Après « zéro arriéré » : la dette pétrolière dépasse 1 600 milliards de livres. La crise est-elle terminée ou a-t-elle simplement changé de nom ?

La dette du secteur pétrolier égyptien atteint 1 600 milliards de livres malgré le règlement des arriérés dus aux partenaires étrangers.
كولاج توضيحي لمصفاة نفط وبرميل وسجل حسابات، عن ديون قطاع البترول في مصر

Basant Noor El-Din

L’Egyptian General Petroleum Corporation (EGPC) concentre la plus grande part des garanties souveraines de l’État. Ses dettes et ses engagements à court terme représentent l’un des principaux risques budgétaires : elle bénéficie à elle seule d’environ 58 à 60 % de l’ensemble des garanties émises par le ministère des Finances, pour un montant qui atteignait quelque 3 100 milliards de livres égyptiennes en septembre 2025, soit environ 18 % du produit intérieur brut selon les estimations du Fonds monétaire international.

À la fin juin 2026, la dette totale du secteur pétrolier égyptien atteignait 1 600 milliards de livres, selon l’annonce de Karim Badawi, ministre du Pétrole et des Ressources minérales, en réponse à une question du président Abdel Fattah al-Sissi lors de la session « Le parcours énergétique égyptien : réalisations nationales et perspectives d’avenir » du Forum Égypte 2026, tenue le 22 octobre.

Peu avant la mission du FMI de novembre 2025, le ministère des Finances avait versé 451,8 milliards de livres à l’EGPC, dont 166 milliards d’indemnités de subvention impayées, 13,6 milliards correspondant aux engagements des ministères de l’Électricité et de l’Eau, et plus de 98 milliards payés au titre des garanties de dettes de l’organisme, en préparation de la revue du FMI et de la poursuite du décaissement du prêt de 8 milliards de dollars.

L’EGPC a ainsi pu régler intégralement, en juin 2026, les arriérés dus aux entreprises énergétiques étrangères, après un pic d’environ 6,1 milliards de dollars au 30 juin 2024, selon les déclarations du ministre du Pétrole Karim Badawi. Cette évolution a incité les entreprises à investir de nouveau dans l’exploration et la production.

En mars 2026, le ministre avait annoncé des engagements d’investissement dépassant 19 milliards de dollars sur les trois années suivantes, que le gouvernement a réaffirmés lors de l’annonce du règlement intégral en juin. Ils comprenaient 8 milliards de dollars de l’italien Eni, 5 milliards du britannique BP, 4 milliards de l’américain Apache et 2 milliards d’Arcius Energy, la coentreprise détenue à 51 % par BP et à 49 % par XRG, branche d’investissement du groupe émirati ADNOC.

Les arriérés dus aux partenaires étrangers sont des engagements commerciaux de l’EGPC résultant de l’achat, en dollars, de la part du partenaire. Ce ne sont pas des emprunts souverains et ils ne sont pas non plus comptabilisés dans la dette extérieure, qui dépassait 166 milliards de dollars fin juin 2026. Le FMI les considère néanmoins comme l’un des principaux risques pour les finances publiques, car l’État les garantit.

Dans ses dernières revues, le Fonds a mis en garde contre la charge que ces garanties font peser sur le budget de l’État, préconisant, dans le cadre du plan de viabilité de l’EGPC, de les réduire de 25 % pendant l’exercice 2026/2027, en augmentant la production, en ajustant les prix de l’énergie et en renforçant les mécanismes de recouvrement.

L’encours total des garanties souveraines égyptiennes représentait environ 32 % du PIB fin juin 2025. Les estimations indiquent que le total des prêts garantis par l’État pourrait atteindre quelque 6 200 milliards de livres pendant l’exercice en cours, dont environ 60 % pour l’EGPC. Les garanties publiques devraient atteindre 6 900 milliards de livres lors du prochain exercice, soit environ 28,1 % du PIB. Ce ratio diminue malgré la hausse de la valeur nominale des garanties, en raison de la croissance du PIB nominal sous l’effet de l’inflation.

L’organisme fait face à un déficit d’exploitation et à un besoin de financement, car il achète les produits pétroliers ou la part de ses partenaires en dollars américains, aux prix internationaux, tout en les vendant localement en livres égyptiennes à des prix subventionnés ou inférieurs. Il subit aussi les retards de paiement des organismes publics, notamment du secteur de l’électricité. Il recourt donc à des facilités de crédit et à des prêts à court et moyen terme pour financer son fonctionnement, payer ses partenaires étrangers et acheter du carburant.

Le rapport de la septième revue du programme au titre du mécanisme élargi de crédit, publié le 13 août 2026, indique que le règlement des arriérés de l’EGPC envers les compagnies pétrolières et gazières étrangères a été soutenu par des prêts extérieurs obtenus auprès d’institutions internationales avec garantie publique, ainsi que par des transferts budgétaires directs. En revanche, ni le gouvernement égyptien ni le Fonds n’ont publié de détails sur les noms des prêteurs, les taux d’intérêt ou les échéances de remboursement.

En mars 2025, le Conseil des ministres avait approuvé un ensemble de réformes de l’EGPC, comprenant une allocation budgétaire de 75 milliards de livres destinée au règlement des arriérés et une somme équivalente pour l’Egyptian Electricity Holding Company.

En mai 2026, l’EGPC a obtenu un financement de 800 millions de dollars dans le cadre du programme de travail annuel 2026 entre le gouvernement égyptien et la Société internationale islamique de financement du commerce, membre du groupe de la Banque islamique de développement, dont le montant total s’élève à 1,5 milliard de dollars.

En septembre dernier, Misr Petroleum et El-Taawun Petroleum ont obtenu deux prêts totalisant 24 milliards de livres, soit 14 milliards de la Suez Canal Bank pour la première et 10 milliards de la Qatar National Bank pour la seconde. Garantis par le ministère des Finances pour une durée de trois ans, ils couvrent des crédits documentaires destinés à importer des produits pétroliers pour le compte de l’EGPC, selon des sources informées citées par Al-Shorouk.

L’EGPC cherche à emprunter environ 850 millions de dollars auprès d’un consortium réunissant Abu Dhabi Commercial Bank, Mashreq et Standard Chartered, pour le compte de « Bel », une société qu’elle a créée spécialement pour obtenir ce financement. D’une durée de trois ans, le prêt serait garanti par les contrats et les cargaisons d’exportation de l’EGPC, selon des articles de presse.

Comment les dettes de l’EGPC se sont-elles accumulées ?

Les arriérés envers les compagnies pétrolières étrangères ont commencé à apparaître en 2004 et 2005, pour un montant d’environ 610 millions de dollars. La consommation de gazole, de fioul, de gaz de cuisson et d’essence dépassait alors la production nationale, poussant le ministère à acheter la part du partenaire étranger et à importer les quantités restantes pour répondre aux besoins du marché.

La crise s’est aggravée après 2011 et les arriérés ont grimpé à environ 6,3 milliards de dollars, sous l’effet de la hausse des cours mondiaux du pétrole et de l’affectation des ressources financières aux importations de carburant. La disponibilité des approvisionnements en a souffert : les stocks ne couvraient pas plus de deux jours, tandis que les entreprises étrangères s’abstenaient de nouveaux investissements. Aucun accord pétrolier n’a été signé entre 2011 et novembre 2013.

Fin 2013, les arriérés dus aux partenaires étrangers s’établissaient à 6,3 milliards de dollars. Après plusieurs versements successifs, ils sont retombés à environ 3,5 milliards à la mi-2015, puis à 2,9 milliards fin août de la même année après le paiement d’environ 600 millions de dollars en un seul mois. Ils ont ensuite diminué à 2,7 milliards fin octobre 2015.

Les sommes dues sont remontées à 3,4 milliards de dollars fin juin 2016, malgré le paiement par l’Égypte de 100 millions de dollars pendant l’exercice 2015/2016, avant de reculer à environ 2,3 milliards fin juin 2017, à 1,2 milliard en 2018 et à quelque 900 millions fin juin 2019.

Cependant, la pandémie de coronavirus, puis la guerre russo-ukrainienne, la sortie des investissements étrangers de portefeuille et la baisse des réserves de change ont entraîné une nouvelle accumulation des sommes dues. Elles ont atteint 6,1 milliards de dollars au 30 juin 2024 selon le ministère du Pétrole, et 6,2 milliards en octobre de la même année selon le FMI.

Avec l’annonce, en février 2024, de l’accord de Ras El-Hekma conclu avec les Émirats arabes unis pour 35 milliards de dollars, le gouvernement a commencé à accélérer les remboursements, soutenus ensuite par les allocations du programme de réformes de mars 2025.

En décembre 2025, les arriérés avaient reculé à environ 2 milliards de dollars selon le FMI. En janvier 2026, le Premier ministre Mostafa Madbouly a annoncé que le gouvernement avait payé environ 5 milliards de dollars, avec pour objectif de ramener le solde à 1,2 milliard d’ici juin de la même année, tout en s’engageant à régler régulièrement les factures mensuelles. En mars 2026, le solde était tombé à environ 1,3 milliard de dollars selon le ministère.

Le rythme des remboursements s’est accéléré ces derniers mois : le solde a reculé à 714 millions de dollars en avril, puis à 440 millions en mai, avant l’annonce du dernier paiement le 10 juin 2026, soit environ trois semaines avant l’échéance visée.

Malgré le règlement des arriérés dus aux partenaires étrangers, la dette du secteur, d’environ 1 600 milliards de livres à la fin juin 2026, indique que les charges d’endettement ont davantage changé de forme qu’elles n’ont disparu.

Dans le même contexte, le ministre a souligné l’importance de renforcer la coopération et les partenariats entre entreprises égyptiennes et étrangères, et de respecter les engagements financiers pour rétablir la confiance des investisseurs et encourager de nouveaux investissements. Il a appelé à créer un environnement stable et attractif, tout en élargissant la participation du secteur privé aux activités pétrolières, gazières et minières.

L’économiste Zohdi El-Shami estime qu’une dette du secteur pétrolier atteignant environ 1 600 milliards de livres représente un endettement extrêmement important, qui exige un examen global de la situation du secteur et des politiques ayant conduit à l’accumulation de ces engagements.

Il relie la crise de la dette à ce qu’il décrit comme une baisse de la production dans certains gisements prometteurs, dont Zohr, ainsi qu’à des années d’accumulation de dettes. Cela a contribué, selon lui, à la réticence de certains investisseurs et entreprises étrangères à mener des activités d’exploration en Égypte.

Il considère que la crise reflète de graves erreurs dans le suivi de la production et la supervision des gisements existants, auxquelles s’ajoutent l’accumulation des dettes et ses effets sur l’investissement pétrolier. Il souligne que la poursuite de l’intervention de l’État pour régler les arriérés du secteur au moyen de prêts garantis par le gouvernement accroît la charge de la dette extérieure, d’autant que les paiements du secteur pétrolier sont liés au dollar.

Il déclare à Zawia3 : « Voir l’EGPC devenir un débiteur de cette ampleur soulève des questions sur les raisons pour lesquelles le secteur a atteint ce niveau d’endettement, et sur la manière dont les perspectives antérieures de voir l’Égypte devenir un pays exportateur et un centre énergétique ont cédé la place à une dépendance aux importations de gaz et de pétrole. »

Il avertit que cette situation pourrait aussi se répercuter sur les nouveaux contrats pétroliers, s’interrogeant sur l’intérêt de certaines conditions accordant aux partenaires étrangers des parts élevées dans les nouvelles découvertes, contre une part limitée pour le partenaire égyptien.

Il appelle à un véritable réexamen des politiques pétrolières, particulièrement depuis que l’Égypte est passée du statut de pays exportateur d’énergie à celui d’importateur net de gaz et de pétrole, ce qui rend les fluctuations des cours mondiaux économiquement défavorables.

Il explique que l’Égypte était exportatrice nette de pétrole depuis le milieu des années 1970, après la récupération des gisements du Sinaï et l’arrivée d’investissements étrangers dans le secteur, avant de devenir importatrice nette avec le recul de la production et l’épuisement de certaines ressources.

Il ajoute : « L’Égypte s’est ensuite mise à exporter du gaz, puis a annoncé son autosuffisance après la découverte de Zohr. Mais cette situation n’a pas duré : le pays s’est retrouvé confronté à un écart entre ses besoins et sa production de gaz. »

Il poursuit : « Les besoins intérieurs atteignent environ 6 milliards de pieds cubes par jour, contre une production proche de 4 milliards, soit un déficit estimé à quelque 2 milliards de pieds cubes compensé par les importations. » Il souligne que la hausse des prix mondiaux de l’énergie exerce une pression supplémentaire sur l’Égypte.

L’économiste souligne que la poursuite des emprunts garantis par l’État pèse sur le coût de l’emprunt souverain et la notation de crédit de l’Égypte, et alourdit les finances publiques. Le problème, précise-t-il, ne réside pas seulement dans le volume de la dette extérieure, mais aussi dans la charge de son service par rapport aux exportations et aux recettes en devises.

Il avertit que la persistance des pressions de financement pourrait conduire à de nouvelles restrictions sur les emprunts et que, lors des crises, les États peuvent recourir à des solutions telles que l’échange de dettes contre des actifs.

Des signaux négatifs aux investisseurs

Le recours de l’EGPC à de nouveaux prêts ou facilités de crédit pour payer les entreprises étrangères soulève d’importantes questions, notamment après l’annonce gouvernementale de « zéro dette » envers les partenaires investisseurs étrangers en juin 2026.

Hossam Arafat, professeur de pétrole et de mines à la faculté d’ingénierie de l’université du Caire et ancien président de la division des produits pétroliers de la Fédération des chambres de commerce, explique que les dettes dues aux compagnies pétrolières étrangères, qui atteignaient environ 6,2 milliards de dollars en juin 2024, ont été traitées pendant deux ans par l’échelonnement et le paiement des sommes dues, jusqu’à l’annonce de leur règlement intégral en juin 2026. Il considère cette évolution comme l’un des facteurs importants ayant renforcé la confiance dans les secteurs pétrolier et minier et encouragé la hausse des investissements.

Il déclare à Zawia3 : « En principe, l’augmentation de la production et des recettes pétrolières doit couvrir les obligations dues, plutôt que de recourir à l’emprunt pour rembourser une dette existante. Annoncer de nouveaux emprunts après avoir atteint zéro dette peut envoyer des signaux négatifs aux investisseurs, en l’absence d’explication claire de la nature de ces financements et de leur utilisation. »

Il souligne que le recul de la production des gisements égyptiens a creusé l’écart entre production et consommation, précisant qu’elle est passée d’environ 4,2 milliards de pieds cubes à quelque 3,8 milliards de pieds par jour, contraignant l’Égypte à accroître ses importations de gaz pour satisfaire le marché intérieur. Les dernières données de suivi montrent une stabilisation autour de 3,6 milliards de pieds cubes par jour en août 2026.

Il explique qu’un certain nombre de découvertes pétrolières et gazières annoncées par le ministère du Pétrole au début de 2026 étaient des réserves déjà présentes dans les puits, mais qui n’étaient pas encore entrées en production. Il relève que la régularité des paiements aux entreprises étrangères a contribué à la reprise de leur activité, puis à l’annonce de nouvelles découvertes et à l’entrée de certaines en phase de production.

Il rappelle que l’Égypte a besoin de pétrole brut pour faire fonctionner ses raffineries et fournir au marché des produits pétroliers tels que l’essence, le gazole et le fioul. L’exportation de produits pétroliers devient donc plus difficile lorsqu’un déficit intérieur nécessite des importations.

Il ajoute : « Le recul de la production nationale s’est également répercuté sur la capacité d’exportation de l’Égypte. La priorité est désormais de satisfaire les besoins du marché intérieur, notamment en présence d’un déficit nécessitant des importations, ce qui limite les quantités disponibles à l’exportation. »

Il insiste sur le fait que l’évaluation du secteur pétrolier égyptien ne doit pas reposer uniquement sur l’annonce de découvertes ou la hausse des investissements. Il faut aussi examiner l’évolution de la production réelle, l’ampleur de l’écart entre production et consommation, et la capacité du secteur à honorer ses engagements sans dépendre toujours davantage des financements extérieurs ou des garanties publiques.

Il établit également un lien entre les tensions autour des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, les perturbations du transport maritime et des chaînes d’approvisionnement, notamment des itinéraires de transport du pétrole et des produits pétroliers, et leurs effets négatifs sur le commerce égyptien du pétrole et du gaz, à l’importation comme à l’exportation. Il souligne que l’Égypte comptait, entre autres sources, sur des importations du golfe Arabique pour fournir le brut nécessaire au raffinage.

Au cours de la dernière semaine d’octobre, les cours mondiaux du pétrole ont augmenté de plus de 3 dollars le baril. Le Brent a enregistré sa clôture la plus élevée depuis environ six mois, sous l’effet des perturbations de l’approvisionnement énergétique au Moyen-Orient, tandis que le brut américain a terminé la semaine en hausse de 2,3 %.

Les contrats à terme sur le Brent ont bondi à la clôture à 116,72 dollars le baril, en hausse de 3,55 dollars, soit environ 3,14 %, leur plus haut niveau depuis le 29 avril. Le West Texas Intermediate américain a également progressé à 103,27 dollars le baril, gagnant 3,80 dollars, soit 3,8 %.

Le professeur de pétrole et de mines attribue largement cette évolution aux facteurs géopolitiques. Il explique que les développements des conflits et des tensions régionales, ainsi que les déclarations politiques relatives à la guerre, influencent rapidement les anticipations des marchés et font varier les cours du brut à la hausse ou à la baisse.

Commentant cette hausse lors de la session « Le parcours énergétique égyptien » du Forum Égypte 2026, le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly a affirmé que son gouvernement faisait face à trois possibilités : soit absorber l’intégralité de l’augmentation par le budget ou l’emprunt, alourdissant la dette publique et les intérêts supportés par les générations futures, soit faire supporter aux citoyens toute la hausse du coût du carburant et de l’énergie.

La troisième possibilité consiste, selon lui, à respecter les crédits budgétaires disponibles et à acheter les produits pétroliers en fonction des ressources existantes. Cela pourrait ne satisfaire qu’environ 50 à 60 % des besoins des citoyens, avec des conséquences sur la disponibilité du carburant et de l’énergie.

Risques d’endettement et charges budgétaires

Les finances publiques égyptiennes subissent une pression croissante du fait de la hausse du coût du service de la dette, des échéances courtes d’une grande partie de la dette intérieure et de l’élargissement des garanties souveraines, qui constituent des engagements potentiels pour le Trésor. Ces facteurs interviennent alors que le gouvernement cherche à réduire la dette publique, améliorer les finances publiques et abaisser le coût de l’emprunt.

Les paiements d’intérêts absorbent plus de la moitié des recettes des administrations publiques. Moody’s les a estimés à environ 59 % des recettes pendant l’exercice 2025/2026, clos en juin 2026, contre quelque 63 % l’année précédente, tandis que les estimations de Standard & Poor’s approchent 67 %. Malgré sa baisse, ce ratio reste élevé par rapport aux pays de notation comparable, limitant la capacité du gouvernement à consacrer davantage de ressources à la santé, à l’éducation, à la protection sociale et à l’investissement.

Dans ce contexte d’amélioration progressive, Moody’s a relevé à la mi-octobre la note de crédit de l’Égypte de Caa1 à B3, avec une perspective positive. L’agence prévoit, si les excédents primaires se maintiennent et si le coût du financement diminue, un recul de la facture des intérêts à environ 50 % des recettes et de la dette sous 70 % du PIB d’ici la fin de la décennie.

Dans le budget de l’exercice 2026/2027, le gouvernement a affecté quelque 2 419 milliards de livres au paiement des intérêts de la dette, sur des dépenses totales, hors remboursements du principal, d’environ 5 178 milliards de livres. En parallèle, la dette des entités du secteur budgétaire a reculé à environ 81,8 % du PIB fin juin 2026, contre un pic proche de 96 % en 2023. Le gouvernement vise une poursuite de la baisse vers 78 % d’ici juin 2027.

Le défi ne concerne pas seulement le volume de la dette, mais aussi la structure de ses échéances. La dette intérieure représente environ les trois quarts de la dette des entités du secteur budgétaire, avec un recours marqué aux bons du Trésor à court terme, dont les échéances vont de 91 à 364 jours. La maturité moyenne des nouvelles émissions intérieures ne dépassait pas 1,1 an fin juin 2026, selon les estimations du FMI.

Le Fonds estime que les besoins bruts de financement du gouvernement ont culminé à environ 42 % du PIB pendant l’exercice 2025/2026, l’un des niveaux les plus élevés au monde. Cela accroît les besoins de refinancement et rend le gouvernement plus vulnérable aux variations des taux d’intérêt et de la liquidité intérieure.

S’y ajoute le poids des garanties souveraines, qui ne se traduisent pas par une dépense directe lors de leur émission, mais deviennent une obligation effective pour le Trésor si les entités garanties font défaut. Leur augmentation et leur concentration dans l’énergie, au premier rang desquelles les garanties de l’EGPC, constituent l’une des sources de risque budgétaire prises en compte par les agences de notation. La possibilité de voir ces engagements devenir une dette effective alourdit le service de la dette et pèse sur le déficit ; elle peut aussi accroître le coût de l’emprunt souverain si les risques perçus par les investisseurs augmentent.

Selon les données de la Banque mondiale, fondées sur les échéanciers du service de la dette de la Banque centrale, l’Égypte doit faire face à 60,9 milliards de dollars d’échéances de dette extérieure entre juillet 2026 et juin 2027. La Banque centrale en supporte la plus grande part, soit environ 21,65 milliards, dont quelque 19,1 milliards de dépôts et d’engagements en devises, principalement dus à des pays du Golfe. En comparaison, 16,1 milliards incombent aux banques commerciales, 12,9 milliards aux autres secteurs et environ 10,3 milliards au gouvernement.

Au deuxième trimestre 2026, la dette de la Banque centrale d’Égypte a augmenté d’environ 1,1 milliard de dollars pour atteindre quelque 36,85 milliards fin juin. La dette des autres secteurs non bancaires a également augmenté d’environ 2 milliards pour s’établir à quelque 23,4 milliards, portant la dette extérieure totale à 166,75 milliards de dollars fin juin 2026.

Il semble ainsi que l’annonce de « zéro dette » n’ait pas tant mis fin à la crise du secteur pétrolier qu’elle ne l’ait redistribuée : les arriérés envers les partenaires étrangers ont été réglés, mais le secteur a continué à dépendre des prêts et des garanties publiques pour financer ses besoins.

Avec le recul de la production et la hausse de la facture des importations, le Trésor reste exposé aux risques liés aux dettes de l’EGPC, qui concentre la plus grande part des garanties souveraines.

Alors que le gouvernement mise sur une hausse de la production pour attirer les investissements et réduire l’endettement, le recours continu à l’emprunt pour financer le déficit d’exploitation signifie que « zéro dette » envers les partenaires étrangers n’équivaut pas nécessairement à « zéro risque » pour les fonds publics.

Ajoutez Zawia3 à vos sources préférées sur Google

Search