Dirigée par le ministre de la Défense, qui nomme son président et ses doyens : voici l’université « Kayan »

L’université Kayan place l’enseignement civil sous tutelle militaire, soulevant des questions sur l’autonomie et les droits étudiants.
كولاج توضيحي يجمع كتابًا وقبعة تخرج وعناصر عسكرية عن جامعة كيان والتعليم المدني

Laila Mansour

La Chambre des représentants a approuvé définitivement, le lundi 12 octobre 2026, la loi portant création de « l’université Kayan des forces armées pour les sciences appliquées », après la suppression de l’article 25 qui accordait à ses étudiants militaires un salaire de lieutenant, en réponse à une objection du président Abdel Fattah Al-Sissi, la quatrième objection présidentielle à une loi dans l’histoire du parlement égyptien.

Un seul article a été supprimé et cinquante sont restés. La loi, qui entre en vigueur à l’année universitaire 2026/2027, crée une université qui accueille des étudiants civils et militaires, dont le Conseil suprême est présidé par le ministre de la Défense, qui nomme son président et les doyens de ses facultés, fixe les catégories de ses étudiants et les frais de leurs activités, et applique à sa section militaire les règles disciplinaires de l’Académie militaire. L’université reçoit des fonds du budget général, alors que le nombre de ses étudiants, le coût de sa création et ses frais de scolarité officiels n’ont pas encore été annoncés.

Une objection portant sur un seul article

La Chambre a adopté le projet de loi pour la première fois le 22 juillet 2026, et l’a transmis à la présidence de la République le 3 août. Le 1er octobre, le président de la Chambre, le conseiller Hicham Badawi, a lu la lettre du président dans laquelle il s’oppose à l’article 25, en s’appuyant sur l’article 123 de la Constitution qui lui donne le droit de renvoyer le projet de loi au parlement dans un délai de trente jours.

L’article accordait aux étudiants de la section militaire « une prime mensuelle équivalente au premier salaire du grade de lieutenant et aux indemnités fixées par la loi », à compter de la date d’octroi de ce grade à leurs pairs diplômés du Collège militaire, en plus d’une prime annuelle pour les étudiants les plus brillants fixée par le règlement intérieur de chaque faculté. Le président a écrit que l’université accueille des étudiants dans les deux sections, et que les études y suivent un régime d’internat obligatoire pour tous, et qu’il a donc jugé bon de « supprimer la disposition de l’article 25 accordant la prime mensuelle et annuelle, par souci de renforcer le principe constitutionnel d’égalité ».

Le 5 octobre, la Chambre a approuvé le rapport de sa commission générale acceptant l’objection, et a formé une commission spéciale présidée par le Dr Assem El-Gazzar, premier vice-président de la Chambre, qui a conclu à l’unanimité, le 7 octobre, à la suppression intégrale de l’article. Le Premier ministre Moustafa Madbouly a déclaré que le maintien de l’article aurait créé une disparité entre les étudiants des deux sections, ainsi qu’entre eux et les étudiants des autres universités, « ce qui est contraire aux principes d’égalité et d’égalité des chances », selon Asharq Al-Awsat.

La commission a examiné deux approches : la première, présentée par le conseiller Hani Hanna, ministre des Affaires parlementaires, considère que les étudiants des deux sections se trouvent dans une même situation juridique car l’université est « un organisme public à caractère scientifique doté d’une personnalité juridique indépendante », si bien qu’ils ne peuvent être différenciés financièrement ; la seconde compare les étudiants militaires à leurs homologues des autres collèges militaires indépendamment de l’existence d’une section civile. La commission a retenu la première approche, et a indiqué dans son rapport que la suppression « reflète un revirement législatif explicite quant à l’octroi de ces primes, qu’il soit direct ou passant par le règlement intérieur », selon Masrawy.

Il s’agit de la quatrième objection présidentielle à un projet de loi dans l’histoire de la vie parlementaire égyptienne, après l’objection du président Anouar El-Sadate à la loi sur la justice fiscale en 1978, et l’objection du président Al-Sissi à la loi sur la recherche médicale clinique en 2018 et à huit articles du Code de procédure pénale en 2025, selon le rapport de la commission générale repris par Sada El Balad.

Ce que détient le ministre de la Défense

L’article premier prévoit la création de l’université en tant qu’« organisme public » présidé par le ministre de la Défense, ayant son siège au Caire, et disposant de succursales créées par décision du président de la République sur proposition du ministre. Le ministre préside le Conseil suprême de l’université, qui comprend le chef d’état-major des forces armées, les chefs de ses organismes et administrations, le président de l’université, le secrétaire général du Conseil suprême des universités, et seulement quatre professeurs des universités égyptiennes désignés par le Conseil suprême des universités, selon le texte de la loi.

Le ministre nomme, par ses propres décisions, le président de l’université et fixe la durée de son mandat (article 15), son secrétaire général (article 18), les doyens des facultés et les directeurs des centres de recherche (article 19), et forme le conseil de l’université (article 11). Il fixe les catégories d’étudiants dans chaque faculté (article 4), décide de la création de centres de recherche ou du rattachement de centres militaires à l’université (article 5), exempte qui il souhaite parmi les étudiants de la section civile du régime d’internat obligatoire (article 6), et fixe la contrepartie financière des activités étudiantes dans la limite de 10 % des frais de scolarité (article 24). Le règlement intérieur fixe les décisions du Conseil suprême et du conseil de l’université qui doivent lui être soumises pour approbation (article 14). C’est-à-dire que la loi accorde au ministre de la Défense onze prérogatives directes sur l’université, selon le calcul de « Zawia3 ».

L’article 23 autorise les étudiants des deux sections à suivre ensemble les matières « de nature commune », et l’article 26 autorise le transfert des étudiants de la section civile vers des facultés civiles équivalentes. Les articles 27 à 35 soumettent les étudiants de la section militaire aux règles disciplinaires de la loi sur l’Académie militaire, et permettent au conseil de l’université de les exclure et de fixer les cas dans lesquels l’étudiant exclu peut poursuivre ses études dans la section civile, tandis qu’un conseil de discipline distinct est organisé pour les civils. Les articles 36 à 39 organisent la formation obligatoire et le pouvoir du ministre de fixer son lieu, ainsi que la nomination des diplômés de la section militaire au grade de leurs homologues issus du Collège militaire.

Une copie de la loi sur l’Académie militaire

Le gouvernement affirme que « Kayan » est une université civile indépendante, et El-Gazzar a déclaré durant les discussions que la commission spéciale a rejeté l’idée d’invoquer le régime de l’Académie militaire et de l’appliquer à ses étudiants. Mais la comparaison entre cette loi et la loi sur l’Académie militaire égyptienne n° 149 de 2022 révèle une correspondance de structure et de prérogatives : l’article premier des deux lois place l’organisme sous l’autorité du ministre de la Défense et autorise la création de succursales par décision présidentielle sur sa proposition, et le Conseil suprême comprend dans les deux cas des professeurs issus des universités civiles, cinq à l’Académie et quatre à « Kayan ». Le plafonnement des activités étudiantes à 10 % des frais de scolarité est identique dans les deux lois.

L’article supprimé a lui-même son origine dans l’article 40 de la loi sur l’Académie, qui autorise le ministre de la Défense à décider pour ses étudiants des primes et avantages financiers ou en nature « dont la valeur ne dépasse pas le début du salaire du grade » obtenu par les diplômés. La différence fondamentale va dans le sens inverse : l’article 27 de la loi sur l’Académie dispose que l’État prend en charge les frais d’enseignement, de formation, d’habillement, de nourriture, de soins, d’hébergement et de transport des étudiants, alors que l’étudiant de « Kayan » prend en charge les frais d’études et d’internat s’il ne les achève pas à un stade quelconque.

Qui paie ?

Rifaat Fayad, rédacteur en chef d’« Akhbar El Youm » et expert en éducation, estime que « Kayan » n’est ni une université gouvernementale, ni privée, ni une université d’intérêt public, et qu’elle finance ses propres dépenses à partir de ses recettes « sans qu’un prélèvement ne soit effectué sur le budget de l’État », citant en exemple l’université Harvard dont le budget se rapproche de celui de certains pays. Mais l’article 20 de la loi mentionne comme première source de financement de l’université « les sommes qui lui sont allouées dans le cadre du budget général de l’État », puis la rémunération de ses services à des tiers, les emprunts, les dons, les donations et les subventions, et l’article 21 dispose qu’elle dispose d’un budget propre « sur le modèle des organismes publics de services de l’État », selon Veto.

« Kayan » apparaît dans un contexte d’expansion gouvernementale des universités non gratuites. Le nombre des universités d’intérêt public a atteint 32 universités, contre 28 gouvernementales, 37 privées et 12 technologiques, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, comme l’a rapporté El Youm El Sabea. Fayad affirme que l’État a supporté, au cours des huit dernières années, le coût de la création de ces universités au lieu de dépendre des dons de la société civile, et en juin dernier le gouvernement a signé un protocole réglant le financement de la création de 11 universités d’intérêt public pour une valeur de 48,5 milliards de livres égyptiennes (environ 863 millions de dollars) sur trois ans.

Ni l’université ni le ministère de l’Enseignement supérieur n’ont annoncé officiellement ses frais de scolarité. Des sites d’information font circuler des chiffres non attribués à une source officielle : de 150 000 à 165 000 livres égyptiennes (environ 2 670 à 2 940 dollars) pour la médecine humaine, de 120 000 à 145 000 livres (2 152,85 à 2 601,36 dollars) pour la médecine dentaire, de 80 000 à 110 000 livres (1 435,24 à 1 973,29 dollars) pour la kinésithérapie et la pharmacie, de 65 000 à 80 000 livres (1 166,15 à 1 435,24 dollars) pour l’ingénierie, et de 55 000 à 80 000 livres (986,72 à 1 435,24 dollars) pour l’informatique et l’intelligence artificielle, à un taux de change d’environ 56,2 livres pour un dollar fin octobre. « Zawia3 » a contacté Adel Abdel Ghaffar, porte-parole du ministère de l’Enseignement supérieur, pour vérifier ces chiffres, mais il n’a pas répondu.

Mohamed Kamal, professeur assistant à l’université du Caire, déclare à « Zawia3 » que « Kayan » ressemble aux universités privées dont les frais de scolarité ont dépassé 400 000 livres (7 176,18 dollars), et critique l’absence de transparence sur les recettes et les dépenses des universités : « Il n’existe pas d’annonce complète et transparente, détaillée, sur les universités, leurs sources de financement et leurs dépenses, et la transparence est nécessaire dans toutes les universités, qu’elles soient gouvernementales, privées ou d’intérêt public, afin que nous sachions si la perte financière est compensée par un autre gain ». Il estime que les primes accordées par la loi d’organisation des universités aux étudiants les plus brillants, entre 80 et 120 livres (1,44 à 2,15 dollars) par an, sont « honteuses » depuis l’adoption de la loi, et réclame leur augmentation de mille pour cent : « Il n’est pas acceptable qu’un étudiant distingué soit récompensé par quatre-vingts livres ». Quant à ce que perçoivent réellement les étudiants de l’Académie militaire en guise de primes, cela n’a pas été annoncé officiellement.

Ce que propose l’université

L’université a été créée, selon ce qui a été annoncé à son sujet, sur la base de directives présidentielles visant à former des cadres « dotés des dernières avancées scientifiques », avec un système éducatif « rivalisant avec les universités mondiales ». « Kayan » comprend les facultés de médecine humaine, de médecine dentaire, de kinésithérapie, de pharmacie, d’ingénierie, et d’informatique et intelligence artificielle, et exige que le candidat soit titulaire du baccalauréat général ou azharite ou de leur équivalent dans la filière scientifique, qu’il n’ait pas plus de 21 ans, qu’il soit égyptien de parents et de grands-parents égyptiens ne détenant aucune autre nationalité, et qu’il jouisse d’une aptitude médicale, physique et psychologique, selon l’annonce d’admission. Le seuil minimal d’admission commence à 90 % pour la médecine, 89 % pour la médecine dentaire, 88 % pour la kinésithérapie, 87 % pour la pharmacie, 85 % pour l’ingénierie et 80 % pour l’informatique, et les études en ingénierie et en informatique durent quatre ans selon le système des crédits. L’université annonce qu’elle comprend « le plus grand centre médical de simulation du Moyen-Orient », ainsi qu’une formation clinique précoce dans les hôpitaux universitaires.

Mohamed Kamal estime que la concentration de l’université sur la médecine, l’ingénierie et l’informatique s’inscrit dans le prolongement de l’expérience du Collège de médecine des forces armées, créé par la loi n° 74 de 2013 et qui s’appuyait sur des professeurs détachés des universités du Caire et d’Ain Shams. La nouvelle loi transfère le rattachement de ce collège à « Kayan » avec tous ses biens, son corps enseignant et son personnel, et abroge sa loi, tout en maintenant à ses étudiants actuels leur situation juridique et financière, y compris leurs primes mensuelles, selon El Youm El Sabea. C’est-à-dire que les étudiants militaires actuels conservent la prime dont seront privés ceux qui s’inscriront après eux.

Lors de la séance du 12 octobre, le député Atef Maghawry a demandé de changer le nom de l’université « en raison de son association avec le nom d’une entité hostile à l’Égypte », ce à quoi le général de division Khaled Chehdi, assistant du ministre de la Défense pour les affaires juridiques, a répondu en défendant le maintien du nom, déclarant : « Nous nous opposons à ce que le nom Kayan soit associé à toute autre connotation », et que le nom est tiré de la ville de « Kayan » dans la nouvelle capitale administrative où se trouve l’université, et qu’il « réunit l’authenticité de la langue arabe et la modernité de l’enseignement contemporain », selon Masrawy. Le nom est resté inchangé.

De l’économie à l’université

Dans une étude publiée par le centre Carnegie Moyen-Orient en 2022, intitulée « Maintenir, restructurer ou céder : options de politique publique pour l’économie militaire égyptienne », les chercheurs ont observé une expansion « spectaculaire » de l’armée depuis juillet 2013 dans le logement, les infrastructures, les zones industrielles, les biens d’équipement, les médias et l’agriculture, son contrôle sur de vastes étendues de terres, et sa participation à l’orientation des politiques dans des secteurs tels que les télécommunications, la transformation numérique et l’industrie automobile.

Cette expansion s’est étendue à l’éducation, comme l’a observé Assafir Al-Arabi en 2022 : l’organisme du Service national a supervisé la fourniture des repas scolaires et des cuisines de la cité universitaire de l’université du Caire, et le Corps du génie a construit les écoles japonaises, 257 écoles modèles dans 18 gouvernorats en 2016, 225 écoles dont 98 en Haute-Égypte, et 100 écoles dans 17 gouvernorats financées par les Émirats, en plus des écoles de langues Badr appartenant à l’armée pour un coût de 90 millions de livres (1 614 639,40 dollars) sur 30 feddans, des bâtiments de l’université Zewail en 2018 pour un coût de 966 millions de livres (17 330 462,86 dollars), et de l’école technologique appliquée relevant du ministère de la Production militaire en 2019. Puis est venue la loi sur l’Académie militaire en 2022, puis des collèges militaires enseignant des spécialités civiles en 2026, puis « Kayan ».

Il n’existe pas de chiffre officiel pour mesurer la taille de cette économie. Mais « Zawia3 » a rapporté en 2023 ce qu’avait déclaré le président Al-Sissi en décembre 2016, à savoir que l’activité de l’armée représente entre 1,5 % et 2 % du produit intérieur brut, ajoutant « si seulement » en réponse à ceux qui l’estiment à vingt ou cinquante pour cent, alors que les estimations extérieures varient entre 10 % et 40 %. Yezid Sayigh, chercheur au centre Carnegie, estime que les chiffres officiels ne mesurent que les biens et services produits par les organismes militaires, et non le rôle de l’armée en tant qu’entrepreneur général, distributeur de contrats de l’État et propriétaire de terres. Le budget des forces armées est inscrit sous la forme d’un chiffre unique dans le budget général en vertu de l’article 203 de la Constitution, si bien que ni le parlement ni l’Organisation centrale de la comptabilité n’en connaissent le détail. L’organisme des projets du Service national contrôle seul 32 sociétés, dont un tiers a été créé après 2015, selon le « Financial Times ». En janvier 2023, le gouvernement s’est engagé auprès du Fonds monétaire international à soumettre les sociétés de l’armée à la politique de propriété de l’État, à relever leurs exonérations fiscales et à publier leurs comptes semestriels.

Une autre enquête de « Zawia3 » en 2025 a révélé l’impact de cette expansion sur le secteur privé : les sociétés de l’armée sont exonérées d’impôts et de droits de douane, travaillent avec des conscrits, et obtiennent les projets par attribution directe. Un entrepreneur, s’exprimant sous un pseudonyme, affirme que le Corps du génie exécute environ 90 % des projets, et un autre entrepreneur estime qu’environ 500 entreprises de travaux publics sur un millier ont cessé leur activité. Dans un article de recherche publié par la revue « Current History », l’auteur a estimé que les universités égyptiennes ont été affectées par le retour du régime militaire après 2011, et que l’expansion de l’enseignement supérieur à but lucratif remet en question le modèle traditionnel de l’université gouvernementale dont l’État garantit l’accès.

En revanche, Rifaat Fayad estime que l’université est le fruit d’une « coopération académique » entre les forces armées et le ministère de l’Enseignement supérieur, enseignant les programmes gouvernementaux habituels avec un accent sur le volet appliqué, et que son rattachement aux forces armées ressemble, en principe, au rattachement des autres universités au ministère de l’Enseignement supérieur, et qu’elle pourrait alléger pour l’État une partie du fardeau de la création d’universités. Mohamed Kamal partage son avis, estimant que l’État veut reproduire l’expérience du Collège militaire de médecine, qui a, selon lui, formé des officiers médecins « au plus haut niveau ».

La loi entre en vigueur à l’année universitaire 2026/2027. Jusqu’à la publication de ce rapport, ni l’université, ni le ministère de la Défense, ni le ministère de l’Enseignement supérieur n’ont annoncé le nombre d’étudiants ciblé, ni le coût de création de l’université et ses sources de financement, ni ses frais de scolarité officiels.

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