Des hausses brutales, jusqu’à 900 %, des frais de soins psychiatriques : l’Égypte renonce-t-elle à la gratuité de la santé mentale ?

Les conséquences du décret ministériel n° 220 de 2025, qui a augmenté jusqu’à 900 % les tarifs des services des hôpitaux de santé mentale et de traitement des addictions en Égypte, sur fond d’avertissements quant à l’effondrement de la gratuité des soins et à l’aggravation des souffrances des patients démunis, et d’appels à revenir sur cette décision.
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Aya Yasser

Le décret ministériel n° 220 de 2025 du ministre de la Santé et de la Population et vice-Premier ministre chargé du développement humain, le docteur Khaled Abdel Ghaffar, augmentant les tarifs des services médicaux dans les hôpitaux de santé mentale et les centres de traitement des addictions dans des proportions allant jusqu’à 900 %, selon la députée Maha Abdel Nasser, a suscité un large mécontentement et de vives inquiétudes : des médecins, des spécialistes du secteur et des défenseurs des droits humains ont mis en garde contre ses effets négatifs, car il représente un double danger pour les patients psychiatriques dont l’état nécessite une hospitalisation sous contrainte, comme les patients psychotiques ou ceux présentant des tendances suicidaires ou une violence grave, faute de pouvoir en supporter le coût, ce qui pourrait entraîner une dégradation de leur état et menacer la société, la famille, l’économie et le tourisme.

Alors que le règlement réservait 60 % des lits des hôpitaux de santé mentale aux soins gratuits, le décret a augmenté le coût du séjour dans ces hôpitaux et dans la section dite « économique » (payante), des séances d’orthophonie et de psychothérapie, des tests de QI, des analyses et de la délivrance des médicaments psychiatriques. Le règlement, publié le 14 juillet 2025, a porté le coût du séjour d’un patient à l’hôpital à un montant compris entre 150 et 550 livres égyptiennes par jour selon la catégorie (soit environ 2,70 à 9,80 euros au taux d’août 2025), hors frais des services médicaux et thérapeutiques. Il a relevé à 200 livres le prix de l’examen médical ; à 20 livres le prix du ticket de consultation dans les cliniques spécialisées pour le patient psychiatrique, le patient souffrant d’addiction ou la personne atteinte d’un trouble du spectre de l’autisme ; à 100 livres le prix d’une séance de soutien psychologique pour un patient souffrant d’addiction et à 400 livres celui des séances de suivi mensuelles, en plus d’un ticket de 10 livres pour assister à une réunion des Narcotiques anonymes et d’un ticket d’entrée de 5 livres. Il a aussi porté à 20 livres le prix d’une séance de guidance familiale et augmenté les tarifs des services destinés aux enfants : 50 livres pour un bilan orthophonique et un test de dyslexie, 40 livres pour une séance d’orthophonie, 45 livres pour une séance de modification du comportement, 60 livres pour une séance d’accueil de jour et 30 livres pour une séance de psychothérapie pour enfants et adolescents. Le prix d’une consultation téléphonique ou via la plateforme nationale de santé mentale est passé à 50 livres.

Les patients psychiatriques et les patients souffrant d’addiction ont ressenti ces hausses de prix dans les hôpitaux de santé mentale ces derniers jours (mi-août 2025). Les patients qui ont parlé à Zawia3 rapportent que le prix du ticket de consultation dans les hôpitaux de traitement des addictions a été multiplié par neuf ; que le coût d’une hospitalisation d’un mois pour un patient souffrant d’addiction est passé de 1 800 à 4 200 livres, atteignant dans certains cas 6 000, voire 11 000 livres par mois ; que le ticket de délivrance de la dose de méthadone, dans le cadre du programme de traitement de substitution aux opioïdes des unités de réduction des risques, est passé de 1 livre à 10 livres par jour ; et que chaque médicament psychiatrique supplémentaire délivré nécessite désormais un nouveau ticket de 20 livres. En outre, des services de santé qui leur étaient fournis gratuitement, comme les analyses et la délivrance des médicaments, sont devenus payants. Les patients souffrant d’addiction traités à la méthadone ont toutefois été exemptés par la suite du paiement du ticket quotidien, par une décision administrative du Secrétariat général de la santé mentale, après de vives protestations, selon une source médicale qui a requis l’anonymat.

 

Le décret n° 220 de 2025 du ministère égyptien de la Santé et de la Population
Le décret n° 220 de 2025 du ministère de la Santé et de la Population (document en arabe ; ses quatre articles sont résumés ci-dessous)

 

L’article premier du décret ministériel n° 220 de 2025, dont Zawia3 a obtenu une copie, prévoit l’application du règlement financier et administratif unifié annexé au décret, relatif au Fonds d’amélioration du service des hôpitaux de santé mentale et des centres de traitement des addictions relevant du Secrétariat général de la santé mentale et du traitement des addictions au ministère de la Santé et de la Population. Selon l’article deux, les listes de prix annexées au décret s’appliquent aux hôpitaux de santé mentale et aux centres de traitement des addictions relevant de ce Secrétariat général, tandis que l’article trois abroge toute décision contraire aux dispositions du décret, du règlement et des listes qui y sont annexés, et que l’article quatre charge les autorités compétentes de l’exécution du décret, qui entre en vigueur à la date de sa publication.

Le ministère de la Santé a fixé les tarifs des services de séjour quotidien dans les hôpitaux de santé mentale et les centres de traitement des addictions selon plusieurs catégories, en fonction du standing de la chambre et de ses équipements. La catégorie la plus élevée de la liste de prix est la « suite », à 550 livres la nuit : elle comprend deux pièces intérieures et une salle de bains privée, l’une des pièces étant équipée d’un lit pour le patient et d’un mobilier complet, l’autre étant destinée à recevoir les visiteurs. Le séjour en chambre de « première catégorie supérieure » coûte 380 livres ; il s’agit d’une chambre individuelle dotée d’une salle de bains privée, de la climatisation et d’un écran LCD. La chambre de « première catégorie » coûte 300 livres et comprend deux lits avec une salle de bains partagée, et les prix descendent jusqu’à 180 livres pour la « deuxième catégorie » et 150 livres pour la « troisième catégorie », qui accueille de quatre à six patients par chambre.

Les prix annoncés couvrent uniquement le séjour, sans aucun frais supplémentaire à l’exception des appels téléphoniques ou des demandes particulières. Un accompagnant est autorisé si nécessaire, à condition de ne pas utiliser le lit du patient : un lit séparé est alors ajouté, sans dépasser la capacité fixée. Pour les enfants de moins de 12 ans, un accompagnant gratuit est autorisé sur le même lit, tandis que les enfants au-delà de cet âge paient le tarif d’un lit complet, en plus du tarif d’un lit d’accompagnant. Des frais supplémentaires de 70 livres par jour sont perçus en cas d’utilisation d’un matelas à air, tandis que les tarifs des analyses médicales vont de 20 à 500 livres, avec des frais élevés pour les dépistages de drogues et les analyses de biologie moléculaire, qui peuvent atteindre 3 500 livres dans certains cas.

 

Listes de prix annexées au décret ministériel n° 220 de 2025
Les listes de prix annexées au décret ministériel n° 220 de 2025 (documents en arabe) : tarifs des analyses de laboratoire, des dépistages de drogues et de biologie moléculaire, et du séjour selon la catégorie de chambre, détaillés dans le texte

 

Des prix élevés pour des services médiocres

Alors que les tarifs des services de santé ont augmenté dans les hôpitaux de santé mentale, le ministère de la Santé et de la Population n’a fait aucun effort pour en améliorer la qualité : un patient psychiatrique se plaint auprès de Zawia3 de la dégradation de la qualité des services dans les pavillons de l’hôpital de santé mentale d’Abbassia, où, raconte-t-il, les patients souffrent de l’absence de ventilateurs et de climatiseurs, d’un niveau d’hygiène déplorable et de la prolifération d’insectes et de cafards, sans compter des cas de violences physiques et verbales contre les patients.

Une source médicale de l’hôpital de santé mentale d’El-Khanka a révélé que le bâtiment de traitement des addictions de l’hôpital, d’une capacité de 150 lits, n’en utilise que 40 depuis sept ans, en raison de problèmes du réseau d’assainissement qui n’ont toujours pas été réglés, sur fond de ce qu’elle a qualifié de « négligence administrative délibérée », qui profite aux centres privés. Elle indique que ces lits inutilisés équivalent à quatre centres privés de traitement des addictions, alors que la création d’un centre privé d’une capacité de seulement 25 lits coûte environ deux millions de livres. Elle précise que les statistiques quotidiennes de l’hôpital font apparaître une centaine de citoyens ayant besoin de soins, à qui l’on répond qu’il n’y a pas de place, malgré une capacité d’accueil effective, l’admission à l’hôpital dépendant des pistons et du favoritisme.

Concernant le récent décret ministériel portant augmentation des tarifs des services de santé mentale, la source explique que le décret comporte des aspects positifs limités, au premier rang desquels la réduction des possibilités d’enrichissement illicite de certains membres du personnel infirmier, qui imposaient auparavant des frais illégaux aux familles, ainsi que du phénomène de familles exploitant les hôpitaux psychiatriques pour y faire admettre des proches non malades, afin de se décharger de leur prise en charge ou par vengeance familiale, ce qui devrait reculer maintenant que le ministère encaisse officiellement les paiements. Elle estime néanmoins que le décret manque de justice sociale, puisqu’il oblige les patients ou leurs proches à payer des sommes pouvant atteindre 4 000, voire 20 000 livres pour être admis à l’hôpital, et s’interroge : « Est-il logique de demander une telle somme à la famille d’un patient qui peut représenter un danger pour lui-même ou pour son entourage ? La maladie psychique n’attend pas qu’on ait trouvé l’argent. » Elle insiste sur l’existence d’une corruption administrative dans les hôpitaux de santé mentale et sur l’effondrement progressif de la gratuité des soins psychiatriques en Égypte, estimant que le dernier décret ministériel reflète une politique non déclarée de privatisation des services de santé mentale et prive des milliers de patients de leur droit constitutionnel à des soins gratuits.

Jusqu’en septembre 2020, les personnes démunies étaient exemptées du droit d’admission de 100 livres pour un traitement dans les établissements de santé mentale, conformément au décret ministériel n° 351 de 2012. Mais la ministre de la Santé et de la Population de l’époque, la docteure Hala Zayed, a alors pris un décret ministériel modifiant l’article 2 du décret n° 351 de 2012 relatif à la fixation des droits prévus par la loi sur la prise en charge des malades psychiatriques. La modification prévoit la perception d’un droit d’admission de 100 livres pour chaque admission en traitement dans les établissements de santé mentale visés par la loi n° 71 de 2009 sur la prise en charge des malades psychiatriques, alors que l’ancienne version de l’article ne prévoyait ce droit que pour les hôpitaux psychiatriques non gouvernementaux, et à condition que le séjour du patient à l’hôpital dépasse une semaine.

 

Les catégories vulnérables privées de soins gratuits

Pour sa part, le docteur Alaa Ghannam, responsable de l’unité « Droit à la santé » de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), critique le décret ministériel n° 220 pris par le ministre de la Santé concernant l’augmentation des tarifs des services de santé mentale et de traitement des addictions dans les hôpitaux publics, affirmant que ce décret est irréfléchi et constitue une violation manifeste des droits des catégories les plus vulnérables de la société.

Il déclare à Zawia3 : « Si les patients psychiatriques sont laissés hors des hôpitaux, ce sera une catastrophe dans les rues. Le nouveau décret les prive en réalité de toute possibilité de soins, en raison des frais fixés pour le séjour et les services, qui dépassent leurs capacités financières. Le décret est une violation flagrante de leur droit aux soins gratuits, qui est un droit constitutionnel clair. »

Alaa Ghannam souligne que cette catégorie n’a pas d’alternative de soins dans le secteur privé ou dans les cliniques payantes, expliquant que les patients psychiatriques représentent au moins 1 % de la société selon les normes internationales, et qu’ils sont ceux qui ont le plus besoin de soins gratuits. Il indique que le décret s’inscrit dans une série continue de politiques erronées dans la gestion du secteur de la santé.

Il ajoute : « Ce décret est indissociable de la politique de privatisation de la santé. Ce qui se passe est la poursuite de la même approche que celle que nous avons vue dans des cas comme celui de l’hôpital d’El-Haram, mais la situation est ici plus grave, car les patients psychiatriques représentent un danger pour eux-mêmes et pour la société s’ils sont laissés sans traitement. »

Le responsable de l’unité « Droit à la santé » insiste sur le fait que faire supporter aux patients psychiatriques le coût de leur traitement dans des établissements publics constitue un grave recul des engagements de l’État envers les catégories marginalisées et vulnérables, appelant à revenir sur le décret et à réviser les politiques de santé afin de les mettre en conformité avec la Constitution et les droits humains.

De son côté, le docteur Ayman Attia, conseiller médico-juridique spécialisé dans la déontologie, met en garde contre les conséquences catastrophiques du décret ministériel n° 220 du ministère de la Santé et de la Population portant augmentation des tarifs des services de santé mentale, dont certains postes ont augmenté de près de 900 %, affirmant que le décret constitue une menace explicite pour le droit constitutionnel à des soins gratuits, garanti par l’article 18 de la Constitution égyptienne, et ouvre la voie à une privatisation pure et simple du secteur de la santé mentale.

Il déclare à Zawia3 : « Ce qui a été dit auparavant, à savoir que la hausse se limiterait aux soins économiques (payants) sans toucher aux soins gratuits, n’était pas exact », indiquant que « le nombre de lits gratuits dans les hôpitaux de santé mentale avait déjà été réduit auparavant, et le nouveau décret aggrave encore la situation, puisqu’il comprend aussi des hausses du coût des soins gratuits ».

Il souligne que la baisse progressive de la part des soins gratuits a commencé avec la modification du quota qui leur est réservé, passé de 60 % à seulement 25 %, avertissant que « ce qui va se passer sur le terrain pourrait être bien pire, et ce pourcentage pourrait être réduit progressivement jusqu’à disparaître complètement ». Il explique que le coût de l’hospitalisation a considérablement augmenté, ce qui pèse lourdement sur les familles pauvres et les contraint à faire sortir leurs malades des hôpitaux, entraînant une augmentation du nombre de malades psychiatriques dans les rues, avec les menaces sécuritaires et sociales qui en découlent.

Ayman Attia affirme que le décret contredit clairement le droit aux soins gratuits, et s’interroge : « S’il y a un malade mental qui n’a pas d’argent, où ira-t-il ? Ces maladies ne se soignent pas en un jour ou deux : elles nécessitent de longues périodes de traitement et des dépenses énormes que la plupart des citoyens ne peuvent supporter », affirmant que cela s’inscrit dans une politique de réduction de l’accès aux soins gratuits en vue de la privatisation.

Il ajoute : « Toute partie qui bascule vers un système privé au détriment du système gratuit relève de la privatisation. Quand on dispose de 1 000 lits et qu’on en consacre 600 aux soins économiques ou privés, ce n’est pas un équilibre, mais un parti pris flagrant en faveur de ceux qui paient. »

L’expert qualifie le décret de « totalement irréfléchi », soulignant que ces coûts peuvent sembler modestes par rapport aux hôpitaux privés, mais qu’ils sont extrêmement lourds pour les catégories pauvres et sans revenus, d’autant que les patients psychiatriques ou dépendants sont souvent incapables de travailler ou de payer quoi que ce soit. Fermer les portes des soins gratuits aux patients souffrant d’addiction conduira, selon lui, à un résultat inévitable : la rechute dans la consommation, ce qui aggravera la criminalité et la violence sociale. Il appelle à prévoir des alternatives claires avant de prendre des décisions cruciales qui touchent au sort de milliers de patients.

Les hôpitaux et centres de santé mentale relevant du ministère égyptien de la Santé et de la Population sont au nombre de 21, dont les principaux sont l’hôpital de santé mentale d’Abbassia, l’hôpital de santé mentale d’El-Khanka, l’hôpital de santé mentale de Helwan, l’hôpital de santé mentale d’Héliopolis, le centre de psychiatrie « El-Demerdash », l’hôpital de santé mentale d’El-Maamoura, l’hôpital de santé mentale de Tanta, l’hôpital de santé mentale et de traitement des addictions de Port-Saïd et l’hôpital de Damira ; tous fournissent gratuitement des services de santé mentale, et cette liste comprend des hôpitaux publics de différents gouvernorats qui offrent des services gratuits ou à prix réduits.

Selon une enquête nationale sur la santé mentale menée par le ministère de la Santé et de la Population en Égypte en 2018, 25 % des Égyptiens souffrent de troubles psychiques, au premier rang desquels les troubles de l’humeur, en particulier la dépression (environ 44 %), suivis des troubles liés à l’usage de substances (30 %), les troubles d’anxiété généralisée et de peur arrivant en troisième position (25 %).

Il n’existe aucune statistique officielle sur le nombre de personnes atteintes de maladies mentales en Égypte, mais le docteur Sameh Haggag, alors directeur adjoint de l’hôpital psychiatrique d’Abbassia, avait déclaré en 2017, dans des déclarations aux médias, qu’il y avait 900 000 malades atteints de schizophrénie en Égypte.

 

Des interrogations sur les droits des patients psychiatriques

De son côté, Mahmoud Fouad, président du Centre égyptien pour le droit au médicament, exprime son rejet catégorique du décret ministériel n° 220 de 2025, qui prévoit l’augmentation des tarifs du séjour et des analyses dans les hôpitaux de santé mentale, le considérant comme une violation flagrante des droits des patients psychiatriques en Égypte, en particulier des personnes démunies et des personnes privées de leur capacité juridique, et comme le prolongement de politiques menées ces dernières années visant à réduire la place des soins gratuits dans les établissements de santé publics, ce qui menace la justice sanitaire et sociale dans le pays.

Mahmoud Fouad indique que la loi égyptienne sur la santé mentale prévoit que 60 % des soins dispensés dans les hôpitaux de santé mentale soient gratuits, estimant que l’imposition de droits d’entrée dans ces hôpitaux, ce qu’il a appelé le « paiement du ticket », constitue un dangereux précédent, une première dans l’histoire de ces institutions, car les patients psychiatriques relèvent d’une loi spéciale qui reconnaît leur vulnérabilité juridique et leur incapacité, ce qui exige une protection particulière, et non de leur faire supporter des charges financières.

Mahmoud Fouad, ancien membre du conseil d’administration de l’hôpital de santé mentale d’El-Khanka, déclare à Zawia3 : « L’hôpital fournissait ses services à des milliers de patients parmi les catégories les plus démunies, en s’appuyant sur des ressources limitées et sur des dons de la communauté pour couvrir des besoins essentiels comme la nourriture et les vêtements. Faire peser de nouvelles charges financières sur les patients, surtout en l’absence de familles ou de soutiens pour certains d’entre eux, aggrave leurs conditions de vie et leur situation humanitaire. »

Mahmoud Fouad critique le recours croissant aux fonds d’amélioration du service pour financer les hôpitaux aux dépens des patients, estimant que l’objectif principal du décret est de dégager des ressources financières pour couvrir les salaires et les primes du personnel, et non d’améliorer la qualité du service. Il souligne la persistance de la pénurie de médicaments psychiatriques et neurologiques, dont seuls 20 % sont disponibles dans les hôpitaux, les patients étant contraints d’acheter le reste à leurs frais.

Il avertit également que le décret donnera au secteur privé une emprise accrue sur le traitement des maladies psychiatriques et des addictions, ses prix devant augmenter pour s’aligner sur les nouveaux tarifs publics, ce qui alourdira la charge des patients et de leurs familles, indiquant que certains hôpitaux privés constituent un environnement inadapté aux soins psychiatriques, puisqu’ils accueillent un grand nombre de patients dans des conditions inhumaines.

Le président du Centre égyptien pour le droit au médicament conclut en nous déclarant : « Le décret représente un nouveau recul des engagements constitutionnels de l’État en matière de santé publique. Nous demandons son retrait et l’élaboration de politiques plus justes et plus équitables envers les catégories marginalisées, au premier rang desquelles les malades psychiatriques. »

Selon les données officielles, le personnel des hôpitaux de santé mentale relevant du Secrétariat général compte 1 073 médecins, 2 931 infirmiers et infirmières, 354 psychologues et travailleurs sociaux et 2 007 employés administratifs.

Les hôpitaux du Secrétariat général de la santé mentale et du traitement des addictions offrent des possibilités de soins aux demandeurs à travers les consultations externes et une capacité de base de 6 660 lits d’hospitalisation, pour une capacité opérationnelle de 5 616 lits.

Des journaux égyptiens avaient cité, fin 2024, une source responsable au ministère de la Santé et de la Population, selon laquelle le ministère prévoyait de construire, d’ouvrir et de moderniser plusieurs hôpitaux de santé mentale et de traitement des addictions entre 2024 et 2026, pour un coût total estimé à environ 14 milliards de livres.

Les travaux devraient notamment comprendre l’ouverture et la mise en service de l’hôpital de traitement des addictions d’Esna, dans le gouvernorat de Louxor, d’une capacité de 60 lits, ainsi que l’ouverture de l’hôpital de traitement des addictions de Suez (60 lits), de l’hôpital de traitement des addictions Abbas Helmy à Alexandrie (90 lits), de l’hôpital de traitement des addictions d’Alwan à Assiout (90 lits) et d’un hôpital de traitement des addictions dans le gouvernorat de Sohag (100 lits).

 

Des initiatives parlementaires

Dans la première initiative parlementaire après la publication du décret, le député Freddy El-Bayadi, membre de la Chambre des représentants pour le Parti social-démocrate égyptien, a adressé une question parlementaire urgente au ministre de la Santé et de la Population au sujet du nouveau règlement financier des hôpitaux de santé mentale, entré en application cette semaine (mi-août 2025), estimant qu’il constitue une grave menace pour les catégories les plus fragiles de la société et un prolongement manifeste du désengagement de l’État de ses obligations constitutionnelles envers les personnes démunies.

Freddy El-Bayadi a expliqué que le nouveau règlement a porté le coût du séjour d’un patient hospitalisé sous contrainte dans les hôpitaux de santé mentale de 150 à 550 livres par jour, sans que ce coût comprenne le moindre service médical, ce qui soulève des questions juridiques et humanitaires quant à la compatibilité de ce décret avec les dispositions de la Constitution égyptienne, en particulier l’article 18, qui garantit le droit à des soins gratuits pour les personnes démunies.

Dans sa question parlementaire, dont Zawia3 a pris connaissance, le député indique que l’ancien règlement prévoyait de réserver 60 % des lits des hôpitaux aux soins gratuits, quota ensuite ramené à 25 %, mais que ce qui se passe actuellement laisse penser que ce quota est purement et simplement supprimé dans les hôpitaux de santé mentale, sans annonce officielle ni transparence, ce qu’il considère comme une érosion progressive du droit aux soins gratuits. Il s’interroge sur la logique qui consiste à faire supporter aux familles des patients psychiatriques le coût de l’hospitalisation sous contrainte, imposée pour protéger à la fois le patient et la société, alors que la plupart de ces patients n’ont aucune source de revenus et que leurs familles appartiennent souvent aux catégories les plus pauvres et les plus fragiles.

Le député estime que le décret constitue un nouvel épisode d’une série consistant à faire payer au citoyen l’échec des politiques publiques, même dans ses moments de plus grande faiblesse et de plus grand besoin de soins, affirmant que la santé mentale n’est pas un luxe, mais une responsabilité humanitaire, sociétale et constitutionnelle. Il demande au ministre de la Santé et de la Population d’expliquer sur quelle base le ministère a publié ce règlement financier, d’annoncer clairement la position du ministère sur la gratuité des soins dans les hôpitaux de santé mentale, et de renoncer immédiatement à appliquer le nouveau règlement aux cas d’hospitalisation sous contrainte, ceux-ci étant les plus nécessiteux et ne disposant d’aucune autre option.

Freddy El-Bayadi a également appelé le gouvernement à cesser de faire payer aux citoyens l’échec du système de santé publique et à honorer ses obligations constitutionnelles envers tous les citoyens, en particulier les personnes démunies souffrant de maladies psychiatriques ou de troubles nécessitant une hospitalisation sous contrainte pour leur protection.

Dans le même contexte, la députée Maha Abdel Nasser a exprimé son rejet catégorique du décret n° 220 de 2025 du ministère de la Santé et de la Population, qui prévoit une augmentation des tarifs des services médicaux dans les hôpitaux de santé mentale et les centres de traitement des addictions allant jusqu’à 900 %, qualifiant le décret d’« irresponsable » et estimant qu’il aggrave la souffrance des patients et de leurs familles dans une conjoncture économique difficile.

Dans un communiqué de presse dont Zawia3 a obtenu une copie, la députée a déclaré que « le gouvernement continue de faire peser des charges supplémentaires sur les citoyens, sans tenir compte de la spécificité des catégories les plus fragiles, comme les patients psychiatriques et les patients souffrant d’addiction, qui ont besoin de soutien et de soins et non de pressions financières supplémentaires. Ces catégories vivent déjà des situations sociales et sanitaires complexes, et leur imposer de nouveaux coûts d’une telle ampleur nuit à leur santé mentale et physique et se répercute négativement sur leurs familles et sur la société dans son ensemble ».

Selon le nouveau décret, a expliqué la députée, les tarifs du séjour quotidien dans les hôpitaux de santé mentale varient désormais entre 150 et 550 livres, ce qui signifie que le coût d’un séjour mensuel peut atteindre 16 500 livres, tandis que le coût de l’examen médical a atteint 200 livres dans certains cas, sans compter les médicaments, les séances thérapeutiques ou la réadaptation psychologique. Elle souligne que ces montants dépassent nettement les capacités de la majorité des familles égyptiennes, surtout dans un contexte d’inflation et de hausse continue des prix.

La députée a averti que ces hausses conduiraient les patients à renoncer aux soins, de nombreuses familles pauvres n’étant pas en mesure de supporter ces coûts, ce qui pourrait pousser des patients à arrêter complètement leur traitement. Elle affirme que les conséquences de ce décret pourraient être « catastrophiques », qu’il s’agisse de l’aggravation des cas d’addiction faute de suivi médical, de la hausse des taux de suicide due au sentiment d’impuissance et de désespoir, ou de l’augmentation de la criminalité liée à la dégradation de la santé mentale de certains patients laissés à l’abandon. Elle s’interroge sur les raisons pour lesquelles cette décision a été prise sans une étude précise de ses conséquences sociales et psychologiques, critiquant par ailleurs le mépris du gouvernement pour les avertissements des spécialistes et des représentants de la société civile.

Maha Abdel Nasser insiste sur le fait que les hôpitaux psychiatriques publics ne sont pas en mesure de fournir des services à la hauteur de ces tarifs, car ils souffrent de la dégradation de leurs infrastructures, de la faiblesse des services et de l’absence d’entretien et de primes pour le personnel, estimant que l’argument selon lequel la hausse des prix améliorera le niveau du service relève d’« allégations sans fondement dans la réalité ».

Elle a ajouté : « Le décret ne nuit pas seulement aux patients, il affecte toute la société, car laisser les patients psychiatriques sans soins les expose à l’errance et à des comportements à risque, qui peuvent faire d’eux un fardeau pour leurs familles et leur environnement. » Elle a poursuivi : « Au lieu de permettre aux patients d’accéder aux soins psychiatriques nécessaires, le gouvernement contribue à les pousser vers l’exclusion et l’abandon, ce qui pourrait les transformer en bombes à retardement au sein de la société. »

La députée estime que le décret constitue une catastrophe sociale et sanitaire, affirmant qu’au lieu d’être une partie de la solution, le gouvernement ajoute désormais encore plus de drames à la vie de ces patients, et réclame l’annulation immédiate du décret, affirmant qu’il « n’est pas seulement injuste, mais représente un grave danger pour la santé publique et le tissu social égyptien ».

Dans des déclarations à Zawia3, le docteur Ashraf Hatem, président de la commission de la santé de la Chambre des représentants, a indiqué que la commission n’avait pas encore examiné le décret n° 220 du ministre de la Santé augmentant les tarifs des services de santé mentale, les commissions parlementaires étant actuellement à l’arrêt en raison des vacances parlementaires, et que les députés n’avaient soumis à ce sujet aucune demande d’explication urgente (« talab ihata »), mais seulement une question parlementaire, la session parlementaire étant terminée : durant cette période, aucune demande d’explication urgente n’est présentée, mais des questions parlementaires sont adressées au président du Parlement et au secrétariat général, et le gouvernement y répond par écrit.

Interrogé sur son commentaire au sujet du décret ministériel, Ashraf Hatem a déclaré : « Je n’ai pas pris connaissance du décret, et je n’en connais ni les raisons ni les justifications ; je ne peux donc pas commenter quelque chose que je n’ai pas vu. Il y a certainement des motifs derrière ce décret, mais je n’en ai pas encore pris connaissance, et nous aurons une position au retour du Parlement. »

En conclusion, on peut dire que le nouveau décret ministériel, qui touche l’une des catégories les plus fragiles de la société, a placé les patients psychiatriques et leurs proches face à de nouvelles charges financières, qui menacent d’exclure les patients du système de soins gratuits et aggravent leurs souffrances psychologiques, sanitaires et sociales.

Malgré les promesses implicites d’amélioration du service que comporte le décret n° 220 de 2025, les témoignages de terrain, les avertissements des médecins, le rejet des défenseurs des droits humains et les initiatives parlementaires dessinent tous un tableau inquiétant : celui d’une privatisation accélérée du secteur de la santé mentale, qui vide le droit aux soins gratuits de sa substance et fait supporter aux catégories les plus vulnérables d’Égypte le coût des politiques économiques, sans offrir de véritables alternatives.

Et tandis que le ministère de la Santé garde le silence face aux nombreuses critiques, des milliers de patients psychiatriques font face à un avenir incertain, dans lequel ils subissent les conséquences de décisions officielles qui ne tiennent pas compte de leur humanité.

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Aya Yasser
Journaliste, écrivaine et romancière égyptienne, titulaire d’une licence en information et communication de l’université du Caire.

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