La négligence médicale dans les prisons égyptiennes… quand la maladie devient une peine supplémentaire

77 cas de négligence médicale et 20 décès en un an révèlent un grave fossé entre les textes constitutionnels et la réalité dans les prisons égyptiennes, sur fond de témoignages sur l’absence de traitement et le retard de la prise en charge médicale des cas critiques
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Shimaa Hamdy

Comme s’il levait le voile sur un chapitre pesant de sa vie, auquel il revient malgré lui chaque fois que l’on évoque les prisons, Haitham Mohamedeen, avocat des droits humains et ancien prisonnier d’opinion, commence à parler de sa période de détention : « Les prisons en Égypte ne sont absolument pas adaptées aux malades, même atteints de maladies bénignes que l’on pourrait maîtriser à l’extérieur. La surpopulation, l’absence de lits et le recours aux toilettes à la turque sont autant de facteurs qui rendent la vie des malades en prison extrêmement difficile. Les personnes souffrant d’une hernie discale ou de maladies osseuses endurent le pire, non seulement à cause de l’absence de traitement, mais aussi à cause de la configuration même des installations. »

Mohamedeen raconte, dans son entretien avec nous, comment les gestes les plus simples devenaient un fardeau dans une cellule exiguë, où les détenus étaient contraints de se partager des médicaments limités dans des tentatives désespérées de soulager la douleur. Et bien qu’il soit sorti depuis plus de trois ans (à la date de publication de cet article, en décembre 2025) d’une détention provisoire qui a duré trois ans, les détails de ces jours-là sont restés gravés dans sa mémoire, témoins d’une réalité que beaucoup vivent encore aujourd’hui.

 

La négligence médicale, une crise à part entière

Le témoignage de Mohamedeen montre clairement que la négligence médicale en prison n’est pas un simple manquement dans les soins, mais un système complet qui commence par un environnement de détention inhumain, passe par la faiblesse des équipements médicaux et aboutit à l’absence de compétence et de spécialisation médicales, ce qui fait des maladies les plus bénignes une menace grave pour la vie des détenus.

Mohamedeen décrit les infirmeries des prisons comme se contentant de distribuer des analgésiques pour tous les cas, même les urgences, puisqu’il devient presque impossible d’appeler le médecin après la fermeture des cellules à six heures du soir, et que l’infirmier est parfois obligé d’emprunter aux détenus leurs tensiomètres, faute d’appareils officiels en état de marche. Quant au passage périodique des médecins, il le juge purement formel : un seul médecin, non spécialisé, suit toutes les maladies, comme c’était le cas à la prison d’Al-Qanater, où un dermatologue était chargé du diagnostic et de la prescription des médicaments pour tous les cas.

L’avocat des droits humains Haitham Mohamedeen rappelle que la Constitution égyptienne dispose, en son article 55 : « Toute personne arrêtée, détenue ou dont la liberté est restreinte doit être traitée de manière à préserver sa dignité ; elle ne peut être torturée, intimidée, contrainte ni subir de préjudice physique ou moral. Elle ne peut être retenue ou détenue que dans des lieux prévus à cet effet, dignes sur les plans humain et sanitaire, l’État étant tenu de fournir les moyens d’accessibilité aux personnes handicapées. Toute violation de ces dispositions constitue un crime dont l’auteur est puni » conformément à la loi.

En outre, l’Égypte, en tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, est tenue d’appliquer l’article 10, qui dispose que : « Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine ». Par ailleurs, les « Règles Nelson Mandela », adoptées par les Nations unies en 2015, fixent les normes internationales fondamentales pour le traitement des détenus, y compris le droit aux soins de santé sans aucune forme de discrimination.

De son côté, Samar El-Husseiny, directrice exécutive du Forum égyptien des droits humains, affirme à Zawia3 que la crise des soins de santé dans les prisons égyptiennes représente « l’un des dossiers les plus graves », soulignant que la question ne concerne pas seulement les prisonniers politiques, mais l’ensemble des détenus, qu’il s’agisse des détenus de droit commun ou de personnes d’horizons différents.

Samar explique que l’objectif doit être de garantir le droit de chaque détenu à des soins de santé appropriés, conformément aux règlements nationaux et aux normes internationales. Elle ajoute : « Les soins de santé ne consistent pas simplement à transférer le détenu à l’hôpital pour un traitement d’urgence, puis à le renvoyer aussitôt dans sa cellule ; ils exigent qu’il reste à l’hôpital jusqu’à sa guérison complète et sa convalescence. » Elle souligne que « c’est exactement l’inverse qui se produit actuellement : les malades sont renvoyés dans des cellules non équipées, ce qui aggrave encore leur état ».

Les témoignages et les rapports des organisations de défense des droits humains révèlent que la réalité dans les prisons égyptiennes va dans le sens opposé : les décès continuent en raison de l’absence de soins de santé, ce qui entraîne une détérioration de l’état de santé des détenus faute de traitement et de soins nécessaires, dans des conditions de détention que des organisations de défense des droits humains locales et internationales ont qualifiées de « cruelles et inhumaines ».

Marwa Arafa et Hoda Abdel-Moneim

Le témoignage de Haitham Mohamedeen révèle une sombre réalité des soins de santé dans les prisons égyptiennes, et elle n’est pas isolée : les récits d’autres détenus des prisons d’Al-Qanater, de Tora, de Borg El-Arab et de Haute-Égypte se recoupent et pointent tous la négligence médicale, le manque de médicaments, la lenteur de la réaction aux cas d’urgence et des conditions de détention inhumaines qui font de la maladie une sorte de condamnation à une mort lente.

La traductrice Marwa Ashraf Mohamed Arafa, en détention provisoire depuis plus de cinq ans, est apparue à l’audience du samedi 18 octobre 2025 dans un état d’épuisement extrême et avec des difficultés respiratoires, selon ce qu’a annoncé l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR). Marwa a informé la cour qu’elle souffrait des complications d’une suspicion d’embolie pulmonaire antérieure, ainsi que de problèmes cardiaques et d’hypertension artérielle, sans avoir été présentée à des médecins spécialistes pour recevoir le traitement nécessaire.

À l’issue de l’audience, plusieurs organisations de défense des droits humains, responsables politiques et personnalités publiques ont adressé une demande urgente au Conseil national des droits de l’homme, réclamant une intervention immédiate pour sauver la vie de Marwa, détenue depuis avril 2020 au centre de réforme et de réhabilitation du 10-Ramadan « Réhabilitation 4 », dans le cadre de l’affaire n° 570 de 2020 du parquet suprême de la Sûreté de l’État.

Les auteurs de la demande ont indiqué que Marwa a été renvoyée en jugement en décembre 2024 avec 38 autres accusés dans l’affaire n° 19857 de 2024 (crimes, Premier district de Nasr City), pour des chefs d’accusation liés à « l’adhésion à un groupe terroriste et au financement d’un groupe terroriste ». Or, selon eux, son maintien en détention depuis 2020 viole l’article 143 du Code de procédure pénale, qui dispose que la détention provisoire en matière criminelle ne peut excéder deux ans, alors que la durée totale de détention de Marwa a dépassé cinq ans.

Les auteurs de la demande ont également documenté qu’elle avait subi, en août 2025, un grave malaise, diagnostiqué dans un premier temps comme une embolie de l’artère pulmonaire, qui a entraîné une dégradation de sa capacité à se déplacer et l’a rendue dépendante de ses codétenues. Malgré la gravité de son état, elle n’a reçu qu’une seule nuit de soins médicaux avant d’être renvoyée dans sa cellule, les autorités compétentes ignorant les demandes de transfert vers un hôpital spécialisé, que ce soit par l’intermédiaire du complexe médical de Badr ou vers un hôpital extérieur aux frais de la famille. Les auteurs de la demande ont estimé que son maintien en détention dans ces conditions constituait une violation des articles 55 et 56 de la Constitution égyptienne, en plus d’être contraire aux obligations internationales de l’Égypte relatives au droit à la santé, à la liberté et à la sécurité des détenus.

La demande précisait que Marwa Arafa est traductrice, âgée de 32 ans et mère d’une petite fille atteinte d’un trouble du spectre de l’autisme, privée des soins de sa mère depuis que celle-ci a été arrêtée sous ses yeux alors qu’elle avait deux ans, ce qui lui a causé un traumatisme psychologique dont les effets perdurent encore aujourd’hui.

La militante des droits humains Samar El-Husseiny cite le cas de Marwa Arafa, victime d’une embolie et qui a reçu ses perfusions dans sa cellule au lieu d’un hôpital spécialisé, et s’interroge : « Quel danger y a-t-il à ce qu’un malade reçoive son traitement dans un hôpital équipé ? ». Elle souligne que « la privation de soins de santé est devenue un moyen de punition supplémentaire ».

L’avocate et défenseure des droits humains Hoda Abdel-Moneim

El-Husseiny souligne que les organisations de défense des droits humains ne réclament pas de traitement de faveur pour les prisonniers politiques, mais seulement l’application des règles internationales, dont les principales sont : permettre aux détenus de se soigner, informer leurs proches de leurs dossiers médicaux et autoriser les familles à remettre des médicaments à leurs enfants. Mais elle fait état de témoignages confirmant l’interdiction de faire entrer des médicaments dans certaines prisons, ou leur vente à l’intérieur à des prix élevés, supérieurs de 25 % à 40 % à leur prix à l’extérieur, ce qui représente une charge supplémentaire pour les familles.

Malgré les appels urgents des défenseurs des droits humains à sauver Marwa Arafa et à mettre fin à sa détention prolongée, son cas n’est pas une exception dans le tableau plus large de la dégradation de l’état de santé des détenues. Actuellement (à la date de publication de cet article, en décembre 2025), l’avocate et défenseure des droits humains Hoda Abdel-Moneim souffre d’une grave détérioration de son état de santé : elle a été victime d’une thrombose à la jambe gauche, d’un arrêt de fonctionnement du rein gauche et d’un reflux au rein droit, en plus d’une crise cardiaque et de graves troubles de l’équilibre dus à une otite moyenne. Alors qu’elle lutte contre ces lourdes complications, sa famille a reçu en août 2025 une nouvelle notification de l’hôpital de la prison indiquant qu’un diabète lui avait été diagnostiqué, ce qui aggrave les risques liés à son état et rend plus pressant le besoin de soins médicaux urgents et adaptés.

C’est ce qui a poussé sa fille, Jihad Khaled, à adresser le 12 octobre 2025 un appel au président de la République, lui demandant d’intervenir d’urgence pour faire libérer sa mère, que ce soit par une grâce pour raisons de santé ou dans le cadre des décisions de grâce présidentielle. Dans une lettre consultée par Zawia3, Jihad a expliqué que sa mère, âgée de 66 ans, traverse une situation de santé « extrêmement critique », bien qu’elle ait achevé en octobre 2023 sa peine de cinq ans de prison, avant d’être de nouveau détenue dans le cadre de deux nouvelles affaires, pour les mêmes chefs d’accusation.

Hoda Abdel-Moneim, avocate, militante des droits humains et ancienne membre du Conseil national des droits de l’homme, a été arrêtée en novembre 2018 en raison de son activité en faveur des droits humains, et son nom a été inscrit dans l’affaire n° 1552 de 2018 de la Sûreté suprême de l’État, connue dans les médias sous le nom d’« affaire de la Coordination égyptienne pour les droits et les libertés ». Depuis lors, elle est restée en détention provisoire pendant plus de quatre ans, jusqu’à ce que la Cour de sûreté de l’État d’urgence (juridiction d’exception instituée sous l’état d’urgence) la condamne, le 5 mars 2023, à cinq ans de prison, sur la base d’accusations que des organisations de défense des droits humains ont qualifiées de fabriquées.

Bien que sa peine ait pris fin le 31 octobre 2023, elle n’a pas été libérée ; le 18 novembre 2024, elle a de nouveau été présentée au parquet suprême de la Sûreté de l’État dans le cadre d’une troisième affaire, l’affaire n° 800 de 2019, pour les mêmes chefs d’accusation que ceux auxquels elle avait été confrontée dans les affaires précédentes.

La traductrice Marwa Arafa

La crise de tout un système

Poursuivant son récit, l’avocat des droits humains Haitham Mohamedeen se souvient de la crise du coronavirus pendant sa détention, révélant qu’il a reçu un vaccin totalement différent de celui auquel il s’attendait et qui circulait alors parmi les détenus : « J’ai effectivement reçu la première dose, puis, 21 jours plus tard, je suis allé recevoir la deuxième. En toute bonne foi, j’ai demandé au médecin de quel vaccin il s’agissait : l’anglais ou le chinois ? Il m’a répondu : “C’est contre le virus B”. J’ai alors découvert que je recevais le vaccin contre le virus de l’hépatite B, et non le vaccin contre le coronavirus. »

La négligence apparaît jusque dans les détails médicaux les plus simples. Les problèmes dentaires, raconte Mohamedeen, n’ont qu’une seule solution : « l’extraction ». Dans son récit, Mohamedeen estime que le plus grave est le retard de la réaction dans les cas critiques la nuit. Il souligne que la négligence face aux urgences en prison peut entraîner la mort de détenus, car le sergent de garde (« chawish ») ou les gardiens peuvent tarder à ouvrir les portes, surtout la nuit ou dans les bâtiments à plusieurs étages, comme c’est le cas à la prison d’Al-Qanater, où l’aide met longtemps à parvenir aux détenus.

Il fait remarquer que la crise des soins de santé dans les prisons égyptiennes est enracinée depuis de longues années, et qu’elle est apparue clairement avec l’extension de la détention provisoire après la révolution de janvier 2011. Il estime que le problème dépasse les cas individuels, car les prisons manquent d’un véritable système de soins.

Mohamedeen ajoute que le traitement de façade assuré par les médecins des prisons ou par leurs hôpitaux est insuffisant, compte tenu du manque de moyens, même dans les hôpitaux publics hors des prisons. Il affirme que les détenus atteints de maladies chroniques ou graves souffrent doublement, car ils ne sont pas autorisés à accéder aux hôpitaux universitaires qui offrent le traitement adéquat, contrairement aux citoyens ordinaires.

De son côté, la campagne « Imprescriptible » (lancée par la Commission égyptienne des droits et des libertés, ECRF) a publié son nouveau rapport « La libération pour raisons de santé : un droit bafoué ! », qui documente la situation des soins de santé dans les prisons égyptiennes entre septembre 2024 et septembre 2025 ; il révèle un écart important entre les obligations légales et la réalité et a documenté, selon ses conclusions, 20 décès attribués à la négligence médicale et 12 cas de négligence délibérée visant des détenus vivants, notamment dans les prisons de Badr 1, du 10-Ramadan, de Borg El-Arab et d’Al-Qanater, où des détenus ont été privés de traitement et leurs transferts vers les hôpitaux retardés, la privation de soins ayant parfois été utilisée comme instrument de punition.

Les soins de santé dans les lieux de détention

Documentation de l’ECRF, septembre 2024-septembre 2025 Nombre
Décès attribués à la négligence médicale 20
Cas de négligence visant des détenus vivants 12
Source : Commission égyptienne des droits et des libertés (ECRF), rapport « La libération pour raisons de santé : un droit bafoué ! ». Il s’agit d’une documentation réalisée par une organisation de défense des droits humains, et non d’un recensement officiel exhaustif.

 

En juillet 2025, l’Initiative égyptienne pour les droits personnels a révélé la grave crise de santé que traverse l’un des détenus en détention provisoire dans le cadre de l’affaire n° 2025 de 2025, membre du groupe religieux « Religion ahmadie de la paix et de la lumière ». Les avocats de l’Initiative ont adressé une demande urgente à l’Administration pénitentiaire pour qu’il soit soumis à un examen médical et reçoive immédiatement les soins de santé nécessaires, mais l’administration de la prison du 10-Ramadan 6 n’y a pas pleinement répondu, se contentant à deux reprises, en mai 2025, de lui poser une sonde pour traiter une rétention urinaire, tandis que ses souffrances se poursuivaient.

Le détenu est âgé de 64 ans ; il avait besoin, avant son arrestation, d’une opération des yeux pour traiter une cataracte et des maladies de la rétine, et il souffre également de maladies rénales, de diabète et d’une infiltration hépatique, ce qui a aggravé la détérioration de son état en prison, avec l’apparition d’œdèmes aux jambes et une grave détérioration de sa vue, en plus d’un coma diabétique dû au fait qu’il n’a pas reçu ses médicaments.

L’Initiative a condamné le maintien en détention provisoire d’au moins 16 détenus dans le cadre de cette affaire, dont 14 membres du groupe « Religion ahmadie de la paix et de la lumière », et a réclamé leur libération immédiate ainsi que des soins médicaux urgents, conformément aux obligations constitutionnelles et internationales.

Abdel Moneim Aboul Fotouh… une alerte lancée en mai 2018

Le cas du Dr Abdel Moneim Aboul Fotouh, ancien candidat à l’élection présidentielle, constitue un autre prolongement de l’image de la négligence médicale dans les prisons égyptiennes. Le 9 mai 2018, neuf organisations de défense des droits humains ont exprimé, dans un communiqué commun, leur profond mécontentement et leur réprobation face à la négligence médicale (délibérée, selon leurs termes) dont était victime le Dr Abdel Moneim Aboul Fotouh, y voyant une escalade de l’hostilité politique et des actes de représailles visant les opposants politiques.

Le communiqué dénonçait l’obstination de l’administration de la prison d’Al-Mazraa, à Tora, à refuser le transfert d’Aboul Fotouh à l’hôpital, alors qu’il avait subi quatre crises d’angine de poitrine successives en moins de trois mois, ainsi que son indifférence à la détérioration de son état de santé et à son âge avancé (67 ans au moment de la publication du communiqué, en 2018), et son maintien à l’isolement dans une cellule dépourvue des normes les plus élémentaires de prise en charge des détenus, ce que les organisations ont qualifié d’exemple flagrant et honteux des mécanismes de torture indirecte dans les prisons égyptiennes.

Aboul Fotouh souffre de maladies chroniques, dont le diabète, l’hypertension artérielle et une hypertrophie de la prostate, et son état critique avait atteint son paroxysme le 5 mai 2018, lorsqu’il a subi sa plus violente crise d’angine de poitrine. Malgré son besoin urgent de soins médicaux immédiats et des examens nécessaires en soins intensifs, l’administration de la prison persistait alors à refuser son transfert, tandis que le parquet rejetait ses demandes répétées d’être examiné par une commission médicale spécialisée.

Un mémorandum détaillé avait été remis au Conseil national des droits de l’homme le 22 avril 2018, documentant l’ensemble des violations et ses conditions de détention inhumaines, mais il n’a abouti à aucun changement, ce que les organisations ont considéré comme la poursuite d’une politique de négligence médicale délibérée à l’encontre des prisonniers politiques dans les prisons égyptiennes.

 

El Nadeem documente 77 cas de négligence médicale

Le militant des droits humains Haitham Mohamedeen insiste sur le fait que les cas de santé graves en prison nécessitent souvent une intervention dans les hôpitaux universitaires, qui disposent des équipements et des médecins spécialistes pour traiter les maladies difficiles à soigner, mais que l’accès du détenu à ces hôpitaux est quasi impossible, l’administration se contentant le plus souvent d’orienter le malade vers l’hôpital de la prison, quelle que soit la gravité de son état.

De son côté, le Centre El Nadeem contre la violence et la torture a documenté 77 cas de négligence médicale dans les lieux de détention au cours du premier semestre 2025, allant du manque de soins médicaux de base à la détérioration de l’état des détenus, en soulignant que le nombre réel pourrait être plus élevé en raison de la difficulté d’accéder à toutes les prisons et à tous les centres de détention. Le Centre a affirmé que la négligence médicale constitue une violation de la Constitution égyptienne (articles 18, 55 et 56) et des conventions internationales, y compris la Convention contre la torture, à laquelle l’Égypte a adhéré le 25 juin 1986 ; la privation délibérée de soins peut relever de la torture ou des traitements inhumains selon les circonstances des faits. Le mois de mai a enregistré le plus grand nombre de cas dans les archives mensuelles (22 cas), suivi d’avril et de juin, avec 20 cas chacun. Le rapport précise que le total exclut les informations répétées ; c’est pourquoi l’addition des chiffres mensuels ne correspond pas à un nombre de cas distincts.

77 cas de négligence médicale après suppression des doublons

Mois (2025) Cas recensés (avant suppression des doublons)
Janvier 16
Février 11
Mars 19
Avril 20
Mai 22
Juin 20
Total après suppression des doublons 77
Un même cas pouvant être signalé sur plusieurs mois, les chiffres mensuels ne doivent pas être additionnés comme des cas distincts. Source : Centre El Nadeem, archives du premier semestre 2025, page 2.

Dans ce contexte, l’avocat des droits humains Haitham Mohamedeen estime que le parquet général porte la responsabilité directe de la négligence médicale dans les prisons, insistant sur le fait que les inspections doivent être périodiques, exhaustives et inopinées, et que les détenus doivent être conduits pour examen dans des hôpitaux réellement équipés, au lieu des procédures de façade dans les hôpitaux des prisons ou les infirmeries internes.

De son côté, la militante des droits humains Samar El-Husseiny affirme que la solution exige la création d’une commission d’urgence composée de médecins indépendants et de défenseurs des droits humains, l’accès des organisations de défense des droits humains aux dossiers médicaux et le transfert des détenus vers les hôpitaux en cas de besoin, tout en accordant au Conseil national des droits de l’homme de véritables pouvoirs de contrôle au lieu de son rôle actuel, limité.

Lors de la préparation de ce reportage, nous avons contacté le Conseil national des droits de l’homme par les moyens de communication officiels disponibles sur son site internet, pour solliciter un commentaire sur la situation des détenus et les soins de santé dans les lieux de détention, ainsi que sur les accusations de négligence médicale. Jusqu’au moment de la publication de l’enquête, nous n’avions reçu aucune réponse.

Le dossier des soins de santé dans les prisons et les lieux de détention en Égypte reste suspendu entre des textes constitutionnels et juridiques clairs qui garantissent le droit aux soins, et une réalité révélée par des témoignages et des rapports d’organisations de défense des droits humains, qui laisse entrevoir un large fossé entre l’engagement constitutionnel et juridique et la pratique sur le terrain. Et tandis que les détenus malades restent pris au piège de ce fossé, les appels se multiplient pour que le parquet général et les autorités compétentes assument leurs responsabilités constitutionnelles et juridiques, en activant des mécanismes d’inspection périodique et inopinée et en garantissant un accès effectif à des soins de santé dignes, non pas comme une faveur ou une exception, mais comme un droit inaliénable qui ne s’éteint pas, même derrière les barreaux.

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Shimaa Hamdy
Journaliste égyptienne, elle couvre les dossiers politiques et des droits humains et s’intéresse aux questions des femmes. Chercheuse sur la liberté de la presse, les médias et les libertés numériques.

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