À compter du 1er juillet 2026, au début du nouvel exercice budgétaire 2026-2027, le gouvernement a décidé une nouvelle hausse des rémunérations des agents de l’État. Le minimum du sixième grade, le plus bas de la grille de la fonction publique, est passé de 7 000 à 8 000 livres égyptiennes par mois, soit une augmentation d’environ 14,3 %. Les minima des autres grades progressent jusqu’à 14 500 livres pour le grade exceptionnel.

Présentée comme un moyen d’améliorer les revenus des agents et de faire face au coût de la vie, cette hausse met aussi en évidence un écart au sein du marché du travail. Le minimum de la rémunération totale du fonctionnaire situé au bas de la grille atteint désormais 8 000 livres, tandis que celui des salariés du secteur privé demeure fixé à 7 000 livres, conformément à la dernière décision du Conseil national des salaires, entrée en vigueur en mars 2025.
Le système de rémunération des agents de l’État concerne environ 5,5 millions de fonctionnaires, selon les données gouvernementales publiées en 2026. Le nouveau budget consacre quelque 822,8 milliards de livres aux salaires et indemnités des agents pour l’exercice en cours.
Le décret du Premier ministre no 2170 de 2026, publié en juillet dernier, fixe le minimum de la rémunération totale selon le grade : 8 000 livres pour le sixième, 8 250 pour le cinquième, 8 500 pour le quatrième, 8 750 pour le troisième, 9 000 pour le deuxième et 9 500 pour le premier, puis 11 250 pour le grade de directeur général, 12 250 pour le grade supérieur et 14 500 pour le grade exceptionnel. Le minimum public varie donc selon le grade et ne constitue pas un salaire uniforme pour tous les agents. Texte officiel du décret
Le décret ne considère pas non plus les 8 000 livres comme un salaire de base nécessairement perçu en espèces, mais comme un minimum de « rémunération totale ». Si l’ensemble des composantes de la rémunération d’un agent reste inférieur au seuil prévu pour son grade, il a droit à une prime complémentaire correspondant à la différence. Certaines indemnités, primes et prestations en espèces sont prises en compte selon les règles définies par le décret.
La hausse du minimum public ne signifie donc pas nécessairement que chaque agent a obtenu une augmentation nette de 1 000 livres. La hausse effective dépend du grade, des composantes de la rémunération ainsi que des primes et indemnités intégrées à son calcul.
Malek Adly, président du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, estime que l’évaluation du salaire minimum ne devrait pas se limiter à comparer le montant annoncé à l’inflation. Elle doit reposer sur une mesure réelle du coût de la vie et des besoins des ménages. Selon lui, un minimum de 8 000 livres ne permet pas d’assurer une vie digne à une famille comptant au moins quatre personnes, par exemple.
Dans un entretien avec Zawia3, Adly explique qu’il existe plusieurs méthodes pour apprécier le niveau adéquat du salaire minimum, notamment le calcul d’un « panier alimentaire » et l’évaluation des besoins essentiels du ménage. Le pouvoir d’achat peut être mesuré en constituant un panier de biens et de services indispensables à la famille, puis en comparant son coût au salaire, tout en tenant compte d’autres indicateurs, comme la valeur de la monnaie et les taux d’inflation.
Il rappelle que le Centre avait réalisé une étude économique présentée au Conseil d’État dans une affaire concernant le salaire minimum. Fondée sur le « panier alimentaire » et les besoins du ménage, elle retenait l’hypothèse d’une famille de quatre personnes devant se nourrir, s’instruire, se déplacer et satisfaire d’autres besoins essentiels. Aujourd’hui, 8 000 livres ne suffiraient pas à cette famille, précise-t-il.
Chaabane Khalifa, président du syndicat des travailleurs du secteur privé, considère pour sa part que le salaire minimum « n’est ni un cadeau du gouvernement ni une faveur de l’employeur, mais un droit constitutionnel et une obligation légale qui doit être appliquée ». Il insiste sur la nécessité, pour le gouvernement, de reconnaître le droit fondamental du travailleur égyptien à une rémunération équitable, adaptée au coût de la vie et garantissant à sa famille et à lui-même une existence digne.
Il explique à Zawia3 que l’article 12 de la Constitution dispose que « le travail est un droit, un devoir et un honneur garantis par l’État ». Le travail accompli doit recevoir une contrepartie juste, souligne-t-il. L’article 13 oblige quant à lui « l’État à préserver les droits des travailleurs et à construire des relations de travail équilibrées entre les deux parties au processus de production ».
L’article 27 est encore plus explicite, ajoute-t-il : il impose au système économique des obligations sociales d’égalité des chances, de répartition équitable des fruits du développement et de réduction des écarts de revenus. Il prévoit que « le système économique vise à assurer la prospérité du pays par le développement durable et la justice sociale ».
Des augmentations successives… les citoyens en ressentent-ils les effets ?
Le salaire minimum des agents de l’État a connu des hausses successives au cours des cinq dernières années. Il est passé de 2 400 livres par mois en 2021 à 8 000 livres à compter de juillet 2026, soit 5 600 livres supplémentaires, ou environ 233 % en cinq ans.
Cette progression s’est faite par étapes : le minimum a atteint 2 700 livres en 2022, puis 3 000 au début de 2023, avant de passer à 4 000 en octobre de la même année, à 6 000 en 2024, à 7 000 en 2025 et enfin à 8 000 cette année.

Dans le secteur privé, le minimum a été instauré à 2 400 livres en janvier 2022. Il est ensuite passé à 2 700 en janvier 2023, à 3 000 en juillet de la même année, puis à 3 500 en janvier 2024. Il a bondi à 6 000 en mai 2024, avant d’atteindre 7 000 en mars 2025.

Ces hausses semblent importantes, mais l’évolution des prix modifie le tableau. Selon les données de la Banque mondiale, l’inflation annuelle moyenne en Égypte était d’environ 5,2 % en 2021. Elle a grimpé à 13,9 % en 2022, à 33,9 % en 2023 et à 28,3 % en 2024, avant de reculer à 14,1 % en 2025.
En cumulant ces taux annuels par un calcul composé, le niveau des prix augmente d’environ 135 %, et non de 146 %, sur la période 2021-2025. Un panier valant 100 livres pendant l’année de référence précédant cette période coûte donc quelque 235 livres à son terme. Il s’agit d’un calcul approximatif fondé sur des moyennes annuelles arrondies, et non d’une mesure du coût de chaque produit ou de l’évolution des prix entre deux dates précises.
Le taux de pauvreté atteignait 29,7 % selon l’enquête sur les revenus et les dépenses de 2019-2020. Ce chiffre historique ne peut être présenté comme une mesure actuelle pour 2026. Dans son rapport d’avril 2025, la Banque mondiale donnait une estimation de 33,5 % pour 2021-2022, à partir de données officielles. L’année de mesure et la méthodologie diffèrent de celles des déclarations politiques approximatives évoquant quelque 29 %. Rapport de la Banque mondiale, avril 2025
La pauvreté se concentre particulièrement dans les gouvernorats de Haute-Égypte. Dans certaines zones de gouvernorats comme Assiout, Sohag et Minya, elle touche plus de 50 % de la population, selon les données statistiques.
Pour Chaabane Khalifa, la valeur réelle du salaire se mesure à sa capacité effective à couvrir les besoins essentiels en alimentation, logement, santé et éducation, plutôt qu’à son montant nominal. L’obligation, pour un travailleur, de cumuler plusieurs emplois afin de subvenir aux besoins de sa famille révèle, selon lui, un profond déséquilibre de la justice sociale. Le syndicat a demandé une étude sérieuse et urgente sur le relèvement du minimum du secteur privé à 10 000 livres par mois, conformément à la nouvelle loi du travail, qui oblige le Conseil national des salaires à tenir compte des fluctuations de l’inflation et du coût de la vie.
Concernant les méthodes d’évaluation, Khalifa souligne que les comparaisons internationales doivent reposer sur le pouvoir d’achat et les différences de niveaux de prix, et non sur une simple conversion monétaire. Il cite les écarts entre les pays de l’Union européenne et le recours de certains à des conventions collectives sectorielles. Il demande au gouvernement de ne pas faire payer aux travailleurs les crises économiques : réduire le coût de production ne doit pas se faire au détriment des moyens nécessaires à leur existence.
Malek Adly précise de son côté que comparer le salaire minimum à différentes périodes exige de prendre en compte l’évolution du pouvoir d’achat de la monnaie. Lorsque le minimum était de 1 200 livres, le dollar valait environ cinq livres : ce montant correspondait donc à quelque 240 dollars, en retenant ce taux de change.
Il ajoute : « Si nous voulons mesurer le pouvoir d’achat, nous ne pouvons pas regarder le seul chiffre nominal. Il faut comparer la valeur du salaire à un moment donné avec sa valeur à un autre moment, à travers le taux de change ou le panier de biens et de services que le travailleur peut acheter. » Mesurer le salaire à l’aune du panier alimentaire est davantage lié aux besoins quotidiens des citoyens, explique-t-il : on peut définir les aliments nécessaires à une alimentation saine pour quatre personnes, en calculer le coût et le comparer au revenu disponible du ménage.
Il poursuit : « Si une famille a deux enfants, ses membres devraient pouvoir satisfaire des besoins alimentaires essentiels et équilibrés. Il est difficile que le seul budget de l’alimentation reste assez limité pour qu’un revenu total de 8 000 livres permette de couvrir tous les besoins du ménage. »
Adly explique que l’hypothèse de deux personnes travaillant au salaire minimum dans une famille de quatre membres, soit 16 000 livres au total, ne règle pas le problème. Il s’interroge sur la capacité de cette somme à couvrir l’alimentation, le logement, l’éducation, la santé et les services essentiels, sans parler de l’épargne ou du remboursement d’échéances. Il insiste sur la nécessité de lier les salaires à l’inflation réelle et aux écarts de prix sur les marchés.
La perte de pouvoir d’achat pousse les familles vers des produits moins chers, de qualité inférieure ou d’origine inconnue, ajoute-t-il. Il en résulte un « coût caché » : la dégradation de la santé des citoyens et l’augmentation future des dépenses de soins. Ces charges, absentes des calculs officiels du salaire minimum, sont entièrement supportées par les ménages ; ce sont les « pertes cachées ».
Adly précise que la suffisance du salaire dépend aussi de l’efficacité des services publics. Des transports abordables, une assurance maladie universelle et une maîtrise des tarifs des soins privés allègent les charges financières. La « gratuité officielle de l’enseignement », ajoute-t-il, ne reflète pas son coût réel : les familles supportent de lourdes dépenses de fournitures, de vêtements, de transport et de cours particuliers. Ces éléments doivent être intégrés à la définition du minimum de subsistance du ménage.
Des millions de personnes hors du champ du salaire minimum
La majeure partie du marché du travail égyptien se situe en dehors de l’appareil gouvernemental. Selon le Centre d’information et d’aide à la décision du Conseil des ministres, le secteur privé comptait environ 24,6 millions de personnes en emploi sur un total de 29,9 millions en 2024, soit quelque 82,3 %. Environ 45 % de cette main-d’œuvre exerce une activité indépendante hors établissement.
En février 2025, le Conseil national des salaires a décidé de porter le minimum du secteur privé de 6 000 à 7 000 livres à compter du 1er mars 2025. Il a fixé une augmentation périodique d’au moins 3 % du salaire servant de base aux cotisations sociales, avec un plancher de 250 livres par mois, et instauré pour la première fois un minimum de 28 livres de l’heure pour le travail à temps partiel.
Ce minimum ne couvre cependant pas toutes les personnes classées statistiquement parmi les « travailleurs du secteur privé ». Certaines travaillent dans des établissements relevant de la loi du travail, d’autres en dehors de ces établissements, auxquelles s’ajoutent les travailleurs irréguliers, les indépendants et les personnes effectuant un travail familial non rémunéré.
L’enquête sur la population active de 2024 montre l’écart entre les « personnes en emploi » et les « salariés ». Le nombre total de personnes en emploi atteignait 29,928 millions, contre seulement 21,748 millions de salariés. Plus de huit millions de personnes en emploi ne relèvent donc pas du salariat : elles sont employeuses, travaillent à leur compte ou travaillent sans rémunération pour leur famille ou pour autrui.
Le travail hors établissement ou informel comprend notamment le travail journalier, l’artisanat, les transports, l’agriculture et la vente ambulante. L’irrégularité de l’activité n’implique toutefois pas automatiquement une exclusion légale du salaire minimum. La protection varie selon le statut du travailleur et l’existence d’une relation de travail soumise à la loi, tandis qu’un employeur ou un indépendant n’est pas considéré comme un salarié d’établissement.
Les retraités ne bénéficient pas automatiquement des hausses de rémunération des agents. La situation des employés de maison, des professions indépendantes et des travailleurs familiaux non rémunérés diffère aussi de celle des salariés. Le problème apparaît lorsque des personnes se trouvent dans une véritable relation de travail sans contrat, contrôle ni protection sociale suffisante.
Malek Adly estime qu’un déséquilibre structurel du marché du travail égyptien prive une large part des travailleurs de l’économie informelle de protection. Il cite les livreurs, engagés par des « contrats de prestation de services » plutôt que par de véritables contrats de travail.
La faiblesse de l’organisation collective des travailleurs accroît leur vulnérabilité face à l’employeur, souligne-t-il. Une véritable réponse exige une réforme structurelle du système salarial et des relations de travail : le travailleur ne vit pas du chiffre inscrit dans les décisions, mais de la vie digne que ce chiffre permet d’assurer à sa famille et à lui-même.
Des établissements qui ne respectent pas le minimum
Au-delà de l’économie informelle, certains établissements privés ne respectent pas le salaire minimum alors que leurs salariés relèvent de ses dispositions. Les difficultés économiques ou la petite taille d’un établissement ne privent pas automatiquement ses travailleurs de ce droit.
En janvier 2026, le ministère du Travail a annoncé que des inspections menées en une semaine dans 1 695 établissements employant plus de 30 000 personnes avaient donné lieu à 280 procès-verbaux pour non-respect du salaire minimum. Une autre campagne, portant sur 2 323 établissements et plus de 50 000 travailleurs, a abouti à 361 procès-verbaux pour les mêmes infractions.
Selon des déclarations du président de l’Autorité nationale de l’assurance sociale en décembre 2025, environ 20 millions de travailleurs du privé n’étaient pas couverts par l’assurance sociale. Plus de la moitié travaillaient dans l’économie informelle, a-t-il indiqué, évoquant également de nouvelles formes d’activité comme le travail en ligne et les services de livraison.
Concernant le refus de certains établissements d’appliquer le minimum, Malek Adly explique que le recours à la justice est garanti et que les sanctions se multiplient avec le nombre de travailleurs concernés. Mais la lenteur judiciaire rend ce recours insuffisant, à lui seul, pour préserver leurs droits. Il rappelle aussi que le minimum annoncé n’est pas nécessairement le salaire net reçu par le travailleur, en raison des retenues, des cotisations et des différentes composantes de la rémunération.
Dans le même contexte, Chaabane Khalifa affirme qu’un travailleur ne peut être laissé seul face à son employeur, d’autant que beaucoup redoutent d’être licenciés ou de perdre leur moyen de subsistance.
La loi du travail no 14 de 2025 a établi un dispositif clair pour encadrer le salaire minimum, explique-t-il. L’article 101 régit la composition du Conseil national des salaires, tandis que l’article 102 lui confie la fixation du minimum à l’échelle nationale, en tenant compte des besoins des travailleurs et de leurs familles, du coût de la vie et de ses variations, de l’équilibre entre les parties à la relation de travail et de la progression de la production.
Il précise que l’article 103 prévoit que le Conseil se réunisse sur convocation de son président au moins tous les six mois, ou chaque fois que nécessaire. L’article 104 impose aux établissements relevant de la loi d’appliquer ses décisions. « Ces dispositions signifient que la fixation du salaire minimum n’est pas une décision prise une fois pour toutes puis laissée sans révision, mais un processus censé suivre l’évolution du coût de la vie, des prix et de la conjoncture économique. »
Pour contrôler son application, Khalifa insiste sur la responsabilité du ministère du Travail, de ses directions et des services d’inspection : ils doivent vérifier la conformité des établissements, dresser des procès-verbaux et engager les procédures légales contre les contrevenants. Il réclame une publication transparente des résultats des inspections et un suivi de leurs suites.
Concernant les sanctions, Khalifa indique que « la loi du travail prévoit des peines pour les établissements qui ne respectent pas les décisions du Conseil national des salaires ». L’article 287 de la loi no 14 de 2025 fixe une amende de 2 000 à 20 000 livres, multipliée par le nombre de travailleurs concernés et doublée en cas de récidive. Il faut veiller, ajoute-t-il, à ce que ces amendes ne deviennent pas un simple coût de fonctionnement que certaines entreprises pourraient supporter plutôt que de respecter les droits des travailleurs. La protection du salaire minimum exige des sanctions efficaces et rapidement appliquées.
L’écart salarial entre les secteurs public et privé
Les dernières données de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques révèlent des écarts plus marqués que la seule différence entre 8 000 et 7 000 livres. En 2024, le salaire mensuel moyen dans les secteurs public et privé atteignait 6 336 livres, contre 5 005 en 2023, soit une hausse de 26,6 %.
Il était d’environ 14 660 livres dans le secteur public, contre 5 796 dans le privé. Le salaire moyen du secteur public et des entreprises publiques représentait ainsi quelque 2,5 fois celui du secteur privé.
L’écart concerne aussi le genre. Dans les deux secteurs réunis, le salaire moyen des hommes atteignait 6 523 livres en 2024, contre 5 529 pour les femmes. Dans le secteur public et les entreprises publiques, les femmes percevaient en moyenne 15 206 livres, contre 14 540 pour les hommes. Dans le privé, leur moyenne tombait à 4 928 livres, contre 5 998 pour les hommes.
Certaines activités arrivent en tête : le salaire mensuel moyen dans l’intermédiation financière et l’assurance atteignait environ 19 897 livres en 2024, contre 14 994 dans l’électricité, le gaz, la vapeur et la climatisation, et 12 897 dans l’information et la communication. À l’inverse, une grande partie de la main-d’œuvre exerce des activités faiblement rémunérées. La moyenne générale rend donc moins bien compte des revenus effectifs des travailleurs situés au bas de l’échelle.
Chaabane Khalifa rappelle que le Conseil national des salaires a décidé, le 9 février 2025, de relever le minimum du privé à 7 000 livres à compter du 1er mars 2025, avec une augmentation périodique d’au moins 250 livres. Mais on ne peut supposer qu’un salaire offrant un certain pouvoir d’achat en mars 2025 conserve cette capacité après les hausses des prix de l’alimentation, du logement, des transports, des services et des autres besoins essentiels.
Il critique l’absence de réunions régulières du Conseil pour revoir les politiques salariales. La nouvelle loi du travail est entrée en vigueur le 1er septembre 2025, rappelle-t-il, et son article 103 impose une réunion au moins tous les six mois ou chaque fois que nécessaire.
La hausse des prix du carburant en mars 2026 s’est répercutée sur les différents postes de dépenses, des transports à l’alimentation et aux services, ajoute-t-il. Ces effets, conjugués aux pressions inflationnistes persistantes, imposent de réévaluer le minimum. « Nous ne voyons pas de révision périodique du salaire minimum qui suive l’évolution du coût de la vie. »
Il souligne que la présence de représentants des travailleurs au Conseil national des salaires « n’est ni une fonction honorifique ni un siège protocolaire », mais une responsabilité exigeant de défendre les intérêts de millions de travailleurs.
Le chômage, une autre tragédie
Selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, le chômage en Égypte s’élevait à 6 % au premier trimestre 2026, période couverte par les chiffres présentés ici. Il reculait de 0,2 point par rapport au quatrième trimestre 2025, où il atteignait 6,2 %. Le nombre de chômeurs était d’environ 2,126 millions au sein de la population active. Cette poursuite de la baisse du chômage officiel ne traduit cependant pas nécessairement une amélioration comparable des salaires ou de la qualité des emplois.
La répartition par genre révèle un écart important : le chômage touchait environ 3,6 % des hommes, contre 14,3 % des femmes. Le taux féminin approche donc quatre fois le taux masculin.
Sur l’ensemble de l’année précédente, le taux annuel moyen était de 6,3 % en 2025, contre 6,6 % en 2024, dans une tendance à la baisse progressive au cours des dernières années. Mais cette diminution n’implique pas nécessairement une amélioration des revenus ou des conditions de travail. L’indicateur ne mesure ni le montant des salaires, ni la stabilité de l’emploi, ni la couverture par l’assurance sociale, autant d’éléments qui restent très inégaux entre les agents publics, les salariés du privé et les travailleurs de l’économie informelle.
Les experts estiment que lire les chiffres du chômage sans considérer les salaires, la stabilité de l’emploi et la protection sociale les prive de leur portée économique et sociale. Ils distinguent aussi taux de chômage et taux d’emploi, deux indicateurs souvent confondus dans le discours officiel. Le premier mesure la proportion de personnes sans emploi et en recherche d’emploi au sein de la seule population active ; le second mesure celle des personnes qui travaillent effectivement parmi l’ensemble de la population en âge de travailler.
Wael Gamal, directeur de l’unité de justice sociale et économique de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, expliquait précédemment à Zawia3 que toute baisse du chômage devrait, en théorie, constituer un signal positif. Il souligne toutefois que ce chiffre, dissocié de sa méthode de calcul et du contexte économique, ne donne pas une image complète du marché du travail. Le problème fondamental en Égypte ne concerne pas seulement le taux de chômage annoncé, mais aussi la faiblesse du taux d’emploi au regard de l’ampleur de la main-d’œuvre.
Gamal rappelle que le taux d’emploi compare les personnes en emploi à la population en âge de travailler, et non à la seule population active. Celle-ci comprend les personnes en emploi et les chômeurs qui recherchent un travail. Un taux d’emploi proche de 40 % ne signifie donc pas que 60 % de la population active est au chômage ; il ne faut pas confondre les deux indicateurs.
Pour compléter le tableau, il faut également examiner le taux de participation à la population active et la situation des personnes qui ont cessé de chercher un emploi, en plus des taux d’emploi et de chômage.
Il ajoute que, durant certaines périodes, notamment dans les années suivant la pandémie de Covid-19, la baisse du chômage ne résultait pas de créations d’emplois, mais de la sortie de nombreux individus de la population active. Leur nombre est estimé à environ un million et demi, principalement des femmes. Ce mouvement a fait baisser statistiquement le taux de chômage malgré une dégradation de la situation réelle de l’emploi.
Gamal précise que le calcul du chômage en Égypte repose sur des enquêtes de terrain menées par les organismes officiels. Une personne est considérée comme « en emploi » si elle a exercé une activité économique, même pendant une seule heure, au cours de la semaine précédant l’enquête. Elle n’est comptée comme chômeuse que si elle déclare explicitement vouloir travailler et recherche effectivement un emploi. Selon lui, cette méthode exclut automatiquement des millions de personnes capables de travailler, mais découragées ou ayant cessé leurs recherches malgré leurs qualifications, y compris des diplômés de l’université. Ce sont les limites de la définition de cet indicateur, conforme aux concepts statistiques internationaux : être compté comme en emploi ne signifie pas disposer d’un revenu suffisant ou d’un travail stable.
Le chercheur souligne que le véritable succès d’une politique économique ne se mesure pas seulement à la baisse du chômage. Il tient aussi à l’augmentation du taux d’emploi global grâce à des emplois stables et productifs, capables d’absorber l’importante ressource humaine du pays, dont la majorité est constituée de jeunes au sommet de leur capacité productive.
Gamal affirme que les chiffres officiels du chômage ne donnent qu’une image partielle du marché du travail. Ils ne reflètent pas toute sa réalité, notamment les difficultés des travailleurs eux-mêmes : faibles salaires, non-respect du minimum, absence d’assurance sociale et maladie, ou de normes de sécurité au travail. Ces enjeux, dit-il, ne sont pas moins importants que le chômage lui-même pour évaluer la situation du marché du travail égyptien.
Enfin, les chiffres des salaires, de l’inflation et du chômage montrent que la crise du marché du travail ne tient pas seulement au relèvement du minimum, mais à sa capacité réelle à améliorer le niveau de vie. Alors que le minimum public est passé à 8 000 livres et que celui du privé demeure à 7 000, le pouvoir d’achat s’est érodé sous l’effet de vagues successives de hausse des prix. Des millions de travailleurs restent, eux, hors du champ du salaire minimum et de la protection sociale.
