De l’eau tous les huit jours, jusqu’à 500 livres le mètre cube au marché noir : Hurghada a soif au milieu de ses hôtels

À Hurghada, les habitants attendent l’eau huit jours et paient jusqu’à 500 livres le mètre cube, tandis que les hôtels se multiplient.
Illustration d’un habitant près de bidons et d’un robinet, face aux hôtels et aux yachts de Hurghada
Image de Marwa Mohey Eldin

Marwa Mohey Eldin

Au septième jour de coupure d’eau, Ahmed Adel, 44 ans, et son épouse attendent, dans le quartier d’El-Dahar à Hurghada, un message sur le groupe WhatsApp créé par la compagnie des eaux de la mer Rouge pour les habitants. Il doit leur annoncer la reprise du pompage après huit jours d’interruption, afin de remplir les réservoirs alignés sur le toit pour une nouvelle semaine.

Tous deux restent vigilants toute la journée, craignant de manquer l’avis de la compagnie, qui peut arriver à n’importe quelle heure, et de ne pas pouvoir remplir un réservoir couvrant à peine la cuisine, la boisson et l’hygiène personnelle jusqu’au prochain rendez-vous.

Tel est le rythme de vie à Hurghada cet été : de l’eau dans les réservoirs tous les huit jours et un marché noir où le mètre cube atteint 500 livres, environ 10 dollars. À l’été 2025, l’ancien gouverneur estimait le déficit de la seule ville à environ 45 000 mètres cubes par jour. Aujourd’hui, le gouvernorat estime son déficit total à environ 100 000 mètres cubes par jour, tandis que la ville accueille des millions de touristes et ajoute chaque année des chambres d’hôtel. Ce reportage concerne Hurghada, capitale du gouvernorat de la mer Rouge, sa plus grande ville et celle qui compte le plus d’hôtels. Toutefois, la plupart des chiffres officiels de déficit, de production et de chambres ne sont publiés qu’à l’échelle du gouvernorat ; le périmètre de chaque chiffre est donc précisé : ville, gouvernorat ou pays. Entre des habitants qui paient le déficit et des hôtels niant en être la cause, le reportage retrace les ressorts de la crise dans la ville.

Pour obtenir de l’eau, les habitants guettent les avis de la compagnie sur les groupes WhatsApp créés pour chaque quartier et sur sa page Facebook officielle, afin de remplir leurs réservoirs avant la prochaine coupure. Ceux qui manquent le pompage doivent acheter de l’eau livrée par un camion de la compagnie à 140 livres le mètre cube, environ 2,9 dollars, ou recourir aux camions de particuliers, jusqu’au retour de l’eau la semaine suivante.

Le système des « tours de distribution » : un réservoir par foyer

« Remplir les réservoirs est une vieille habitude à Hurghada. Nous n’avons pas d’alimentation directe : chaque habitant doit donc posséder un réservoir, qu’il remplit au moment du pompage pour tenir durant les jours de coupure », explique Ahmed à Zawia3.

Avant la crise, l’eau était pompée deux jours par semaine, le lundi et le jeudi, ajoute-t-il. Son réservoir de quatre mètres cubes couvrait plus ou moins les besoins familiaux. Depuis que la coupure dure huit jours, il se lève à n’importe quelle heure, « à deux heures du matin ou à quatre heures à l’aube », pour le remplir. À l’inverse, les anciens immeubles disposent de grandes citernes enterrées pouvant atteindre vingt-cinq mètres cubes, dont les importantes réserves atténuaient ces difficultés.

Ce qu’Ahmed décrit comme l’absence d’alimentation directe, la compagnie l’appelle le « système des tours de distribution ». Dans une réponse officielle publiée en mai dernier après un article de Mohamed Cheta sur la crise d’Hurghada, la holding des eaux potables et de l’assainissement reconnaissait que l’approvisionnement « repose sur des tours dans certains quartiers, compte tenu de la production limitée », tandis que d’autres, dont les réseaux ont été rénovés, sont alimentés vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le 15 juillet dernier, le général ingénieur Bahaa Abdel Moneim Sayed El-Ahl, président de la compagnie des eaux et de l’assainissement de la mer Rouge, a inspecté la réhabilitation des réseaux de Moubarak 11, Star City et Moubarak 5 à Hurghada, en vue de leur intégration au système de « pompage direct vingt-quatre heures sur vingt-quatre et suppression des tours traditionnels ». L’alimentation continue reste donc un objectif poursuivi quartier par quartier.

La crise n’est pas nouvelle. Selon plusieurs habitants interrogés par Zawia3, elle dure depuis des années et s’est aggravée ces quatre dernières années : le pompage, auparavant assuré tous les trois jours, n’a plus lieu que tous les huit jours.

La conduite de Kureimat et l’usine Al-Yousr : une crise chaque été

Les plaintes des habitants se sont multipliées début mai 2025 face à la répétition annuelle de la crise. Les responsables répondaient régulièrement qu’une rupture de la conduite de Kureimat alimentant Hurghada en était la cause et que les réparations étaient en cours. Cette année-là, le général Amr Hanafi, alors gouverneur de la mer Rouge, a mis en service le doublement de la conduite sur un tronçon de vingt-sept kilomètres entre Ras Ghareb et Hurghada, pour 950 millions de livres, environ 19,7 millions de dollars. Le projet devait sécuriser environ 30 000 mètres cubes par jour pour les habitants et réduire les pannes et ruptures répétées. La crise a pourtant persisté.

Elle a été aggravée par l’arrêt en 2025 de l’usine Al-Yousr à Hurghada, la plus grande installation de dessalement du gouvernorat. Hanafi l’avait justifié par le remplacement de filtres arrivés en fin de vie par des filtres importés, provoquant un déficit de pompage d’eau potable. Il avait alors promis de porter sa production de 40 000 à 60 000 mètres cubes par jour sous quinze jours.

Le gouvernorat a pris des mesures urgentes, dont la mise à disposition de camions-citernes pour les habitants, des solutions qui n’ajoutent rien aux ressources elles-mêmes. Il cherche parallèlement à construire de nouvelles usines de dessalement en plus des onze existantes. Le 2 août dernier, il a conclu un contrat pour une usine dans le quartier d’Al-Ahyaa, au nord d’Hurghada, de 10 000 mètres cubes par jour. Le 29 août, le gouverneur Walid El-Barqi a ensuite annoncé la mise en projet de quatre usines à Safaga, El-Qoseir, Marsa Alam et Ras Ghareb, d’une capacité totale d’environ 85 000 mètres cubes par jour ; Hurghada n’en fait pas partie. Parmi les ajouts annoncés, seules la station d’Al-Ahyaa et deux usines dont El-Barqi a annoncé le 10 août la mise en service en novembre et décembre concernent la ville, sans préciser la capacité de ces deux dernières.

Déficit de la ville et du gouvernorat : deux chiffres non comparables

Hurghada dépend de trois sources, selon les propos d’Amr Hanafi dans « Ala Mas’ouliyati » le 19 mai 2025 : Al-Yousr, d’une capacité nominale de 80 000 mètres cubes par jour, la conduite de Kureimat apportant environ 30 000 mètres cubes quotidiens et celle de Qena. Hanafi avait alors déclaré qu’il n’existait « pas de véritable crise de l’eau à Hurghada, mais quelques défis ». Le déficit quotidien de la seule ville atteignait pourtant environ 45 000 mètres cubes, en raison de la forte pression des touristes et résidents, des branchements illicites sur Kureimat réduisant le débit et du recul d’Al-Yousr à 40 000 mètres cubes à cause des filtres. Avant Al-Yousr, la ville dépendait entièrement de l’eau du Nil acheminée par Qena et Kureimat, longues respectivement de 220 et 500 kilomètres, selon Akhbar Al-Youm.

À la mi-août dernier, El-Barqi a déclaré que l’ensemble du gouvernorat souffrait d’un grave déficit d’eau potable d’environ 100 000 mètres cubes par jour. Sa production actuelle totale ne dépasse pas 162 000 mètres cubes quotidiens, entre dessalement et apports des conduites de Kureimat et de Qena, très en deçà des besoins réels des habitants. L’effet est particulièrement sévère à Hurghada. Quelques jours plus tôt, dans une intervention à « Ala Mas’ouliyati », il avait déclaré que « le défi de l’eau est apparu il y a trois ans », que le gouvernorat dépendait des stations de Kureimat et de Qena et que « le déficit provient du doublement de la conduite de Kureimat ».

Ces chiffres ne sont pas comparables : 45 000 correspond au déficit de la ville à l’été 2025, 100 000 à celui de tout le gouvernorat à l’été 2026. Ce dernier ne publie pas la part d’Hurghada dans le chiffre récent. El-Barqi attribue le déficit à l’expansion urbaine et démographique, aux installations touristiques, aux ressources naturelles limitées et à la dépendance envers des conduites extérieures. Il ajoute que l’augmentation des touristes et des travailleurs du secteur a amplifié la crise et exercé des pressions inédites sur la production, le transport et la distribution dans les différentes villes. Dans la même intervention, il déclarait que le tourisme étranger « ne dépassait pas 5,5 millions, contre sept millions l’an dernier, et chaque touriste nécessite trois travailleurs du tourisme à ses côtés ». Hanafi avait lui aussi lié la crise à l’expansion touristique l’année précédente, décrivant Hurghada comme l’une des villes subissant le plus de pression du tourisme intérieur et étranger, ce qui multipliait les plaintes.

Dans sa réponse de mai dernier, la holding des eaux a indiqué avoir remplacé environ 50 % des membranes d’Al-Yousr en mars et avril 2025, pour environ 100 millions de livres, soit 2,1 millions de dollars. Son plan comprend quatre usines nouvelles totalisant 85 000 mètres cubes par jour, ainsi que des projets supplémentaires de 110 000 mètres cubes quotidiens, dans une stratégie jusqu’en 2050. Cheta a répondu que cette présentation des efforts ne réglait pas la question essentielle : le système actuel peut-il alimenter continuellement tous les quartiers d’Hurghada, et d’où les vendeurs tirent-ils des volumes ininterrompus tandis que les réseaux officiels sont à sec ?

Hurghada en tête du nombre d’hôtels

Selon un rapport statistique repris par Al-Masry Al-Youm, Hurghada a accueilli environ deux millions de touristes de différentes nationalités au premier semestre, avec des taux d’occupation atteignant 90 à 100 % dans de nombreux hôtels et complexes. À la mi-août dernier, El-Barqi a annoncé l’ouverture de 11 000 chambres supplémentaires entre janvier et juillet dans toutes les villes du gouvernorat, avec Hurghada au premier rang comme plus grand centre touristique, sans préciser sa part dans ces chambres.

Selon le répertoire des établissements hôteliers permanents du ministère du Tourisme et des Antiquités, Hurghada compte le plus d’hôtels du gouvernorat : 159, devant Marsa Alam avec 64, Safaga avec 28, El-Gouna avec 20 et El-Qoseir avec 16.

 

À l’échelle nationale, le nombre d’établissements hôteliers atteignait 1 284 en 2024, pour 228 146 chambres, dont la plus grande part en mer Rouge, selon Mohamed Amer, directeur de l’administration centrale des établissements hôteliers au ministère du Tourisme. En 2025, il a déclaré que l’ajout de plus de 5 000 chambres depuis le début de l’année avait porté le total à environ 234 000, et que l’Égypte visait 500 000 chambres en 2031 pour accueillir trente millions de touristes par an. La mer Rouge est le gouvernorat comptant le plus d’hôtels selon le ministère ; elle était aussi en tête pour les hôtels de luxe avec vingt-six établissements, devant le Grand Caire avec vingt-trois, le Sinaï du Sud avec dix-sept, la côte nord avec huit et Louxor avec sept.

 

 

Sayed El-Gabri, président de la Chambre des agences de tourisme de la mer Rouge, a déclaré que cette augmentation des chambres correspondait à la hausse de l’activité touristique du gouvernorat. Mohamed Chamroukh, directeur général d’un groupe hôtelier, a indiqué qu’une chambre générait trois à quatre emplois directs et indirects. Si l’expansion hôtelière apporte investissements et emplois, le gouverneur estime que l’augmentation des chambres et des visiteurs exerce une pression supplémentaire sur les besoins en eau.

« Nous ne sommes plus une charge pour le gouvernement »

Rami Fayez, membre du conseil de la Chambre des établissements hôteliers et président de la commission de promotion de Marsa Alam, nie que l’expansion touristique soit responsable du déficit hydrique. Il explique à Zawia3 qu’une grande partie des hôtels de la mer Rouge, dont il estime le total à environ 290 dans le gouvernorat, dépend d’installations privées de dessalement. À Hurghada, les nouveaux hôtels ont augmenté de 7 à 10 % ces deux dernières années, soit environ quinze à vingt établissements encore en construction ; ils ne peuvent donc être à l’origine de la crise. Les hôtels existants d’Hurghada disposent en revanche, selon lui, de raccordements d’eau douce comme les autres commerces, tandis que de nombreux hôtels de Marsa Alam et d’El-Qoseir dépendent d’usines de dessalement ou de puits. Son propos sur le dessalement privé concerne donc surtout ces deux villes, alors que les hôtels existants d’Hurghada puisent dans le même réseau que ses habitants.

« Ainsi, nous ne constituons plus une charge pour les réseaux électriques, ni même pour les réseaux d’eau », ajoute-t-il. Avant de construire, l’investisseur prépare les infrastructures nécessaires, dont le coût dépasse parfois celui du bâtiment. La plupart des hôtels, surtout à Marsa Alam et à El-Qoseir, ont créé des installations de dessalement ces dernières années.

Le gouvernorat avait pourtant imposé aux hôtels et complexes touristiques de ses villes, au plus fort de la crise d’Hurghada, de recourir au dessalement d’eau de mer afin de réserver de l’eau aux habitants. Chaque établissement devait fixer une date d’achèvement des démarches d’amélioration de ses installations de dessalement et de traitement.

Fayez critique cette décision, qui impose des charges financières aux hôtels existants dépendant des réseaux. Construire une usine coûte quinze à vingt millions de livres, environ 311 000 à 414 000 dollars, à la charge de l’hôtel. Il estime que ces décisions nécessitent davantage de consultation du secteur avant leur application.

Ali Saïd El-Dabi, président du conseil d’administration de l’hôtel Golden Beach à Al-Ahyaa, partage cette estimation. Il explique à Zawia3 qu’une usine privée produisant mille mètres cubes par jour coûte quinze à vingt millions de livres, et deux fois plus pour deux mille mètres cubes. Son hôtel possédait une usine construite environ vingt ans auparavant. Elle s’est arrêtée il y a dix ans, les multiples travaux de maintenance étant devenus trop coûteux, parallèlement à des différends avec l’entreprise censée les réaliser. Il a donc renoncé à les poursuivre. L’hôtel dépend depuis entièrement des conduites publiques et a subi, comme les autres hôtels, complexes et habitants, une pénurie qui, selon lui, s’aggrave depuis environ sept ans et s’est progressivement étendue jusqu’à la situation actuelle.

L’hôtel comprend 450 chambres pouvant accueillir environ 1 200 clients. Il consomme 500 à 700 mètres cubes par jour, au « tarif touristique » qu’El-Dabi donne à 150 livres le mètre cube, environ 3,1 dollars. Selon le calcul de Zawia3, à pleine occupation, cela représente environ 420 à 580 litres par client et par jour, soit environ trois à quatre fois les 150 litres que le président de la compagnie juge nécessaires à un habitant.

L’obstacle ne tient pas seulement au coût, mais aussi aux difficultés d’autorisations. En 2023, de nombreux propriétaires et investisseurs ont demandé aux ministères du Tourisme et de l’Environnement et au gouverneur de faciliter les autorisations de dessalement privé, face au déficit d’eau potable au plus fort de l’affluence touristique à Hurghada, aux ruptures répétées de Kureimat et à la chute d’Al-Yousr de 80 000 à 35 000 mètres cubes par jour.

El-Dabi précise qu’une installation privée exige d’abord l’accord du gouvernorat, puis de l’Agence des affaires environnementales pour une prise d’eau en mer. La forte salinité des eaux souterraines rend l’eau de mer plus courante pour les établissements touristiques, mais l’autorisation d’une prise privée prend longtemps. Une source de l’Agence avait indiqué que les installations de dessalement marin nécessitaient d’abord des études environnementales, puis l’accord de l’Autorité de protection du littoral et de la commission supérieure des autorisations du ministère de l’Irrigation, avec respect des conditions protégeant le milieu marin et les eaux souterraines.

L’expert du tourisme Mohamed Karem estime que de nombreux hôtels n’ont pas de dessalement privé en raison de son coût élevé, et dépendent donc des réseaux publics.

Un marché noir et une amende de 100 000 livres

Depuis l’aggravation de la crise, Bichoy, prénom d’emprunt, 50 ans, consacre une part importante de son salaire à l’achat d’eau pour son réservoir de quinze mètres cubes, afin de combler le déficit hebdomadaire familial au détriment des autres dépenses. Cet habitant de Magawich explique à Zawia3 acheter au marché noir entre 400 et 500 livres le mètre cube, environ huit à dix dollars, certains chauffeurs refusant le tarif du gouvernorat de 140 livres : « Nous devons accepter, sinon nous n’aurons pas d’eau. » L’an dernier, l’eau avait été coupée quarante jours, et le mètre cube lui coûtait 700 livres, environ 14,5 dollars, au marché noir. Il avait déposé une plainte auprès du Conseil des ministres.

Il donne le tarif officiel à sept livres le mètre cube, environ quatorze cents, tandis que, dans sa réponse, la holding indique vingt-cinq livres la tonne, environ cinquante-deux cents. Elle attribue les prix élevés à des « transactions individuelles hors du cadre officiel ». Bichoy demande : « Pourquoi supportons-nous le transport depuis la compagnie et payons-nous 140 livres au camion d’un particulier ? Ce camion ne devrait pas percevoir ce prix : mon contrat avec la compagnie doit m’apporter l’eau, pas m’obliger à chercher un camion et l’acheminer moi-même au milieu des marchandages et des dépenses. » Selon lui, les camions de distribution ont créé un problème plus grand : l’eau se perd en route et arrive amputée d’environ un demi-mètre cube ; les véhicules consomment du gazole et contribuent à sa pénurie, sont vétustes, inadaptés et encombrent les rues. « Le problème a de multiples effets négatifs. »

Bahaa Abdel Moneim Sayed El-Ahl, président de la compagnie des eaux et de l’assainissement de la mer Rouge, nie toutefois à Zawia3 tout « courtage » dans la livraison. Il affirme qu’un habitant demandant un camion le reçoit pour 140 livres le mètre cube, tandis que la compagnie assure gratuitement la livraison dans les zones privées de pompage, et ce dans tous les secteurs touchés. Bichoy parle cependant de chauffeurs privés, et non des camions de la compagnie.

Le gouvernorat connaît cette pratique : le 10 août dernier, El-Barqi a déclaré que le maximum était de 140 livres le mètre cube et que toute personne demandant davantage devrait « payer une amende de 100 000 livres », environ 2 070 dollars, et se voir retirer son camion-citerne. Les camions porteraient les numéros de signalement et les contrevenants seraient interceptés avec le ministère de l’Intérieur. Il ajoutait que le gouvernorat sollicitait des camions des gouvernorats voisins et que « la vente d’eau est une opération inconfortable ».

Abdel Moneim attribue la pénurie à l’augmentation de la population, rendant les volumes disponibles insuffisants, et à l’absence de dessalement dans certains hôtels et complexes. L’été voit aussi affluer de nombreux Égyptiens, en plus des touristes arabes et du Golfe, ce qui accroît la pression. Il estime les besoins d’un habitant à 150 litres, sans préciser de durée. En supposant une consommation quotidienne, le graphique suivant indique, selon le calcul de Zawia3, les dépenses hebdomadaires d’une personne ou d’une famille pour obtenir cette quantité au tarif des camions.

 

 

Une planification « à l’envers »

Seif Farag, professeur d’urbanisme, attribue la récurrence des pénuries d’eau potable en mer Rouge à ce qu’il qualifie de planification anarchique. Il explique à Zawia3 que la planification commence par une étude d’« économie urbaine » déterminant le volume constructible et les catégories de revenus visées, faibles, moyens ou élevés, ainsi que la structure et l’âge de la population, le nombre d’enfants, la taille des familles et les besoins d’emploi. Sur cette base sont définis les besoins d’eau potable, d’électricité et d’assainissement avec ses exutoires, la répartition des usages fonciers, la densité et la hauteur des constructions, ainsi que les écoles, hôpitaux et bâtiments administratifs.

Il estime que l’étude des infrastructures aurait dû précéder l’expansion urbaine et touristique. Le manque d’études détaillées et d’informations suffisantes sur les besoins avant l’exécution des plans a créé un écart avec les capacités réelles : une planification « à l’envers », où les constructions ont précédé la définition des besoins. Corriger cet écart après réalisation coûte beaucoup plus d’argent et de temps qu’une planification préalable. Il recommande une étude globale de la situation, un inventaire des manques, puis une nouvelle planification sur les données actuelles pour adapter les extensions futures à la capacité des réseaux.

Mohamed Karem partage cette analyse : la hausse récente des touristes a accru la pression sur Hurghada, et un hôtel doit pourvoir aux besoins de tous ses clients même sans fonctionner à pleine capacité. Les moyens actuels ne correspondent pas entièrement à cette augmentation, ce qui peut affecter les services essentiels, dont l’eau. La pression touche aussi les infrastructures des villes touristiques dont certains projets sont encore en construction, comme à Marsa Alam et sur les routes reliant ces villes. Ces projets s’inscrivent dans les plans de l’État et demandent du temps. Il relie l’expansion à l’objectif public de trente millions de touristes et de 500 000 chambres, nécessitant, selon lui, des infrastructures adaptées à ces volumes.

En attendant les nouvelles usines, la famille d’Ahmed Adel suit une discipline stricte avec l’eau du réservoir : bien fermer les robinets et se doucher à tour de rôle ; lorsqu’un membre se douche, les autres attendent pour préserver l’eau de boisson et de cuisine. Chez Bichoy, le rythme est similaire : il remplit son réservoir au moment du pompage, puis attend une semaine avec sa famille. « Mais nous devons économiser : nous nous douchons moins et lavons le linge pendant le pompage. » Jusqu’à ce que l’« alimentation directe », déployée quartier par quartier par la compagnie, atteigne El-Dahar et Magawich, Ahmed continuera à se lever à deux heures du matin pour remplir un réservoir tenant une semaine.

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Marwa Mohey Eldin
Journaliste égyptienne, elle a travaillé pour plusieurs sites égyptiens et arabes ; elle s’intéresse au journalisme social et humain ainsi qu’aux enquêtes.

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