En Égypte, 492 feddans expropriés en 2025

En Égypte, 56 décisions d’expropriation ont visé 492 feddans de propriétés privées en 2025.

Zawia3

Les droits face aux restrictions sécuritaires et numériques

Lignes supprimées | Numéro 16 | Février 2026

Éditorial

Les droits face aux restrictions sécuritaires et numériques

Dans le seizième numéro mensuel de « Lignes supprimées », Zawia3 continue de suivre une situation des droits humains où les restrictions sécuritaires se combinent aux outils administratifs et techniques, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Des sièges laissés vides au Syndicat des journalistes par leurs occupants derrière les barreaux aux salles d’audience examinant des affaires liées à l’action syndicale et aux revendications salariales, en passant par le blocage numérique, les technologies de surveillance et les rapports documentant douze années de réduction de l’espace civique et des pratiques de répression transnationale, ce numéro retrace des transformations qui dépassent les cas individuels et révèlent l’extension des restrictions de l’espace public. Alors que les crises de la détention et de l’asile s’aggravent, que les femmes reprennent leurs combats contre la tutelle et que les difficultés d’accès aux soins et à un logement sûr s’accentuent, les droits fondamentaux semblent soumis à une épreuve prolongée, qui repose la question de la responsabilité et de la transparence dans plusieurs dossiers.

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1. Liberté de la presse et d’expression et défenseurs des droits

Droits et libertés

« Sa place est vide » : une campagne syndicale pour la libération des journalistes détenus

La commission des libertés du Syndicat des journalistes égyptiens a lancé une campagne sous le slogan « Sa place est vide… Rendez-le à ses proches », afin d’obtenir la libération des journalistes placés en détention provisoire. Annoncée récemment et prévue jusqu’à la fin du ramadan, elle comprend des portraits, des photographies et des messages des familles des journalistes détenus, montrant les conséquences sociales et humaines des longues incarcérations, notamment les enfants qui grandissent loin de leur père et les épouses confrontées à la douleur de l’absence.

Dans ce contexte, le président du Syndicat des journalistes Khaled al-Balshi a adressé deux requêtes au procureur général pour demander la libération de 17 journalistes en détention provisoire. Parmi eux figurent Mohamed Ibrahim Radwan, connu sous le nom de « Mohamed Oxygen », et Safaa Mohamed Hassan al-Korbeigy, ainsi que quinze autres journalistes dont il demande le réexamen de la situation après plus de deux années de détention provisoire. Il souligne que leur libération est devenue obligatoire en vertu de l’article 54 de la Constitution et de l’article 204 du Code de procédure pénale, après le dépassement des délais légaux d’arrestation et de détention.

Selon le Syndicat des journalistes, ces confrères ne présentent ni risque de fuite ni menace pour les investigations. Le renouvellement de leur détention malgré l’expiration du délai légal impose donc aux autorités un réexamen juridique et judiciaire immédiat.

Onze journalistes renvoyés en jugement dans l’affaire du « rassemblement pour les salaires »

Le 22 février 2026, le tribunal correctionnel de Qasr al-Nil a reporté au 22 mars la première audience du procès de neuf journalistes du quotidien Al-Bawaba News et de deux membres du conseil du Syndicat des journalistes, Iman Auf et Mahmoud Kamel, à la demande de leur défense, afin de consulter le dossier avant son examen.

Les journalistes et les deux membres du conseil ont été renvoyés en jugement dans l’affaire no 1084 de 2026 pour injure et diffamation envers Abdel Rahim Ali, président du conseil d’administration d’Al-Bawaba News, et Dalia Abdel Rahim Ali, sa rédactrice en chef. Les poursuites font suite à leur participation à un rassemblement pacifique sur les marches du Syndicat des journalistes pour demander le versement des salaires impayés et l’application du salaire minimum conformément aux lois et décisions en vigueur.

Parallèlement, Mahmoud al-Batakoushy, l’un des journalistes concernés, a également été renvoyé devant le tribunal économique pour injure et diffamation sur une page en ligne réclamant l’application du salaire minimum. La défense critique l’absence de propos clairement injurieux ou diffamatoires dans les contenus invoqués à l’appui du renvoi.

Dans un communiqué commun, vingt organisations de défense des droits humains et partis politiques ont condamné le renvoi des journalistes en jugement. Ils qualifient ces procédures de « précédent dangereux », susceptible de transformer un conflit professionnel sur des droits financiers en affaire pénale visant l’intimidation et l’isolement juridique. Ils demandent l’arrêt de toutes les poursuites liées à la contestation pacifique, le paiement des sommes dues et l’application du salaire minimum sans discrimination.

Ce renvoi intervient dans le contexte d’un sit-in collectif des journalistes d’Al-Bawaba News, qui a duré environ 56 jours à partir de novembre 2025 pour protester contre le non-paiement des salaires et la non-application du salaire minimum, avant sa dispersion par la force et le déplacement de la mobilisation au siège du Syndicat des journalistes.

Après un interrogatoire sur les « Archives de l’oppression », Aida Seif al-Dawla libérée contre une caution de 100 000 livres

La médecin et défenseuse des droits humains Aida Seif al-Dawla, directrice du Centre El Nadeem pour la réhabilitation des victimes de violences, a été interrogée par le parquet de la Sûreté de l’État au sujet du rapport annuel du centre intitulé « Archives de l’oppression », qui documente des cas de torture et de violations dans les lieux de détention en 2025.

L’interrogatoire a duré plusieurs heures et a porté sur le contenu du rapport, sa méthodologie et ses sources, dans le cadre d’accusations de publication de nouvelles ou d’informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique. Cette formulation revient dans les affaires liées à la documentation des violations des droits humains. À l’issue de l’interrogatoire, le parquet a décidé de libérer Seif al-Dawla contre une caution de 100 000 livres, tout en poursuivant l’enquête. Le montant élevé de la caution a suscité des réactions de défenseurs des droits humains, qui y voient une lourde charge financière, particulièrement dans les affaires de liberté d’expression ou d’action en faveur des droits humains : dans ces cas, la caution ne sert pas seulement à garantir la comparution, mais devient de fait un instrument de pression financière.

Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large où, au cours des deux dernières années, plusieurs personnes poursuivies dans des affaires politiques ou de droits humains ont été libérées contre des cautions élevées, allant parfois de dizaines à des centaines de milliers de livres. Des défenseurs des droits humains estiment que cette tendance traduit une évolution du traitement de ces affaires, la longue détention étant parfois remplacée par de fortes cautions qui pèsent économiquement sur les prévenus et leurs familles.

Un pourvoi en cassation pour l’expert Abdel Khalek Farouk

Mardi 17 février 2026, l’avocat défenseur des droits humains Khaled Ali et le dirigeant ouvrier Kamal Abou Eita, aux côtés de la Commission égyptienne des droits et des libertés, ont déposé un pourvoi devant la Cour de cassation dans l’affaire correctionnelle no 4027 de 2025 d’Al-Shorouk concernant l’homme politique et économiste docteur Abdel Khalek Farouk, après la confirmation de sa condamnation à cinq ans de prison.

Le 4 octobre 2025, le tribunal correctionnel d’Al-Shorouk avait condamné Farouk à cinq ans de prison pour « diffusion de fausses nouvelles et informations susceptibles de troubler la paix publique et de nuire à l’intérêt national », sur la base d’articles et de publications traitant de politiques économiques publiques. Le 25 décembre 2025, le tribunal correctionnel d’appel d’Al-Shorouk a confirmé la peine et rejeté l’appel de la défense.

Le pourvoi devant la Cour de cassation constitue la dernière voie judiciaire pour contester cette condamnation. Ses auteurs demandent l’annulation du jugement et un nouvel examen de l’affaire, sur la base d’arguments concernant la procédure du procès et les garanties de la défense.

Farouk avait été arrêté à son domicile le 20 octobre 2024 et renvoyé pour enquête dans une affaire inscrite au registre de la Sûreté de l’État. Il était notamment accusé de diffusion de fausses nouvelles et informations, à la suite de plus de quarante articles et publications consacrés aux politiques économiques et à la gestion des ressources publiques.

Abdel Khalek Farouk est un chercheur en économie et écrivain connu pour ses analyses en économie politique, sur la justice sociale, la dette publique et les privatisations. Il est l’auteur d’ouvrages et d’études sur la structure de l’économie égyptienne. Il avait déjà été arrêté en octobre 2018 pour ses écrits critiques, avant d’être libéré. L’affaire actuelle prolonge ainsi une série de poursuites liées à l’expression de ses opinions sur les affaires économiques publiques.

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2. Vie privée numérique et droit d’accès à l’information

Entre protection et intrusion : comment les outils de surveillance numérique sont-ils devenus un dilemme de souveraineté ?

En décembre dernier, l’Autorité nationale de régulation des télécommunications en Égypte a mis en garde contre des cyberattaques sophistiquées visant les smartphones au moyen de failles « zero-day » et de liens malveillants. L’avertissement coïncidait avec des rapports sur des logiciels espions commerciaux tels que « Predator », lié à l’alliance Intellexa.

Le paradoxe est que des rapports techniques et de défense des droits humains avaient déjà documenté l’utilisation de ces logiciels ou d’outils similaires en Égypte pour cibler des militants, des journalistes et des opposants, dans le cadre d’un recours plus large à des instruments de surveillance numérique avancés. Des fuites et des enquêtes internationales ont révélé que certaines entreprises qui les développent disposent d’un accès technique aux systèmes de leurs clients, suscitant des inquiétudes qui dépassent l’atteinte à la vie privée et concernent de possibles intrusions plus larges touchant à la souveraineté.

Depuis 2013, les autorités égyptiennes ont élargi leur dispositif de surveillance en achetant à des entreprises américaines, européennes et israéliennes des technologies d’interception, d’inspection approfondie du trafic Internet, dite DPI, et d’intrusion dans les appareils, en parallèle de projets locaux de surveillance des contenus et d’analyse des tendances de l’opinion publique.

Des rapports indépendants font état de l’utilisation de ces outils pour bloquer des centaines de sites, analyser le trafic de données et même cibler des personnes au moyen de logiciels espions avancés. Parallèlement, des modifications législatives ont autorisé la surveillance des communications sur décision judiciaire, tandis que le cadre législatif régissant les relations entre l’État et les entreprises technologiques reste controversé en raison du manque de transparence et de contrôle indépendant.

Sur le plan financier, les contrats de surveillance passent souvent par des lignes budgétaires générales telles que le « développement des infrastructures » et la « cybersécurité », certaines estimations faisant état de millions de dollars dépensés pour ces systèmes. Mais le risque ne se limite ni au coût ni aux droits : il concerne aussi la sécurité nationale elle-même. Ces logiciels reposent sur des vulnérabilités non divulguées et peuvent dépendre de fournisseurs étrangers, créant des faiblesses structurelles dans les réseaux. Un paradoxe fondamental apparaît ainsi : des outils justifiés comme moyens de protection peuvent devenir, en l’absence de transparence et de contrôle, une porte d’entrée potentielle menaçant la souveraineté de l’espace numérique lui-même.

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Un an après le blocage, Zawia3 et des organisations internationales demandent à AppLogic de préciser le sort de ses technologies en Égypte

Zawia3, aux côtés de plusieurs organisations de presse et de la société civile internationales, a adressé une demande officielle à AppLogic Networks, l’appelant à publier des informations documentées sur le respect de ses engagements de retrait du marché égyptien. Cette démarche intervient alors que des médias indépendants, dont Zawia3, restent bloqués dans le pays, malgré l’annonce par l’entreprise de la fin de ses opérations dans plusieurs pays présentant des risques élevés pour les droits humains au 31 décembre 2025.

La lettre commune, adressée au directeur général de l’entreprise, Mark Driedger, et à la responsable de l’éthique et de la conformité, Carol Tate, exprime une profonde inquiétude face à ce que les signataires décrivent comme l’incapacité de l’entreprise à assurer une transparence totale sur son retrait d’Égypte et à prendre des mesures concrètes pour réparer les préjudices subis par les médias. Ses technologies ont servi à restreindre leur accès au public, à travers des pratiques de censure comprenant le blocage de sites et l’intervention sur le trafic de données.

Cette démarche s’inscrit dans la poursuite du ciblage de Zawia3 : son site a été bloqué en Égypte en février 2025, puis un domaine alternatif créé pour surmonter les restrictions techniques et maintenir l’accès à ses contenus journalistiques a lui aussi été bloqué. Zawia3 rejoint ainsi des centaines de sites de presse et de médias bloqués dans le pays, où leur nombre est estimé à au moins 630 à ce jour.

AppLogic Networks avait annoncé, dans le cadre d’un ensemble de réformes ayant contribué à son retrait de la liste des entités du département américain du Commerce, son engagement à quitter l’Égypte et plusieurs régimes non démocratiques. Elle répondait aux inquiétudes sur l’usage abusif de ses technologies, notamment l’inspection approfondie des paquets, pour faciliter des violations numériques telles que le blocage de sites et le suivi des utilisateurs.

Selon des recherches techniques menées par des organisations indépendantes de la société civile, dont l’organisation égyptienne Masaar, en collaboration avec le Citizen Lab, les technologies de l’entreprise ont été associées pendant des années à de vastes pratiques d’interférence réseau et de censure numérique visant plus de cent sites d’information et médias indépendants critiques des autorités égyptiennes.

Malgré l’annonce du retrait de l’entreprise, les autorités égyptiennes continuent de bloquer des médias indépendants, dont Zawia3. Les signataires lui demandent donc de préciser si ses technologies sont toujours utilisées dans le pays, notamment en l’absence d’informations publiques sur le devenir des équipements ou de l’infrastructure technique qu’elle avait fournis sur le marché égyptien.

La lettre souligne également que l’engagement de l’entreprise à consulter régulièrement la société civile, notamment des groupes recommandés par le département d’État américain, ne s’est pas traduit par un véritable dialogue avec les médias affectés, au premier rang desquels Zawia3. Les efforts d’Access Now pour faciliter un échange direct entre l’entreprise, des organisations de la société civile égyptienne et des médias indépendants ont été reportés pendant plusieurs mois, avant une annulation de dernière minute par l’entreprise, qui invoquait des craintes pour la sécurité de ses employés, sans proposer d’autre dispositif.

La lettre interroge aussi l’engagement d’AppLogic Networks à consacrer 1 % de ses bénéfices futurs à des organisations œuvrant pour la liberté d’Internet et la réparation des violations numériques. À ce jour, aucune information ni preuve n’a été publiée indiquant qu’un tel soutien aurait été apporté aux médias indépendants affectés par l’utilisation de ses technologies, dont Zawia3 et le site égyptien Al-Manassa.

Les signataires affirment que la transparence et la responsabilité ne peuvent se limiter à des communiqués de presse et exigent des mesures concrètes et vérifiables. Ils demandent à l’entreprise de publier, au plus tard le 26 février 2026, des preuves documentées de son retrait complet d’Égypte, des précisions sur les équipements ou les engagements contractuels encore en place, ses projets de dialogue avec les journalistes et les médias affectés, ainsi que les mécanismes de réparation qu’elle entend mettre en œuvre, dont les dons financiers annoncés.

La lettre avertit que l’absence de telles mesures pourrait être interprétée comme une tentative d’améliorer son image sans changement substantiel, ce qui compromettrait ses engagements déclarés en matière de droits numériques et de liberté d’expression.

AppLogic Networks, anciennement Sandvine, est l’une des principales entreprises mondiales spécialisées dans le développement de technologies de gestion et d’analyse du trafic Internet, notamment les systèmes d’inspection approfondie des paquets, ou Deep Packet Inspection. Ces outils permettent aux opérateurs de réseaux de surveiller, d’analyser et de contrôler les données traversant les infrastructures numériques. Ils servent initialement à la gestion des réseaux, à l’amélioration de la qualité du service et à la cybersécurité. Toutefois, des rapports techniques et de défense des droits humains internationaux ont documenté leur utilisation dans plusieurs pays pour restreindre l’accès à Internet, bloquer des sites et suivre les utilisateurs, notamment en ciblant des médias indépendants et des contenus journalistiques critiques. En 2024, l’entreprise avait annoncé un ensemble de réformes comprenant l’engagement de quitter, avant la fin de 2025, plusieurs environnements présentant des risques élevés pour les droits humains, dont l’Égypte, après son inscription sur la liste des entités du département américain du Commerce en raison de craintes concernant l’utilisation abusive de ses technologies à des fins de censure.

Le 20 février 2025, Zawia3 a annoncé le blocage de son site en Égypte, après avoir constaté des difficultés récurrentes d’accès auprès de plusieurs fournisseurs d’Internet. Des vérifications techniques ultérieures ont confirmé le recours à une « attaque par réinitialisation », un mécanisme qui interrompt la connexion dès qu’un utilisateur tente d’accéder au site sans le fermer directement, rendant l’accès intermittent et instable.

Selon un communiqué publié par Zawia3 à l’époque, le blocage a effectivement commencé le 15 février 2025. Les utilisateurs ont rencontré des difficultés croissantes pour accéder au site depuis différents réseaux, notamment Vodafone, avant que le blocage ne s’étende à d’autres fournisseurs, avec des degrés d’efficacité variables.

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3. Liberté de conviction et droits des minorités

Droits des minorités et des réfugiés

Le procès du « mur de l’église du 15-Mai »

Le parquet d’Helwan a renvoyé dix-huit prévenus en jugement dans l’affaire no 613 de 2026, à la suite de manifestations contre la démolition d’un mur entourant un terrain destiné à la construction d’une église dans le quartier de Zohour, à la ville du 15-Mai. L’Initiative égyptienne pour les droits personnels a appelé à un règlement amiable tenant compte des besoins des chrétiens du quartier et garantissant leur droit à pratiquer leur culte.

Les faits remontent au 3 février, lorsque les forces de sécurité ont arrêté 58 personnes, dont des femmes et des enfants, lors de l’exécution de l’arrêté de démolition no 480 de 2025 de l’Autorité de la ville du 15-Mai, au motif que le mur empiétait sur des espaces entourant le terrain destiné à la construction. Trente-neuf personnes ont été libérées le jour même sans procès-verbal à leur encontre, tandis que dix-huit prévenus ont été déférés au parquet, ainsi que le prêtre Athanasius Rizk, responsable de l’église, libéré à l’aube du 4 février après son audition.

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4. Droits des réfugiés, détention et éducation

Des décès en détention et une crise de la scolarisation des réfugiés

La Plateforme des réfugiés a révélé le décès de l’adolescent soudanais Al-Nazer al-Sadeq au commissariat de Badr et du demandeur d’asile Mubarak Qamar al-Din au commissariat d’Al-Shorouk, alors qu’ils étaient détenus arbitrairement.

Dans un contexte connexe, Zawia3 a recueilli des témoignages de proches d’étudiantes et d’étudiants africains en Égypte, faisant état de harcèlement sécuritaire, d’interpellations et de détentions dans des commissariats en raison du non-renouvellement de leurs titres de séjour pour études. Un militant guinéen a signalé la détention en Égypte, ce mois de février, de trois étudiants guinéens : Mostafa Camara, Aboubacar Sawané et Ibrahim Diallo.

Aboubacar Sissoko, président de l’Union des étudiants gambiens en Égypte, décrit pour sa part une vaste campagne d’interpellations touchant des migrants et des étrangers de différentes nationalités africaines. Elle a même visé certains titulaires de permis de séjour officiels, détenus le temps de vérifier leurs papiers, notamment des personnes originaires de Guinée, du Nigeria, du Bénin et du Togo, ainsi que deux jeunes femmes de nationalités européennes.

Il précise que les étudiantes et étudiants étaient détenus au commissariat d’Al-Amiriya, avant d’être déférés au parquet local d’Al-Amiriya au Caire. Il appelle les membres des communautés à porter en permanence leur passeport et leur titre de séjour et à présenter les documents officiels sur demande afin d’éviter les interpellations.

Dans un autre contexte, des milliers d’élèves yéménites risquent de perdre leur année scolaire en raison de la complexité des procédures de séjour.

Les réfugiés syriens en Égypte : expulsions et détentions sans avertissement

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5. Propriété et droits économiques et sociaux

Droits économiques et sociaux

Un bilan des droits : 56 décisions d’expropriation de biens privés en 2025, pour un total de 492 feddans

Diwan al-Omran a publié un rapport intitulé « Au nom de l’utilité publique : 492 feddans de propriétés privées soumis aux décisions de l’État », proposant un bilan quantitatif et analytique des décisions d’expropriation prises en 2025, à partir des publications du Journal officiel et d’Al-Waqa’i al-Misriyya.

Selon le rapport, 56 décisions d’expropriation de terrains et de biens immobiliers privés ont été prises au cours de l’année, pour une superficie totale de près de 2,5 millions de mètres carrés, soit environ 492 feddans. Le rapport se concentre sur les superficies détenues à titre privé, sans comptabiliser les biens de l’État ni les terrains appartenant aux organismes gouvernementaux, afin de mesurer les effets des décisions d’utilité publique sur les particuliers.

L’analyse sectorielle montre que les projets de routes et de ponts représentent la plus grande part des superficies expropriées, avec environ 51,5 %. Ils sont suivis par les projets de services publics urbains, d’aménagement urbain et de logement, ainsi que par d’autres secteurs, notamment les transports, l’assainissement, les bâtiments scolaires, les hôpitaux et les parkings publics.

Sur le plan géographique, le gouvernorat d’Alexandrie arrive en tête pour la superficie expropriée, suivi du Caire, puis de Daqahliya, Qalyubiya et Gizeh. D’autres gouvernorats ont enregistré des décisions portant sur des superficies moindres ou ne disposaient pas de données détaillées complètes. Le rapport précise que le dernier trimestre 2025 a connu le rythme le plus élevé de décisions d’expropriation, tant en nombre qu’en superficie concernée.

L’expropriation pour cause d’utilité publique repose sur la loi no 10 de 1990 et ses modifications, qui autorisent les autorités compétentes à prendre possession des biens immobiliers nécessaires à des projets classés d’utilité publique, en contrepartie d’une indemnisation fixée selon les procédures légales. Diwan al-Omran souligne que sa méthodologie repose exclusivement sur les données officielles publiées, en excluant les terrains publics, sans évaluer la pertinence des projets ni les mécanismes d’indemnisation.

Le rapport replace ces chiffres dans le contexte plus large des effets des politiques d’aménagement et des projets d’infrastructure sur les propriétés privées. Le droit de propriété constitue l’une des dimensions liées au droit au logement et à la stabilité résidentielle, alors que les décisions d’expropriation ont continué à être prises à un rythme notable durant l’année étudiée.

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6. Santé, éducation et sécurité au domicile

Les dépenses d’éducation et de santé entre dispositions constitutionnelles et réalité financière

Au début de 2026, des rapports internationaux et locaux de défense des droits humains ont relancé les interrogations sur le niveau des dépenses publiques d’éducation et de santé en Égypte et leur conformité avec les engagements constitutionnels et internationaux. Dans un rapport publié en janvier 2026, Human Rights Watch souligne que la baisse du pouvoir d’achat des budgets sociaux, dans un contexte d’inflation et d’augmentation de la dette publique, affecte la qualité des services essentiels, dont l’éducation et la santé, même lorsque des hausses nominales des crédits sont annoncées.

Le rapport de la Banque mondiale de janvier 2026 sur les perspectives de l’économie égyptienne traite également de la structure du budget public. Il souligne les pressions exercées par l’augmentation du service de la dette sur les dépenses sociales et les difficultés qui en découlent pour financer les secteurs essentiels. Bien que la Constitution égyptienne prévoie, dans ses dispositions relatives à l’éducation et à la santé, des dépenses minimales en proportion du produit national brut, des organisations comme l’Initiative égyptienne pour les droits personnels et la Commission égyptienne des droits et des libertés affirment que l’évaluation du respect de ces engagements ne se limite pas au calcul des pourcentages : elle doit aussi examiner l’efficacité de la répartition des ressources et leur effet réel sur l’amélioration des services.

En matière d’éducation, le rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants en Égypte en 2025 relève la persistance de difficultés liées à la surcharge des classes, aux disparités géographiques de qualité de l’enseignement et aux coûts indirects supportés par les familles. Les rapports de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques présentent également des données sur les taux de scolarisation et d’abandon scolaire, révélant des écarts persistants dans certaines zones rurales et pauvres.

Dans le secteur de la santé, le rapport régional 2025 de l’Organisation mondiale de la santé sur le financement des soins dans les pays du Moyen-Orient souligne que le niveau élevé des paiements directs des citoyens traduit une faible protection financière. Ce constat rejoint les alertes précédentes d’Amnesty International sur les effets des politiques économiques sur l’accès aux services de santé des groupes les plus vulnérables. Les données officielles du ministère des Finances montrent que le service de la dette continue d’absorber une part importante des dépenses publiques, limitant la marge budgétaire disponible pour accroître les dépenses sociales.

Ces rapports s’accordent à dire que les droits à l’éducation et à la santé ne se concrétisent pas par leur simple inscription dans la Constitution ou le budget. Ils exigent des données transparentes, un contrôle indépendant des dépenses et la garantie que les contraintes financières ne réduisent pas la qualité des services ni n’en transfèrent la charge sur les citoyens. Dans un contexte de poursuite des réformes économiques et d’engagements internationaux de l’État, le financement des droits sociaux reste un critère décisif pour mesurer la priorité accordée à la justice sociale dans les politiques publiques.

Le droit aux soins : la crise des « affectations » et l’espoir d’une « banque de tissus »

Le parlementaire Freddy al-Bayadi a critiqué le ministère de la Santé pour avoir réduit les taux d’affectation des diplômés des professions de santé de la promotion 2023, y voyant une décision opaque qui menace la qualité des services de santé.

Dans un contexte connexe, la députée docteure Doha Assi a adressé une demande d’explications au Premier ministre et au ministre de la Santé sur les difficultés des enfants en situation de handicap, particulièrement les enfants malentendants et porteurs d’implants cochléaires. Elle explique que ces enfants dépendent entièrement de leur implant pour entendre et communiquer, tandis que leurs familles supportent des coûts élevés de pièces de rechange sans aucun soutien public.

La députée Amira Saber a, de son côté, présenté une proposition de création d’une « banque nationale de tissus » destinée à fournir de la peau aux grands brûlés et à réduire son coût d’importation. Malgré la loi no 5 de 2010 sur les greffes d’organes et ses modifications, ainsi que la disposition constitutionnelle qualifiant le don de « don de vie », l’absence de mécanismes de mise en œuvre et de banques de tissus en a paralysé l’application.

La députée explique à Zawia3 qu’elle travaille actuellement à une étude d’évaluation des effets de cette loi et à la définition des modifications nécessaires aux mécanismes d’enregistrement et aux procédures de don. Elle souligne que l’absence de registre national unifié des donneurs constitue un obstacle majeur à l’exécution de leurs volontés après leur décès et à leur mise en relation avec les hôpitaux. L’avocat défenseur des droits humains Malek Adly partage ce constat et confirme à Zawia3 que le système manque de registres unifiés des donneurs et de mécanismes clairs de gestion des dons, illustrant l’écart entre la loi et son application.

Le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a considéré la proposition comme une mesure nécessaire pour combler une lacune chronique affectant les personnes brûlées ou atteintes de déformations, du fait de la faible disponibilité des tissus et de leur coût élevé. Il souligne que l’absence de banque organisée accentue les inégalités dans l’accès au droit aux soins.

إنشاء بنك للأنسجة البشرية والتبرع بالجلد: لماذا تستورد مصر ما يمكن أن يهبه مواطنوها؟

Le gaz naturel entre expansion et négligence : comment le « tueur silencieux » est-il devenu une menace dans les foyers ?

Une enquête de Zawia3 a révélé un paradoxe frappant entre l’expansion rapide du raccordement des logements au gaz naturel en Égypte depuis 2014, présenté comme un projet stratégique pour réduire la dépendance aux bouteilles de butane, et la multiplication des accidents de fuite de gaz dans les habitations.

En 2025, environ 15,5 millions de logements étaient raccordés au gaz, dont 572 000 durant cette seule année. Cette expansion n’a cependant pas été accompagnée d’un système efficace de contrôle et d’entretien, entraînant la répétition d’accidents où le gaz est qualifié de « tueur silencieux » en raison de ses dangers invisibles, en l’absence de statistiques officielles précises sur l’ampleur du problème.

L’enquête a recensé 113 fuites de gaz entre janvier 2024 et janvier 2026, faisant 349 victimes, dont 116 morts et 233 blessés, avec une hausse notable des accidents en 2025 par rapport à 2024. Gizeh, Le Caire et Beni Souef arrivent en tête des gouvernorats enregistrant le plus de cas, tandis que les asphyxies constituent la principale conséquence.

Une enquête par questionnaire menée auprès de 110 citoyens dans quinze gouvernorats a également montré que la majorité n’avait bénéficié d’aucun entretien périodique depuis la signature du contrat. Ce constat contredit les annonces gouvernementales sur l’application des normes de sécurité et révèle un écart entre les politiques affichées et la réalité du terrain.

L’enquête met en lumière d’autres défaillances, notamment des interventions parfois lentes et les pratiques informelles de certains ouvriers qui réalisent des installations ou des réparations hors des circuits agréés, ce qui multiplie les risques.

Des députés, des juristes et des spécialistes de la sécurité estiment que la responsabilité peut être civile ou pénale selon les cas et que l’absence d’entretien périodique et de contrôle constitue un manquement aux obligations légales et une atteinte au droit à un logement sûr.

الغاز الطبيعي في ملايين المنازل: إنجاز يوصل الخدمة وإخفاق يحصد الأرواح

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7. Droits des femmes et égalité économique

Questions de genre

Un important rapport international sur le défaut d’application des droits économiques des femmes

La Banque mondiale a publié un rapport mondial sur l’écart entre les lois relatives à l’égalité entre les sexes et leur application réelle. De nombreux pays, dont certains du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, disposent de cadres juridiques reconnaissant les droits économiques des femmes, mais manquent de mécanismes de mise en œuvre efficaces pour concrétiser ces textes. Le rapport souligne la persistance d’écarts importants dans la participation des femmes au marché du travail, l’accès à la protection sociale et aux services de prise en charge. Il affirme que le défi ne consiste plus seulement à adopter des lois, mais à créer un environnement institutionnel permettant aux femmes d’accéder réellement aux possibilités économiques, au financement et à la protection contre les discriminations. Cette analyse revêt une importance particulière en Égypte, où la participation économique des femmes reste faible par rapport à celle des hommes, sous l’effet combiné de facteurs sociaux, législatifs et liés au marché qui influencent leur autonomisation économique.

« Chambre individuelle interdite aux femmes » : une bataille contre la tutelle hôtelière

Des organisations féministes ont lancé la campagne « Chambre individuelle interdite aux femmes », en solidarité avec la journaliste Alaa Saad, dont la réservation dans un hôtel de Port-Saïd avait été refusée au prétexte que le séjour des femmes seules était « interdit ». Le communiqué qualifie cette pratique de violation de la Constitution, en ses articles 45 et 53, et de la loi sur les établissements touristiques, ainsi que de tutelle juridique reproduisant une représentation des femmes comme mineures.

La « féminisation de la pauvreté » et le travail non rémunéré

Une étude intitulée « Le travail non rémunéré » révèle un profond déséquilibre : la participation économique des femmes n’atteint que 17,5 %, alors qu’elles assurent la majeure partie du travail domestique et de soins.

Dans un contexte connexe, des organisations féministes ont demandé la création d’une « Commission de lutte contre les discriminations », une obligation constitutionnelle restée lettre morte, afin de faire face à la montée des violences et des discours de haine contre les femmes.

Du champ à la marge : comment les politiques agricoles en Égypte féminisent-elles à nouveau la pauvreté ?

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