Changements environnementaux ou pollution ? La mortalité massive des poissons dans les fermes du lac Manzala et du triangle d’El-Diba inflige de lourdes pertes aux exploitants

Dans le lac Manzala, des mortalités massives de poissons ruinent les éleveurs. Pollution et transformations du lac sont en question.
Illustration éditoriale de la mortalité des poissons dans les fermes du lac Manzala.

Basant Noor El-Din

Dans la première moitié du mois d’août, pêcheurs et habitants ont constaté des mortalités de poissons et une raréfaction des prises dans le lac Manzala. Une vingtaine de jours plus tard, le phénomène a touché les fermes piscicoles qui bordent le lac : le 25 août, des poissons sont morts en masse après l’entrée d’eau du lac dans les bassins des exploitations de Chatta, à la limite entre Damiette et Port-Saïd, notamment celle d’Ahmed Hani.

Au départ, l’eau semblait normale, sans changement manifeste de couleur ni d’odeur. Mais ses effets sur les poissons différaient de tout ce que les éleveurs avaient observé les années précédentes. Habituellement, les poissons donnaient des signes progressifs de dégradation de l’eau : quelques morts et certains individus remontant à la surface. Ces derniers jours, au contraire, ils sont morts brutalement dans l’eau et au fond des bassins.

Les pertes ont rapidement touché la plupart des exploitations du secteur. Ahmed Hani évalue celles de sa seule ferme à environ 3 millions de livres égyptiennes : un bassin a perdu presque toutes ses daurades et ses maigres, et deux autres bassins de crevettes ont été touchés à des degrés divers. Il indique qu’un exploitant voisin a perdu environ 15 millions de livres après la mort de quelque 17 à 18 tonnes de poissons ; les équipements utilisés pour faire fonctionner son exploitation coûtaient environ 1,2 million de livres.

Il explique à Zawia3 : « Les fermes du secteur produisent plusieurs espèces : daurades, bars, mulets, maigres et crevettes. Les daurades ont toutefois été les plus touchées. La saison dernière, nous avons obtenu une bonne production de crevettes, contrairement à cette saison, marquée par de lourdes pertes. Les exploitants doivent payer les loyers des terres, qui atteignent environ 11 000 livres par feddan et par an, en plus du carburant, des aliments, des équipements et de leur entretien. »

La mort des poissons n’est pas la seule perte des exploitants. Ils supportent aussi des dépenses supplémentaires pour tenter de sauver les survivants, en particulier pour faire fonctionner les équipements d’oxygénation. En temps normal, le carburant nécessaire à la ferme d’Ahmed coûtait environ 150 000 livres par mois. Cette dépense a doublé avec la hausse de la consommation due au fonctionnement continu des machines pour maintenir les poissons en vie.

Malgré l’utilisation intensive des équipements d’aération, les poissons continuaient de mourir chez Ahmed, ce qui soulève des questions sur l’hypothèse d’un manque d’oxygène. À la mi-septembre, il a observé que l’eau provenant du lac Manzala devenait soudainement blanche. Le phénomène a persisté jusqu’au 16 septembre, avant que des vents et de forts courants, les 17 et 18 septembre, ne brassent l’eau et ne lui rendent sa couleur normale, selon son récit.

« L’eau n’avait pas nécessairement d’odeur forte ni de signes visibles de pollution, mais elle affectait les poissons dès son entrée dans les bassins. Nous attendons une intervention officielle des autorités compétentes pour examiner l’eau et publier les résultats des analyses, afin de comprendre l’origine des pertes qui ont touché une vaste zone », dit-il.

Face à ces pertes catastrophiques, la plupart des exploitants récupéraient ce qu’ils pouvaient peu après la mort des poissons et les vendaient à bas prix pour la fabrication de poisson salé. Ils éliminaient les quantités restées au fond des bassins, qui remontaient plus tard après s’être décomposées. Ahmed précise que les fermes connaissaient parfois des dizaines ou des centaines de morts en juillet, août et septembre. Mais récemment, des bassins entiers se sont vidés de leurs poissons vivants en quelques heures.

Photographie montrant les poissons rassemblés dans la ferme après leur mort.
Photographie montrant les poissons rassemblés dans la ferme après leur mort.

Durant la première semaine de septembre, Magdi El-Sayed a été stupéfait de voir remonter du fond à la surface les daurades et les bars qu’il élevait depuis deux ans dans sa ferme bordant le lac Manzala, dans le triangle d’El-Diba, situé à l’ouest de Port-Saïd et de Damiette. Pensant que le manque d’oxygène en était la cause, il a pompé de l’eau neuve du lac dans le bassin.

Sa tentative pour sauver les poissons a échoué : ils étaient déjà morts et reposaient au fond du bassin, avant de commencer à flotter à la tombée du soir. Avec l’aide de son fils, il les a rapidement retirés de l’eau et déposés sur la digue, de peur que leur maintien dans le bassin n’aggrave encore la qualité de l’eau.

Les pertes se sont vite étendues aux autres bassins : de grosses crevettes ainsi que des mulets à grosse tête et des mulets à lèvre fine sont morts en quantité. Lorsque la fille de Magdi est entrée dans l’eau avec lui pour l’aider à ramasser les poissons morts, les parties de sa peau en contact avec l’eau ont enflé et présenté une réaction allergique douloureuse. Son père a dû l’emmener à l’hôpital d’Ezbet El-Borg, où elle a reçu des perfusions et des injections. Les médecins ont expliqué à la famille que cette réaction était due à un type de bactérie résultant d’une pollution de l’eau.

Pendant plus d’une semaine, des tonnes de poissons ont continué de mourir en masse dans son exploitation et celles de ses voisins du triangle d’El-Diba et du nord du lac, sans explication convaincante des autorités concernées. Il raconte avoir signalé les faits à l’organisme Mostaqbal Misr, chargé de la gestion et de l’exploitation du lac Manzala depuis la fin de 2024 et bailleur de ces fermes piscicoles. La réponse reçue lui demandait de se débarrasser des poissons morts pour éviter un procès-verbal pour infraction environnementale.

Il confie à Zawia3 : « La mort des poissons m’a causé plus de 300 000 livres de pertes. J’ai dû m’endetter et chercher d’autres sources de revenus pour financer le prochain mariage de ma fille, honorer les engagements financiers de l’exploitation et verser quelque 35 000 livres, soit l’échéance semestrielle du loyer des dix feddans que je loue. »

Il précise que les pertes ne se limitent pas à la valeur des poissons morts : elles comprennent aussi l’élevage, les aliments, le carburant et les loyers. Ceux-ci sont passés d’environ 2 000 à quelque 6 000 livres par feddan, auxquels s’ajoutent, selon lui, 500 livres par feddan pour le fonds Tahya Misr et une autre contribution d’aide. Au total, il affirme verser environ 7 000 livres par feddan.

Heureusement, quelques mulets à grosse tête, mulets à lèvre fine et crevettes ont survécu dans la ferme de Magdi. Il s’efforce de les sauver tout au long de la journée en faisant fonctionner les pompes pour augmenter l’oxygène dans l’eau. Cela lui coûte toutefois jusqu’à environ 800 livres de carburant par jour pour deux machines, sans compter les aliments, dont la tonne coûte quelque 28 000 livres.

Les exploitants touchés, dont Magdi, se souviennent d’une dégradation de la qualité de l’eau et de l’apparition de traces vertes, qu’ils attribuent probablement à des algues consommant l’oxygène de l’eau et pouvant ainsi asphyxier les poissons. Mais le fonctionnement des pompes à oxygène à pleine capacité leur fait écarter cette hypothèse. Ils soupçonnent donc plutôt des rejets d’une usine pétrochimique, ou l’arrivée dans le lac d’eau douce chargée de polluants ou de bactéries nocives.

Poissons morts flottant à la surface de l’eau dans une ferme du lac Manzala.
Poissons morts flottant à la surface de l’eau dans une ferme du lac Manzala.

Le lac Manzala se situe au nord-est du delta du Nil. Sa superficie est d’environ 404,69 kilomètres carrés, pour une profondeur moyenne de 1,15 mètre. Il s’étend sur trois gouvernorats : Port-Saïd, Dakahlia et Damiette. Il borde le canal de Suez à l’est, le bras de Damiette à l’ouest et la mer Méditerranée au nord.

Le lac Manzala reçoit l’eau de plusieurs sources principales : les anciennes et nouvelles passes d’El-Gamil et la passe d’El-Diba, appelée localement El-Saffara, ainsi que les canaux El-Ratma et El-Saffara. Des eaux de différentes natures y arrivent : certaines salées provenant du bras de Damiette, d’autres douces ou saumâtres.

Les eaux de drainage comptent parmi les principales sources d’alimentation du lac. Elles proviennent notamment de quatre drains : Bahr El-Baqar, principale source de pollution du lac par les eaux usées domestiques ; El-Serw, drain agricole situé dans le gouvernorat de Damiette ; Hadous, qui sépare les gouvernorats de Charqia et de Dakahlia ; et Ramsès, situé dans celui de Dakahlia.

Des taux de mortalité sans précédent

Ces dernières années, l’État a accru la location de surfaces du lac Manzala destinées à la pisciculture : environ 4 000 feddans dans le secteur d’El-Gamil, 2 600 dans celui de Qaar Bahr, au sud de Port-Saïd, et 1 800 dans celui d’El-Khandaq, ainsi que d’autres surfaces à El-Agiba. Cela a réduit les espaces disponibles pour la pêche libre, selon El-Sayed Aslan, pêcheur de Port-Saïd.

Chaque année en août et septembre, les pêcheurs étaient habitués à des mortalités limitées dues à la hausse des températures, à la baisse du niveau de l’eau, à sa faible circulation et à une pollution modérée. Mais cette saison, la mortalité a fortement augmenté. Des pêcheurs, dont El-Sayed, estiment que la poursuite des arrivées d’eau des drains Bahr El-Baqar et « Silinmar » a accru la concentration des polluants et dégradé le milieu aquatique.

Il explique à Zawia3 : « Ces derniers temps, l’eau du lac change de couleur : elle devient blanche lorsque les niveaux d’oxygène diminuent ou que la pollution augmente. Si cette situation dure davantage, l’eau devient rouge. Pour les pêcheurs, c’est le signe d’une dégradation très avancée de l’eau et de la mort des poissons. »

Il souligne que les mortalités liées à la dégradation de l’eau ne sont pas un phénomène entièrement nouveau dans le lac Manzala, mais que leur ampleur cette saison dépasse largement celle des années précédentes. Il évalue les dommages habituels à environ 10 % par an, contre quelque 70 à 80 % cette année, selon son estimation.

Il indique que les poissons morts dans les exploitations peuvent être vendus à bas prix à des fabricants ou commerçants de poisson salé, au lieu du prix habituel des poissons vivants. Le kilo de daurade vivante coûte ainsi environ 300 livres, tandis qu’un poisson mort récemment peut être vendu beaucoup moins cher pour être préparé et salé. Il estime que le prix atteint parfois environ 50 livres le kilo.

Poissons morts rassemblés sur la rive d’une ferme du lac Manzala.
Poissons morts rassemblés sur la rive d’une ferme du lac Manzala.

Dans des déclarations aux médias en août de l’année dernière, Salah Moselhi, président de l’Autorité de protection et de développement des lacs et des ressources halieutiques, avait lié la mortalité des poissons à la hausse des températures et au manque d’oxygène. Il recommandait aux éleveurs de réduire les densités d’élevage et les quantités d’aliments lors des fortes chaleurs. Il annonçait aussi des missions vétérinaires pour suivre l’état des poissons et traiter les problèmes de santé liés au stress thermique.

Selon Marwan Mohamed, propriétaire d’une ferme piscicole au bord du lac, certains propriétaires influents de terres agricoles ont fermé, à l’aide de conduites et de vannes, le canal ou drain d’El-Anania, l’un des importants cours d’eau reliant le bras de Damiette, issu du Nil, au lac Manzala. Cette fermeture a empêché l’eau douce du canal El-Salam d’atteindre le lac et les fermes voisines, dégradant la qualité de l’eau et augmentant fortement sa salinité.

Marwan exploite une ferme de 16 feddans loués, comptant sept à huit bassins. Ces dernières semaines, des poissons sont morts dans près de la moitié de ses bassins. L’un d’eux a perdu l’intégralité de ses daurades, maigres et mulets, d’une valeur estimée à environ 800 000 livres, explique-t-il à Zawia3. Il précise que les mortalités habituellement observées chaque année sont sans comparaison avec celles de cette année.

Marwan estime que les autorités concernées n’ont pas suffisamment agi pour vérifier les causes des mortalités ou analyser l’eau, ni apporté une réponse à la mesure des pertes subies. Il faisait notamment partie d’une délégation d’exploitants ayant apporté des poissons morts à l’Autorité des ressources halieutiques. Selon lui, ils ont fait l’objet de procédures et de procès-verbaux au lieu d’obtenir un soutien ou une explication.

Il ajoute : « Le loyer du feddan est passé d’environ 3 000 à 13 000 livres cette année. Les exploitants qui ne peuvent plus payer à cause de la mort des poissons risquent de perdre les terres. Même la pêche dans le lac Manzala est devenue plus difficile : certains pêcheurs ont vu leurs bateaux confisqués, car obtenir les autorisations pour les moteurs des bateaux et des felouques nécessite environ 25 000 livres. »

Photographies montrant des amas de poissons morts dans une ferme du lac Manzala.
Photographies montrant des amas de poissons morts dans une ferme du lac Manzala.

La production de poissons du lac Manzala est estimée à environ 50 000 tonnes par an, soit près de 48 % de la production totale des lacs naturels d’Égypte. Le lac constitue également un habitat important pour les oiseaux migrateurs et abrite de nombreuses espèces : tilapias, poissons de la famille des mulets, poissons-chats bayad, carpes herbivores, crevettes et crabes.

Depuis des années, sa superficie diminue toutefois sous l’effet de l’érosion, du dragage et de l’assèchement des sols. S’y ajoute la pollution due aux rejets d’eaux usées domestiques, industrielles et agricoles. La prolifération de plantes aquatiques, comme la jacinthe d’eau et les roseaux, entrave aussi la circulation de l’eau dans le lac et affecte ses ressources halieutiques.

L’aménagement et la transformation du milieu du lac

Cette année, les taux de mortalité dans les fermes piscicoles de Damiette et du triangle d’El-Diba ont fortement dépassé ceux habituellement observés à la même période, avec la hausse des températures et la diminution de l’oxygène dans l’eau. Ces conditions nuisent aux poissons, notamment en présence d’algues qui consomment l’oxygène. Zakaria Ragab, membre du comité consultatif des ressources halieutiques chargé des pêcheries et des lacs, y voit un lien avec les problèmes chroniques des canaux séparant les fermes : ils ne sont pas curés régulièrement comme nécessaire, et certaines portions sont fermées, ce qui perturbe la circulation de l’eau.

Il explique à Zawia3 : « Les mortalités sont saisonnières dans le lac et les exploitations. Mais cette année, les poissons sont morts soudainement en masse : ils sont remontés à la surface et sont morts presque au même moment, au lieu de mourir progressivement. Sans compter la forte augmentation des quantités de poissons morts. »

Le membre du comité consultatif ajoute qu’une partie des poissons morts pour des raisons pathologiques ou environnementales sont salés et vendus aux consommateurs, alors qu’ils devraient être éliminés et écartés de la consommation humaine. Il appelle donc à une intervention et à des contrôles.

Il estime nécessaire d’élargir et de curer les canaux entre les fermes et de préserver la circulation de l’eau. Le système de circulation entre exploitations constitue, selon lui, un problème supplémentaire : une ferme peut utiliser l’eau puis la rejeter dans le même canal, où une autre vient la prélever, entraînant une accumulation des polluants et leur transfert d’une exploitation à l’autre.

Il relève que les éleveurs ne respectent pas les recommandations scientifiques préconisant de ramasser les poissons morts dans les exploitations, de les enterrer dans des fosses et de les recouvrir de chaux vive pour éviter la propagation des maladies entre bassins. Il ajoute que les oiseaux, chats et chiens présents sur les sites se nourrissent des poissons morts, puis que leurs déjections atteignent d’autres bassins et fermes, pouvant ainsi transmettre des infections.

Il explique que la multiplication des fermetures de canaux et de zones en eau, et la conversion de la majeure partie de leurs surfaces en fermes piscicoles, ont fortement réduit les espaces ouverts à la pêche libre. Il souligne la nécessité d’une gestion équilibrée du lac et appelle Mostaqbal Misr, chargé de sa gestion et de son exploitation, à ne pas se contenter de percevoir les loyers sans améliorer l’état du lac, soutenir les pêcheurs et les exploitants ni rechercher les causes des mortalités.

Selon Moati Qachta, directeur de recherche émérite au Centre de recherche agricole, la dégradation de l’eau du lac Manzala et la mort des poissons sont liées aux transformations du lac lors de son aménagement. Ses eaux allaient auparavant de douces à mélangées. De vastes zones étaient couvertes de roseaux, de papyrus et de certaines plantes immergées, qui jouaient un rôle essentiel dans l’épuration naturelle en produisant de l’oxygène par photosynthèse. Des bactéries bénéfiques du milieu aquatique oxydaient aussi certaines substances et certains polluants issus des drains agricoles et des eaux usées domestiques, limitant ainsi leur accumulation.

Le chercheur émérite explique que les travaux d’aménagement, l’élimination des plantes aquatiques et l’ouverture des passes à de plus grandes quantités d’eau salée ont porté la salinité à plus de dix fois son niveau antérieur. Les plantes qui assuraient l’épuration naturelle ont alors disparu. Les polluants provenant des drains se sont accumulés dans le lac et les niveaux d’ammoniac ont augmenté, créant des conditions favorables au développement de microalgues qui consomment l’oxygène pendant la nuit et provoquent l’asphyxie puis la mort des poissons.

Il déclare à Zawia3 : « L’absence de mortalité des poissons dans les secteurs peu salés du lac ou dans les drains est liée à l’oxydation de l’ammoniac par des bactéries comme Nitrobacter et Azotobacter. En revanche, la transformation du milieu du lac a provoqué le phénomène de mortalité. » Il qualifie les pertes de catastrophiques.

Il propose de réguler de nouveau l’entrée d’eau salée dans le lac en installant des vannes pour en contrôler les volumes, plutôt que de la laisser affluer en grandes quantités. Cela permettrait d’accroître la part d’eau douce ou moins salée et pourrait favoriser le retour des plantes aquatiques qui contribuaient à l’épuration naturelle, alors que les eaux de drainage agricole et celles du drain Bahr El-Baqar continuent d’entrer dans le lac.

En 2025, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi avait annoncé un plan de réhabilitation du lac Manzala pour accroître sa production de poissons, en soulignant l’importance de préserver l’écosystème des lacs. Il avait évoqué la possibilité d’une interdiction saisonnière de la pêche dans les lacs Bardawil, Manzala et Nasser, afin de laisser au milieu biologique le temps de se développer. Il avait demandé à la police des voies navigables et aux autorités compétentes d’appliquer les interdictions pendant les périodes fixées.

Le gouvernement égyptien avait auparavant lancé le projet national de curage et d’aménagement du lac Manzala, sous la supervision de l’Autorité du génie des forces armées et avec la participation des gouvernorats de Damiette, Dakahlia et Port-Saïd. Prévu en trois phases, son coût total atteignait 960 millions de livres.

Le curage vise à faire du lac une source majeure de ressources halieutiques pour l’Égypte, par l’élimination des empiètements et des déchets, l’aménagement du plan d’eau, la création de canaux radiaux pour améliorer la circulation de l’eau, ainsi que de débarcadères modèles et l’aménagement des zones voisines. Celles-ci comprennent El-Qazzaqat et la lagune occidentale, destinées à rejoindre les zones de pêche maritime. Le projet prévoit aussi des stations d’épuration des eaux usées avant leur rejet dans le lac, en vue d’une utilisation ultérieure en agriculture.

Plus tôt, le ministère d’État chargé de l’Environnement avait réalisé un projet d’épuration biologique du lac Manzala, avec le ministère de l’Irrigation, le Fonds pour l’environnement mondial et le Programme des Nations unies pour le développement, pendant le mandat de Maged George à l’Environnement. Couvrant 200 feddans, pour un coût de 4,9 millions de dollars, le projet devait traiter chaque jour 25 000 mètres cubes d’eau du drain Bahr El-Baqar avant leur rejet dans le lac, grâce à une technologie peu coûteuse et respectueuse de l’environnement.

Enquêter sur les causes des mortalités

Dans le même contexte, le député Diaa El-Din Daoud affirme avoir contacté l’Agence égyptienne des affaires environnementales pour constituer des commissions scientifiques et de recherche chargées d’examiner les causes des mortalités et de suivre la crise. Il indique que l’hypothèse de rejets de substances chimiques par certaines usines de Port-Saïd dans le lac Manzala est à l’étude. Les mouvements de l’eau auraient pu les pousser vers les fermes et provoquer la mort des poissons. Il estime donc nécessaire de retracer l’origine de la pollution, son parcours et son lien direct avec les dommages subis.

Il déclare à Zawia3 : « Si une usine a provoqué la pollution, que les mouvements de l’eau l’ont transportée vers les fermes et qu’elle a entraîné la mort des poissons, cette usine doit indemniser les exploitants touchés. L’article 163 du Code civil dispose en effet que toute faute ayant causé un dommage à autrui oblige son auteur à réparation. »

Il souligne toutefois que le lien entre les mortalités et une pollution provenant d’usines chimiques du secteur de Port-Saïd, ainsi que d’installations pétrolières de la zone du champ de Zohr, reste une hypothèse à vérifier. Il nécessite une enquête et des examens scientifiques et de terrain des services de l’État pour déterminer l’origine de la pollution et son parcours. Le député appelle à examiner les circuits de rejet, à contrôler les installations qui produisent des effluents et à diriger ceux-ci vers des stations de traitement avant qu’ils n’atteignent le réseau d’assainissement ou le lac.

Alors que les investigations se poursuivent sur les causes de ces mortalités catastrophiques et qu’aucune indemnisation n’a été annoncée, les exploitants touchés se retrouvent face aux dettes, aux coûts des aliments et du carburant, ainsi qu’aux loyers élevés. La question essentielle demeure : qui supportera ces pertes de plusieurs millions et rendra aux exploitants et aux pêcheurs leur moyen de subsistance ?

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