Perte garantie : le paysan égyptien cultive un feddan de blé pour cinquante mille livres et le vend au même prix

48 % des petits agriculteurs possèdent moins d’un feddan, et la seule aide publique se résume à trois sacs d’engrais, qui n’arrivent pas en totalité, sur les huit dont un feddan a besoin, alors que la vulgarisation agricole a été supprimée, que les coopératives se sont dégradées et que le coût de culture équivaut à son rendement, sans profit réel
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Yasmin Ali

Les petits agriculteurs se tiennent sur la première ligne de contact de la sécurité alimentaire, dans un pays considéré comme le plus grand importateur de blé au monde et tenu d’assurer la nourriture de plus de cent millions de citoyens : ce sont eux qui cultivent plus de 84 % des terres selon le dernier recensement agricole, mais leurs exploitations se morcellent, le soutien institutionnel est absent, et il ne reste du soutien matériel qu’une ration d’engrais qui se réduit d’année en année.

Alors que le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Qu Dongyu, a appelé, dans des recommandations formulées lors de la publication du rapport de l’organisation sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026, le 21 juillet dernier, les gouvernements à garantir aux agriculteurs l’accès aux engrais et aux semences de haute qualité, à l’eau, au crédit et aux autres intrants essentiels, avant que soient prises des décisions de semis irréversibles, la réalité du petit paysan égyptien révèle combien la distance à parcourir pour atteindre cette recommandation est longue.

On entend par petits agriculteurs ceux qui possèdent ou louent moins de 3 feddans ; selon le dernier recensement agricole, 48,3 % des agriculteurs possèdent moins d’un feddan, 24,1 % possèdent d’un à deux feddans et 12 % de deux à trois feddans, autant de petites exploitations dont le sort est directement lié à la sécurité alimentaire d’un pays de plus de 100 millions d’habitants.

 

Pourquoi le petit paysan touche-t-il à la sécurité alimentaire de l’Égypte ?

La gravité des crises des petits agriculteurs tient au fait qu’elles touchent au cœur de l’équation alimentaire égyptienne. L’Égypte importe habituellement environ dix millions de tonnes de blé par an ; sa consommation avoisine 20 millions de tonnes contre une production locale d’environ dix millions de tonnes, l’écart étant comblé par les importations, tandis qu’environ 70 millions de citoyens bénéficient du programme de pain subventionné. Tout recul de la productivité de la terre ou tout abandon de celle-ci par les paysans élargit cet écart et accroît la dépendance du pays envers les marchés internationaux, ce qui fait du soutien au petit paysan, comme le disent des experts, un soutien à la sécurité alimentaire de tous les Égyptiens.

 


Cela s’inscrit dans un contexte mondial peu rassurant : le rapport de la FAO, publié avec la participation du Fonds international de développement agricole, du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), du Programme alimentaire mondial et de l’Organisation mondiale de la santé, a confirmé des progrès pour la troisième année consécutive dans la réduction des taux de faim, mais a qualifié ces progrès de fragiles et inégaux, et d’insuffisants pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030.

Selon le rapport, 7,8 % de la population mondiale, soit environ 645 millions de personnes, ont souffert de la faim en 2025, dont 309 millions sur le seul continent africain, soit 20 % de sa population, le taux le plus élevé au monde ; en outre, plus d’un quart de la population mondiale, soit 25,8 % (environ 2,1 milliards de personnes), souffre d’insécurité alimentaire modérée ou grave, dont plus de la moitié de la population de l’Afrique (56,6 %). Le rapport prévoit, dans le contexte du conflit en cours au Moyen-Orient et de son effet sur l’inflation des prix des aliments, de l’énergie et des engrais, qu’entre 510 et 520 millions de personnes souffriront encore de la faim en 2030, contre des prévisions plus basses de 503 millions dans le scénario d’avant le conflit, sans tenir compte d’autres facteurs comme les phénomènes météorologiques extrêmes tels qu’El Niño en 2026 et 2027. Le coût moyen mondial d’une alimentation saine a par ailleurs atteint 4,28 dollars par personne et par jour en 2025, un seuil inaccessible pour 2,69 milliards de personnes, soit 32,7 % de la population mondiale, dont la majorité en Afrique, où 66,6 % de la population n’a pas pu se l’offrir.

 

Sur l’Indice de la faim dans le monde 2025, l’Égypte occupe la 57e place sur 123 pays, avec 10,5 points, un niveau auquel la faim en Égypte est classée comme « modérée ».

L’Égypte à la lumière de la recommandation de la FAO

Selon les données du ministère de l’Agriculture, la superficie agricole de l’Égypte est d’environ 9,7 millions de feddans, tandis que la superficie cultivée atteint environ 17,5 millions de feddans sur l’ensemble des saisons ; le secteur agricole contribue à environ 17 % des exportations de marchandises et à environ 15 % du produit intérieur brut, et emploie environ 25 % de la population active totale.

 

Examinant la recommandation du directeur de la FAO au regard de l’Égypte, l’économiste agricole Dr Jamal Siam estime, dans ses déclarations à Zawia3, que le chemin est encore long et qu’il faut le parcourir au plus vite, affirmant que l’agriculture est une question de sécurité nationale et une source de subsistance pour les habitants des campagnes, qui représentent 50 % de la population égyptienne, et que soutenir le petit paysan, c’est soutenir la sécurité alimentaire de tous les Égyptiens.

Siam affirme que la seule aide accordée par le gouvernement aux petits agriculteurs est la subvention de l’engrais azoté : il attribue à chaque feddan trois sacs à 250 livres le sac, alors que le prix libre dépasse mille livres, de sorte que la subvention par feddan atteint environ 2 250 livres, pour une subvention totale d’environ 50 milliards de livres pour l’ensemble des ayants droit ; mais cette aide se heurte à des problèmes qui l’empêchent de parvenir à ses bénéficiaires.

C’est ce que confirme l’agriculteur et président du syndicat des paysans d’Atfih, Sayed Maawouz, qui déclare à Zawia3 que le feddan auquel sont attribués trois sacs en a réellement besoin de huit pour que la terre donne pleinement ses fruits ; et malgré cela, il est impossible que les trois sacs parviennent au paysan, qui n’en reçoit qu’un ou deux, et en période de crise la subvention peut être retardée jusqu’à la fin de la saison, si bien que le paysan supporte la totalité du coût.

Siam explique que si le sol ne reçoit pas l’engrais nécessaire, sa productivité baisse de 30 % par feddan ; si la productivité d’un feddan de blé atteint 20 ardebs, sans engrais elle peut tomber à seulement 12 ou 13 ardebs, ce qui signifie que l’engrais est une question de sécurité alimentaire.

Récemment, le gouvernement a décidé de supprimer la subvention des engrais pour les cultures horticoles (légumes et fruits) et de la limiter aux cultures traditionnelles de céréales comme le blé, le maïs et le riz ; il étudie également le remplacement de la subvention en nature par une aide en espèces, par laquelle le paysan recevrait une somme pour acheter ses intrants au prix libre.

 

À ce sujet, le député Amir Al-Jazzar a présenté une demande d’information au Premier ministre et au ministre de l’Agriculture concernant l’arrêt de la distribution des engrais subventionnés pour les cultures horticoles et ses effets négatifs sur la production, les exportations et la situation des petits agriculteurs, demandant la suspension de l’application de la décision ou son report temporaire jusqu’à la tenue d’un dialogue avec les représentants des agriculteurs et l’étude de ses effets économiques et sociaux, ainsi que la présentation d’alternatives équitables pour les petits et moyens agriculteurs.

Avec la diffusion des informations sur la suppression de la distribution d’engrais subventionnés, le ministère de l’Agriculture a publié un communiqué dans lequel il a affirmé que le système de distribution des engrais subventionnés se poursuit intégralement, sans toucher aux quotas du blé, du riz, du maïs et de la plupart des grandes cultures, indiquant que 5 millions d’agriculteurs détiennent la carte à puce pour obtenir leurs quotas. Quant à l’arrêt de la distribution pour certaines cultures, il l’a attribué à une orientation vers la rationalisation de l’utilisation des engrais azotés en raison de leurs effets négatifs sur la santé des sols et des populations, précisant que l’analyse des sols a montré une forte accumulation d’urée et de nitrates qui impose de réorienter scientifiquement la fertilisation afin que le niveau des récoltes ne se dégrade pas et que l’équilibre chimique du sol ne soit pas rompu.

Sayed Maawouz commente la justification du ministère en affirmant que le gouvernement ne distribue que l’engrais azoté (l’azote), un gaz dont l’excédent s’évapore, et que l’agriculteur peut laver complètement le sol de tout engrais en l’irriguant deux fois de suite sans engrais ; quant aux cultures qui retiennent l’engrais dans le sol, comme le trèfle, l’agriculteur en tient compte lors de la culture suivante. Néanmoins, l’utilisation irrationnelle des engrais azotés peut entraîner la perte d’une partie de l’azote dans l’environnement, sous forme gazeuse ou par lessivage vers les nappes souterraines, ce qui pollue l’eau par les nitrates et modifie l’acidité du sol ; c’est pourquoi il est recommandé de respecter les doses appropriées et d’utiliser des engrais organiques en plus des engrais azotés.

Siam explique que l’État s’est orienté vers la suppression de la subvention pour les cultures horticoles parce qu’elles génèrent de bons bénéfices par rapport aux céréales ; quant au passage de la subvention en nature à l’aide en espèces, il s’explique par les problèmes liés à l’existence de deux prix pour un même produit, subventionné et libre, certains contournant le système en obtenant l’engrais subventionné pour le revendre au prix libre, de sorte que la subvention profite à ceux qui n’y ont pas droit. Il insiste sur la nécessité de maintenir le soutien aux petits agriculteurs sous quelque forme que ce soit, et de l’indexer sur le taux d’inflation en cas de passage à l’aide en espèces, déclarant : « L’État peut aujourd’hui accorder à l’agriculteur 2 000 livres d’aide par feddan, mais à l’avenir, avec la hausse de l’inflation, cette somme n’aura plus de valeur, ce qui signifie davantage de pauvreté pour le petit paysan », tout en garantissant que chaque agriculteur reçoive l’intégralité de sa part de subvention.

Siam a également abordé la crise des sociétés d’engrais, auxquelles le gouvernement impose de vendre 50 ou 55 % de leur production sur le marché local et d’exporter le reste, mais qui tardent à livrer la part locale, attirées par les gains à l’exportation, notamment avec les crises mondiales et la hausse des prix. Sous l’effet de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, les prix des engrais ont bondi à environ 850 dollars la tonne contre 450 dollars avant la crise, avant de reculer progressivement après la fin de la vague d’achats en fin de saison. Bien que l’Égypte puisse produire des engrais azotés à hauteur du double de sa consommation, l’importation de l’énergie nécessaire à la production fait grimper les prix, et leur hausse mondiale incite les producteurs à exporter au détriment du marché local, de sorte que la part subventionnée ne parvient pas entièrement au petit paysan.

 

En conséquence, le ministre de l’Investissement et du Commerce extérieur a décidé d’imposer une taxe de 90 dollars sur chaque tonne d’engrais azoté exportée pendant trois mois, au plus fort de la saison d’exportation, pour réduire son attrait et pousser les producteurs vers le marché local ; la taxe a ensuite été modifiée pour passer à 10 % de la valeur des exportations, avant d’être supprimée avec la baisse des prix, dans une scène qui reflète le bras de fer entre l’État et les grands producteurs d’engrais.

Le soutien institutionnel n’existe pas

Siam évoque un autre type de soutien qui ne coûte pas grand-chose à l’État mais qui n’existe plus malgré son importance : le soutien institutionnel que représentent la vulgarisation agricole, l’activation des coopératives, l’agriculture contractuelle et la modernisation de la recherche agricole. Il poursuit en indiquant que la vulgarisation agricole a été supprimée et que l’État n’y nomme plus de spécialistes, que les coopératives traversent leur pire période en raison de l’ancienneté de la loi sur la coopération agricole promulguée en 1980, et que l’agriculture contractuelle, qui fait faire de grandes économies à l’État et aide le paysan grâce à des contrats entre usines et agriculteurs pour fournir financement et conseil, est absente.

 

Hassan Al-Husari, président du syndicat des paysans de Gharbiya, affirme à Zawia3 qu’à l’exception de la subvention des engrais, qui n’arrive pas en totalité, il n’existe aucun autre soutien au paysan, comme la vulgarisation agricole et la commercialisation de la production. Sayed Maawouz ajoute que l’absence de rôle des coopératives a entraîné la mainmise du marché libre sur tout ce qu’achète le paysan, semences, pesticides et engrais, si bien qu’il ne sait pas quoi cultiver et peut se tourner vers les cultures à faible coût, indépendamment de leur importance stratégique. L’absence de vulgarisation a aussi entraîné l’absence de contrôle sur les produits phytosanitaires et les pesticides, selon Maawouz, qui déclare : « Les paysans n’ont pas une conscience suffisante de l’utilisation des pesticides et des produits, et leur mauvais usage peut nuire aux cultures et au sol ».

Selon un rapport de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques sur l’indicateur de développement durable 2.4.1, intitulé « Proportion des surfaces agricoles consacrées à une agriculture productive et durable », pour l’année 2023, 45 % des exploitations prennent au moins quatre mesures pour atténuer les risques environnementaux liés à l’utilisation des engrais, contre 21 % qui en prennent au moins deux et 34 % qui en prennent moins de deux. Concernant la gestion des pesticides, l’indicateur a révélé que 51 % des exploitations n’utilisent pas de pesticides et respectent toutes les mesures sanitaires et au moins quatre mesures environnementales, que 23 % n’utilisent que des pesticides moyennement ou faiblement dangereux avec au moins deux mesures, tandis que 26 % utilisent des pesticides extrêmement dangereux ou illégaux, ou moyennement et faiblement dangereux sans mesures suffisantes.

 

Selon l’étude « Point de vue sur une crise : un nouveau modèle de coopératives agricoles en Égypte pour réaliser l’essor de développement requis », publiée par le Centre égyptien d’études économiques en 2021, le modèle coopératif joue un rôle central dans la promotion du développement socio-économique, en particulier dans les communautés pauvres. L’étude estime que l’absence de réforme institutionnelle et législative des coopératives agricoles, alors que les politiques agricoles changeaient, les a fait fonctionner avec une mentalité et des outils anciens qui leur ont fait perdre leur capacité à servir les agriculteurs. Elle a attribué la dégradation de leur rôle à leur transformation en instrument gouvernemental de gestion du secteur par le monopole de la distribution des engrais et des semences, au lieu d’être des institutions indépendantes, au fait qu’elles n’ont pas suivi les réformes agricoles, à la faiblesse du financement du développement, qui reposait sur des prêts à court terme, ainsi qu’à la multiplicité des instances de tutelle, à la centralisation des décisions et à la faiblesse des capacités, jusqu’à perdre l’objectif pour lequel elles avaient été créées face au morcellement des exploitations : regrouper les agriculteurs, améliorer leur pouvoir de négociation et leur commercialisation collective.

 

Government Decisions Deepen Egypt’s Sugar Crisis

Le paysan et le consommateur supportent les charges

Un ancien responsable du ministère de l’Agriculture, qui a requis l’anonymat auprès de Zawia3, affirme que le petit agriculteur est celui qui profite le moins de sa production, et le consommateur celui qui paie le plus, avec entre eux des intermédiaires qui récoltent le plus gros bénéfice : le kilo de tomates vendu à la ferme une livre parvient au consommateur à dix livres, et la différence de neuf livres va aux maillons intermédiaires du transport et de la distribution.

Le président du syndicat des paysans d’Atfih affirme que le paysan perd de l’argent sur la plupart des cultures, à l’exception du blé, dont le coût de production équivaut au rendement, expliquant : « Le blé est cultivé une fois par an, pendant 6 mois, plus deux mois de préparation et de récolte, c’est-à-dire qu’une seule culture occupe les deux tiers de l’année, pour un coût d’environ 50 000 livres par feddan, dont 30 000 de loyer sur 8 mois et 20 000 pour les semences, les engrais, les pesticides et le carburant ; le feddan produit environ 20 ardebs que le gouvernement prend contre 2 500 livres l’ardeb, soit 50 000 livres au total ; si le paysan possède la terre, son gain se limite à la valeur du loyer, car s’il la louait il obtiendrait la même somme sans la peine de la cultiver ». Il ajoute que les autres cultures stratégiques comme le maïs génèrent des pertes, sauf si les prix augmentent par hasard pendant la saison de récolte, ce qui a poussé beaucoup à abandonner la terre ou à la considérer comme un « noyau » qui aide à vivre tout en cherchant un autre travail, déclarant : « La crise de l’agriculture ne se limite pas aux cultures : la hausse des prix de la viande et de la volaille s’explique aussi par la pauvreté du paysan, l’abandon de sa terre et sa négligence d’autres activités comme l’élevage du bétail et de la volaille ».

 

Morcellement des exploitations, eau et climat

L’ancien responsable du ministère de l’Agriculture affirme que l’une des principales caractéristiques des terres du Delta et de la Vallée est le morcellement des exploitations en petites parcelles, qui affecte le volume de production et donc la sécurité alimentaire, et que malgré l’attention portée à ce point par certains pays, il n’a pas été traité en Égypte.

Selon une étude réalisée sous la supervision de la FAO à partir des statistiques du recensement agricole de 2010, intitulée « Étude sur l’agriculture familiale à petite échelle dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord : étude de cas de la République arabe d’Égypte », le morcellement des exploitations a plusieurs effets négatifs, dont la baisse de l’efficacité technique et économique de la production, car le morcellement prive les agriculteurs d’économies d’échelle, ce qui accroît la pauvreté faute de revenus suffisants. L’étude indique que la petite taille des exploitations rend les agriculteurs incapables de produire un surplus commercialisable suffisant, si bien que de nombreuses familles diversifient leurs sources de revenus en dehors de l’agriculture, ce qui exige des politiques plus larges de développement rural et de protection sociale.

 

Selon une étude de chercheurs du département d’économie agricole du Centre de recherche sur le désert, intitulée « Le phénomène du morcellement des exploitations et son impact sur la production agricole dans les nouvelles terres », parmi les causes de l’amplification du phénomène figurent le morcellement successoral, les lois de partage des successions ayant divisé les terres au fil des décennies en parcelles de plus en plus petites, et les lois de réforme agraire qui ont autrefois distribué les terres à raison de 2 à 5 feddans par famille, en plus du fait que la superficie cultivable en Haute-Égypte se limite à une étroite bande autour du Nil, par rapport à l’étendue des plaines du Delta, ce qui rend le morcellement bien plus important en Haute-Égypte que dans le Delta.

L’étude de la FAO a affirmé que le morcellement excessif des exploitations et la multiplication des micro-exploitations, 48,3 % des agriculteurs possédant moins d’un feddan, constituent une menace réelle qu’il faut affronter par des politiques de réduction du morcellement, notamment en encourageant le regroupement des exploitations, en soutenant la coopération entre petits agriculteurs, en améliorant leur accès au financement et à la vulgarisation, et en développant des politiques qui les aident à réaliser des économies d’échelle.

Siam ajoute que l’eau constitue un autre problème dans le coût de l’agriculture, surtout en période de pénurie : par exemple, un feddan d’agrumes consomme chaque année environ 7 000 mètres cubes d’eau et produit 10 tonnes ; jusqu’à présent, le paysan ne compte pas le coût de l’eau dans le coût de production parce qu’il l’obtient gratuitement, alors que l’avenir porte une crise de l’eau qu’il faut anticiper. Il indique que l’État exporte entre 6 et 8 millions de tonnes de produits agricoles, en majorité des légumes et des fruits, dont il tire environ 5 milliards de dollars, mais que ces recettes pourraient se transformer en pertes si l’on y ajoutait le coût de l’eau.

Sayed Maawouz désigne le changement climatique comme un autre problème, expliquant que la hausse des températures et les phénomènes météorologiques inhabituels font baisser la production : « Au cours des deux dernières années, nous avons perdu environ 25 % de nos récoltes en raison des conditions climatiques ».

Malgré tout cela, les petits agriculteurs restent la première ligne de défense de l’alimentation de plus de cent millions d’Égyptiens : chaque feddan qui sort de la production, chaque paysan qui abandonne sa terre, élargit l’écart entre ce que l’Égypte produit et ce qu’elle consomme, et accroît sa dépendance aux importations d’un blé dont elle est déjà le premier importateur mondial. La recommandation de la FAO, soutenir l’agriculteur avant les décisions de semis irréversibles, commence ici : par une ration d’engrais qui arrive en totalité, une vulgarisation qui revient, des coopératives qui renaissent et des exploitations qui se regroupent ; sinon, les pertes, comme le prévient Jamal Siam, pourraient bientôt dépasser notre capacité à les résoudre.

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Yasmin Ali
Journaliste égyptienne spécialisée dans les dossiers de l’éducation et de l’économie, elle a travaillé pour des sites locaux, régionaux et internationaux.

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