

D’une plateforme de vérification à un cadre organisationnel et sécuritaire

L’analyse du communiqué par « Zawia3 » révèle une structure linguistique et narrative qui dépasse la présentation des procédures et des accusations pour requalifier l’activité attribuée aux accusés. Le travail passe d’un cadre journalistique fondé sur la publication de contenus et la vérification des informations à un cadre organisationnel et sécuritaire qui le lie, selon le récit du communiqué, à la diffusion de rumeurs, à l’incitation au mécontentement et à la volonté de renverser les institutions de l’État.

Parmi les glissements les plus marquants figure la redéfinition de « Matsda2sh » : au lieu de la présenter comme une plateforme journalistique numérique spécialisée dans la vérification des informations, le communiqué la décrit dès le début comme « l’une des plateformes médiatiques de la confrérie », puis attribue au premier accusé l’aveu d’avoir travaillé dans la page relevant du comité médiatique de la confrérie des Frères musulmans. Cela ne change rien à la nécessité de faire apparaître les dénégations des autres accusés, telles que les rapporte le communiqué lui-même.

Dans ce cadre, l’appartenance organisationnelle devient la porte d’entrée pour définir la plateforme et ses employés. Les termes « cadres » et « éléments » servent à décrire les personnes auxquelles l’activité est attribuée, tandis que la qualité de journaliste apparaît essentiellement dans un contexte procédural, comme l’inscription de l’un d’eux au Syndicat des journalistes et la présence d’un représentant de celui-ci à son interrogatoire.

Le communiqué comporte des qualifications qui recadrent pénalement et sécuritairement les contenus publiés, parmi lesquelles « la diffusion de rumeurs, de nouvelles et de données mensongères », « le dénigrement des rôles de ses responsables et de leur action » et « l’escalade des problèmes catégoriels, la fabrication de leurs événements et leur amplification ». Il attribue à l’un des accusés des propos liant la mise en avant des obstacles et des aspects négatifs et la mise en évidence des manquements des responsables à la création de tensions et à l’incitation des citoyens à manifester pour renverser les institutions de l’État.

Le communiqué ne se limite pas à qualifier le contenu des publications, mais leur assigne une finalité politique et sécuritaire ; les publications et les communications apparaissent ainsi comme les éléments d’un « plan médiatique », et non comme des faits journalistiques distincts.

Des qualifications telles que « la confrérie terroriste » et « le membre de la confrérie en fuite » renforcent ce cadre. L’infographie suivante présente les termes et leurs groupes sémantiques selon le codage de l’analyse ; il s’agit d’un relevé du langage du communiqué, et non d’une mesure de la véracité des accusations ni d’une preuve qu’un jugement a été rendu à leur sujet.

Les termes figurant dans le communiqué du parquet général selon leurs groupes sémantiques

Le communiqué s’appuie sur le langage des investigations et des interrogatoires : « les investigations du secteur de la Sécurité nationale », « les investigations ont établi que », « a délivré une autorisation de les arrêter et de les fouiller », puis passe au langage de l’examen, comme « il a été établi pour le parquet général » et « il a été établi techniquement ». Ces formulations confèrent au récit un caractère catégorique et placent les correspondances, les groupes fermés et les applications sécurisées dans le contexte de l’activité organisationnelle attribuée aux accusés, au lieu de les présenter comme des outils de communication qui peuvent aussi être utilisés dans le travail journalistique.

Le financement ressort dans ce cadre, le communiqué liant le travail pour la plateforme à la réception de sommes périodiques en devises étrangères et de virements d’une société qui, selon lui, appartient à un membre de la confrérie à l’étranger. Mais le fait de percevoir des salaires ou d’utiliser des virements bancaires et des correspondances numériques ne prouve pas, à lui seul, une appartenance organisationnelle ; ce lien est ici attribué au récit du parquet, tandis que « Matsda2sh » a nié, dans sa réponse publiée le 1er octobre, les accusations sécuritaires, et a déclaré que ses journalistes travaillent sous contrat et perçoivent des salaires par des transactions légales. Cette réponse a précédé le communiqué du parquet, et n’est pas présentée comme une nouvelle réponse à celui-ci.

Le communiqué fait état des résultats d’examens des comptes et des téléphones, parmi lesquels des publications qu’il attribue à l’un des journalistes, bien que celui-ci nie les avoir publiées. Les résultats techniques mentionnés restent attribués au parquet ; le communiqué seul ne permet pas de vérifier de manière indépendante les détails de ces examens ni les preuves numériques.

En conclusion, le communiqué affirme la régularité des procédures et nie l’existence de blessures ou de traces de violence dans les cas renvoyés devant la médecine légale. Cela intervient face au communiqué de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels du 5 octobre, qui a rapporté, d’après les avocats de la défense, que la plupart des journalistes ont fait consigner devant le parquet qu’ils avaient subi des tortures et des mauvais traitements, et qu’ils avaient été contraints d’enregistrer des aveux fabriqués avant d’être présentés au parquet. Ces récits sont présentés en étant attribués à leurs auteurs, sans que le démenti du parquet soit présenté comme une vérification indépendante menée par ce reportage.

La comparaison entre le langage du communiqué et le vocabulaire des couvertures précédentes révèle un recoupement manifeste dans l’évocation du comité médiatique, du financement étranger, des rumeurs, de l’amplification des aspects négatifs et du renversement des institutions de l’État. Il s’agit d’une similitude de cadrage et de langage, et non d’une preuve en soi d’une coordination entre le parquet et les médias ou de ce que l’une des deux parties a repris l’autre.

Avant le communiqué du parquet : comment les couvertures ont-elles fabriqué l’image de « Matsda2sh » ?

Ce reportage relie l’analyse du communiqué du 7 octobre au suivi médiatique qui l’a précédé, en gardant clair le cadre temporel de chacun : la lecture suivante porte sur des couvertures du 30 septembre au 4 octobre, et ses résultats quantitatifs reposent sur l’échantillon du 1er au 4 octobre ; le nouveau communiqué du parquet ne fait pas partie des 48 contenus de cet échantillon.

« Zawia3 » a recensé des couvertures de presse égyptiennes de l’affaire de l’arrestation des journalistes de la plateforme « Matsda2sh » durant les premiers jours de la campagne, qui a commencé les 28 et 29 septembre 2026. Le recensement révèle un écart entre la transmission du récit sécuritaire en l’attribuant à sa source et l’adoption de son vocabulaire comme des faits, avec un espace plus restreint pour le discours juridique qui se garde d’anticiper les investigations.

« Matsda2sh » a nié, dans une réponse publiée le 1er octobre, les accusations du ministère de l’Intérieur, et a déclaré qu’elle est indépendante des organisations politiques et que ses journalistes perçoivent des salaires sous contrat et par des transactions bancaires légales. Ce que contient le communiqué du ministère est présenté ici comme des accusations qui lui sont attribuées, et non comme des faits établis judiciairement.

Le discours négatif a dominé de manière manifeste le traitement de l’affaire « Matsda2sh », avec des variations dans le degré de négativité et la nature du vocabulaire utilisé ; certains journaux se sont concentrés sur la transmission du récit officiel, tandis que d’autres ont utilisé un langage plus chargé et sensationnaliste, comprenant des termes tels que « démasque », « scandale », « mensonges », « complots » et « cellules ».

La majorité des couvertures médiatiques dans les journaux égyptiens se sont concentrées sur la qualification des journalistes arrêtés de l’équipe de rédaction de « Matsda2sh » de « 6 éléments » ou de « membres d’un comité médiatique », sur la qualification de la plateforme de « comité médiatique », et sur la qualification du contenu de vérification des informations qu’elle propose de « diffusion de nouvelles fabriquées », en la liant au financement étranger et à une gestion depuis l’étranger.

On peut identifier trois schémas principaux dans les contenus recensés. Le premier est la transmission du récit sécuritaire officiel, avec des termes tels que : « arrestation », « révélation », « surveillance », « suivi », « investigations » et « communiqué du ministère de l’Intérieur ».

Le deuxième schéma est le discours accusatoire et incriminant, qui utilise des expressions telles que : « terroriste », « Frère musulman en fuite », « nouvelles fabriquées », « mensonges », « rumeurs », « complots », « cellules », « démasque », « scandale » et « plateforme trompeuse ». Ce schéma est apparu clairement dans certains journaux privés, notamment dans la couverture des enregistrements et de la relation présumée entre Abdelrahman Mansour et la confrérie des Frères musulmans.

Le troisième est le discours juridique prudent, qui se concentre sur le parquet et les investigations, la détention dans le cadre de l’enquête, et le refus d’anticiper les résultats et les procédures juridiques. Ce schéma tend à ne pas trancher les accusations et à présenter la situation procédurale de l’affaire.

La couverture des médias et des journaux égyptiens de l’affaire de l’arrestation des journalistes de la plateforme « Matsda2sh » durant la période du 30 septembre au 4 octobre 2026 a montré un glissement progressif dans le traitement de l’affaire ; avant la publication du communiqué du ministère de l’Intérieur, la couverture se concentrait sur l’arrestation des journalistes, la position du Syndicat des journalistes et les questions liées aux lieux de détention et aux procédures juridiques.

Par exemple, « Al-Masry Al-Youm » a publié le 30 septembre, à 16 h 41, une information intitulée « Le Syndicat des journalistes dépose une plainte auprès du procureur général et une réclamation auprès du ministre de l’Intérieur pour demander la libération de 6 journalistes ». L’information s’appuyait sur le syndicat, qui a fait savoir qu’il avait reçu des plaintes d’avocats et de collègues concernant l’arrestation de six journalistes de la plateforme, dont un membre du syndicat, et a demandé que soient révélés les motifs de l’arrestation et les lieux de détention. Cette couverture a adopté un cadre syndical et juridique centré sur les droits des personnes arrêtées et les procédures de leur détention, et non sur le fait de trancher les accusations sécuritaires.

Comment le récit sécuritaire a-t-il pris de l’ampleur ?

Le 1er octobre a constitué un tournant dans la couverture, après la publication du communiqué du ministère de l’Intérieur. Le récit sécuritaire a dominé un certain nombre d’informations et d’épisodes d’émissions télévisées avant la présentation des journalistes devant les autorités d’enquête. Ces contenus se sont concentrés sur les accusations contenues dans le communiqué, la relation présumée avec la confrérie des Frères musulmans et le financement ; les accusations sécuritaires sont ainsi devenues la matière servant à façonner une image publique des détenus avant le début du parcours judiciaire déclaré.

Le journal « Youm7 » a ainsi utilisé ce titre : « L’Intérieur : arrestation de 6 employés de la page frériste Ma Tsada2sh pour avoir publié des informations fabriquées », qui comportait des termes figurant dans le récit officiel, notamment « frériste » et « informations fabriquées » ; dans le corps de l’information se répétaient aussi des termes tels que « les comités médiatiques », « la confrérie des Frères musulmans », « les informations erronées », « fabriquées », « un financement de l’étranger » et « non autorisée ».

« El-Watan » a adopté une formulation similaire dans son titre : « L’Intérieur révèle les circonstances de l’arrestation de l’équipe de la page “Matsda2sh” : ils appartiennent à une organisation terroriste et reçoivent des financements de l’étranger », et l’information s’est concentrée sur ce que le ministère de l’Intérieur a attribué aux personnes arrêtées, à savoir l’appartenance à la confrérie des Frères musulmans, la gestion de la page depuis l’étranger et la réception de financements étrangers, en plus de la publication d’informations que le ministère a qualifiées d’erronées et de fabriquées.

Le portail « Akhbar Al-Youm » s’est orienté vers un cadrage sécuritaire plus explicite, avec le titre « Arrestation de 6 éléments fréristes pour leur implication dans la gestion de la page “Matsda2sh” et la publication d’informations erronées », puis a publié un article d’analyse intitulé « Cellules électroniques et rumeurs financées : comment la confrérie terroriste a-t-elle exploité la page “Matsda2sh” ? » ; cette couverture a relié l’affaire à un récit plus large concernant les « cellules électroniques », les « rumeurs financées » et l’utilisation des plateformes numériques, en s’appuyant sur le récit présenté par le ministère de l’Intérieur.

Le 2 octobre, « Al-Ahram » a publié un article intitulé « L’Intérieur repère une page internet non autorisée et gérée depuis l’étranger pour diffuser des informations erronées et déformer les faits ». L’information s’est concentrée sur la description de la page et la nature du contenu qui lui est attribué, avec la persistance des éléments du récit sécuritaire relatifs à la gestion depuis l’étranger, au lien présumé avec des comités médiatiques des Frères musulmans et au financement étranger.

En revanche, « Masrawy » a présenté un modèle relativement différent dans la formulation du titre. Il a publié le 1er octobre une information intitulée « Premier communiqué de l’Intérieur après l’arrestation de 6 membres de l’équipe de Matsda2sh ». Le titre n’a pas utilisé de qualificatifs tels que « frériste » ou « éléments fréristes », se contentant de qualifier les personnes arrêtées d’« équipe de Matsda2sh », puis a rapporté dans le corps de l’information les accusations figurant dans le communiqué du ministère concernant les Frères musulmans, la gestion depuis l’étranger et le financement.

Simultanément, « Masrawy » a publié des déclarations de Magdy El-Gallad sous le titre « La guerre continue : Magdy El-Gallad commente l’arrestation des membres de la page “Matsda2sh” », et ces déclarations comportaient une interprétation de l’affaire comme faisant partie des tentatives d’influencer l’opinion publique et de « déstabiliser la sécurité nationale égyptienne », en la liant à la confrérie des Frères musulmans et à d’autres parties.

Le 1er octobre, « Al-Masry Al-Youm » a publié une information intitulée « Communiqué urgent du ministère de l’Intérieur concernant la page “Matsda2sh” : elle est gérée par un Frère musulman en fuite », ce qui reflète la présence directe du récit sécuritaire.

Le journal « Al-Dostour » a pour sa part publié le 1er octobre un article intitulé « Mohamed El-Baz : le journalisme n’est pas un crime… et ce qu’a fait “Matsda2sh” ne relève pas du travail journalistique ». L’article comportait des qualificatifs tels que « cellule frériste » et « contenu sceptique », ce qui fait passer l’affaire du cadre de l’information à celui de l’opinion et de l’interprétation politique et médiatique.

Répartition de 48 contenus recensés sur huit journaux du 1er au 4 octobre 2026

Les données de recensement jointes au reportage comprennent 48 contenus répartis sur huit journaux durant la période du 1er au 4 octobre 2026 : 14 dans « Sada El-Balad », 12 dans « Akhbar Al-Youm », 12 dans « Al-Bawaba News », 7 dans « Al-Masry Al-Youm », un seul contenu dans chacun d’« Al-Ahram », « Youm7 » et « El-Watan », et aucun contenu dans la case « Al-Gomhuria ». 44 contenus ont été classés négatifs et 4 neutres, et les données n’ont enregistré aucun contenu positif. Il s’agit d’un échantillon déterminé, et non d’un recensement exhaustif ni d’un échantillon représentatif de l’ensemble des médias égyptiens ; de même, le zéro dans la case d’un journal ne signifie pas l’absence de couverture sur l’ensemble de son site. Le document joint ne comportait pas de liste complète des liens des 48 contenus ni le détail des procédures de codage et de vérification entre les observateurs ; c’est pourquoi les résultats sont présentés comme des indicateurs issus de ce recensement, et non comme un jugement quantitatif sur l’ensemble des couvertures.

Concernant les journaux publics, la couverture d’« Al-Ahram » dans l’échantillon s’est limitée à un seul contenu relatif au communiqué du ministère de l’Intérieur, qui a utilisé les termes « les Frères musulmans terroristes », « arrestation » et « éléments » pour relier la plateforme à la confrérie. Cela ne signifie pas que le site n’a publié qu’une seule information sur l’affaire.

La couverture d’« Akhbar Al-Youm » s’est caractérisée par une orientation négative manifeste, et a dépassé la simple transmission de l’arrestation pour présenter un cadre interprétatif liant la page à la confrérie des Frères musulmans, au financement, aux rumeurs et à la désinformation ; parmi les formulations les plus marquantes figurent des titres évoquant des « enregistrements qui révèlent », l’« arrestation d’éléments fréristes », des « cellules électroniques et rumeurs financées », la « plateforme trompeuse » et les « mensonges », et l’orientation générale de la couverture d’« Akhbar Al-Youm » dans l’échantillon s’est caractérisée par un degré élevé de négativité.

La case « Al-Gomhuria » dans l’échantillon ne comportait aucun contenu durant la période étudiée. Ce résultat ne peut être généralisé à l’ensemble de ce qu’a publié le journal ou son portail électronique.

Du côté des journaux privés, la couverture d’« Al-Masry Al-Youm » a présenté une diversité relative dans les cadres de traitement : des titres négatifs liant la plateforme aux informations erronées ou au « Frère musulman en fuite », et d’autres se concentrant sur l’aspect juridique et procédural et les démarches du Syndicat des journalistes. Cinq de ses sept contenus ont été classés négatifs, et deux neutres.

En revanche, le discours présenté dans l’échantillon d’informations publiées sur l’affaire dans le journal Youm7 s’est caractérisé par un degré élevé de négativité, puisqu’il a publié une information intitulée « Arrestation de 6 employés de la page frériste “Ma Tsada2sh” pour avoir publié des informations fabriquées » ; la formulation réunit les termes « arrestation », « frériste » et « informations fabriquées », qui portent des connotations accusatoires manifestes.

Le journal « Al-Bawaba News » a quant à lui affiché les niveaux de charge linguistique les plus élevés par rapport aux autres journaux privés inclus dans l’échantillon, ses titres utilisant des termes d’incrimination manifestes tels que « elle démasque », « il démasque », « nouveau scandale », « complots », « les cellules fréristes terroristes » et « les mensonges et l’incitation », avec une hausse manifeste du niveau de charge et de sensationnalisme linguistique.

Il en va de même pour « Sada El-Balad », dont les informations sur l’affaire se sont caractérisées par une orientation négative, et qui a relié l’arrestation des journalistes aux enregistrements audio, à l’accusation portée contre le militant politique Abdelrahman Mansour d’entretenir une relation avec Khairat El-Shater, au financement et à l’appartenance à la confrérie des Frères musulmans.

La charge négative est apparue dans des termes tels que « démasque », « complots », « le Frère musulman en fuite » et « les mensonges et l’incitation », qui sont des indicateurs d’un niveau élevé de négativité, tandis que le journal a publié deux informations intitulées « Mostafa Bakry : il ne faut pas anticiper les investigations du parquet dans l’affaire Matsda2sh » et « L’affaire “Matsda2sh” devant le parquet… et nous attendons les résultats des investigations », qui tendent vers le discours juridique et procédural neutre ou prudent, et vers le refus de trancher les accusations.

La couverture figurant dans le journal El-Watan s’est limitée à une information reliant l’arrestation de l’équipe de la page à l’appartenance à une organisation terroriste et à la réception d’un financement de l’étranger, et l’information est classée comme fortement négative.

Classement de l’échantillon : 44 contenus négatifs et quatre neutres, sur un total de 48

L’accent mis sur les accusations et l’absence ou la faiblesse du récit contraire

Le suivi par l’initiative « Œil sur la presse » de la couverture médiatique de l’affaire de l’arrestation de la salle de rédaction de « Matsda2sh » a fait apparaître un certain nombre d’observations professionnelles, parmi lesquelles la transmission, dans certaines couvertures, du récit sécuritaire comme une vérité achevée, et non comme un récit attribué à sa source, ainsi que l’utilisation de titres et de qualificatifs pouvant suggérer une condamnation préalable, tels que « cellule », « informations fabriquées » et « comité médiatique », alors qu’il s’agissait d’accusations qui faisaient encore à ce moment-là l’objet d’une enquête, comme l’explique la journaliste Shaimaa Galhoum, fondatrice de l’initiative.

Elle indique que certaines couvertures se sont concentrées sur les accusations et leurs sources, face à l’absence ou la faiblesse du récit contraire et du droit de réponse, soulignant l’absence du Syndicat des journalistes de la scène dans certaines couvertures, que ce soit à travers des communiqués officiels ou par une communication directe avec le président du syndicat ou la commission des libertés pour obtenir la position du syndicat.

Elle déclare à « Zawia3 » : « Présenter des détails accusatoires sur les journalistes arrêtés avant la fin des investigations peut influer sur l’image que le lecteur se forme d’eux, ce qui fait du respect de la distinction entre l’accusation et la vérité un élément essentiel dans ce type d’affaires ».

La fondation « Œil sur la presse » s’est arrêtée sur une information qui portait sur le site d’« Al-Masry Al-Youm » la date du 1er octobre, et qui faisait état de l’interrogatoire des six journalistes et d’une décision de les placer en détention pour 15 jours. Galhoum soulève des questions sur la publication de l’information, son retrait et sa republication, puis l’apparition de témoignages indiquant que les investigations n’avaient pas encore commencé. L’Association pour la liberté de pensée et d’expression a documenté, dans un document de position daté du 3 octobre, que l’information est apparue le soir du 2 octobre en évoquant un interrogatoire la veille, et que la rapporteuse de la commission des libertés du syndicat a transmis le démenti du parquet quant à la tenue des interrogatoires jusqu’à ce moment-là. Cette chronologie diffère des interrogatoires qui ont eu lieu ultérieurement, et ne justifie pas de présenter la décision ultérieure comme une confirmation d’une information antérieure à sa prise.

Elle estime que l’importance de cet incident ne tient pas seulement à la détermination du responsable de l’erreur, mais qu’il soulève des questions sur le mécanisme de production de l’information et de vérification des informations avant leur publication, parmi lesquelles : « Quelle est la source de l’information sur laquelle a été bâtie une nouvelle d’une telle sensibilité ? A-t-elle été vérifiée auprès de plus d’une source ? Y avait-il une source officielle claire à laquelle l’information pouvait être attribuée ? ».

Elle ajoute que le traitement professionnel des erreurs journalistiques ne devrait pas s’arrêter à la suppression de l’information ou à sa republication ; l’établissement de l’inexactitude de l’information exige une correction claire qui parvienne au lecteur ayant reçu l’information initiale, surtout lorsqu’il s’agit de la liberté de personnes et de procédures d’enquête juridiques.

Elle affirme que la précision dans ce type d’affaires « n’est pas un luxe », et que la vérification des informations ne devrait pas être sacrifiée sous la pression du scoop, insistant sur le fait que le journaliste visé par des accusations, « quels que soient son nom ou l’institution pour laquelle il travaille », conserve le droit à un traitement professionnel équitable, et que l’accusation reste une accusation jusqu’à ce que sa vérité soit déterminée par son parcours juridique.

Elle explique que la solidarité professionnelle ne signifie pas défendre l’erreur, de même que l’engagement envers le professionnalisme ne signifie pas adopter le récit d’une seule partie, estimant que le minimum des règles professionnelles consiste à attribuer les informations à leurs sources, à les vérifier avant publication, à distinguer clairement entre l’accusation et la vérité, à donner un droit de réponse à la partie concernée et à corriger clairement les erreurs lorsque l’inexactitude de ce qui a été publié est établie.

Elle souligne que l’initiative n’intervient pas dans l’affaire examinée par les autorités d’enquête et ne rend pas de jugements sur les accusations portées contre les journalistes, mais concentre son suivi sur la manière dont certaines plateformes journalistiques ont traité l’affaire et sur leur degré de respect des normes professionnelles dans la couverture.

Pour sa part, Ashraf Abbas, directeur exécutif de l’Observatoire égyptien du journalisme et des médias, estime que l’affaire des journalistes de la plateforme « Matsda2sh » soulève, outre ses dimensions relatives aux droits, un débat professionnel sur la manière dont la presse traite les affaires concernant des confrères, que ce soit dans la décision de couvrir et de se montrer solidaire ou dans les normes qui régissent la couverture lorsque l’institution décide de publier.

Abbas explique que la solidarité avec les confrères est un principe fondamental au sein de la communauté journalistique, mais qu’il est nécessaire de distinguer entre la position du journaliste individuel et celle de l’institution pour laquelle il travaille : le journaliste peut souhaiter couvrir un fait concernant un confrère ou lui déclarer sa solidarité, tandis que son institution décide de ne pas publier ou de ne pas exprimer de position solidaire, et dans ce cas il n’est pas juste de faire porter au rédacteur la responsabilité d’une décision institutionnelle qui ne lui appartient pas, sans que cela exonère les institutions de leur responsabilité envers la profession et ceux qui y travaillent.

Il déclare à « Zawia3 » : « La politique éditoriale peut déterminer ce que l’institution choisit de publier, mais elle ne change pas les règles du travail journalistique en matière de précision, de vérification, d’attribution des informations à leurs sources et de respect de la présomption d’innocence, et le scoop ou la position éditoriale ne doivent pas servir de justification pour renoncer à l’une de ces règles ».

Il ajoute : « Le journaliste ne doit pas se transformer en porte-parole d’une quelconque autorité ou d’un quelconque appareil, et son rôle n’est pas de recevoir un récit et de le reproduire tel quel ; les communiqués officiels sont des sources d’information, mais il doit rester une distance professionnelle entre le journaliste et la source, et le lecteur doit savoir clairement à qui appartient chaque récit et ce qu’il a été possible de vérifier »

Il indique que cette question devient plus sensible lorsqu’il s’agit de communiqués sécuritaires, car le caractère officiel de la source ne signifie pas que tout ce qu’elle contient est établi, et ce que l’autorité ayant procédé à l’arrestation attribue à une personne reste attribué à cette autorité, et ne devrait pas être présenté comme une accusation judiciaire ou une vérité établie par l’enquête, car la formulation des accusations dans le cadre de l’enquête relève de la compétence du parquet, et même la formulation d’une accusation ne signifie pas qu’elle est établie ni que la personne visée est condamnée.

Il affirme que l’équité exige aussi de ne pas se contenter du récit d’une seule partie lorsque le récit de l’autre partie est disponible et directement lié aux faits : si le journal publie ce que contient le communiqué du ministère de l’Intérieur, puis que la plateforme « Matsda2sh » publie une réponse à son contenu, la couverture professionnelle exige de mettre les deux récits à la disposition du lecteur, en attribuant clairement chacun d’eux à sa source, tout en s’efforçant de vérifier les faits litigieux.

Il poursuit : « Cela ne signifie pas que la fonction du journaliste est de placer deux récits contradictoires devant le lecteur et de se retirer, ni que l’égalité entre les récits remplace la vérification ; ce qui est demandé, c’est de présenter le contexte disponible, de préciser qui dit quoi, puis de déployer nos efforts journalistiques pour vérifier, mais ignorer une réponse publiée et disponible d’une partie à l’affaire en se contentant du récit de l’autre partie rend l’image présentée au lecteur incomplète »

Il insiste sur le fait que la responsabilité devient plus grande lorsque les informations concernent le lieu où se trouve un journaliste, sa présentation devant l’autorité d’enquête ou les décisions prises à son sujet : si la salle de rédaction ne parvient pas à vérifier une information essentielle, elle peut en reporter la publication jusqu’à sa vérification.

Il conclut son entretien avec nous en disant : « La solidarité avec les journalistes et le professionnalisme ne sont pas contradictoires ; les institutions peuvent différer dans leurs politiques et dans l’espace qu’elles accordent à la couverture, mais lorsque nous décidons de publier, le journaliste ne doit pas se transformer en porte-parole d’une quelconque partie, le récit sécuritaire ne doit pas devenir une vérité journalistique, et l’accusation ne doit pas se transformer en condamnation ; le plus important est que le lecteur obtienne ce que nous savons, et non ce que nous voulons qu’il croie »

L’adoption du récit sécuritaire

Le traitement médiatique de la crise des journalistes de « Matsda2sh » reflète, du point de vue de l’avocat et défenseur des droits humains Malek Adly, directeur du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, une véritable crise dans le traitement médiatique des affaires à caractère sécuritaire, dans lesquelles le ministère de l’Intérieur présente sa version de l’affaire, puisque certains médias locaux anticipent les résultats des investigations du parquet et les décisions de justice.

Il qualifie ce traitement de lamentable, celui-ci s’étant traduit par l’adoption par certains journalistes et animateurs du récit sécuritaire et sa défense, ainsi que par la circulation de fuites d’appels et de vidéos liées à l’affaire, ce qui révèle, selon lui, l’existence de médias acquis aux services de sécurité à un degré plus grand qu’il ne le faudrait.

Il souligne que la confrontation de certains journalistes avec leur syndicat et leurs confrères n’est pas un phénomène nouveau, citant ce qui s’est passé, selon ses termes, lors de la crise de l’irruption dans le Syndicat des journalistes en 2016, après l’arrestation des journalistes Amr Badr et Mahmoud El-Sakka à l’intérieur du siège du syndicat, et les positions de certains journalistes qui l’ont accompagnée et qui ont défendu l’irruption dans le syndicat.

Il déclare à « Zawia3 » que la problématique est aussi liée à la situation de la profession et aux chartes de déontologie journalistique : « Chez nous, l’éthique de la profession est mal en point », ajoutant que les circonstances politiques et sécuritaires depuis 2013 ont jeté leur ombre sur le traitement médiatique.

Il insiste sur le fait que l’accusation d’un citoyen par une autorité sécuritaire ne signifie pas sa condamnation, et ne donne pas à la presse le droit de le condamner ou d’influencer l’opinion publique contre lui avant la fin du travail des autorités d’enquête et de la justice ; dans ce contexte, il évoque l’affaire du militant politique Zyad El-Elaimy, contre qui de larges accusations médiatiques et sécuritaires avaient été portées au moment de son arrestation, puis les interrogatoires n’ont pas comporté de questions concernant certaines des accusations qui avaient circulé dans les médias.

Il ajoute : « La crise est aussi exploitée dans des batailles électorales ou pour régler des comptes au sein du Syndicat des journalistes, et les différends syndicaux ne doivent pas prendre le pas sur la question de la liberté de la presse et des droits des journalistes ».

La crise de « Matsda2sh » révèle, selon lui, un fossé entre certains discours officiels sur l’élargissement de l’espace public et les pratiques d’autres instances, puisque le président de la République ou le ministre de l’Information peuvent tenir un discours dans une certaine direction, tandis que d’autres instances mènent des pratiques différentes.

Le chercheur en droits humains Mohamed Abdel Salam, directeur exécutif de l’Association pour la liberté de pensée et d’expression, ne relie pas quant à lui l’arrestation des journalistes de la plateforme « Matsda2sh » à la publication d’un contenu journalistique en particulier, ni à des infractions procédurales relatives à l’autorisation ou à la situation des journalistes, estimant que leur arrestation pourrait marquer le début d’une nouvelle phase de poursuites contre les plateformes journalistiques indépendantes.

Les accusations qui peuvent être portées contre les journalistes de « Matsda2sh » s’appliquent, selon lui, à d’autres plateformes journalistiques diverses, compte tenu des difficultés liées à l’autorisation des plateformes numériques et de la crise de la situation des journalistes travaillant dans la presse numérique et de sa compatibilité avec les cadres juridiques régissant l’inscription au Syndicat des journalistes.

Il déclare à « Zawia3 » : « L’objectif est de faire taire toute voix critique, et de faire taire des groupes professionnels sous des prétextes liés à la protection de l’État contre des complots qui la menacent ; l’arrestation des journalistes de “Matsda2sh” coïncide avec une conférence gouvernementale de présentation des réalisations du gouvernement, et avec des appels à amender ou à changer la Constitution, et ces développements reflètent une orientation politique qui ne tolère pas l’existence de voix critiques indépendantes de cette manière ».

Abdel Salam estime que l’arrestation des journalistes porte un message d’intimidation clair aux personnes travaillant dans le domaine journalistique, et que l’objectif était peut-être de pousser les journalistes indépendants et professionnels à se retirer de la scène ou à garder le silence.

Il pense que les larges réactions de rejet de l’arrestation des journalistes, et le fait que la plateforme « Matsda2sh » elle-même a continué à publier des communiqués et des couvertures sur l’arrestation de ses journalistes, ont produit un résultat inverse, puisque les groupes de journalistes indépendants ne se sont pas retirés de la scène, ce qui a conduit, selon lui, à l’élargissement de la campagne médiatique aux fuites et aux enregistrements.

L’affaire ne concerne pas seulement le contenu des accusations portées contre les journalistes de « Matsda2sh », mais aussi la manière dont ces accusations ont été présentées à l’opinion publique ; l’échantillon de couvertures étudié a montré un passage du traitement informatif et juridique à l’adoption d’un vocabulaire sécuritaire et incriminant, avec des disparités dans la mise à disposition du récit contraire et dans la distinction entre l’accusation et la vérité.

Alors que les résultats des investigations et de la justice restent décisifs quant aux accusations attribuées aux journalistes, la couverture médiatique de l’affaire pose une question plus large sur les limites de la responsabilité professionnelle dans le traitement des affaires de liberté de la presse, et sur la capacité des médias à préserver les normes de précision, d’indépendance et de non-anticipation des investigations.

Pour le contexte postérieur au recensement : l’Initiative égyptienne pour les droits personnels a indiqué, dans un communiqué daté du 5 octobre, que les avocats de la défense avaient assisté aux interrogatoires des journalistes de la plateforme le 4 octobre. Le début ultérieur des interrogatoires ne change rien à la nécessité de distinguer, lors de l’analyse des couvertures antérieures, entre le récit de l’autorité ayant procédé à l’arrestation, l’enquête judiciaire et la condamnation par un jugement.

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