Ils ont déjà payé leur compteur. En Égypte, les compagnies d’électricité leur demandent de payer à nouveau

En Égypte, des ménages doivent payer jusqu’à 3 000 livres pour remplacer des compteurs électriques encore fonctionnels.
كولاج لعدادات كهرباء قديمة وورقة نقدية مصرية عن تكلفة استبدال العدادات
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Marwa Mohey Eldin

En octobre dernier, l’électricité a été coupée au domicile de Mostafa Zeidan, avocat au Centre de recherches agricoles de Beni Souef. Il est allé recharger la carte de son compteur, mais les employés ont refusé. « Les employés de la Compagnie de distribution d’électricité de Moyenne-Égypte, à Beni Souef, m’ont dit qu’il s’agissait d’instructions du ministère interdisant de recharger ces compteurs », raconte-t-il.

Mostafa s’est adressé au directeur de la compagnie, qui lui a annoncé qu’un compteur moderne remplacerait l’ancien, alors que celui-ci fonctionnait toujours et ne présentait aucune panne technique. Il devrait payer lui-même les 2 500 livres égyptiennes du nouvel appareil, soit environ 46 dollars au taux de la Banque centrale du 5 novembre 2026, en 24 mensualités d’environ 104 livres (1,9 dollar), a-t-il expliqué à Zawia3.

Mostafa a appelé la police-secours pour faire établir un constat, « mais tous les agents chargés de recevoir les appels étaient occupés », dit-il. Il a alors composé le 121 pour déposer une réclamation. L’agent du service clientèle lui a répondu qu’il s’agissait d’instructions et a refusé de lui donner un numéro de réclamation. Mostafa a finalement renoncé. En octobre, la compagnie a démonté son ancien compteur. Il n’a signé ni demande de remplacement ni nouveau contrat, et le nouveau compteur n’a toujours pas été installé. Entre-temps, la compagnie lui facture sa consommation selon le système d’estimation appelé « moumarassa ».

« Pourquoi m’impose-t-on le coût d’un nouveau compteur alors que j’en ai déjà payé un qui n’avait aucun problème ? Pourquoi la compagnie ne le prend-elle pas en charge ? », demande Mostafa. Il a publié une réclamation sur la page des députés Youssef Chaabane El-Gamil, du parti Avenir de la nation à Beni Souef, et Mohamed Ragab. Aucun des deux ne lui a répondu à ce jour, a-t-il déclaré à Zawia3.

Mostafa n’est pas seul. Depuis le début d’octobre, des habitants d’Alexandrie, de Beni Souef, de Minya et de Qalyoubia se plaignent du blocage de la recharge de leurs compteurs prépayés. Ils affirment n’avoir pu rétablir l’électricité qu’en les remplaçant à leurs frais, au comptant ou à crédit, tandis que le gouvernement nie toute interruption des recharges. Le 16 octobre, le ministre de l’Électricité a annoncé que les compteurs installés depuis dix ans seraient remplacés aux frais des citoyens. Une source du secteur a ensuite révélé que le plan concernait environ 365 000 compteurs dans le pays. Les sommes annoncées aux habitants par les compagnies vont de 2 500 à 3 000 livres, en l’absence de tout prix officiel pour le nouvel appareil. L’article 17 du règlement commercial des compagnies de distribution lie pourtant la prise en charge du remplacement par le consommateur à la détérioration du compteur après sa durée de vie théorique, tandis que l’article 16 impose le paiement d’un droit d’usage lorsque la compagnie remplace le compteur par un modèle moderne.

D’Alexandrie à Beni Souef : recharges bloquées et démentis officiels

La crise a commencé à Alexandrie. Le 2 octobre, le député Mohamed Gibril, secrétaire aux affaires parlementaires du parti Avenir de la nation à Alexandrie, a déposé une demande d’explications urgente auprès du Premier ministre Mostafa Madbouly et du ministre de l’Électricité Mahmoud Esmat. Elle concernait la décision de la compagnie d’Alexandrie de suspendre la recharge de certains compteurs prépayés, notamment des compteurs codés d’un fabricant, dans des quartiers comme Bachayer El-Kheir à Mina El-Bassal, Karmouz, Moharram Bek et El-Labban. Gibril a indiqué que plusieurs de ces compteurs n’avaient pas plus de dix ans et fonctionnaient efficacement. Les remplacer en faisant acheter aux habitants de nouveaux appareils du même fabricant alourdissait les charges des ménages dans un contexte de hausse du coût de la vie, a-t-il souligné. Il a demandé au ministère d’expliquer les raisons techniques et administratives du blocage, d’envisager le maintien des appareils en bon état avant d’imposer leur remplacement et de soumettre sa demande à la commission parlementaire de l’énergie.

Deux jours plus tard, le 4 octobre, les habitants des logements de Bachayer El-Kheir à Alexandrie ont découvert que la compagnie avait bloqué la recharge de leurs compteurs. Selon eux, le blocage concernait tous les compteurs des 1 843 appartements de l’ensemble, pour les remplacer par de nouveaux appareils prépayés. Il leur était demandé de verser 3 000 livres (56 dollars), ou des mensualités de 345 livres (6,4 dollars), malgré le bon état de leurs compteurs. À leurs réclamations, on répondait qu’il s’agissait d’une « décision générale ».

Dans les semaines suivantes, des internautes ont relayé des plaintes concernant le blocage de la recharge de compteurs codés Elsewedy à Beni Souef, Minya et Qalyoubia. Ces compteurs prépayés sont installés temporairement dans des bâtiments non conformes, afin que le ministère de l’Électricité puisse mesurer et facturer leur consommation. Ils ne portent pas le nom de l’abonné et ne confèrent aucun statut légal au logement.

Le 16 octobre, Mahmoud Esmat a annoncé, dans des déclarations rapportées par Bloomberg puis reprises par des chaînes et des sites d’information, que le remplacement des compteurs installés depuis dix ans serait à la charge des citoyens, avec possibilité de paiement échelonné. Les compagnies prendraient en charge celui des appareils de moins de cinq ans présentant des problèmes techniques justifiant leur remplacement. Le ministre a également annoncé la conversion de 1,35 million de compteurs codés en compteurs légaux en une semaine, après régularisation des infractions des propriétaires. Le ministère a accordé deux mois aux distributeurs pour remplacer tous les compteurs endommagés ou défaillants. L’annonce ne précisait pas le sort des appareils âgés de cinq à dix ans. Zawia3 a posé la question au porte-parole du ministère et au ministre, sans réponse, tandis que des responsables de la Holding égyptienne de l’électricité ont refusé de s’exprimer.

Le 23 octobre, le député et présentateur Mostafa Bakry a demandé, dans son émission « Faits et secrets » sur Sada El-Balad, la publication du prix officiel du nouveau compteur, des frais d’inspection et d’installation et des règles de paiement échelonné. Il s’est interrogé sur la nécessité de remplacer un compteur au seul motif que dix ans se sont écoulés depuis son installation, et sur le caractère automatique de ce remplacement ou sa subordination à une inspection technique démontrant sa nécessité.

Le 28 octobre, une source responsable du secteur a détaillé le plan de remplacement d’environ 365 000 compteurs de plus de dix ans par des appareils prépayés, dans le cadre de la modernisation du système unifié de recharge. Selon elle, la compagnie du sud du Delta visait 150 000 appareils et en avait remplacé environ 30 000 ; celle de Moyenne-Égypte, dont dépend Beni Souef, en visait environ 90 000 et en avait remplacé la plupart ; celle de Haute-Égypte en visait environ 80 000, dont près de 25 000 déjà changés ; et celle d’Alexandrie en visait environ 45 000, dont seuls quelque 5 000 restaient à remplacer. La source a attribué le blocage des recharges externes de certains appareils à l’examen de compteurs anciens ayant rencontré des difficultés techniques lors de leur intégration au système unifié, afin de déterminer s’ils pouvaient rester en service ou devaient être remplacés. Les mesures concernaient aussi des compteurs désactivés ou liés à la situation de paiement de l’abonné.

Quelques heures après ces déclarations, la Holding égyptienne de l’électricité a publié un communiqué affirmant qu’il était « absolument faux » que certains compteurs ne puissent plus être rechargés. La recharge restait possible auprès des distributeurs et des points de paiement électronique, et les services fonctionnaient bien, précisait-elle. Le même soir, une source responsable du ministère a assuré que les recharges des compteurs prépayés se déroulaient normalement, sans problème pour aucun modèle, qu’il soit Elsewedy, Global, Iskra ou Iskra IC. Elle a nié l’interruption de la recharge des Iskra IC, dont environ 300 000 fonctionnaient, selon elle, dans les zones desservies par les compagnies du sud du Delta, de Haute-Égypte et de Moyenne-Égypte.

Ce n’était pas le premier démenti. En décembre 2025, la holding avait démenti des informations sur les difficultés de recharge et sur le remplacement de compteurs moyennant des frais pouvant atteindre 12 000 livres. Elle affirmait qu’aucune décision ni procédure n’obligeait les citoyens à verser de l’argent pour changer leur compteur. C’était dix mois avant que le ministre annonce la prise en charge par les citoyens du remplacement des appareils de plus de dix ans.

Les témoignages recueillis par Zawia3, notamment ceux de Mostafa Zeidan et de trois autres personnes cités dans cette enquête, indiquent que certains appareils remplacés fonctionnaient encore bien et que d’autres avaient moins de dix ans. De nombreuses familles ne peuvent supporter le coût des nouveaux compteurs, face à la cherté de la vie et à l’inflation.

Un compteur Elsewedy remplacé par un compteur Elsewedy

À Minya, Mohamed El-Masry, enseignant, raconte que son compteur codé Elsewedy fonctionnait efficacement. Il le rechargeait régulièrement et un releveur passait chaque mois noter normalement les consommations. La compagnie a ensuite bloqué la recharge, puis démonté l’appareil et installé un autre contre son gré, il y a environ un mois, avant même l’annonce du ministre.

Mohamed ajoute qu’il était lié depuis des années par contrat à la compagnie. Personne ne l’avait informé qu’un compteur devait être remplacé après dix ans, et cette disposition ne figurait pas dans son contrat. « Pourquoi dois-je supporter le coût d’un compteur à 3 000 livres ? », demande-t-il, reprenant le prix annoncé par la compagnie. Il avait payé intégralement son ancien appareil, et c’est la compagnie qui avait décidé de le changer pour moderniser le système.

Ce n’était pas la première fois que la compagnie bloquait la recharge et demandait le remplacement. Deux ans auparavant, raconte Mohamed, « ils m’ont demandé 80 livres pour une inspection technique, puis m’ont dit que le compteur devait être changé parce que ce modèle n’était plus pris en charge. Ils ont refusé de recharger la carte, mais l’employé l’a introduite dans la machine et l’a finalement réactivée ». Mohamed s’est alors adressé à un électricien pour savoir si le remplacement était nécessaire. Selon lui, le technicien a répondu que la compagnie estimait que le compteur n’enregistrait pas une consommation élevée et souhaitait donc le remplacer. Il s’agit du récit que Mohamed fait des propos du technicien ; Zawia3 n’a pas pu le vérifier. Mohamed avait renoncé au changement et continué à recharger dans les points Fawry, jusqu’à la coupure complète du compteur et au refus de toutes les machines de le recharger. Il a dû se rendre à la compagnie : « Cette fois, on m’a dit qu’il fallait remplacer le compteur pour 3 000 livres (56 dollars) », sans préciser les mensualités à payer sur l’année ni donner d’autres informations. Il attend l’émission des échéances pour déposer une réclamation auprès du Conseil des ministres et du parquet administratif.

Mohamed dit qu’il aurait accepté de payer si le compteur avait présenté une panne technique. Mais la compagnie l’a remplacé contre son gré, en installant même un autre appareil Elsewedy à la place de l’ancien, alors que ses employés lui avaient dit, selon son récit, avoir mis fin au contrat avec Elsewedy faute de cartes de recharge disponibles. « Comment les compagnies peuvent-elles dire qu’elles ont mis fin au contrat tout en installant des compteurs de la même entreprise ? », demande-t-il.

Le récit de Mohamed trouve un écho dans des déclarations antérieures du secteur. En septembre 2023, une source responsable de la holding avait indiqué que des instructions avaient été adressées aux neuf distributeurs pour remplacer les compteurs IC d’une entreprise privée après constatation de défauts techniques et de leur vulnérabilité aux manipulations. Les cartes de recharge étaient indisponibles et difficiles à remplacer, ce qui avait motivé le changement de tous les appareils des entreprises Iskraemeco (Elsewedy) et Elsewedy Electrometer. Le ministère n’a pas officiellement annoncé la résiliation des contrats avec l’une ou l’autre.

Trois mille livres, sans prix officiel

Ni le ministère ni la holding n’ont officiellement annoncé le montant de 3 000 livres, pas plus que les prix actuels des nouveaux appareils. Le 20 octobre, des sources ministérielles ont expliqué à Veto qu’aucun prix unique ne pouvait être fixé pour le remplacement, car le coût dépendait avant tout du devis propre à l’immeuble, ainsi que de la consommation de chaque compteur. Selon elles, le règlement commercial et les contrats conclus avec les consommateurs prévoient que le remplacement d’un compteur mécanique ou endommagé est à la charge de l’abonné.

La Compagnie de distribution d’électricité du nord du Caire avait lancé l’appel d’offres public n° 2026/81, avec séance le 8 juin dernier, pour installer 53 879 compteurs intelligents monophasés et triphasés. L’annonce ne précisait aucun prix unitaire, se bornant à fixer à 2 280 livres, TVA comprise, le prix d’un exemplaire du cahier des charges.

Le dernier tarif annoncé par la holding remonte à mars 2025 : 1 274 livres pour un compteur prépayé monophasé, plus 285 livres de frais d’installation dont 100 livres de crédit de recharge, soit des frais d’installation effectifs de 185 livres. Le compteur triphasé coûtait 1 547 livres, avec les mêmes frais d’installation. L’installation d’un compteur à transformateur coûtait 1 935 livres, celle d’un compteur commercial 1 600 livres et celle d’un compteur codé triphasé 2 000 livres.

L’utilisation des compteurs prépayés a commencé en Égypte en 2011, avant leur généralisation par le ministère en 2014, selon le rapport annuel 2023/2024 de la holding. Celui-ci faisait état d’environ 19 millions d’appareils installés au 30 novembre 2024. Selon le rapport, le prépaiement vise à procurer des liquidités aux compagnies en encaissant la consommation à l’avance par les recharges, et à éviter les difficultés d’estimation de la consommation de certains usagers. Les témoignages recueillis par Zawia3 ne contestent pas la modernisation du comptage en elle-même, mais le coût imposé au citoyen pour installer ou remplacer son appareil.

Les prix publiés en livres égyptiennes ont augmenté au fil des années. Le compteur coûtait environ 350 livres en 2014, puis 500 en 2015, avant de passer à 900 livres en 2016, soit 400 livres de plus en un an. À partir de janvier 2022, le monophasé coûtait 1 247 livres, TVA, transport et stockage compris, et le triphasé 1 547 livres, auxquels s’ajoutaient 285 livres d’installation. Le compteur commercial monophasé coûtait 1 300 livres et le triphasé 1 800 livres. En septembre 2023, la source de la holding évoquant les compteurs IC indiquait que le nouvel appareil remplaçant un compteur de plus de dix ans coûtait 1 475 livres.

Selon les calculs de Zawia3 aux taux de change de chaque période, le compteur monophasé coûtait environ 66 dollars en juillet 2022, à environ 18,9 livres pour un dollar, puis environ 25 dollars en mars 2025, à environ 50,6 livres. Les 2 500 à 3 000 livres aujourd’hui demandées correspondent à 46 à 56 dollars au taux de la Banque centrale du 5 novembre 2026, soit 54,01 livres. Ces sommes représentent 1,6 à 1,9 fois le dernier prix officiel du monophasé, installation comprise, soit 1 559 livres en mars 2025, et 1,7 à deux fois l’estimation de septembre 2023.

Zawia3 a contacté par téléphone le ministre de l’Électricité et des Énergies renouvelables Mahmoud Esmat et le porte-parole du ministère Mansour Abdel-Ghani. Les questions portaient sur les prix annoncés aux habitants, les raisons de la hausse du remplacement, les fondements d’une durée de vie fixée à dix ans et les critères techniques imposant le changement. Aucun des deux n’avait répondu au moment de la publication.

Le compteur appartient à la compagnie, mais l’abonné paie

Hafez Salmawy, ancien directeur exécutif de l’Autorité de régulation de l’électricité et de protection des consommateurs et professeur d’ingénierie énergétique à l’université de Zagazig, explique que les compteurs mécaniques peuvent durer jusqu’à quinze ans. Cette durée a diminué avec l’évolution technologique et le passage aux modèles électroniques et intelligents. Le règlement commercial unifié définit la durée de vie du compteur comme la période au terme de laquelle il est censé cesser d’assurer correctement et précisément sa fonction. Il la fixe à environ dix ans pour les compteurs prépayés et quinze ans pour les autres, et considère l’appareil conforme si son relevé ne s’écarte pas de plus de 3 %, en plus ou en moins, de celui du compteur de référence.

Salmawy explique à Zawia3 que le distributeur peut remplacer le compteur d’un abonné à la fin de sa durée de vie pour garantir la précision de l’enregistrement. La décision vient alors de la compagnie, et non d’une demande du consommateur. Le remplacement ne se limite pas à cette échéance : il peut également intervenir lorsqu’un défaut affectant la précision est établi ou dans le cadre de plans de modernisation, comme le passage du mécanique à l’électronique ou aux compteurs intelligents.

Concernant le coût, Salmawy précise que payer le compteur à l’installation n’en confère pas la propriété. Celle-ci reste à la compagnie, et la somme versée par l’abonné constitue un dépôt de garantie. Il peut donc devoir payer à nouveau lors du remplacement, avec possibilité d’échelonnement mensuel. La situation diffère si la compagnie change l’appareil avant la fin de sa durée de vie : la valeur résiduelle est alors prise en compte pour calculer la somme due. Par exemple, pour un compteur prévu pour dix ans et remplacé au bout de cinq, 50 % de la valeur du nouvel appareil sont déduits, au titre de la durée de vie restante de l’ancien.

Le règlement définit le droit d’usage du compteur comme une autorisation permettant à l’abonné d’utiliser l’appareil installé chez lui sans le posséder, pendant toute la durée du contrat de fourniture, avec obligation de le préserver. L’article (16) autorise la compagnie, si elle le juge utile, à modifier les systèmes de comptage installés pour facturer la consommation, « afin d’accompagner l’évolution technologique des compteurs et de faciliter les démarches des consommateurs et de la compagnie ». En cas de remplacement par un système moderne, le consommateur doit acquitter le droit d’usage du nouvel appareil. La compagnie peut en étaler le paiement sur des mensualités pendant au maximum 24 mois.

L’abonné paie donc le compteur à l’installation sous forme de garantie, puis le droit d’usage du nouveau lors du remplacement. La compagnie conserve la propriété des deux appareils et dispose, en vertu du même article, du pouvoir de changer le système si elle le juge nécessaire.

« Des contrats d’adhésion »

Pour Bassam Khaled, avocat spécialiste du droit commercial, le problème de l’article 16 réside dans sa formulation vague : il ne définit ni les cas autorisant le distributeur à remplacer un compteur, ni les normes techniques et de qualité fondant cette décision. Il explique à Zawia3 que le texte ne permet pas au consommateur de savoir dans quels cas il devra payer un nouvel appareil, ni comment la compagnie apprécie la nécessité de le remplacer. Le paiement échelonné ne règle rien tant que les critères de décision ne sont pas fixés et que le consommateur ne dispose pas de garanties lui permettant de connaître et de contester les motifs du changement. « Il n’est pas acceptable de me réveiller et d’apprendre de la compagnie que le compteur n’est plus valable et qu’elle va m’en installer un autre. »

Khaled estime que les règles juridiques devraient définir précisément les cas de remplacement. Selon lui, l’article 16 donne à la compagnie le pouvoir de changer l’appareil sans affirmer clairement le droit du consommateur de refuser, tout en lui imposant de payer le nouveau, même lorsque l’ancien ne présente aucune panne signalée. Cette organisation rompt, dit-il, l’équilibre contractuel qui devrait reposer sur la réciprocité des droits et obligations. L’article s’apparente aux contrats d’adhésion : la compagnie fixe seule les conditions et décide du changement, tandis que le consommateur ne dispose pas d’une marge comparable pour contester ou refuser, alors qu’il en supporte le coût.

Khaled rappelle que les consommateurs disposaient auparavant de plusieurs modes de facturation : les compteurs traditionnels, avec facture selon les kilowattheures consommés, et les prépayés fonctionnant par recharge. Selon lui, la rédaction actuelle de l’article 16 permet de modifier les systèmes existants d’une manière susceptible d’affecter les contrats antérieurs, sans tenir compte des intérêts des consommateurs ni de l’équilibre entre les parties. L’article 36 prévoit que les différends sur l’application ou l’interprétation du règlement soient soumis à une commission constituée auprès du régulateur par décision de son directeur exécutif. Les décisions de cette commission sont définitives et contraignantes pour les deux parties après son approbation.

Ce que dit l’article 17

L’article 17 impose au consommateur de signaler immédiatement toute détérioration ou perte du compteur. Il oblige la compagnie à inspecter les appareils dont la consommation mensuelle baisse ou augmente de plus de 15 % par rapport aux niveaux habituels, pour vérifier leur bon fonctionnement. Il précise ensuite qui paie en cas de dommage : si celui-ci survient avant la fin de la durée de vie, sans intervention du consommateur, et provoque une imprécision ou un arrêt de l’enregistrement, la compagnie prend en charge la réparation ou le remplacement. Les sommes qu’elle peut réclamer pour la période de dysfonctionnement sont limitées aux six mois précédant le premier rapport constatant le défaut, plus la période suivante jusqu’à la réparation ou à l’installation du nouvel appareil, avec régularisation des paiements déjà effectués pour la même période. Si le dommage survient après la durée de vie théorique, le consommateur supporte les coûts réels de réparation ou de remplacement, en mensualités sur deux ans. Le texte lie donc cette charge à la détérioration après la fin de la durée de vie, et non à la seule expiration de celle-ci.

L’article 15 oblige la compagnie à inspecter et étalonner les compteurs à la demande du consommateur pour vérifier leur précision et leur bon fonctionnement, moyennant des frais fixés par son conseil d’administration, et à ses propres frais chaque fois qu’elle l’estime nécessaire. Le consommateur peut également demander une inspection et un étalonnage auprès d’un organisme indépendant agréé, après en avoir payé les coûts.

À Ismaïlia, Mohamed Galhoum raconte que son compteur s’est brusquement arrêté au milieu de l’année dernière. Il s’est rendu à la compagnie pour le signaler, mais celle-ci lui a facturé un nouvel appareil, à raison de 90 livres par mois, environ 1,8 dollar au taux de change de mi-2025. Le directeur lui avait pourtant dit que l’installation serait prise en charge tant que le compteur n’avait été ni cassé ni fissuré. Galhoum explique à Zawia3 que la compagnie n’a envoyé aucun technicien et a établi un rapport en son absence, « et m’a fait payer l’installation ».

Peu après, Galhoum a découvert que la mensualité était passée à 300 livres (6,1 dollars). « Je suis allé demander à la compagnie ; on m’a répondu que c’était parce que je n’avais pas prévenu immédiatement. » Il a constaté l’ajout de 800 livres (16,2 dollars) au prix du compteur, portant le total demandé à 3 100 livres (62,6 dollars). Il a donc dû régler tout le solde. Galhoum affirme avoir signalé la panne dès l’arrêt de l’appareil. Le mois dernier, il a encore découvert une dette accumulée de plus de 100 livres (1,9 dollar), puis 25 livres ce mois-ci, en plus de ses recharges ponctuelles.

À Qalyoubia, la famille de Wafaa Abdel-Salam a découvert une dette de 425 livres (7,9 dollars) sur le compteur installé le mois dernier, en plus de recharges qui atteignent, selon elle, 600 livres (11 dollars) par mois, hors mensualité du nouvel appareil. Wafaa dit que cela alourdit les charges du ménage : son mari n’a pas encore été titularisé dans son emploi au journal Al-Ahram, et la famille s’occupe de deux enfants ayant des besoins particuliers.

À Beni Souef, Ehab Sayed dit devoir désormais travailler davantage pour payer les échéances du nouveau compteur, les recharges et les dépenses de sa famille. Il affirme consacrer environ dix-huit heures par jour à des activités indépendantes de conception de sites, d’analyse de données et de maintenance informatique, auxquelles s’ajoute un service quotidien de nettoyage dans une pharmacie. Il ne connaît pas le coût de l’installation, mais la compagnie lui a indiqué qu’il pourrait le régler sur un an.

4 % des dépenses du ménage

Salmawy indique à Zawia3 que le régulateur a étudié la capacité de paiement des consommateurs et leurs dépenses. L’étude a conclu que consacrer 4 % du budget du ménage à l’électricité était supportable, cette proportion ayant été abaissée à 1,5 % pour les plus démunis. Les mensualités des nouveaux appareils s’ajoutent aux recharges, comme pour Mostafa Zeidan, Mohamed Galhoum, Wafaa Abdel-Salam et Ehab Sayed. Salmawy demande aux compagnies de mettre le règlement commercial à la disposition de tout citoyen et de lui en présenter les dispositions avant la signature du contrat. Il y voit une exigence de transparence et d’information du consommateur, afin d’éviter que la découverte de règles ignorées ne provoque une crise de confiance envers les compagnies.

Concernant l’accumulation des dettes, Salmawy explique que les tarifs sont divisés en quatre groupes selon la consommation mensuelle, ce qui détermine les prélèvements sur les soldes prépayés. Le premier groupe, celui des consommateurs prioritaires pour l’aide, concerne moins de 100 kilowattheures par mois et comprend deux tranches : de zéro à 50 kWh, puis plus de 50 à 100 kWh. Dès que la consommation dépasse 100 kWh, l’usager rejoint un deuxième groupe destiné aux faibles revenus, avec trois tranches : de zéro à 200, de plus de 200 à 350, et de plus de 350 à 650 kWh.

Salmawy explique que le passage d’un groupe à l’autre modifie la facturation : de 100 à 101 kWh, le solde peut subir une déduction supplémentaire de 39 livres (0,7 dollar). Par exemple, un consommateur qui recharge de 100 livres et atteint 99 kWh, puis dépasse 100 kWh, peut découvrir cette déduction liée au changement de mode de calcul. Le troisième groupe concerne plus de 650 et jusqu’à 1 000 kWh mensuels. Le passage de 649 à 651 kWh peut entraîner, selon Salmawy, un prélèvement d’environ 430 livres (8 dollars), en raison du changement de tarif et de la baisse de la subvention appliquée. Le quatrième groupe rassemble les consommateurs dépassant 1 000 kWh par mois, classés comme grands consommateurs et soumis à un autre tarif.

Selon les calculs de Zawia3 fondés sur le tarif résidentiel appliqué depuis août 2026, le coût passe de 83 livres pour 100 kWh à environ 116 livres pour 101 kWh, soit environ 33 livres supplémentaires avant frais de service clientèle. Il passe aussi d’environ 1 132 livres à 650 kWh à 1 569 livres à 651 kWh, soit quelque 437 livres de plus.

Les compteurs codés échappent à tout ce système : ils sont facturés à un tarif unique correspondant au coût de revient. Le ministère l’a relevé en avril 2026 de 2,14 à 2,74 livres par kWh, niveau qui est resté inchangé après la hausse d’août. La première chambre du tribunal administratif a fixé au 14 novembre l’examen du recours n° 54251 de l’année judiciaire 80, introduit par l’avocat Walid El-Fouli. Celui-ci demande la suspension de la décision ministérielle imposant le tarif unique aux compteurs codés, le retour aux tranches progressives et le remboursement des différences perçues.

Au moment de la préparation de cette enquête, le nouveau compteur de Mostafa Zeidan n’avait toujours pas été installé. L’ancien a été démonté en octobre, la compagnie lui facture une consommation estimée et il n’a signé aucun contrat. Il doit pourtant s’attendre à payer 104 livres par mois pendant deux ans, pour un appareil qu’il n’a pas demandé, remplaçant un compteur qu’il dit avoir payé et qui n’était pas en panne.

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Marwa Mohey Eldin
Journaliste égyptienne, elle a travaillé pour plusieurs sites égyptiens et arabes ; elle s’intéresse au journalisme social et humain ainsi qu’aux enquêtes.

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