En juin dernier, le réseau social X a été le théâtre d’une campagne d’incitation méthodique contre l’Égypte, appelant au boycott des produits égyptiens, des voyages en Égypte et du tourisme dans le pays. Apparue timidement durant la première semaine de juin, elle a atteint son apogée du 23 au 25 juin, avant de s’atténuer nettement pendant la première semaine de juillet.
Dans cette enquête réalisée par Zawia3 avec le soutien de la communauté arabe de vérification des faits (AFH), dans le cadre du programme de soutien aux outils numériques, nous cherchons à savoir si la campagne d’incitation contre les produits égyptiens et le tourisme en Égypte sur les plateformes numériques était organisée ou spontanée. Quels acteurs ou entités ont joué un rôle dans son orientation ? Qu’est-ce qui l’a attisée ? Nous examinons les schémas de publication, les horaires et les formes de coordination afin de déterminer si ces campagnes étaient méthodiques ou spontanées, et de comprendre leur structure organisationnelle.
En juin dernier, des comptes sur X ont largement diffusé des hashtags d’incitation, notamment : #مقاطعة_المنتجات_المصرية, #قاطعواالمنتجات_المصرية, #مقاطعة, #مقاطعة_السياحة_في_مصر, #لا_تسافر_لمصر et #مقاطعة السفر إلى مصر, appelant à boycotter les produits égyptiens, le tourisme et les voyages en Égypte. Dans le même temps circulait le hashtag #الداخليه_المصريه_تهاجم_السعودية, signifiant « Le ministère égyptien de l’Intérieur attaque l’Arabie saoudite ».
Le discours hostile à l’Égypte s’est intensifié quelques jours après le refus des autorités égyptiennes de laisser la caravane Al-Soumoud atteindre le passage de Rafah, et après le déclenchement de la guerre entre l’Iran et Israël, connue sous le nom de « guerre de douze jours », comme l’a appelée le président américain Donald Trump. Elle a commencé à l’aube du 13 juin 2025, lorsqu’Israël a lancé une attaque surprise contre des dizaines de cibles iraniennes dans le cadre de l’opération « Lion dressé », à laquelle l’Iran a répondu par l’opération « Promesse sincère 3 ». Parallèlement circulaient des publications, des tweets et des vidéos montrant des citoyens égyptiens soutenant les frappes de missiles de Téhéran sur Tel-Aviv et d’autres villes des territoires palestiniens occupés. Des utilisateurs saoudiens y ont vu une menace pour la souveraineté de leur pays et pour ses positions politiques, opposées aux actions iraniennes dans la région.
Nous avons d’abord recherché des mots-clés tels que « boycott du tourisme en Égypte », « boycott des produits égyptiens », « ne voyagez pas en Égypte » et « boycott des voyages en Égypte ». Nous avons trouvé environ sept hashtags différents associés à ces mots-clés, diffusés sur X, anciennement Twitter, la plateforme la plus utilisée pour les campagnes politiques et la coordination de discours d’incitation. Entre le 1er juin 2025 et la fin de la première semaine de juillet 2025, le plus diffusé était #الداخليه_المصريه_تهاجم_السعودية, qui associe l’Égypte et l’Arabie saoudite dans un contexte hostile : il a été utilisé 188 fois. Un ensemble de hashtags regroupés exprimant un appel au boycott ou visant à ternir l’image de l’Égypte, notamment #egypt_is_calling, #مصر et #مقاطعة, a été diffusé 74 fois. Des hashtags politiques et régionaux, ainsi que d’autres renforçant le discours d’incitation, comme #قافلة_الصمود et #قاطعوا_المنتجات_المصريه, ont été utilisés 22 fois. S’y ajoutaient #طرد_المصاريه_مطلب_السعوديين, « L’expulsion des Égyptiens est une revendication des Saoudiens », et #مقاطعة_المنتجات_المصرية, « Boycott des produits égyptiens », exprimant directement un discours de haine contre les Égyptiens et une incitation économique contre l’Égypte. De nombreux hashtags étaient combinés dans un même tweet, ce qui suggère l’utilisation d’outils de programmation ou de copie en masse. Les hashtags #سيادة_مصر_خط_أحمر, « La souveraineté de l’Égypte est une ligne rouge », et #السيسي_الزعيم_القوي, « Al-Sissi, le dirigeant fort », apparaissaient aussi dans des tweets répondant à la campagne ou s’y opposant.

Notre recherche préliminaire a montré que l’expression centrale de la campagne, « boycott du tourisme en Égypte », avait été reprise environ 361 fois. La campagne s’est ensuite élargie à l’économie, avec 79 occurrences de « boycott des produits égyptiens », parallèlement à un discours directement dirigé contre les voyages en Égypte : « ne voyagez pas en Égypte » a été repris cinq fois et « boycott des voyages en Égypte » une fois. Le nom de l’Égypte, pays ciblé par la campagne, est apparu 323 fois, le mot « boycott » 317 fois, « tourisme » 256 fois, « produits » 95 fois et « égyptienne » 70 fois. Cela traduit un discours d’incitation économique direct visant la réputation et les ressources de l’Égypte.

Les phrases d’incitation les plus marquantes et les plus répétées, les « Hit Sentences », sur X, parmi les tweets recueillis à l’aide de Meltwater, un outil d’analyse des données médiatiques et des contenus des réseaux sociaux, étaient les suivantes :
« Sache, Saoudien, qu’en boycottant le tourisme en Égypte, tu donneras une leçon à l’esclave et à son maître 😉👌🏻 », repris 179 fois, contenait un appel explicite adressé directement aux Saoudiens, dans des termes dégradants. La phrase « Nous voyons certaines voix arabes lancer des hashtags #boycott du tourisme en Égypte… tandis que les pays occidentaux sont en tête des campagnes de soutien » a été diffusée environ 68 fois. Elle était formulée pour susciter une mobilisation émotionnelle contre l’Égypte. Les phrases « Quelle honte, ils ont vendu Gaza pour des dollars… il faut boycotter le tourisme en Égypte parce qu’elle fait partie de l’État d’occupation », reprise 39 fois, et « Aux peuples arabes : si le peuple égyptien ne bouge pas, nous devons boycotter les produits égyptiens… », reprise 13 fois, établissaient un lien direct entre la position égyptienne sur Gaza et la caravane Al-Soumoud, d’une part, et la campagne incitant au boycott du tourisme et de l’économie égyptiens comme moyen de pression politique, d’autre part, en s’appuyant sur un discours religieux et politique chargé.
À l’inverse, un discours opposé à cette campagne est apparu, mais avec une visibilité et une diffusion plus faibles. La phrase « Il paraît qu’un pays arabe voulait lancer une campagne de boycott du tourisme en Égypte… La réponse est arrivée : l’Égypte vous appelle, Egypt is calling 🔥🇪🇬 » a été partagée environ sept fois.

L’infographie présente les mots-clés en bleu foncé, tels que « boycott », « égyptienne et notre incitation », « nous devons boycotter », « Gaza », « l’esclave et son maître », « ceux qui l’ont vendue » et « contre de l’argent ». Les hashtags apparaissent en bleu clair, notamment #الداخلية_المصرية_تهاجم_السعودية, #سياده_مصر_خط_احمر, #egypt_is_calling, #مقاطعة, #قاطعوا_المنتجات_المصريه et #قافلة_الصمود. Les personnes figurent en violet : Al-Sissi et Trump. Les lieux sont en orange : SA (Arabie saoudite), EG (Égypte), KW (Koweït), AE (Émirats arabes unis), Gaza et Égypte. Le brun renvoie aux émojis, tels que 👌, 🔥 et 😏.
Notre analyse du contenu diffusé a montré que la répétition de « boycott du tourisme en Égypte » dans près de 80 % des tweets indiquait un message unifié et organisé. La présence de mots-clés proches suggérait l’utilisation de plusieurs formulations de propagande dans le même but, afin d’éviter les blocages ou d’élargir l’audience. Nous avons observé une structure de propagande organisée dans ce discours : répétition de mots et de phrases précis, hashtags visant simultanément l’incitation économique, politique et religieuse, et emploi intensif et répété des mêmes termes et hashtags. Cela indique une activité non aléatoire, proche d’une campagne numérique organisée.
La répétition des mêmes phrases suggère une large republication d’un contenu identique par différents comptes ou par des comptes organisés, avec une sorte de « texte commun » copié-collé dans une campagne numérique. Celle-ci repose sur des phrases d’incitation courtes, faciles à diffuser, formulées dans un langage émotionnel et sarcastique. Elles comportent un discours de dénigrement politique, comme « l’esclave et son maître », une mobilisation populaire, avec des formules telles que « si le peuple égyptien ne bouge pas… », et un lien avec la cause palestinienne à travers les mots « Gaza » et « occupation ». Certains tweets étaient accompagnés de liens ou de références à des contenus supprimés ou à des comptes disparus, ce qui pourrait indiquer une coordination numérique intense dont les éléments ont ensuite été supprimés par X.
Comment la campagne a-t-elle commencé ?
L’Arabie saoudite a été le principal point de départ et d’amplification de la campagne, soit par l’intermédiaire de comptes réels exprimant une colère coordonnée, soit au moyen d’un réseau de comptes automatisés ou loués visant l’opinion publique saoudienne. Elle représentait la plus grande part de l’origine géographique des contenus de la campagne, avec 86 localisations sur 142, soit environ 76 %. D’autres pays comptaient cinq participations, apportant un soutien marginal ou intervenant peut-être par des comptes utilisant des VPN. Les plus grandes villes du royaume figuraient en tête de l’activité : Riyad comptait 15 tweets, Djeddah 10 et La Mecque trois, auxquels s’ajoutaient d’autres villes saoudiennes et du Golfe, comme Jizan, Dammam, Al-Khobar et Arar. En Égypte, Le Caire comptait 12 participations et Alexandrie trois.
L’Arabie saoudite arrivait en tête de la répartition géographique des pays des comptes participant à la campagne, avec 86 participations. L’Égypte suivait avec 34, puis l’Algérie, les États-Unis et Oman avec cinq chacun, le Maroc et les Émirats arabes unis avec quatre chacun, le Koweït avec trois et les territoires palestiniens avec deux. Douze autres pays comptaient une participation chacun. Si l’Arabie saoudite était la principale source du discours, la participation notable de l’Égypte pourrait s’expliquer par les republications, ou retweets. Les contributions de pays comme l’Algérie, le Maroc et la Palestine indiquent une extension arabe limitée de la campagne. Celles des États-Unis, de la Chine et du Brésil pourraient être liées à des comptes d’expatriés ou à des utilisateurs de VPN.
| Pays | Participations |
|---|---|
| Arabie saoudite | 86 |
| Égypte | 34 |
| Algérie | 5 |
| Oman | 5 |
| États-Unis | 5 |
| Émirats arabes unis | 4 |
| Maroc | 4 |
| Koweït | 3 |
| Territoires palestiniens | 2 |
| Belgique | 1 |
La formulation « Sache, Saoudien… tu donneras une leçon à l’esclave et à son maître » montre que le principal destinataire de la campagne était le citoyen saoudien. Le hashtag central #الداخلية_المصرية_تهاجم_السعودية, utilisé 188 fois, traduit également la tentative de la campagne de susciter un sentiment national saoudien dirigé contre l’Égypte.
L’explosion temporelle de la campagne
Nous avons recensé 455 tweets dans une campagne numérique incitant au boycott du tourisme et des voyages en Égypte, entre le 2 juin et le 6 juillet 2025, avec une concentration nette de l’activité durant la seconde moitié de juin. Le 12 juin, le nombre de tweets atteignait 58 ; le 13 juin, il était de 32 ; le 22 juin, 80 tweets étaient recensés ; le 23 juin, leur nombre s’élevait à 112, avant de redescendre à 65 le 27 juin.
Nous avons observé quatre vagues d’activité en juin, avec un pic marqué le 23 juin. Après le 30 juin, l’activité a fortement chuté : en juillet, elle ne dépassait pas un à trois tweets par jour, ce qui indique une campagne temporaire et ciblée dans le temps.
Le nombre total de publications, ou « Mentions », durant cette période était de 455, tandis que la portée totale, ou « Reach », atteignait environ 10 163 358 vues. Le 23 juin 2025 enregistrait le plus grand nombre de publications en une journée, avec 112 messages. La portée quotidienne maximale a été atteinte le 25 juin 2025, avec 9 185 669 vues, bien que ce jour n’ait pas été celui du plus grand nombre de publications. La moyenne quotidienne était d’environ 12,64 publications et 282 315 vues. Malgré une moyenne relativement faible, inférieure à 13 publications par jour, la portée totale était très élevée, ce qui indique que certaines publications ont été largement diffusées. L’écart entre le pic du nombre de publications, le 23 juin, et le pic de portée, le 25 juin, suggère un effet d’amplification ou une diffusion ultérieure, peut-être par des retweets ou le partage de contenus influents plusieurs jours après leur publication.


Nous avons constaté que la portée, c’est-à-dire le nombre de comptes ayant vu ce discours, connaissait de fortes hausses certains jours, même lorsque le nombre de publications était faible. Cela indique que certaines publications ont suscité beaucoup d’interactions ou ont été retweetées par des comptes influents, amplifiant leur effet. La portée n’est pas toujours proportionnelle au nombre de publications, ce qui suggère que les caractéristiques des comptes, notamment ceux comptant beaucoup d’abonnés, ont joué un rôle plus important que le volume. Les pics de portée ne s’accompagnaient pas nécessairement d’une hausse des publications, soulignant l’effet des tweets très largement diffusés plutôt que celui des campagnes de masse.
Les caractéristiques de cette explosion temporelle montrent que la concentration du discours sur une courte période suggère une campagne orientée et planifiée à l’avance. Son association avec des termes d’incitation et des enjeux politiques indique l’exploitation d’un événement politique ou sécuritaire comme prétexte à la campagne numérique. Le recul rapide après le pic pourrait s’expliquer par le fait qu’elle avait atteint ses objectifs ou qu’elle avait été contrée et étouffée.
La prédominance d’un discours négatif et incitatif
Les comptes les plus actifs dans la campagne étaient @7rrgr, avec 21 tweets, puis @bertrandgallag2, avec 13 tweets, suivi de @wmessili, avec cinq tweets, de @9rrgr, avec environ quatre tweets, et de @ali22sh, avec trois. Nous avons remarqué que @7rrgr et @9rrgr partageaient une structure de nom similaire, suggérant un lien entre eux, sous la forme de comptes dupliqués ou relevant de la même entité. Les comptes les plus actifs n’étaient pas connus du grand public, ce qui étaye l’hypothèse de comptes spécialement mobilisés pour cette campagne. Un petit nombre de comptes a produit la majeure partie du contenu, signe d’une coordination numérique manifeste ou d’une activité non organique.
L’analyse des sentiments de ces tweets a montré qu’environ 322 étaient négatifs, soit 70,8 % du total, contre 126 neutres, soit 27,7 %, et seulement sept positifs, soit 1,5 %. Le fait que l’immense majorité exprimait clairement des sentiments négatifs traduit une forte dimension d’incitation. Le contenu positif presque inexistant suggère aussi l’absence de défense ou de contrepoids discursif sur X pendant la campagne.
| Sentiment | Part (%) |
|---|---|
| Positif | 1,5 |
| Non évalué | 0 |
| Neutre | 27,7 |
| Négatif | 70,8 |
La très grande majorité des tweets exprimaient des sentiments négatifs envers l’Égypte, que ce soit par des appels directs au boycott, la diffusion d’accusations ou de critiques politiques ou morales, ou l’emploi d’un discours sarcastique ou hostile. Ce niveau élevé de négativité indique le caractère hostile et orienté de la campagne. Près d’un quart des tweets étaient neutres : republication de contenus sans commentaire, questions sans prise de position claire, partage d’informations ou de liens pouvant être interprétés selon l’orientation du lecteur. Un nombre très limité de tweets exprimaient des sentiments positifs, seulement sept sur 455. Cela indique une quasi-absence de défense du tourisme ou des produits égyptiens, ainsi que la faiblesse du contre-discours ou des interactions favorables à l’Égypte dans ce contexte.
L’analyse de l’activité générale des 393 comptes a montré une moyenne totale d’environ 1,13 tweet par compte. Le maximum était de 21 tweets, publiés par un seul compte. La plupart des comptes, soit 75 %, n’avaient publié qu’un tweet ou moins, ce qui indique une concentration de l’activité sur un petit nombre d’entre eux.
Les tweets négatifs constituaient la plus grande part de l’échantillon, avec une moyenne de 0,80 tweet négatif par compte et un maximum de 21. Les tweets positifs étaient presque inexistants : leur moyenne était de seulement 0,012 par compte, et l’immense majorité des utilisateurs, plus de 95 %, n’avaient publié aucun contenu positif.
L’analyse de la similarité entre les comptes, effectuée avec Python, a montré que seuls dix comptes sur 393 disposaient de données de similarité. Nous avons également trouvé trois comptes présentant une similitude totale, à 100 %, avec d’autres comptes, avec une moyenne et une médiane de similarité égales à 1,0. Cela suggère qu’ils sont soit dupliqués, c’est-à-dire clonés, soit qu’ils publient exactement le même contenu. Les autres comptes présentaient des taux de similarité variables, allant de 4 % à près de 98 %. L’écart-type était très faible pour la majorité d’entre eux, ce qui indique un contenu très similaire à celui d’un petit nombre d’autres comptes. Certains pourraient ainsi appartenir à un réseau coordonnant les contenus ou être gérés depuis une même source, en particulier ceux présentant une similarité totale ou presque totale.
L’analyse des données indique également que le discours incitant au boycott n’a pas suivi une progression ou un recul constants. Il a connu des fluctuations nettes sur les soixante jours, avec des phases d’activité soudaines et des hausses temporaires du nombre de publications comme du nombre de comptes atteints. L’activité négative a culminé en juin 2025, mois durant lequel environ 99 % des tweets négatifs ont été enregistrés, avant une forte baisse en juillet 2025. Cela indique un arrêt soudain ou un affaiblissement de la campagne, qui pourrait avoir été saisonnière, ciblée ou de courte durée, ou avoir pris fin après son apogée, une fois l’effet recherché obtenu ou à la suite d’une intervention de modération.
Pourquoi cette campagne numérique d’incitation s’est-elle embrasée ?
Au cours des recherches et de la collecte de données sur le discours numérique appelant au boycott des produits égyptiens et du tourisme en Égypte, Zawia3 a observé un lien entre ces appels et le hashtag #الداخليه_المصريه_تهاجم_السعودية. Ce dernier a été actif sur les réseaux sociaux, particulièrement X, du 22 au 24 juin 2025, en lien avec une controverse autour d’accusations selon lesquelles le ministère égyptien de l’Intérieur attaquait l’Arabie saoudite ou soutenait des attaques contre elle.
Le hashtag est apparu après que des utilisateurs saoudiens de X ont affirmé qu’un officier égyptien nommé Ahmed Magdy avait reconnu que le ministère de l’Intérieur avait donné son feu vert à des attaques contre l’Arabie saoudite. Aucun élément officiel étayant ces accusations n’a toutefois été révélé, ce qui suggère qu’elles reposaient sur des récits non documentés.

L’examen des publications X utilisant ce hashtag, au moyen de la fonction de recherche approfondie de Grok, assistant fondé sur l’intelligence artificielle développé par xAI, montre que des comptes comme @missdior456, @qrnas_ksa4 et @SOBHI_TR ont formulé des accusations directes contre le ministère égyptien de l’Intérieur. @missdior456 a affirmé que le ministère diffusait des rumeurs sur l’Arabie saoudite ; @qrnas_ksa4 a accusé un officier nommé Ahmed Magdy d’avoir reconnu que les attaques verbales contre l’Arabie saoudite avaient reçu l’aval du ministre de l’Intérieur Mahmoud Tawfik. @BoJamman99 a exprimé une solidarité claire avec l’Arabie saoudite, considérant qu’une attaque contre elle était aussi une attaque contre le Koweït, tandis que @Tareq_ALbnnan employait des expressions insultantes et virulentes.
Le 22 juin 2025, @Tareq_ALbnnan a publié un message accusant l’Égypte et utilisant une image offensante. Il a enregistré 358 201 vues. Le même jour, @qrnas_ksa4 a publié un message affirmant qu’un officier nommé Ahmed Magdy avait reconnu l’approbation du ministère égyptien de l’Intérieur aux attaques verbales contre l’Arabie saoudite ; ce message a atteint 276 607 vues. Dans une publication vue 152 636 fois, @BoJamman99 a exprimé son soutien à l’Arabie saoudite et considéré que l’attaque la visant touchait également le Koweït. Une publication de @hayaMOdhaib, affirmant que l’affaire ne passerait pas inaperçue et appelant au respect des États, a enregistré environ 91 039 vues. Le 23 juin 2025, @alshagiri a publié un tweet se moquant d’une personnalité liée au ministère égyptien de l’Intérieur, qui a recueilli 222 849 vues.
Les éléments numériques montrent que @Tareq_ALbnnan a été le premier compte à utiliser le hashtag #الداخليه_المصريه_تهاجم_السعودية, d’après les recherches dans les publications X. Le message le plus ancien remonte au 22 juin 2025, à 17 h 01. L’examen du compte ne fournit aucun élément établissant son authenticité. Il semble plutôt s’agir d’un faux compte utilisé à des fins de propagande politique dans les campagnes numériques menées par les « mouches électroniques » en Arabie saoudite.
Les indices d’une campagne numérique organisée
À l’aide du langage de programmation Python, utilisé pour le développement web, l’analyse des données, l’intelligence artificielle et l’automatisation des tâches, nous avons identifié quatre vagues successives de la campagne sur 18 jours, avec un pic marqué le 23 juin, puis une quasi-extinction après le 30 juin. Cela suggère une fenêtre de lancement définie à l’avance, suivie de l’arrêt de la promotion, un comportement caractéristique des campagnes numériques payantes. Nous avons constaté que les sentiments exprimés par les contenus étaient négatifs à 70 %, contre seulement 1,5 % de positifs. Ce fort biais négatif indique un discours orienté. La répétition de contenus, telle la phrase « Sache, Saoudien… », publiée mot pour mot 179 fois, reflète aussi l’utilisation du copier-coller collectif ou de logiciels de programmation. Nous avons en outre repéré des comptes clonés, ou bots, ou gérés de manière centralisée, comme @7rrgr et @9rrg, publiant des tweets identiques à 100 %.
L’utilisation coordonnée de hashtags comme #الداخلية_المصرية_تهاجم_السعودية avec ceux appelant au boycott du tourisme et des produits égyptiens s’inscrivait dans un cadre narratif commun reliant l’Égypte et l’Arabie saoudite pour mobiliser un public précis. Nous avons constaté des similitudes linguistiques dans les contenus de la campagne : les termes « boycott du tourisme », « ils l’ont vendue » et « l’esclave et son maître » se répétaient dans 80 % des tweets, suggérant une programmation discursive unifiée. Alors que seuls 455 tweets ont été publiés durant cette campagne, sa portée a soudainement dépassé neuf millions le 25 juin, ce qui laisse supposer que des comptes à forte influence ont relancé la diffusion de contenus préparés à l’avance.
Nous avons également relevé quatre indicateurs techniques supplémentaires de comportement non authentique dans les contenus de cette campagne numérique : des blocs de hashtags et un mélange de langues dans un même tweet, indice de l’utilisation d’outils de publication en masse ; la suppression ultérieure de certains liens et comptes, pratique courante après des campagnes numériques coordonnées pour réduire les traces ; et une similarité entre comptes égale à 1,0 dans les fichiers de comparaison, correspondant à la définition des comptes automatisés donnée par X.
En définitive, l’ensemble des indicateurs numériques et des contenus montre que la campagne observée du 12 au 27 juin 2025 n’était pas une réaction spontanée. Il s’agissait d’une campagne numérique organisée et de courte durée, lancée par des comptes situés en Arabie saoudite et concentrée dans la seconde moitié de juin 2025. Elle visait à ternir la réputation du tourisme et des produits égyptiens au moyen d’un discours négatif, répétitif et similaire, soutenu par des comptes présentant une forte similitude et par des hashtags d’incitation communs.
Cette enquête a été réalisée avec le soutien de la communauté arabe de vérification des faits (AFH).
