Le comité scientifique supérieur, présidé par l’ancien ministre égyptien des Antiquités Zahi Hawass, a rejeté le projet de remontage des « blocs de granit » situés autour du corps de la plus petite des pyramides, celle de « Mykérinos », après que l’évocation du lancement du projet a suscité polémique et colère parmi les Égyptiens en général et parmi des groupes d’archéologues spécialistes de l’égyptologie, localement et internationalement, qui ont affirmé que le projet menace la valeur archéologique des pyramides.
Le comité scientifique a été formé par le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités et comprenait un certain nombre de spécialistes égyptiens et étrangers des antiquités, afin d’examiner le projet de restauration de la pyramide de Mykérinos, la plus petite des trois principales pyramides du complexe des pyramides de Gizeh.
À la suite de la décision du comité, le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a publié un communiqué dans lequel il a affirmé « le refus de remonter l’un quelconque des blocs de granit situés autour du corps de la pyramide de Mykérinos, et la nécessité de préserver l’état actuel de la pyramide sans aucun ajout, en raison de sa valeur archéologique universelle exceptionnelle ».
Le comité qui a recommandé le rejet du « projet du siècle » a été constitué, conformément à l’arrêté ministériel du ministre du Tourisme et des Antiquités, sous la présidence de Zahi Hawass, avec comme membres Mamdouh El-Damaty, ancien ministre des Antiquités et superviseur du département des sciences archéologiques et des fouilles de la faculté d’archéologie de l’université Aïn Shams, et Hany Helal, ancien ministre de l’Enseignement et professeur d’ingénierie à l’université du Caire ; le comité comprenait des professeurs et des experts en archéologie, dont Dietrich Raue, directeur de l’Institut archéologique allemand du Caire.
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Le « dallage de la pyramide », un projet japonais contraire aux conventions
En janvier dernier, le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, Mostafa Waziri, a annoncé un projet en partenariat avec le Japon pour étudier et documenter les pierres de granit qui constituent le revêtement extérieur de la troisième pyramide, en vue de leur remontage, qualifiant le projet de « projet du siècle » et déclarant : « Le visiteur pourra voir la pyramide pour la première fois avec son revêtement extérieur, telle que l’Égyptien ancien l’a construite », ce qui avait suscité de vives critiques à l’époque. Le Conseil arabe de l’Union générale des archéologues arabes, présidé par Mohamed El-Kahlawy, avait alors publié un communiqué pour faire arrêter le projet.
Le communiqué indiquait que le projet n’avait d’autre utilité que de nous embarrasser au niveau international, et d’embarrasser les archéologues en Égypte et à l’étranger, et que les antiquités de l’Égypte sont un dépôt confié, et non un terrain d’expérimentation et de défiguration. Il qualifiait le projet de revêtement de la pyramide de précédent dangereux, sans équivalent dans l’histoire de l’Égypte, soulignant qu’aucun des anciens égyptologues n’avait osé proposer un tel projet.
Commentant ce point, Magdy Shaker, archéologue en chef au ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, déclare que la décision du comité scientifique formé par le ministère du Tourisme et des Antiquités ferme définitivement la porte à ce projet, expliquant qu’il existe de solides justifications fondées sur les conventions qui régissent les mécanismes et les méthodes de restauration des antiquités.
L’archéologue en chef a indiqué dans ses déclarations à « Zawia3 » qu’un certain nombre de conventions internationales régissent le traitement des antiquités, que la zone des pyramides est considérée comme un site du patrimoine mondial, et qu’il faut recourir à l’UNESCO et aux conventions internationales, car la restauration doit obéir à des normes et des méthodes précises ; par conséquent, le rejet du projet par le comité signifie qu’il est erroné dès le départ.
La charte de Venise, publiée en 1964, a défini certaines règles relatives aux opérations de restauration, dont le fait que l’intervention doit être limitée au strict minimum, et qu’en cas de partie manquante, celle-ci doit être laissée en l’état sans intervention. Sinon, il aurait été plus logique de compléter les inscriptions des temples et des colonnes antiques, selon Shaker.
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Des infractions techniques
Au cours des dernières années, les critiques adressées à l’État égyptien se sont multipliées en raison de sa gestion des antiquités, soit par des opérations de restauration menées selon des méthodes erronées et primitives, soit par les opérations de démolition entreprises par le gouvernement égyptien pour réaliser ce qu’il a appelé des projets « nationaux ».
Le projet de restauration de la pyramide de Djéser, qui a coûté plus de 104 millions de livres et a duré 14 ans, est l’une des formes les plus marquantes de restauration erronée commises contre les antiquités égyptiennes. Selon un rapport de l’UNESCO, il y a des erreurs dans la restauration des faces extérieures de la pyramide, ainsi que certaines infractions techniques, comme l’utilisation de calcaire. À cela s’ajoute la restauration du temple de Karnak par le ministère des Antiquités à l’aide de ciment et de chaux, ce qui a poussé des experts archéologues à réclamer l’ouverture d’une vaste enquête sur ce qu’ils ont appelé « la catastrophe de la restauration de Karnak ».
Sans compter la restauration de la barbe du masque du roi « Toutânkhamon » après qu’elle a été cassée, l’une des formes de violations en matière de restauration que connaît l’Égypte au cours des dernières années : la barbe antique a été collée avec de l’« époxy », et, pour remédier à la crise de la restauration, un « scalpel » a été utilisé, ce qui a causé des rayures nouvelles sur l’objet.
L’année dernière, la restauration erronée de la statue de Ramsès II, placée à l’entrée principale du temple de Louxor, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’« UNESCO », a suscité des réactions de colère de la part de spécialistes de l’archéologie égyptienne, qui ont exprimé leur mécontentement à l’égard des travaux de restauration subis par l’objet et de l’apparition de la statue de l’un des plus célèbres rois ayant gouverné l’Égypte dans l’Antiquité avec un ventre gonflé, ce qui a relancé le débat sur les erreurs de restauration qui ont conduit à l’effondrement de bâtiments archéologiques et causé de graves dommages dans des zones patrimoniales.
En réponse, le directeur du temple de Louxor, Ahmed Badr El-Din Gad El-Mawla, et le directeur général du temple, Ahmed Araby Younes, ont présenté un mémorandum au secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, Mostafa Waziri, pour répondre aux critiques et aux commentaires. Il y est expliqué que ces statues ont été achevées il y a plus de quatre ans, que la restauration a été supervisée par un comité archéologique scientifique conjoint entre la mission de l’université américaine de Chicago et le Conseil suprême des antiquités, et que le plan a été soumis au comité permanent des antiquités égyptiennes. Le mémorandum précise que l’objectif des travaux de restauration était de préserver les parties et les fragments des statues dispersés sur les banquettes de conservation des pierres du temple, qui représentaient plus de 40 % de la masse de la statue de la façade principale, et 25 fragments des statues de la façade ouest ; sans l’intervention de restauration, cette quantité de blocs des statues n’aurait pas été préservée.
Pour sa part, Nermine Khafagy, archéologue travaillant au Musée copte, a qualifié d’erronées les décisions de restauration des antiquités, qui commencent toujours sans consulter les experts et les spécialistes, ajoutant : « Les décisions de restauration, comme toutes les autres décisions en Égypte, sont prises sans consulter de spécialistes ni de participation communautaire ».
Elle a expliqué à « Zawia3 » qu’« il y a des antiquités qui ont été restaurées de manière convenable par le ministère du Tourisme et des Antiquités, mais il y a des opérations de restauration catastrophiques, qui reposent sur des entreprises de travaux publics et sur le business », citant le modèle du Comité de conservation des monuments à l’époque monarchique, chargé de la conservation des monuments islamiques, composé alors du ministre des Waqfs, d’archéologues et d’architectes, qui avaient coutume de prendre leurs décisions de manière collective ; il existe des procès-verbaux de conservation des monuments qui révèlent l’ampleur de l’attention, du développement et de la précision de l’époque.
La crise des entreprises de travaux publics et de la restauration des antiquités est apparue au grand jour dans l’affaire de la restauration des remparts du Caire, qui a coûté environ 167 millions de livres : l’entreprise chargée des travaux de restauration a utilisé des matériaux à base de ciment, a brisé les pierres antiques et les a remplacées par d’autres, modernes, ce qui a endommagé des éléments archéologiques.
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Menaces de radiation à cause des manipulations des antiquités
L’Égypte compte sept sites classés au patrimoine mondial géré par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) : la zone archéologique d’Abou Mena à Alexandrie, le Caire historique, la zone archéologique de Memphis, qui comprend les pyramides, la ville antique de Thèbes, la Nubie et ses temples, le monastère Sainte-Catherine, ainsi qu’un seul site classé au patrimoine naturel, le Wadi Al-Hitan, dans le gouvernorat du Fayoum.
L’UNESCO avait menacé auparavant de radier le Caire historique du registre du patrimoine mondial après les destructions délibérées qu’il a subies. Le Caire historique a été placé sur la liste du patrimoine mondial en péril.
Il en va de même pour la zone de Memphis, qui contient les trois principales pyramides d’Égypte, ainsi que 38 pyramides à Gizeh, Saqqarah, Abousir et Dahchour, et plus de neuf mille monuments et tombes de différentes périodes, depuis la première dynastie de l’Ancien Empire jusqu’aux époques grecque et romaine.
La ville de Memphis a été inscrite sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 ; ce qui suscite peut-être le plus l’opposition de l’UNESCO, c’est la présence de chameaux et de chevaux dans la zone des pyramides de Gizeh, ainsi que les infractions commises lors de la restauration de la pyramide de Djéser.
Pour sa part, Monica Hanna, doyenne de la faculté d’archéologie et de patrimoine culturel, déclare à « Zawia3 » que, pour préserver les antiquités, deux exigences doivent être remplies : premièrement, une inspection périodique de tous les bâtiments archéologiques tous les six mois, avec à chaque fois un rapport comprenant des estimations relatives de l’état du bâtiment, et un suivi de l’état du bâtiment afin de décider d’une intervention au moment opportun pour prévenir le danger ; deuxièmement, il faut établir un code de restauration adopté dans le cadre du règlement d’application de la loi sur la conservation des antiquités et l’harmonisation urbaine.
La doyenne de la faculté d’archéologie a ajouté que l’absence d’un code de restauration unifié ouvre la porte aux entreprises de travaux publics pour restaurer selon les caprices de chacune, ce qui nuit à l’histoire archéologique de l’Égypte.
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Le gaspillage de l’argent public
En 2017, un rapport de l’unité d’analyse statistique du parquet administratif a révélé le nombre d’affaires sur lesquelles le parquet administratif a enquêté en lien avec la corruption dans le secteur des antiquités en Égypte ; selon le rapport, il atteignait alors 1 048 affaires, dont 404 dans la seule capitale, Le Caire(1).
Selon les données publiées, l’une des affaires les plus marquantes illustrant la politique de l’État envers le dossier des antiquités, et la manière dont il a commencé à activer des transactions de « business » dans les opérations de restauration et d’entretien du secteur, a été l’affaire du gaspillage de l’argent public dans la zone archéologique de Tell Basta, dans le gouvernorat de Charqiya, l’un des gouvernorats du delta égyptien au nord de la capitale, Le Caire. Ses premiers événements remontent à 2006, lorsqu’un comité de la direction de l’ingénierie des antiquités égyptiennes du secteur des projets a remis le site du projet de développement de la zone archéologique de Tell Basta à l’entrepreneur du projet, « la Société générale d’entreprise El-Shorbagy ». Un comité d’inspection a été formé pour constater l’existence de certains obstacles empêchant l’avancement des travaux sur le terrain, et le comité a constaté l’existence de « la conduite principale de la ville de Zagazig et d’une conduite d’eau traversant la zone archéologique, ainsi que d’une fosse septique propre au dépôt muséal actuel sous le bâtiment administratif dont la construction est proposée ».
Malgré la découverte de ces infractions, le coût du projet a augmenté d’environ trois millions de livres par rapport à sa valeur initiale estimée à 12 millions de livres, malgré des dénonciations réclamant son arrêt. Puis la décision n° 6350 de 2014 a été promulguée pour examiner les infractions ; Zahi Hawass a alors été désigné comme le parrain de ces faits de corruption, en plus de l’approbation de l’ancien ministre de la Culture du gouvernement Moubarak, Farouk Hosny, pour l’achèvement du projet, sans considération pour la destruction d’une importante zone archéologique qu’il a provoquée.
En 2014, l’affaire du masque du roi Toutânkhamon a éclaté, après que sa restauration a provoqué une défiguration : des employés du Musée égyptien ont soulevé le masque du roi Toutânkhamon d’une manière contraire aux règles de l’art, ce qui a entraîné le détachement de la barbe du masque, et ils ont tenté de remonter la barbe à l’aide d’outils tranchants qui ont causé des rayures et des déformations sur le masque et la barbe. L’ancien ministre des Antiquités Mamdouh El-Damaty avait alors défendu la restauration du masque à l’aide de matériaux « inacceptables », tandis que le ministère allemand des Affaires étrangères a pris en charge la restauration du masque après sa défiguration par les archéologues égyptiens. L’année suivante, une autre affaire a éclaté au sujet de la destruction d’une partie des remparts nord et est du Caire historique, dans le quartier d’El-Gamaliya, par le broyage des pierres antiques et leur remplacement par des pierres neuves, défigurant le rempart antique.
Ce que subissent les antiquités égyptiennes ne se limite pas aux crises de restauration : cela va jusqu’aux démolitions, commencées en 2014 et qui se poursuivent à ce jour, sous prétexte de réaliser des projets nationaux. Les cimetières de la zone de Sayeda Aïcha, inscrits au patrimoine mondial à la demande de l’État égyptien en 1979, sont les derniers lieux historiques en date à avoir été démolis, malgré les appels et les campagnes réclamant leur préservation en tant que partie de l’identité historique et archéologique de la ville depuis le début de l’ère islamique en Égypte.
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1 Vous pouvez consulter un rapport du Forum du dialogue pour le développement et les droits de l’homme, de 2020, intitulé : La corruption dans les antiquités en Égypte, via le lien suivant : La-corruption-dans-les-antiquités-en-Égypte.pdf (fdhrd.org).
