La pénurie de médicaments psychiatriques en Égypte : une lutte quotidienne pour la survie

L’État a progressivement cédé au secteur privé le contrôle de l’industrie, et aujourd’hui, seules 11 des 137 sociétés pharmaceutiques enregistrées appartiennent au secteur public
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Rasha Ammar

Mariam (28 ans), du gouvernorat de Gizeh, a passé quatre jours d’affilée sans dormir, avant de décider de se suicider la cinquième nuit, puis son frère l’a sauvée et elle a été transférée dans une clinique psychiatrique voisine, à cause de l’indisponibilité du médicament (Lamictal), destiné au traitement de l’épilepsie et du trouble bipolaire, qu’elle avait l’habitude de prendre depuis cinq ans. Elle n’a pas trouvé son médicament en raison de la crise de pénurie de médicaments qui s’est aggravée récemment en Égypte.

Ibrahim, le frère aîné de Mariam, qui s’occupe d’elle depuis le décès de leurs parents, explique à Zawia3 qu’elle souffre d’un trouble bipolaire sévère depuis des années, une maladie psychiatrique grave qui donne constamment au malade le sentiment d’être plongé dans une profonde tristesse et un grand désespoir, et de n’avoir aucune envie de vivre ni d’interagir avec les gens ; c’est pourquoi les médicaments atténuent les effets aigus de la maladie, permettent au malade de se mouvoir calmement et réduisent ses tendances suicidaires.

Depuis janvier dernier, Ibrahim peine à se procurer le traitement de sa sœur, en raison de sa pénurie dans les différentes grandes pharmacies des gouvernorats de Gizeh et du Caire, et de l’absence d’alternatives locales ou importées. Bien que son prix ait triplé (son prix officiel est de 150 livres), et que son prix au marché noir atteigne, parfois, 500 livres, il n’a pu se procurer que trois boîtes en six mois, soit la moitié de la quantité prescrite pour le traitement de Mariam, ce qui a fini par entraîner la détérioration de son état de santé et sa tentative de suicide, avant qu’elle ne soit internée dans une clinique psychiatrique privée il y a environ deux semaines, tandis qu’Ibrahim s’efforce activement de se procurer quelques boîtes du médicament au marché noir.

Au cours des derniers mois, l’Égypte a connu une grave pénurie de certains médicaments, en particulier des médicaments importés, ce qui a provoqué une crise majeure pour les citoyens et causé de grandes difficultés pour obtenir les traitements nécessaires, dont les médicaments des maladies psychiatriques et neurologiques, considérées comme les plus graves des maladies chroniques. La principale cause de la crise est le manque de liquidités en dollars, qui s’est légèrement résorbé depuis peu, ce qui entrave la capacité des entreprises pharmaceutiques à importer les matières premières nécessaires à la fabrication des médicaments, ou à importer de l’étranger des médicaments prêts à l’emploi.

Environ 25 % des Égyptiens souffrent de maladies et de troubles psychiatriques, c’est-à-dire qu’une personne examinée sur quatre présente un symptôme ou un trouble psychiatrique, selon des données officielles du ministère de la Santé (Enquête nationale sur la santé mentale), qui vise à mesurer la prévalence des troubles psychiatriques ; en tête viennent les troubles de l’humeur (tristesse, dépression et anxiété) avec 43,7 %, suivis des troubles liés à la consommation de drogues avec 30,1 %.

Les chiffres de la Chambre du médicament de la Fédération des chambres de commerce égyptiennes indiquent que le volume du commerce des médicaments a atteint 140 milliards de livres égyptiennes l’année dernière, et que l’Égypte couvre plus de 90 % des médicaments qui y sont consommés grâce à la production locale, le reste étant importé, à savoir les médicaments contre le cancer, les traitements hormonaux et les médicaments des maladies rares spécialisées, pour une valeur d’environ huit milliards de livres égyptiennes.

En février dernier, le gouvernement égyptien a reconnu qu’il existait une pénurie de certains médicaments, et le Premier ministre Moustafa Madbouly a tenu une réunion avec le ministre de la Santé, le gouverneur de la Banque centrale, le président de l’Autorité du médicament et d’autres responsables, afin d’étudier la manière de couvrir les besoins du secteur de la santé.

Selon le communiqué officiel, le ministre de la Santé et de la Population, Khaled Abdel Ghaffar, a précisé qu’une commission formée par décision du Premier ministre était chargée d’assurer la fourniture des médicaments et des fournitures médicales, et qu’elle réunissait des responsables des différentes instances concernées par ce dossier. Il a indiqué que certains médicaments et fournitures médicales, en particulier importés, avaient commencé à se raréfier ces derniers temps, d’où cette action importante visant à en augmenter les réserves.

Le gouvernement égyptien est tenu, selon la Constitution, d’assurer des soins de santé complets aux citoyens, y compris les médicaments, et l’article (18) de la Constitution dispose que « tout citoyen a droit à la santé et à des soins de santé intégrés conformément aux normes de qualité, et l’État garantit la préservation des établissements de services de santé publics qui fournissent leurs services au peuple, leur soutien et l’amélioration de leur efficacité et de leur répartition géographique équitable ».

L’État s’engage à consacrer à la santé une part des dépenses publiques d’au moins 3 % du produit national brut, qui augmente progressivement jusqu’à atteindre les taux mondiaux. L’État s’engage à mettre en place un système d’assurance maladie universelle pour tous les Égyptiens couvrant toutes les maladies, et la loi régit la contribution des citoyens à ses cotisations ou leur exonération en fonction de leurs revenus. Le refus de fournir un traitement sous ses différentes formes à toute personne en cas d’urgence ou de danger de mort est incriminé. L’État s’engage à améliorer la situation des médecins, du personnel infirmier et des travailleurs du secteur de la santé.

 

Une crise aiguë : quelles en sont les causes ?

Selon un rapport publié en mars dernier par la Chambre des industries pharmaceutiques de la Fédération des industries égyptiennes, environ 1 471 médicaments de marque ne sont pas disponibles sur le marché local, dont 300 n’ont pas d’équivalent et ne sont disponibles sous aucune autre marque. Nombre de ces médicaments sont considérés comme des médicaments essentiels « vitaux », selon le rapport. Dans un bulletin publié en décembre, le ministère de la Santé et de la Population a fait état de l’existence d’équivalents ou d’alternatives génériques pour 189 médicaments actuellement en rupture d’approvisionnement, tandis que le stock de 43 médicaments est totalement épuisé.

Mahmoud Fouad, directeur exécutif du Centre égyptien pour la protection du droit au médicament, explique à Zawia3 que la crise de pénurie de médicaments en Égypte est directement liée à la crise économique, à la rareté du dollar et à la hausse de son cours face à la livre. Il souligne que l’industrie pharmaceutique est en Égypte la plus importante et la plus vitale, compte tenu du besoin pressant qu’on en a, et ajoute que les citoyens peuvent se passer temporairement de nourriture, mais que le retard d’une dose de médicament par rapport à l’heure prévue peut avoir des conséquences catastrophiques.

Fouad attribue la crise du médicament à plusieurs causes liées à la fabrication, à la production et à l’importation, la première étant la tarification obligatoire des médicaments, qui ne peut être modifiée d’aucune manière, si ce n’est par une décision officielle du Conseil des ministres publiée au Journal officiel. Le deuxième facteur est que 95 % de l’industrie pharmaceutique en Égypte dépend des importations, de la substance active jusqu’à l’encre utilisée pour écrire le nom du médicament sur le produit ; ainsi, toute l’industrie pharmaceutique est devenue à la merci du dollar.

La tarification obligatoire des produits médicaux relève de la compétence exclusive de l’Autorité égyptienne du médicament, et un communiqué récent publié par l’Autorité en mai dernier indique que la loi n° 151 de 2019 portant création de l’Autorité dispose que l’Autorité égyptienne du médicament est chargée d’appliquer les lois, règlements, décisions réglementaires, règles et procédures régissant l’enregistrement, la tarification, la circulation et le contrôle des produits et fournitures médicaux soumis aux dispositions de la loi, ainsi que des matières premières qui entrent dans leur fabrication, et de suivre l’application des procédures qui s’y rapportent de manière à garantir la protection du consommateur et à prendre les mesures juridiques à l’encontre des contrevenants.

Fouad ajoute, dans son entretien avec nous : « La crise du médicament se poursuivra tant que la crise du dollar se poursuivra. Lors du premier flottement de la livre, en 2017, le gouvernement a pris des décisions rapides pour réviser les prix des médicaments et a augmenté les prix de 3 010 produits, dans ce que l’on peut qualifier de (sacrifice du citoyen plutôt que du médicament). »

Ce fut, selon Fouad, la dernière tarification gouvernementale des médicaments, et à l’époque, le dollar valait 18 livres. Aujourd’hui, le dollar a atteint 70 livres avant la dernière libéralisation du taux de change, pour s’établir dans les banques à environ 48 livres, avec des prévisions de hausses éventuelles, ce qui a directement affecté les importations de matières premières pour l’industrie pharmaceutique, qui se sont arrêtées de manière quasi totale, car les entreprises perdraient de l’argent si elles continuaient à fabriquer.

Durant la crise actuelle, nous constatons une grande lenteur dans la gestion de la crise par le gouvernement égyptien, allant jusqu’à (l’indifférence) et la négligence de la vie des êtres humains et des citoyens, en plus de l’atteinte à la réputation de l’industrie et du manque de préservation et de renforcement des emplois dans ce secteur.

Les racines des problèmes dont souffre actuellement l’industrie pharmaceutique égyptienne remontent à des années : le maintien de prix des médicaments artificiellement bas s’est fait au détriment de la course aux investissements et aux innovations qui auraient permis à l’industrie de se développer et de prospérer.

Avant 2009, les prix des médicaments fabriqués localement étaient fixés selon un cadre « coût majoré » quelque peu arbitraire, afin de maintenir les médicaments à la portée de tous, mais dans la pratique, selon des initiés du secteur, les prix étaient souvent fixés lors de tractations en coulisses entre les fabricants et les responsables. En 2009, l’Égypte est passée à un système de prix de référence externe pour tenter de mettre fin à la corruption, de moderniser l’industrie et de la rendre plus en phase avec le marché mondial.

Dans le nouveau cadre, les prix des médicaments devaient être liés aux coûts des médicaments dans 36 pays « de référence », dont le Canada, les pays européens et les pays du Golfe. Mais une mise en œuvre imprécise et les protestations des associations de consommateurs ont finalement abouti au maintien de nombreux prix à un niveau artificiellement bas. Dans le même temps, l’État n’a pas actualisé les prix des médicaments depuis 2010.

Mahmoud Fouad déclare : « Les médicaments produits en Égypte sont censés couvrir les besoins de 85 % de la population, et l’Égypte ne connaît donc pas de crise de l’industrie pharmaceutique, mais une crise économique liée à l’importation des substances actives utilisées dans la fabrication. Les 15 % restants des médicaments sont importés de l’étranger, et ce sont aussi des médicaments très importants. »

Il indique que le gouvernement égyptien a engagé des négociations avec les entreprises et tenu des réunions avec la Banque centrale afin de fournir les liquidités en dollars nécessaires à l’importation des matières premières, mais que la question était extrêmement difficile, avec pour résultat que de grandes entreprises comme la société (Sigma), propriété de l’homme d’affaires El-Sayed El-Badawy, se sont séparées d’environ (500) employés, tandis que certaines entreprises ont été contraintes de fermer, y compris des entreprises étrangères opérant dans le secteur.

Il ajoute : « Nous avons 165 entreprises qui possèdent une usine, 162 entreprises qui possèdent une usine en cours de création, huit entreprises du secteur public des affaires, 22 entreprises étrangères et plus de 1 200 entreprises qui ne possèdent pas d’usine mais achètent et vendent des médicaments, tandis que la taille de l’industrie et du marché du médicament en Égypte s’élevait à environ trois milliards 200 millions de dollars en 2023, et c’est le plus grand marché du Moyen-Orient et d’Afrique. »

L’État a progressivement cédé au secteur privé le contrôle de l’industrie, et aujourd’hui, seules 11 des 137 sociétés pharmaceutiques enregistrées appartiennent au secteur public ; elles sont responsables de la fabrication de seulement 10 % des médicaments achetés par les Égyptiens, selon l’organisme gouvernemental de statistique. Environ 42 % des médicaments vendus dans les pharmacies locales sont fabriqués par des laboratoires pharmaceutiques multinationaux, tandis que 18 % sont des importations.

Selon Fouad, le gouvernement a également pris une décision arbitraire, pour ouvrir la voie à la décision de privatiser les hôpitaux publics au profit des investisseurs : tout patient n’a le droit de recevoir qu’un seul type de médicament. Il n’y a donc plus de médicaments ni dans les hôpitaux ni dans les pharmacies, ce qui a aggravé la crise, et des personnes ont effectivement perdu la vie faute de médicaments disponibles.

Le type le plus connu, l’insuline Mix Start, est introuvable dans les pharmacies malgré la hausse de son prix de 60 à 93 livres, en raison de l’indisponibilité de la substance active, sans parler d’autres médicaments comme ceux de l’immunité, du sang, les antibiotiques et les traitements hormonaux pour les femmes : nous parlons d’environ (700 produits). Quatre millions d’enfants atteints de la fièvre méditerranéenne n’ont pas reçu leurs médicaments depuis quatre mois et sont exposés à la mort. Par ailleurs, les médicaments des maladies chroniques ont augmenté d’environ 30 %, ce qui représente un grand choc, d’autant que la majorité de ces malades sont des retraités et des catégories les plus démunies, alors que seuls 63 % environ des Égyptiens sont couverts par le système d’assurance maladie.

 

L’enfer des malades psychiatriques et neurologiques

Mahmoud Abdel Salam (40 ans), du gouvernorat de Sohag, a dû prendre le médicament « Verdebiotal » pour traiter une dépression chronique, après le décès de son fils il y a trois ans. Il a dû recourir au marché noir, qui vend le médicament à des prix dépassant 10 fois sa valeur, selon son estimation, et qui ne fournit pas la même substance active, mais sur lequel on peut compter plutôt que de mourir. Le prix du médicament en question est affiché sur le site du Guide des médicaments d’Égypte à environ 140 livres, au lieu de 63 livres, mais Abdel Salam affirme que les prix sur les pages de vente de médicaments ont largement dépassé ce chiffre.

Il décrit le fait de rester sans traitement comme une vie en enfer : « J’ai traversé des circonstances très dures après le décès de mon fils unique à l’âge de huit ans. J’ai eu recours à la psychiatrie après deux tentatives de suicide ratées, et l’on m’a diagnostiqué une dépression sévère chronique ; le médecin m’a dit que je devais suivre le traitement pendant une longue période. Je me suis amélioré dans une certaine mesure, mais avec l’indisponibilité du traitement, j’ai l’impression de revenir au point zéro. »

Il ajoute : « Il y a quelques jours, un ami m’a envoyé l’adresse d’une page sur (Facebook) intitulée (Pénuries de médicaments), sur laquelle certaines personnes fournissent des médicaments, mais à des prix doublés. Dès que l’on demande le nom d’un médicament, l’un d’eux répond par message pour dire s’il est disponible ou non, et l’on fixe son prix et l’endroit où il se trouve. »

Quant à Dalia El-Dawy, sœur d’une patiente atteinte de schizophrénie, elle raconte qu’elle a dû faire venir le Fluanxol (un médicament importé) d’un pays arabe après sa pénurie dans les pharmacies en Égypte, à la suite d’une détérioration de l’état de sa sœur il y a quelques mois ; mais par chance, Dalia est professeure dans une université d’un pays du Golfe où le médicament est disponible, ce qui lui a permis de se le procurer.

El-Dawy affirme, dans son entretien avec nous, que le non-approvisionnement des malades en médicaments, en particulier pour les maladies chroniques comme les maladies neurologiques et psychiatriques, est une question extrêmement grave, car le malade psychiatrique dépend presque entièrement du médicament pour se sentir mieux et ne pas se faire de mal ; ainsi, l’absence du médicament, ou même un changement de l’heure de sa prise, peut exposer le malade et sa famille à une catastrophe et menacer directement sa vie.

Par ailleurs, Ahmed Mowafy, professeur de psychiatrie et de traitement des addictions, déclare que de nombreux médicaments destinés aux traitements psychiatriques et neurologiques sont introuvables sur les marchés, dont le « Cipralex », le plus connu pour le traitement des crises d’anxiété et de la dépression, ainsi que des dizaines de types qui traitent l’épilepsie, la dépression, la schizophrénie, l’hyperactivité et d’autres troubles.

Mowafy explique que l’absence des médicaments destinés au traitement des maladies psychiatriques et neurologiques est grave, même si des alternatives existent, car le malade est généralement habitué à un médicament précis qu’il préfère prendre et auquel il réagit d’une manière précise ; leur changement ou leur pénurie entraîne donc de très graves problèmes qui peuvent menacer la vie du malade.

De même, l’arrêt de la prise des médicaments psychiatriques ou leur pénurie entraîne le retour des symptômes des troubles psychiatriques, comme l’anxiété, la dépression, le trouble bipolaire et la schizophrénie. Selon Mowafy, ces symptômes peuvent être sévères et affecter considérablement la capacité de la personne à travailler, à étudier et à mener sa vie quotidienne. Certaines personnes souffrant de la pénurie de médicaments psychiatriques peuvent recourir à l’alcool et aux drogues pour atténuer leurs symptômes, ce qui peut conduire à l’addiction et à de nombreux autres problèmes de santé physique et mentale.

De son côté, Mahmoud Fouad affirme que les produits importants, ceux que l’on appelle les produits stratégiques, destinés aux maladies chroniques comme les maladies psychiatriques et neurologiques, entre autres, ont commencé à disparaître complètement des marchés. Par exemple, on ne trouve plus aujourd’hui sur les marchés de médicaments contre la dépression, l’épilepsie ou le trouble de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, une maladie grave qui peut empêcher le malade de dormir pendant trois jours d’affilée et qui fait perdre aux élèves presque entièrement leur concentration.

Fouad, qui a été membre du conseil d’administration de l’hôpital d’El-Khanka à Abbassia, le plus grand établissement médical pour les maladies psychiatriques et neurologiques en Égypte, estime que l’absence des médicaments du système nerveux et des maladies psychiatriques est une catastrophe qui menace la société égyptienne et exige une action urgente pour en contenir les conséquences sur les malades, d’autant que le nombre de patients atteints de troubles psychiatriques et neurologiques a été multiplié au cours des dernières années.

Fouad indique qu’en 2015, les ventes de médicaments psychiatriques et neurologiques sont passées de la 13e place à la neuvième, puis à la quatrième, ce qui signifie qu’il y a eu récemment de graves augmentations du nombre de malades atteints de ces maladies et qu’un plus grand nombre d’Égyptiens ont recours à la psychiatrie. Les sociologues expliquent la hausse de la demande de traitements psychiatriques par les répercussions sociales et économiques entre les révolutions.

 

Action parlementaire et contradiction gouvernementale

À la suite de la crise, le Parlement égyptien a connu une mobilisation indignée des députés pour réclamer une solution. La députée Irene Saeed, membre de la commission de la santé et de la population de la Chambre des représentants égyptienne, déclare à Zawia3 qu’elle a présenté une demande d’information au gouvernement pour débattre de la crise de pénurie de médicaments sur le marché égyptien, mais que celle-ci n’a pas encore été examinée, estimant que la crise du médicament est une question stratégique liée à la sécurité de l’Égypte, qui exige des solutions urgentes.

Selon la députée égyptienne, les causes de la crise tiennent à plusieurs facteurs, notamment l’arrêt de la production de certaines entreprises pharmaceutiques, en raison de leur incapacité à couvrir le coût de fabrication des médicaments dans le cadre d’une tarification obligatoire fixe, alors que les prix des matières premières ont fortement augmenté ; la pénurie de certains médicaments importés, due à la difficulté d’obtenir les devises étrangères nécessaires à leur importation, en particulier après le flottement de la livre égyptienne ; et l’absence d’alternatives pour certains médicaments, comme les médicaments contre le cancer et les maladies de la thyroïde, qui souffrent d’une grave pénurie, ce qui représente un grand danger pour la vie des malades.

La pénurie de médicaments constitue une menace directe pour la santé et la vie de nombreux malades, en particulier ceux qui dépendent de médicaments précis sans alternatives ; c’est pourquoi Saeed demande au gouvernement égyptien de prendre des mesures urgentes pour résoudre cette crise. Elle propose d’engager un dialogue avec les entreprises pharmaceutiques pour connaître les raisons de l’arrêt de leur production et de travailler à trouver des solutions leur permettant de reprendre la fabrication, tout en veillant à la stabilité des prix des médicaments pour les malades, et de prendre des mesures pour fournir les devises étrangères nécessaires à l’importation des médicaments requis, en particulier ceux qui n’ont pas d’alternatives locales. Elle demande également au gouvernement de soutenir la fabrication locale de médicaments en offrant des incitations aux investisseurs dans ce domaine et en créant un environnement propice à la croissance de l’industrie pharmaceutique égyptienne, et l’Autorité égyptienne du médicament doit jouer un rôle plus efficace dans le suivi de la disponibilité des médicaments sur le marché et prendre les mesures nécessaires pour empêcher toute pénurie.

De son côté, Ali Aouf, président de la division des médicaments de la Chambre de commerce, affirme dans son entretien avec nous que la crise du médicament est principalement due à la culture du médecin et du patient en Égypte, attachée à la délivrance du médicament sous son nom commercial, et à l’absence de reconnaissance ou d’intérêt pour les alternatives, alors que tous les médicaments ont des alternatives dans les pharmacies égyptiennes, mais le patient tient à obtenir une marque précise.

Aouf affirme que tous les médicaments en pénurie ont des alternatives, et que si le médecin effectue la consultation dans un hôpital relevant de l’assurance maladie, il n’a pas le droit d’écrire le nom commercial du médicament, mais seulement son nom scientifique ; le médicament est délivré s’il est disponible, et l’alternative s’il ne l’est pas. Les médicaments de l’assurance maladie sont disponibles et ne sont pas de moindre qualité que les médicaments hors assurance.

Selon Aouf, changer les habitudes des médecins contribuera beaucoup à atténuer la crise. Il affirme que tous les médicaments ont des alternatives, et que ceux qui n’en ont pas peuvent être obtenus auprès de la pharmacie d’Al-Isaaf (l’une des grandes pharmacies relevant du ministère égyptien de la Santé, située au cœur de la capitale), qui consacre une ligne d’assistance pour recevoir les plaintes concernant les médicaments en pénurie : les malades doivent l’appeler, et elle oriente le patient vers le point le plus proche où le médicament est disponible, celui-ci étant délivré sur ordonnance et présentation de la carte d’identité nationale.

Concernant les autres mesures gouvernementales pour faire face à la crise, Aouf indique que le gouvernement surveille les entrepôts de médicaments, les sociétés de distribution et les pharmacies pour éviter toute manipulation ou toute mesure susceptible d’aggraver la crise, et qu’en cas de pénurie de médicament, le citoyen peut contacter l’Autorité égyptienne du médicament, qui orientera les malades vers les lieux où le médicament ou ses alternatives sont disponibles.

Aouf avait mis en garde en mai dernier contre l’augmentation des pénuries sur le marché jusqu’à environ 1 000 types, déclarant, selon un communiqué : « Le secteur du médicament fait face à d’importants défis en matière de tarification, ce qui pourrait entraîner une pénurie de médicaments sans précédent, aggravant les souffrances du patient égyptien, et par conséquent entraîner une augmentation des médicaments de contrebande et contrefaits. »

Aouf expliquait alors que « le marché égyptien compte 14 000 types de médicaments, dont quatre mille sont les plus courants, en tête desquels les mille types qui connaissent une grave pénurie sur les marchés ». Il indique que le secteur du médicament cherche une « bouée de sauvetage » face au spectre de l’arrêt, et qu’il y aura donc des conséquences sans précédent pour ce secteur, car les coûts augmentent en raison de la hausse du taux de change après le flottement de la livre.

 

Existe-t-il des solutions ?

Mahmoud Fouad affirme que le retour des médicaments sur les marchés prend au moins trois mois si le dollar est disponible et que la substance active est achetée, et que la crise devrait se prolonger jusqu’en décembre prochain ou au-delà, sauf si les médicaments ont été stockés par les pharmacies et les grandes entreprises, informées à l’avance de la hausse des prix, ce qui s’est effectivement produit. Des campagnes sont menées de manière intensive par le ministère de l’Intérieur, la Direction de l’inspection pharmaceutique et l’Autorité de contrôle administratif au cours de la période écoulée pour lutter contre le monopole et le stockage, et plus de 45 entrepôts de médicaments ont été saisis.

Selon Fouad, 80 000 pharmacies sont menacées de fermeture ; cependant, la solution de la crise dépend de la disponibilité du dollar, et si la crise économique se poursuit, la crise du médicament se poursuivra et nous reviendrons au point zéro, la crise des maladies chroniques comme les maladies psychiatriques et neurologiques restant la plus grave et la plus importante.

Fouad déclare que si le gouvernement veut des solutions, il doit généraliser le système d’assurance maladie universelle à tous les gouvernorats, alors que jusqu’à aujourd’hui il n’a été appliqué que dans quatre gouvernorats seulement, fournir les médicaments dans les hôpitaux et instaurer un dollar douanier pour les industries importantes, et rien n’est plus important que le médicament.

La solution exige également de relancer les entreprises du secteur public des affaires, qui ont été détruites à la fin de l’ère de l’ancien président Mohamed Hosni Moubarak : il y a des décennies, elles produisaient 62 % des besoins en médicaments, alors qu’aujourd’hui leur production ne dépasse pas 6 %, et le traitement des Égyptiens dépend désormais de l’importation et de la mainmise des entreprises du secteur privé et des entreprises étrangères.

 

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Rasha Ammar
Journaliste égyptienne, elle a travaillé pour plusieurs sites d’information égyptiens et arabes et s’intéresse aux affaires politiques et aux questions sociales.

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