En 2023, le chauffeur de bus Ahmed Mahfouz Seddik, 41 ans, originaire du gouvernorat de Beni Suef, a fait la connaissance sur Internet d’une jeune Palestinienne vivant dans la bande de Gaza. Il a rencontré certains de ses proches en Égypte, l’a demandée en mariage et l’a épousée par procuration officielle, avant de se rendre dans l’enclave en avril de la même année pour assister à leur fête de mariage dans la ville de Deir el-Balah, dans le gouvernorat du Centre. Le couple devait vivre ensemble quelques mois avant de partir s’installer en Égypte en novembre de la même année, mais la guerre d’extermination déclenchée le 7 octobre a ruiné leurs projets : ils ont rapidement perdu l’appartement qu’ils louaient et sont allés vivre chez des proches de son épouse, dans une maison qui abrite désormais plus de 100 membres de la famille.
Ahmed et son épouse palestinienne se sont retrouvés exposés au risque de mourir sous les missiles et les obus de l’armée d’occupation : le quartier où ils vivent avec la famille de son épouse a été bombardé dix fois en un an, la dernière fois jeudi dernier (10 avril 2025). Les bombardements successifs ont endommagé la maison, dont toutes les vitres des fenêtres ont volé en éclats et les cadres métalliques ont été arrachés. Ils n’ont eu d’autre solution que d’installer des rideaux et du plastique pour tenter d’arrêter le vent froid qui s’engouffre dans la maison, et qui a rendu malade leur bébé, « Sham », née il y a 8 mois ; les parents ne trouvent pas de médicaments pour la soigner, depuis la fermeture des points de passage et la reprise de la guerre.
Au début de la guerre, Ahmed et son épouse palestinienne ont souffert de la famine, comme les autres Palestiniens et Égyptiens bloqués à Gaza ; mais après l’entrée de l’aide humanitaire, la situation s’est améliorée et ils ont pu obtenir des bons d’aide alimentaire. La reprise de la guerre a toutefois fait qu’ils trouvaient à peine un peu de fèves, de lentilles ou une petite boîte de fromage pour se nourrir pendant le mois de ramadan ; et aujourd’hui, ils ne trouvent plus qu’une poignée de la farine d’aide que la famille avait obtenue pendant le cessez-le-feu. L’épouse fait le pain au feu de bois, faute de combustible, tandis que la famille utilise l’énergie solaire pour recharger les téléphones portables et disposer d’une source de lumière la nuit.

Ahmed déclare à Zawia3 : « J’en appelle au président et au gouvernement égyptien pour qu’ils nous sauvent de cet enfer. Nous sommes exposés à la mort, et si je meurs ici, je vous prie d’envoyer ma dépouille pour qu’elle soit enterrée dans mon pays : je ne veux pas être enterré ici… J’ai vu de mes propres yeux des restes humains et des lambeaux de chair dans une école bombardée près de chez nous, beaucoup de nos voisins sont tombés en martyrs dans le bombardement de leurs maisons, et un enfant, parent de mon épouse, a été touché à la jambe par un éclat alors qu’il se tenait à côté de moi dans la rue. Ici, nous nous battons pour obtenir de l’eau propre du camion-citerne, nous nous nourrissons de blettes et de mauve, et nous ne trouvons pas de médicaments : je souffre de douleurs aux reins à cause de l’eau potable contaminée, et je n’ai pas trouvé de traitement au complexe médical Nasser. »
Il ajoute : « Je ne suis pas le seul Égyptien ici : j’ai deux amis égyptiens. L’un vit à Deir el-Balah, il est originaire de la ville d’Al-Hawamdiya, s’appelle “Mahmoud Gamal” et est marié à une Palestinienne ; l’autre est originaire du gouvernorat de Suez, s’appelle Mohamed al-Suweisi, est lui aussi marié à une Palestinienne et se trouve dans le nord de l’enclave… Nous avons tous perdu toute source de revenus. Je suis un homme simple, titulaire d’une licence en service social ; en Égypte, je travaillais comme chauffeur de bus, et je n’ai pas de quoi payer les frais de “coordination” pour franchir le point de passage de Rafah. Avec moi se trouvent mon épouse palestinienne et ma fille Sham, encore bébé, pour la vie de laquelle je crains et que je veux sauver. » Il appelle les autorités égyptiennes à sauver les personnes bloquées, ainsi que les épouses et les enfants des Égyptiens, à l’instar d’autres pays arabes et étrangers qui se sont empressés, l’an dernier, d’organiser la sortie de leurs ressortissants et des Palestiniens titulaires d’un titre de séjour chez eux, et de les évacuer par le point de passage de Rafah.

En 2021, l’écrivain et poète égyptien Mohamed Saad Nasr al-Azab, 46 ans, originaire du gouvernorat de Damiette, a épousé une jeune Palestinienne de la bande de Gaza, qui est venue vivre avec lui à Damiette. Lorsqu’ils ont entrepris les démarches pour que son épouse obtienne un titre de séjour égyptien, on leur a demandé de fournir des documents officiels du gouvernement palestinien à Ramallah ; ils ont donc décidé de se rendre dans l’enclave en mars 2023 et ont séjourné chez la famille de l’épouse, dans le quartier de Tel al-Hawa, à Gaza-ville. Ils ont ensuite inscrit leurs noms pour voyager par le point de passage de Rafah et attendu que leurs noms apparaissent sur les listes de voyageurs, mais la guerre d’extermination a éclaté le 7 octobre et ils se sont retrouvés bloqués : ils n’ont pas pu quitter Gaza-ville en raison de l’intensité des bombardements et de la dangerosité de la route menant au gouvernorat du Centre, que l’occupation coupait en ouvrant le feu sur les déplacés.
Sous la violence croissante des bombardements sur le quartier, ils ont été contraints de fuir avec la famille de l’épouse vers le quartier d’Al-Sahaba, puis de nouveau vers le secteur d’Al-Sabra, avant d’être déplacés une quatrième fois, vers le quartier d’Al-Zeitoun. Après près d’un an de guerre, Mohamed a rencontré un grand nombre d’Égyptiens bloqués à Gaza, de binationaux, Palestiniens titulaires d’un passeport égyptien, ainsi que de Palestiniennes épouses d’Égyptiens et d’enfants d’Égyptiens, qui souhaitent quitter l’enclave et rentrer en Égypte. Il a donc lancé une initiative pour appeler les autorités égyptiennes à les sauver de l’extermination et à évacuer leurs ressortissants de Gaza ; cette initiative a organisé trois rassemblements de protestation : au complexe médical Nasser à Khan Younès, à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa à Deir el-Balah, dans le gouvernorat du Centre, et au rond-point d’Al-Saraya (Ramzoun al-Saraya), dans le nord de Gaza.
Il déclare à Zawia3 : « Je suis égyptien pur et simple, titulaire d’une carte d’identité nationale. Dès le début de la guerre, mon frère s’est empressé de se rendre au ministère des Affaires étrangères pour leur demander de m’aider ; les responsables lui ont demandé de laisser mon nom, mes coordonnées et mon numéro de téléphone, mais personne ne m’a contacté, et ni mon nom ni celui de mon épouse ne sont apparus sur les listes de voyageurs, bien que mon frère se soit rendu plusieurs fois au ministère et que j’aie lancé des appels sur les réseaux sociaux pendant plus d’un an. »
Il ajoute : « Entre 200 et 300 Égyptiens bloqués, ainsi que des Palestiniens titulaires d’un passeport égyptien, ont participé aux rassemblements que nous avons organisés, et près d’un millier d’Égyptiens qui veulent que le président al-Sissi et le gouvernement égyptien les sauvent m’ont contacté. Nous préparons actuellement une liste de noms à présenter au ministère égyptien des Affaires étrangères. Je ne sais pas précisément combien de Palestiniens naturalisés possèdent la nationalité égyptienne. »

Il n’existe aucune estimation, officielle ou non, du nombre de titulaires de la nationalité égyptienne toujours bloqués dans la bande de Gaza depuis le déclenchement de la guerre du 7 octobre, mais Zawia3 a obtenu une liste récente comprenant les noms et les données de 229 personnes bloquées dans la bande de Gaza, dont 213 citoyens égyptiens titulaires de la carte d’identité nationale et 16 autres, épouses palestiniennes de citoyens égyptiens et enfants d’Égyptiens n’ayant pas encore obtenu la nationalité égyptienne. Parmi eux figurent environ 90 femmes et filles, et au moins 9 enfants, dont 4 nourrissons, tandis que nos sources indiquent que le nombre de personnes bloquées souhaitant rentrer en Égypte dépasse le millier.
En 2015, la communauté égyptienne de Gaza était estimée à environ 40 000 personnes, selon des statistiques non officielles. Les racines de cette communauté remontent au XIXe siècle, lorsque des Égyptiens ont émigré dans la région pour travailler et commercer après l’occupation française de l’Égypte, ainsi qu’à ceux qui sont arrivés avec la campagne d’Ibrahim Pacha, fils de Méhémet Ali, pour libérer Jaffa de l’occupation ottomane en 1831.

Binationaux et épouses d’Égyptiens
Comme beaucoup d’autres titulaires d’un passeport égyptien dans la bande de Gaza, Khaled Awkal est né d’un père palestinien et d’une mère égyptienne, dont il a acquis la nationalité il y a plusieurs années ; il a également épousé une Égyptienne, avec qui il a eu des enfants égyptiens. Mais ils vivaient tous dans la bande de Gaza depuis de longues années, au cours desquelles ils ont connu les précédentes guerres menées par l’occupation contre l’enclave, comme les opérations « Plomb durci », « Pilier de défense » et « Bordure protectrice ». Ils avaient toutefois pris l’habitude que les autorités égyptiennes, au déclenchement de chacune de ces guerres, facilitent l’évacuation des membres de la communauté égyptienne de l’enclave par le point de passage terrestre de Rafah.
Il déclare à Zawia3 : « Lors des guerres précédentes, en 2008, 2012, 2014, 2019 et 2021, nous avions l’habitude que les autorités égyptiennes invitent les membres de la communauté égyptienne de l’enclave à se rendre au point de passage terrestre de Rafah dans les trois premiers jours de la guerre : je prenais alors ma femme et mes enfants et nous partions en Égypte, munis de nos papiers d’identité égyptiens. Mais dans la guerre d’extermination que nous vivons, toutes les communautés arabes et étrangères sont sorties de Gaza, à l’exception des Égyptiens, qui ont découvert avec stupeur qu’une société, dont ils ne savent pas quelle entité elle représente, leur réclamait 5 000 dollars par personne au titre de frais de “coordination” pour passer par le point de passage de Rafah. Des milliers d’Égyptiens se sont ainsi retrouvés bloqués au milieu de la guerre, tandis que seuls les plus aisés sont sortis après avoir payé ces sommes, d’autant que la plupart des habitants de l’enclave sont de condition modeste. »
Khaled raconte qu’au début de la guerre, il a été contraint de quitter la bande de Gaza avec son épouse et deux de ses enfants, laissant derrière lui deux autres de ses enfants, l’épouse de l’un d’eux et leur enfant, tous titulaires de la nationalité égyptienne, faute de pouvoir payer les frais de coordination, selon ses dires. Il ajoute : « Les personnes bloquées étaient à bout, et elles ont dû organiser des rassemblements pour appeler les autorités égyptiennes à les sauver, malgré le risque que représente un tel rassemblement, qui peut en faire une cible de l’aviation de l’occupation. Mais nous avons été choqués par une attaque en ligne de nombreux Égyptiens qui mettent en doute les intentions des personnes bloquées à Gaza et nous accusent d’avoir obtenu de fausses nationalités égyptiennes sous l’ancien président Mohamed Morsi et d’être des espions, sans rien savoir de notre véritable situation. »

En 2021, la Palestinienne Yosr Ahmed (nom d’emprunt), 35 ans, a épousé un Égyptien et est partie vivre avec lui à Damiette-la-Vieille. En 2023, sa famille lui manquant, elle s’est rendue dans la bande de Gaza par le point de passage terrestre de Rafah ; elle devait rentrer en Égypte le 7 octobre, mais le déclenchement de la guerre contre Gaza a empêché son voyage : elle s’est retrouvée bloquée au milieu de la guerre et a perdu l’enfant qu’elle et son mari attendaient, ainsi que son frère et plusieurs membres de sa famille palestinienne, tués dans des frappes aériennes des forces d’occupation.
Son mari et la mère de celui-ci se sont adressés au ministère égyptien des Affaires étrangères et ont tout fait pour la ramener en Égypte. Lorsque son nom est apparu sur les listes des personnes autorisées à sortir par le point de passage de Rafah, tous trois ont découvert avec stupeur qu’il fallait payer une « coordination » de 10 000 dollars américains, car Yosr n’a pas la nationalité égyptienne. Elle n’a donc pas pu quitter l’enclave et a été livrée à l’inconnu avec les survivants de sa famille, confrontés aux déplacements répétés et au risque de mourir de faim ou sous les bombes de l’occupation.
Elle déclare à Zawia3 : « Mon mari égyptien est un simple journalier : où trouverait-il une telle somme ?… Beaucoup d’épouses palestiniennes d’Égyptiens vivent la même souffrance, et de nombreux Égyptiens venus avant la guerre pour des visites familiales n’ont pas pu sortir faute de disposer des 650 dollars par Égyptien, somme passée ensuite à 1 000 dollars américains. Nous faisons aujourd’hui l’objet de marchandages de la part d’organisations internationales présentes à Gaza, sous prétexte d’aide, qui nous réclament des sommes allant de 2 000 à 3 000 dollars ; certaines coopèrent avec l’occupation et obligent ceux qui partent à renoncer à la nationalité palestinienne et à la terre ou au bien immobilier qu’ils possèdent, et à signer un engagement de ne pas revenir. »
Elle ajoute : « Il y a beaucoup d’Égyptiens bloqués, d’épouses et d’enfants d’Égyptiens, présents à Khan Younès, à Deir el-Balah et dans le nord de Gaza, et tous appellent les autorités égyptiennes à leur sauver la vie et à les évacuer de l’enclave. C’est pourquoi nous avons organisé trois rassemblements : au complexe médical Nasser à Khan Younès, à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa à Deir el-Balah, dans le gouvernorat du Centre, et au rond-point d’Al-Saraya, dans le nord de Gaza. »

L’épouse palestinienne de trente-cinq ans raconte qu’elle a vu, au début de la guerre, une mère égyptienne et ses enfants égyptiens sortir par le point de passage de Rafah en étant contraints de laisser derrière eux leur fils de 16 ans, faute de pouvoir payer sa coordination ; il est resté seul, bloqué à Gaza. Une autre Égyptienne âgée était venue dans l’enclave avant la guerre avec son mari et ses fils égyptiens pour rendre visite à sa fille, mariée à un Palestinien et vivant avec lui à Gaza : son mari et tous ses fils ont été tués dans des frappes de l’occupation, seules elle et sa petite-fille ont survécu, et toutes deux sont contraintes de fuir d’un endroit à l’autre dans des conditions humanitaires extrêmement dures et dangereuses pour leur vie.
Des dizaines de titulaires de la nationalité égyptienne, ainsi que des épouses et des enfants d’Égyptiens à Gaza, avaient participé jeudi dernier à midi (10 avril 2025) à trois rassemblements organisés simultanément au complexe médical Nasser à Khan Younès, à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa à Deir el-Balah, dans le gouvernorat du Centre, et au rond-point d’Al-Saraya, dans le nord de Gaza, pour appeler le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le gouvernement égyptien à intervenir d’urgence afin de les évacuer de la bande de Gaza, de les sauver de l’extermination et de les réunir avec leurs familles en Égypte.
Les espoirs de retour des Égyptiens ont été ravivés après la diffusion par des médias d’informations sur une proposition égyptienne visant à mettre fin à la guerre israélienne contre Gaza, qui prévoit la libération de 8 otages vivants en échange d’un arrêt des combats pouvant aller jusqu’à 50 jours, et l’accueil par Le Caire d’une délégation du Hamas pour discuter d’une trêve menant à la consolidation du cessez-le-feu.


L’intransigeance de l’occupation empêche le regroupement familial
L’ancien ministre adjoint égyptien des Affaires étrangères et membre du Conseil égyptien des affaires étrangères, l’ambassadeur Rakha Ahmed Hassan, explique à Zawia3 que ce qui empêche le retour des Égyptiens bloqués à Gaza, c’est l’occupation israélienne et les restrictions sévères qu’elle impose à la sortie de la bande de Gaza : elle exige que quiconque en sort n’y revienne plus, y compris les blessés sortis pour se faire soigner, et l’occupation n’a autorisé la sortie que d’un nombre limité de personnes par le point de passage terrestre de Rafah lors de la première entrée en vigueur d’un cessez-le-feu pendant la guerre d’extermination. Il ajoute que le deuxième obstacle au retour des titulaires d’un passeport égyptien tient à leurs liens de parenté et d’alliance avec des familles palestiniennes : la plupart d’entre eux ont des époux, des épouses et des enfants qui n’ont pas la nationalité égyptienne, et veulent partir ensemble et être réunis en Égypte. Il souligne que la destruction par Israël du côté palestinien du point de passage de Rafah a empêché les gens de quitter l’enclave, y compris les titulaires de la nationalité égyptienne, car c’est sa seule issue, tandis que l’Égypte déploie des efforts pour obtenir un cessez-le-feu et rouvrir le point de passage afin de faire entrer l’aide, de faire sortir les blessés, les malades et leurs accompagnateurs, de réunir les familles séparées, de rapatrier les personnes bloquées et de permettre aux Palestiniens titulaires de titres de séjour dans d’autres pays de partir.
Le membre du Conseil égyptien des affaires étrangères ajoute qu’après l’entrée en vigueur de la première phase du deuxième accord de cessez-le-feu, l’attention s’est concentrée sur la reprise du point de passage terrestre de Rafah, et que l’occasion ne s’est pas présentée de rapatrier les personnes bloquées des deux côtés et de réunir les familles égyptiennes et palestiniennes déchirées par la guerre, en raison des crimes et du racisme de l’occupation et de son intransigeance face à la position égyptienne de refus du déplacement de la population de Gaza, ainsi que de sa volonté délibérée de détruire toute forme de vie et de tuer le plus grand nombre possible de Palestiniens pour contraindre les habitants à partir. Il précise que la plupart des titulaires de nationalités étrangères qui ont quitté l’enclave au début de la guerre y travaillaient et n’avaient pas de liens d’alliance avec des Palestiniens, et signale qu’il a été question de courtiers qui se font payer par les voyageurs palestiniens et d’une société imposant des frais de coordination pour voyager par le point de passage de Rafah, mais qu’aucun communiqué officiel n’est venu le confirmer ou le démentir.

Une situation extrêmement complexe et sensible
La députée Ghada Agami, membre de la commission des relations extérieures de la Chambre des représentants, affirme à Zawia3 que l’Égypte n’abandonne pas ses enfants, que le ministère égyptien des Affaires étrangères accorde une grande attention au dossier des Égyptiens bloqués à Gaza à cause de la guerre et que le ministre des Affaires étrangères, l’ambassadeur Badr Abdelatty, suit personnellement ce dossier. Elle souligne que la situation à Gaza est extrêmement complexe et sensible et qu’il n’existe pas d’estimations précises du nombre de titulaires de la nationalité égyptienne présents dans l’enclave.
L’ambassadeur Gamal Bayoumi, ancien ministre adjoint des Affaires étrangères, estime pour sa part que le problème des titulaires de la nationalité égyptienne bloqués à Gaza est un problème purement consulaire, lié à la fermeture des frontières et à la poursuite de l’agression israélienne contre l’enclave, qui empêche leur retour en Égypte. Il considère, dans des déclarations à Zawia3, que l’État ne les abandonnera pas et que la crise sera résolue tôt ou tard, mais qu’elle demande davantage de patience en raison de l’état de guerre. Il exclut qu’Israël ait délibérément empêché les titulaires d’un passeport égyptien de franchir le point de passage terrestre de Rafah au début de la guerre, avant de le détruire, compte tenu de ses efforts manifestes pour déplacer la population de la bande de Gaza.
Zawia3 a tenté de contacter le ministre égyptien des Affaires étrangères, l’ambassadeur Badr Abdelatty, ainsi que l’ambassadeur Tamim Khallaf, porte-parole officiel du ministère des Affaires étrangères, pour commenter la persistance de la crise des Égyptiens bloqués à Gaza, mais nous n’avons reçu aucune réponse à nos appels.
Les autorités égyptiennes étaient parvenues, en novembre 2023, à rapatrier 100 de leurs ressortissants bloqués dans la bande de Gaza, tandis que le ministère égyptien des Affaires étrangères a mis en ligne, en décembre 2023, un lien d’inscription électronique destiné à aider les Égyptiens bloqués dans la bande de Gaza et à faciliter le retour des citoyens égyptiens et de leurs familles de l’enclave vers l’Égypte. L’ambassadeur Ahmed Abou Zeid, porte-parole officiel du ministère égyptien des Affaires étrangères à l’époque, s’était engagé à établir des listes détaillées en vue de les remettre directement aux responsables du point de passage frontalier de Rafah, des côtés égyptien et palestinien, afin de faciliter leur passage de la bande de Gaza vers le territoire égyptien. Il avait souligné qu’il s’agissait du seul moyen de rentrer au pays et que tout autre moyen évoqué relevait de l’escroquerie, de la fraude et de l’exploitation de la situation difficile que traverse la bande de Gaza, sans aucun lien avec l’État égyptien, insistant sur la volonté des autorités égyptiennes d’assurer la sortie des citoyens égyptiens et de leurs familles de l’enclave en toute sécurité, face à la poursuite des violentes opérations militaires dans la bande de Gaza.
Dans le même temps, l’ancien porte-parole officiel du ministère égyptien des Affaires étrangères a révélé, en décembre 2023, que le bureau de représentation égyptien auprès de l’Autorité palestinienne à Ramallah et le secteur consulaire du ministère des Affaires étrangères recevaient les noms et les documents des citoyens souhaitant rentrer au pays, et que des listes détaillées étaient établies au siège de l’ambassade d’Égypte à Ramallah pour être transmises aux autorités égyptiennes concernées, en vue de les remettre aux responsables du point de passage frontalier de Rafah, des côtés égyptien et palestinien, afin de faciliter leur passage de la bande de Gaza vers le territoire égyptien.
Les efforts du ministère des Affaires étrangères pour rapatrier les Égyptiens bloqués n’ont toutefois abouti qu’au retour d’un nombre limité d’entre eux, avant de s’arrêter lorsque l’armée d’occupation a détruit entièrement le côté palestinien du point de passage terrestre de Rafah, en juin 2024, anéantissant les espoirs de retour des Égyptiens. Ces espoirs ont été ravivés après l’accord d’échange de prisonniers et de trêve conclu entre Israël et le Mouvement de résistance islamique (Hamas) le 15 janvier 2025 pour mettre fin à la guerre israélo-palestinienne, accord entré en vigueur le 19 janvier ; mais ils ont été déçus après l’effondrement de l’accord de cessez-le-feu et la reprise de la guerre d’extermination menée par l’occupation contre l’enclave.

La politique d’intransigeance envers Gaza
L’avocat des droits humains Haitham Mohamedein estime que la manière dont le ministère égyptien des Affaires étrangères traite la crise des Égyptiens bloqués à Gaza n’est pas dissociable de sa manière de traiter de nombreuses crises et de nombreux droits des Égyptiens à l’étranger, et qu’elle n’est pas non plus étrangère à la politique d’intransigeance suivie à l’égard de la bande de Gaza, qui pourrait s’expliquer par des raisons de sécurité retenues par les autorités égyptiennes. Il cite la sortie, au début de la guerre contre Gaza, des titulaires de la nationalité américaine et des nationalités étrangères en général, par un couloir sécurisé menant au point de passage terrestre de Rafah, alors que les titulaires d’un passeport égyptien n’ont pas été autorisés à sortir avec eux.
Mohamedein ajoute, s’adressant à Zawia3, que tous les titulaires de la nationalité égyptienne, y compris les binationaux, ont le droit de rentrer en Égypte, soulignant qu’il a beaucoup été question de sociétés précises imposant des frais énormes pour la coordination des voyages par le point de passage, ce qui empêche l’entrée des Égyptiens bloqués dans l’enclave qui ne sont pas riches, ainsi que de leurs familles.
Les autorités égyptiennes étaient intervenues à la suite de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », lancée par les factions armées de la résistance palestinienne de la bande de Gaza contre Israël à l’aube du 7 octobre 2023, et avaient rapatrié 30 citoyens égyptiens titulaires de la nationalité canadienne, qui effectuaient un voyage religieux dans les territoires palestiniens occupés juste avant la guerre. L’ambassadrice Soha Gendi, ministre d’État à l’Émigration et aux Affaires des Égyptiens de l’étranger à l’époque, avait annoncé qu’elle s’était enquise de la situation des Égyptiens présents dans la bande de Gaza après avoir contacté l’ambassadeur Ihab Soliman, ambassadeur d’Égypte en Palestine, qui lui avait assuré que les Égyptiens résidant dans l’enclave allaient bien. Ces déclarations sont intervenues alors que deux sœurs égyptiennes originaires du gouvernorat de Port-Saïd, Hayat Khalil et Howaida Khalil, avaient été tuées entre-temps dans une frappe aérienne de l’aviation de l’occupation contre la maison d’une famille palestinienne.
Les récits de souffrance que vivent les membres de la communauté égyptienne et leurs familles dans la bande de Gaza, au cœur de la guerre d’extermination, depuis près d’un an et demi, se ressemblent, qu’il s’agisse de titulaires de la carte d’identité nationale et d’actes de naissance égyptiens, de Palestiniens ayant acquis la nationalité au cours des dernières années par des liens de parenté et de mariage, ou encore d’épouses et d’enfants d’Égyptiens qui n’ont pas réussi à obtenir la nationalité égyptienne pendant leur séjour en Égypte. Ils partagent tous la même lutte pour sauver leur vie sous les bombardements aériens incessants, les déplacements forcés répétés et la vie sous des tentes de déplacés ou dans des bâtiments partiellement détruits, auxquels s’ajoute une pénurie extrême de nourriture, d’eau potable et de médicaments ; et ils rêvent tous de rentrer au plus vite en Égypte, appelant le président et le gouvernement égyptiens à intervenir pour les évacuer de l’enclave et leur sauver la vie.
Vidéo exclusive de Zawia3 montrant une partie du rassemblement organisé jeudi dernier (10 avril 2025) par des Égyptiens bloqués dans la ville de Khan Younès, pour réclamer leur évacuation par les autorités égyptiennes
