Ce qu’il reste de la presse indépendante en Égypte
Cette lettre couvre la période du 1er au 28 octobre 2026
Ouverture : solidarité internationale avec Mada Masr après la décision de fermeture
Le numéro 24 de Lignes effacées s’ouvre sur une déclaration commune dans laquelle des organisations de défense des droits humains et des médias condamnent la fermeture de Mada Masr et la condamnation de sa rédactrice en chef, Lina Attalah. La version publiée de la déclaration compte 129 signataires, dont Zawia3, et appelle les autorités égyptiennes à laisser le média travailler librement et à cesser d’utiliser les dispositions relatives aux autorisations pour poursuivre les journalistes. Publiée aujourd’hui, 28 octobre 2026, cette déclaration fait suite au jugement du tribunal correctionnel du Nouveau Caire du 27 octobre, qui a infligé à Attalah une amende de trois millions de livres égyptiennes, ordonné la fermeture du site et la confiscation de son matériel et de ses appareils, pour gestion d’un site sans autorisation.
Selon la déclaration, Attalah a été retenue à l’intérieur du tribunal après le prononcé du jugement, puis libérée sept heures plus tard. Au cours des démarches de remise en liberté, un jugement rendu par défaut en 2024 a été découvert : il la condamnait à un an de prison pour diffusion de fausses informations et gestion d’un site sans autorisation. La déclaration précise que la défense a formé opposition à ce jugement et qu’une audience a été fixée au 11 novembre. Le récit de cette journée au tribunal ne s’achève donc pas avec la remise en liberté : la rédactrice en chef en est sortie confrontée à un nouveau jugement visant son média, ainsi qu’à une autre procédure liée à un jugement plus ancien dont elle ignorait l’existence, selon le récit de la déclaration.
Les signataires rattachent ces événements à une campagne plus large, commencée fin septembre avec l’arrestation de six journalistes de la plateforme de vérification des faits Matsda2sh, puis étendue à la convocation et à l’interrogatoire de la journaliste Rasha Azab, ainsi qu’à ce que la déclaration décrit comme une campagne de diffamation coordonnée contre le Syndicat des journalistes. Le texte indique que certains journalistes de Matsda2sh ont déclaré au parquet avoir été torturés et contraints d’enregistrer des aveux, des plaintes qui appellent une enquête, comme le détaille la rubrique consacrée à la liberté de la presse dans ce numéro. La déclaration replace la participation de Mada Masr à une rédaction solidaire réunissant des médias égyptiens et arabes dans le contexte des dernières poursuites : une tentative de combler le vide laissé par la détention de l’équipe de vérification.
La déclaration s’attarde également sur les garanties du procès, à partir de récits faisant état de l’exclusion de journalistes à certaines étapes de l’audience, du temps insuffisant accordé à la défense pour consulter le dossier, du rejet de demandes de production de pièces et d’audition de témoins, puis de la désignation d’un avocat malgré l’opposition d’Attalah et la présence de huit avocats assurant sa défense. Elle précise que son équipe juridique entend faire appel du jugement et utiliser les recours disponibles pour en obtenir l’annulation. Cette intention concerne le jugement du 27 octobre et se distingue de l’opposition qui, selon la déclaration, a déjà été formée contre le jugement par défaut rendu en 2024.
Les signataires demandent que les médias indépendants obtiennent des autorisations sans discrimination, que les règles d’autorisation cessent de servir à criminaliser le journalisme et que prennent fin les intimidations visant les journalistes, les médias indépendants et leur syndicat. Ils appellent aussi à la libération immédiate et inconditionnelle de 25 journalistes détenus, selon le nombre cité dans la déclaration. C’est de ces revendications que part ce numéro : la liberté d’une institution de continuer à publier, celle de personnes de retrouver leur foyer et leur travail, et le droit du public à une information qui ne s’arrête pas au récit officiel. Les autres dossiers, des prisons au logement, à la santé et à l’éducation, montrent ce que ces droits perdent lorsque se réduit l’espace de ceux qui peuvent en documenter les violations.
Lire les noms des organisations signataires
- 7amleh – The Arab Center for the Advancement of Social Media
- Access Now
- Al Manassa
- Al Qatiba
- Alhudood
- American Committee for Middle East Rights (ACMER)
- Amnesty International
- Andalus Institute for Tolerance and Anti-Violence Studies (AITAS)
- Arab and Middle Eastern Journalists Association (AMEJA)
- Arab foundation for civil society and human rights
- Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ)
- ARTICLE 19
- Assafir Al-Arabi
- Association for Freedom of Thought and Expression (AFTE).
- Athr
- AVAAZ
- AWID
- Babelmed
- Balkan Investigative Reporting Network, BIRN
- Bangladesh NGOs Network for Radio and Communication (BNNRC)
- Cartoonists Rights
- Cedar Centre for Legal Studies
- Center for Human Rights in Iran (CHRI)
- Center for International Policy (CIP) Washington
- Center for Media Research – Nepal
- Centre for Law and Democracy
- Committee for Justice (CFJ)
- Committee to Protect Journalists (CPJ)
- Daraj Media
- Democracy for the Arab World Now (DAWN)
- Digital Action
- Digital Rights Foundation
- Drop Site News
- DW Akademie
- Egyptian Commission for Rights and Freedoms (ECRF)
- Egyptian Front for Human Rights
- Egyptian Human Rights Forum (EHRF)
- EgyptWide for Human Rights
- En toutes lettres
- English PEN
- EuroMed Rights Network
- FactcheckAr
- Factjaja
- FactWatch, Bangladesh
- FairSquare
- Febrayer Network
- Fondation Hirondelle
- Free Press Unlimited (FPU)
- Gherbal Initiative
- Global Center for Journalism and Trauma
- Global Forum for Media Development (GFMD)
- Global Voices
- Gulf Centre for Human Rights (GCHR)
- Hounna Feminist Platform
- Human Rights Watch
- HuMENA for Human Rights and Civic Engagement
- Huquqyat
- Informed
- Inkyfada
- International Fact-Checking Network
- International Federation for Human Rights (FIDH), within the framework of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders
- International Federation of Journalists (FIJ)
- International Journalism Festival
- International Press Institute (IPI)
- International Service for Human Rights (ISHR)
- Internews Kosova KALLXO
- Intersection Association For Rights and Freedoms (IARF)
- Jadaliyya
- Journalisme & Citoyenneté / Sahafa Med
- Jummar
- Khateera
- Khatt 30
- Law and Democracy Support Foundation (LDSF)
- Lebanese Center for Human Rights (CLDH)
- Lokman Slim Foundation
- Maghreb Emergent
- MARE. Collectif
- Media Diversity Institute – Jabal Amel Report
- Meedan
- MENA Prison Forum
- MENA Rights Group
- Middle East Matters (MEM)
- Middle East Research and Information Project (MERIP)
- Mnemonic
- Najda for Human rights
- Nawaat
- New Narratives
- Nouvelles Rencontres d’Averroès (Marseille)
- Orient XXI
- Palestinian Center for Development and Media Freedoms (MADA)
- PEN America
- PEN International
- Press Club Belarus
- Rachma Media
- Raseef22
- Reporters Without Borders (RSF)
- RESURJ l Global south-led transnational feminist alliance
- Robert & Ethel Kennedy Human Rights Center
- Rory Peck Trust
- Rozana Media
- Rural Media Network Pakistan
- Rusted Radishes
- Samir Kassir Foundation
- Share3 Media (Syria)
- Sinai Foundation for Human Rights
- SMEX
- Start Point
- Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM)
- Syrians for Truth and Justice – STJ
- TAFNIED
- The Alternative Policy Institute (BADIL)
- The Funambulist
- The Key Magazine
- The Legal Agenda
- The Markaz Review
- The New Humanitarian
- The Public Source
- The Regional Coalition for Women Human Rights Defenders in South West Asia and North Africa (WHRDMENA)
- The Syria Campaign
- The Tahrir Institute for Middle East Policy (TIMEP)
- UMAM Documentation & Research
- Union of Journalists in Lebanon
- Verify
- Vita-Activa.Org
- Wasl Rights
- Women for Justice Foundation (WJF)
- Women Journalist Alliance
- World Organisation Against Torture (OMCT), within the framework of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders
- Zawia3
Noms publiés dans la déclaration de l’Institut Tahrir pour la politique au Moyen-Orient.
1. Liberté de la presse et d’expression, et droit à l’information

Matsda2sh : quand l’équipe de vérification devient elle-même la cible des accusations
Octobre a commencé alors que l’équipe de la plateforme de vérification des faits Matsda2sh se trouvait en détention, après l’arrestation de six de ses membres à la fin de septembre. Les campagnes de solidarité ont relayé les noms de Mohamed Ashraf Abu Omeira, Abdallah Qadry, Islam Barakat, Omar Hilal, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel. Dans sa couverture d’une campagne internationale lancée le 20 octobre par LabourStart et la Fédération internationale des journalistes, Zawia3 a relié l’affaire au droit du public d’accéder à des informations vérifiables. Le ministère de l’Intérieur avait accusé la plateforme de travailler sans autorisation, d’être liée à une direction et à des financements à l’étranger ainsi qu’aux Frères musulmans. La plateforme a démenti ces accusations, soulignant que ses activités comprenaient aussi la réfutation d’affirmations des Frères musulmans et que les virements destinés à ses salariés avaient transité par les circuits bancaires. Le 13 octobre, la détention des journalistes a été prolongée de quinze jours dans l’affaire no 8083 de 2026. Ces faits font passer une question professionnelle dans le champ des accusations pénales, sans que ces accusations constituent des condamnations ni que la perception d’un salaire devienne, en elle-même, une preuve de crime.
Mais l’affaire ne s’est pas limitée aux accusations liées au travail. Le 5 octobre, l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) a annoncé que des journalistes de l’équipe avaient fait consigner devant le parquet de la Sûreté de l’État qu’ils avaient été torturés et contraints de filmer des aveux. D’après les propos de la défense qu’elle rapporte, les plaintes mentionnaient des entraves, les yeux bandés, des agressions physiques, des décharges électriques et des menaces contre des proches, puis l’obligation faite à certains détenus de lire un texte préparé devant une caméra. Les avocats ont demandé que ces faits soient examinés en considérant les journalistes comme des plaignants pour torture et qu’ils soient soumis à une expertise médico-légale. La manière dont les aveux ont été obtenus devient ici une question de fond : publier un récit attribué à un détenu ne suffit pas tant que l’on ignore comment il a été recueilli, si l’intéressé a pu le contester en présence de sa défense et quelles mesures ont été prises pour enquêter sur sa plainte. Ce sont des questions procédurales précises, auxquelles des procès-verbaux, des décisions et une enquête indépendante peuvent répondre, et non une simple controverse sur des impressions ou sur la crédibilité des personnes.
Le 7 octobre, la réponse de l’EIPR au communiqué du parquet général a montré l’ampleur croissante du désaccord. Selon le communiqué examiné par l’organisation, le parquet s’appuyait sur des déclarations, des virements et des échanges de messages, et faisait état de l’absence de blessures visibles ainsi que des résultats de l’examen de trois détenus. L’EIPR a répondu que les enquêteurs n’avaient confronté les accusés à aucune information fausse précisément identifiée, que les salaires et les échanges professionnels avaient été traités comme des indices à charge, et qu’un examen physique ne dispensait pas d’enquêter sur les plaintes pour torture. L’intérêt de cette réponse tient à la distinction entre deux démarches dont aucune ne doit absorber l’autre : l’enquête sur les accusations initiales et celle sur le traitement réservé aux accusés. Même si l’autorité chargée de l’enquête estime que des éléments justifient la poursuite de la première, la seconde demeure indépendante. De même, l’absence de traces visibles au moment de l’examen ne répond pas, à elle seule, à tous les détails d’un récit comprenant des menaces, des contraintes ou des pratiques qui ne laissent pas nécessairement les mêmes marques chez chacun.
Vers le milieu du mois, l’affaire a donné lieu à un appel international plus pressant. Le 16 octobre, Amnesty International a demandé la libération des six journalistes et exposé ses inquiétudes concernant leur détention au secret et les aveux forcés qui leur étaient attribués. L’organisation a indiqué qu’ils étaient restés sans contact pendant plusieurs jours avant de comparaître devant le parquet et qu’ils étaient détenus dans les prisons de Badr et du 10-de-Ramadan. Cet appel n’ajoute aucune décision judiciaire au dossier, mais il rend difficile de réduire l’affaire à un différend administratif sur les papiers d’une plateforme. Lorsqu’une équipe entière est détenue et que le débat public se limite à un récit sécuritaire opposé à des témoignages de la défense qui ne disposent pas du même espace, le public perd un acteur de la production du savoir, et pas seulement six noms sur une liste de professionnels des médias. Cette perte peut sembler éloignée d’un lecteur qui ne suit pas l’actualité des journalistes, mais elle touche sa capacité à comparer les affirmations qu’il reçoit chaque jour sur les questions économiques, sanitaires et politiques.
Le 27 octobre, le parquet de la Sûreté de l’État a prolongé de quinze jours supplémentaires la détention des six journalistes dans la même affaire. Al Manassa a rapporté, en citant la défense, que cinq d’entre eux, détenus à Badr 1, demandaient l’allongement des périodes d’exercice et des visites, pour que celles-ci durent une heure, comme pour les autres détenus. Eman Auf, membre du conseil du Syndicat des journalistes, a déclaré que l’audience s’était tenue par vidéo alors même que les journalistes avaient été conduits au parquet. À la prolongation de la détention s’ajoutent donc des questions sur ses conditions quotidiennes et sur la possibilité, pour un détenu, de présenter directement ses plaintes. Le ministère de l’Intérieur avait démenti les informations faisant état de tortures ; la contradiction entre ce démenti et les plaintes demeure une raison de les examiner, et non un substitut à l’enquête. La décision de prolongation ne tranche pas la véracité des accusations et ne répond pas, à elle seule, à la demande de la défense de recourir à des alternatives à la détention.
Lina Attalah et Mada Masr : de la demande d’autorisation au jugement
Le 23 octobre, Zawia3 s’est jointe à 118 organisations et médias dans un appel à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef de Mada Masr. Cet appel faisait suite à sa convocation le 19 octobre, à son interrogatoire le 21 octobre et à sa remise en liberté sous caution de 100 000 livres, puis à son renvoi devant le tribunal le lendemain. La première audience a été fixée au 27 octobre. Selon les informations publiées sur ce renvoi, le procès portait uniquement sur la gestion d’un site de presse sans autorisation ; la décision de renvoi ne comprenait pas l’accusation de diffusion de fausses informations. Ce détail est essentiel pour comprendre l’affaire : tout ce qui a été dit durant l’enquête ou repris dans les médias n’est pas soumis au tribunal. L’appel soulignait que l’application de l’article 105 de la loi sur l’organisation de la presse et des médias pouvait entraîner une lourde amende, la fermeture du site et la confiscation de son matériel. Le dossier ne concerne donc pas seulement la situation personnelle de la rédactrice en chef, mais aussi la survie d’un média, sa capacité à travailler et à maintenir l’accès à ses archives.
Dans son article sur le renvoi devant le tribunal, Mada Masr a retracé les démarches d’autorisation qui constituent l’arrière-plan du procès. Selon le site, le média a déposé des demandes dès 2018, puis en 2020, saisi la justice en 2022 et présenté une nouvelle demande en juin 2023 après avoir réuni les documents requis, sans recevoir de réponse. Cette succession soulève une question qui dépasse le seul média : comment tenir un site pour responsable de l’absence d’un accord qu’il affirme avoir sollicité, dont il a rempli les conditions et qu’il attend de l’autorité compétente ? Statuer sur la demande, rendre accessibles les motifs d’un refus et permettre de le contester sont autant d’étapes d’une procédure censée être connue des intéressés. Laisser la demande en suspens, puis utiliser l’absence d’autorisation pour engager des poursuites, fait du délai administratif lui-même un moyen de pression. Ces demandes et ces échanges figuraient au cœur de ce que la défense souhaitait présenter au tribunal ; le litige relatif à l’autorisation ne saurait donc se réduire à la présence ou à l’absence d’un document sans examen des démarches du média et de l’administration.
Les enquêtes visant la rédactrice en chef n’ont pas commencé ce mois-ci. Dans sa couverture de la convocation, Mada Masr a indiqué qu’il s’agissait de la sixième affaire visant le média, ses journalistes et sa rédactrice en chef en six ans. Parmi elles figurait l’interrogatoire de Lina Attalah en août 2025 au sujet d’une couverture de la prison de Badr 3, à l’issue duquel elle avait été libérée sous caution. Ce contexte relie de nouveau la liberté de la presse aux droits des détenus : lorsque le fait d’écrire sur les prisons devient une source de danger récurrent pour un responsable éditorial, la capacité des familles à faire entendre ce qui s’y passe diminue et l’accès à des récits indépendants devient plus difficile. Le seul nombre des affaires ne signifie pas que leurs objets ou leurs issues sont identiques, mais il compte pour comprendre la charge qui s’accumule. Chaque convocation exige une défense, du temps et de l’argent, et réorganise la vie de la personne et du média avant tout jugement. Suivre la décision du tribunal ne dispense donc pas d’examiner l’effet de la procédure qui l’a précédée sur la poursuite du travail journalistique.
Dans les jours précédant l’audience, la solidarité s’est élargie à l’échelle locale et internationale. Mada Masr a recensé des mobilisations et des déclarations de soutien, dont une rencontre au Syndicat des journalistes et des prises de position d’organisations de défense de la liberté des médias et des droits humains. Dans le même contexte, l’annonce d’une rédaction solidaire réunissant des plateformes indépendantes traduisait une volonté de continuer à publier malgré la détention de collègues. Dans sa dimension professionnelle, cette solidarité consiste à préserver le travail affecté : vérification, couverture et accès à l’information, sans laisser le média concerné assumer seul le coût de la confrontation. C’est aussi l’occasion d’éprouver les limites de la protection syndicale : s’étend-elle aux journalistes qui ne sont pas officiellement membres, aux sites dont l’autorisation est bloquée et aux formats numériques qui ne ressemblent pas à une entreprise de presse traditionnelle ? La valeur de cette protection apparaît précisément à ces frontières, là où les travailleurs sont plus exposés à la précarité et moins en mesure de supporter son absence.
Lors de la première audience, le 27 octobre, la neuvième chambre du tribunal correctionnel du Nouveau Caire, présidée par Mohamed Moubarak, a prononcé l’amende, la fermeture et la confiscation. Zawia3 a cité Hossam Bahgat, présent à l’audience, selon lequel le tribunal avait rejeté les demandes de consultation du dossier, de production de pièces et d’audition de témoins, puis désigné un avocat malgré la présence de l’équipe de défense initiale et l’opposition d’Attalah. Ce récit importe parce qu’il touche à la capacité de l’accusée de présenter sa défense ; il est attribué à un témoin de l’audience. Sa détention après le prononcé du jugement a pris fin par sa libération sept heures plus tard, selon la déclaration qui ouvre ce numéro et qui mentionne également la découverte du jugement par défaut antérieur ainsi que la date de l’audience sur l’opposition. Dans la description des faits, le prononcé d’une décision de fermeture du site se distingue de la vérification de son exécution effective.
Dans une déclaration publiée par Zawia3 le jour du jugement, le président du Syndicat des journalistes, Khaled El-Balshy, a annoncé l’intention du syndicat d’engager les démarches juridiques pour le contester, critiquant la rapidité du passage de la convocation du 19 octobre à la condamnation du 27 octobre. Les demandes de la défense comprenaient la consultation du dossier d’autorisation auprès du Conseil suprême de régulation des médias, de l’original de la décision de refus et de la preuve de sa notification au média, ainsi que l’audition de responsables du Conseil. El-Balshy a demandé des règles d’autorisation claires et équitables et l’arrêt des poursuites qui y sont liées. La procédure judiciaire rejoint ainsi une revendication administrative générale : une décision motivée, accessible et contestable, plutôt qu’une situation dans laquelle le média reste suspendu entre une demande non tranchée d’une manière qu’il accepte et une accusation pénale de travail sans autorisation.
D’autres voix : Rasha Azab et Ashraf Omar
Amnesty International a replacé les poursuites contre Lina Attalah dans un contexte plus large de convocations de voix critiques. Dans sa déclaration du 21 octobre, elle a évoqué l’interrogatoire de la journaliste Rasha Azab le 5 octobre pour une publication critiquant le ministère de l’Intérieur, puis sa libération sous caution de 10 000 livres. Elle a aussi abordé les mobilisations de solidarité au Syndicat des journalistes. Une publication personnelle, une enquête journalistique et une activité de solidarité se trouvent ainsi dans le même paysage, même si les dossiers et les accusations diffèrent. Ce qui les relie dans une lecture fondée sur les droits, c’est l’espace laissé à la contestation et la possibilité de critiquer les institutions publiques sans que l’auteur d’une opinion devienne un accusé. Cet espace ne se résume pas à la possibilité d’écrire une première fois ; il comprend aussi ce que la personne subit après avoir écrit, la proportionnalité des mesures prises à son encontre et le message reçu par les autres lorsqu’ils voient le prix qu’elle a payé.
Quant au caricaturiste Ashraf Omar, son procès s’est poursuivi au fil des reports. Le 12 octobre, Al Manassa a rapporté le renvoi de son affaire au 14 décembre, lors d’une audience à laquelle le premier témoin à charge ne s’était pas présenté et où la défense avait renouvelé sa demande de remise en liberté. Il avait été arrêté en juillet 2024, puis renvoyé devant le tribunal en novembre 2025 après une longue période de détention précédant ce renvoi. Dans ce type d’affaires, un report signifie du temps supplémentaire en prison, et pas seulement une nouvelle date au calendrier du tribunal. L’actualité de l’audience ne peut donc être dissociée de la nécessité et de la durée du maintien en détention, ni de la possibilité pour la défense d’interroger les témoins et d’examiner les preuves dans un délai raisonnable. Lorsque l’absence de celui qui doit être entendu se répète, l’accusé supporte un coût organisationnel sur lequel il n’a aucune prise. L’affaire concerne ici un caricaturiste particulier, mais elle montre comment la régularité du déroulement du procès participe elle-même à la protection de la liberté.
2. Droit à la vie, à la liberté individuelle et à un procès équitable

Protestations en prison : des revendications au-delà des murs
Le 9 octobre, des organisations de défense des droits humains ont alerté sur l’intensification des protestations dans plusieurs prisons et demandé la protection des détenus ainsi que des enquêtes sur les violations rapportées par les familles. Les faits présentés dans le communiqué comprenaient des refus de s’alimenter ou de se rendre à certaines audiences de renouvellement de détention, ainsi que des plaintes relatives aux transferts, aux traitements et aux effets personnels. Des prisons de Minya, du 10-de-Ramadan, d’Abou Zaabal, de Badr et de la Nouvelle-Vallée étaient citées, mais la distinction entre les lieux importe : leur mention ne signifie ni que les mêmes faits se sont produits dans chacun d’eux, ni que tous les détenus y ont participé. Les organisations ont relié les protestations à la durée de la détention et à l’absence de perspective claire d’en sortir, refusant que le report du Code de procédure pénale serve à suspendre les droits garantis par la législation en vigueur. Les demandes les plus urgentes restent directement vérifiables : les contacts avec les avocats et les familles, l’accès aux soins, la documentation de tout recours à la force et la possibilité pour des instances indépendantes d’entendre les plaintes sans risque de sanction pour leurs auteurs.
Quelques jours plus tard, Al Manassa a relayé un communiqué de sept partis demandant que les plaintes des familles soient prises en compte et fassent l’objet d’enquêtes, après des récits faisant état de l’usage de gaz et d’agressions contre des détenus. Des familles avaient exprimé leurs inquiétudes au début du mois. Les déclarations partisanes ne remplacent pas des faits établis par des procès-verbaux ou des rapports médicaux, mais elles signalent que les plaintes sortent du cercle des familles isolées pour devenir une demande publique de contrôle. Ce déplacement importe parce qu’une famille ne peut généralement pas observer régulièrement ce qui se passe dans un lieu de détention : elle dépend d’une visite susceptible d’être retardée, d’un bref message ou d’une rencontre à travers une séparation. Répondre rapidement aux plaintes et annoncer ce qui a été vérifié et ce qui n’a pas été établi devient donc une garantie pour tous. Laisser s’accumuler les récits de peur sans réponses documentées ne protège pas les détenus et ne permet pas au public de savoir où s’arrêtent les faits et où commencent les rumeurs.
Khaled El-Shafei : un décès après des soins tardifs
Concernant les soins en détention, le Centre Shehab pour les droits humains a annoncé le 22 octobre le décès de Khaled Mohamed Abdallah El-Shafei à l’hôpital Al-Ahrar, après la dégradation de son état de santé. Selon le Centre, il était détenu au commissariat d’Al-Ibrahimiyya, dans le gouvernorat de Sharqia, depuis environ six mois et avait besoin d’une intervention urgente pour l’amputation d’une jambe à l’hôpital central de Hehia, avant son transfert à Al-Ahrar. Le Centre a attribué le décès à une négligence médicale et demandé une enquête indépendante, la détermination des responsabilités et l’accès des organes de contrôle aux lieux de détention. Cela demeure la qualification donnée par l’organisation aux circonstances ; établir la cause du décès et les responsabilités exige le dossier médical, la chronologie des demandes de soins et des transferts, ainsi que les résultats de l’enquête. Le cas montre l’importance de prendre en compte le temps d’attente avant l’orientation et l’intervention chirurgicale dans l’évaluation des soins, plutôt que de se contenter de signaler que le détenu a finalement été transféré à l’hôpital.
Reporter la loi ne reporte pas la question de la détention
La décision de différer l’entrée en vigueur du nouveau Code de procédure pénale, apparue fin septembre, a occupé une place importante dans l’actualité d’octobre. Dans la couverture du contexte par Mada Masr, le report au 1er octobre 2027 était lié à des préparatifs techniques et administratifs, notamment pour les procès à distance et les bases de données. Ce fait précède la période couverte par ce numéro, mais ses effets ont touché les attentes des familles de détenus. Il importe de distinguer le changement de date d’entrée en vigueur d’un texte et les décisions concernant des personnes déterminées : le report n’équivaut pas à une décision individuelle de maintenir chacun en détention, pas plus que l’entrée en vigueur de la loi n’aurait signifié la libération automatique de tous sans examen de chaque affaire. La question pratique est de savoir quels outils existent aujourd’hui pour réexaminer la nécessité, la proportionnalité et la durée de la détention, et comment la justice et la défense les utilisent. Maintenir cette question au présent empêche que l’attente législative ne devienne une attente indéfinie dans la vie des personnes.
Sous un autre angle, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a salué le report comme une occasion de rouvrir le débat sur les garanties du procès équitable. Il ne s’agissait pas d’un appel au maintien de la situation actuelle, mais à la révision de dispositions relatives à la présence de la défense, à la détention et aux procédures d’enquête, sans considérer la préparation technique comme le seul sujet à réformer. Cette position montre que s’opposer au retard et contester certaines dispositions de la loi n’est pas nécessairement contradictoire : on peut demander la fin d’une détention injustifiée dès maintenant et une loi plus protectrice à l’avenir. De même, numériser une procédure ne la rend pas automatiquement équitable ; le critère est la capacité de l’accusé à comprendre ce qui se passe, à communiquer effectivement avec son avocat, à entendre ce qui est dit à son sujet et à y répondre. Sans ces éléments, la rapidité du système ou la qualité de la connexion peut masquer un problème non résolu : la participation réelle de l’intéressé à la défense de sa liberté.
Ahmed Douma : une demande de libération conditionnelle qui appelle une réponse
Le 19 octobre, l’EIPR a annoncé que la défense d’Ahmed Douma avait déposé une demande de libération conditionnelle après qu’il eut purgé plus de la moitié de la peine prononcée dans sa dernière affaire. Selon l’organisation, il avait été arrêté le 6 avril 2026 pour des écrits sur son expérience carcérale, condamné à un an de prison en juin, puis avait vu cette peine confirmée en juillet. La demande reposait sur la durée déjà purgée et sur le respect des conditions présentées par la défense, dont le paiement des sommes fixées par la justice et la bonne conduite. Voilà la situation qui a pu être documentée : une demande de libération, et non une décision dont l’exécution serait établie. La distinction doit rester claire afin qu’un espoir ne devienne pas une information trompant la famille et le lecteur. Le dossier rappelle aussi que la fin de la peine n’est pas la seule voie suivie par la défense ; des procédures existent pendant son exécution et nécessitent des décisions expliquées dont on puisse suivre l’application, plutôt que des documents déposés qui ne constituent qu’une étape supplémentaire dans une attente dont l’intéressé ignore la durée.
Ces faits ont en commun le problème du temps dans le système judiciaire. Hors de prison, un mois peut sembler un bref intervalle entre deux communiqués ; à l’intérieur, il représente des visites, des rendez-vous médicaux et des fêtes familiales qui passent sans l’intéressé. Le suivi doit donc porter sur ce qui a réellement changé : une enquête sur une plainte a-t-elle été ouverte ? Un témoin a-t-il été entendu ? Une décision a-t-elle été exécutée ? Le maintien en détention a-t-il été motivé ? Une information précise sur une petite étape procédurale peut compter davantage pour la famille qu’une vaste annonce générale, et c’est l’accumulation de ces réponses qui permet de mesurer l’écart entre la promesse de réforme et son résultat.
Orpailleurs : des morts et des questions sur l’usage de la force
Dans le dossier du droit à la vie, Zawia3 a examiné les éléments publiés au sujet de l’attaque du 10 octobre contre des orpailleurs près de la frontière égypto-soudanaise. Son enquête, publiée le 22 octobre, a réuni des témoignages rapportés, une analyse d’images satellitaires, une vérification des lieux et des bilans contradictoires. Les images montraient des changements sur deux sites dans un intervalle rapproché, mais ne prouvent à elles seules ni la cause de ces changements, ni l’identité de l’avion, ni le nombre de morts. Les estimations des victimes varient également selon les sources médicales, les organisations de défense des droits humains et les témoins ; elles ne peuvent être additionnées en un bilan unique. Les témoignages étayent le récit de morts et de blessés lors d’une attaque aérienne, tandis que les responsabilités et l’identification technique restent à établir par une enquête indépendante. La valeur de ce travail tient à la distinction entre ce que montre le terrain et ce qui est attribué aux témoins ou aux responsables, ainsi qu’à la préservation du droit des familles à la vérité, sans remplacer les preuves par des illustrations ou par des chiffres qui circulent sans noms.
Le 12 octobre, Al-Ahram a relayé le communiqué du porte-parole militaire sur une nouvelle phase de la campagne contre l’orpaillage illégal dans le désert oriental, menée par les forces armées et la police après la distribution de tracts d’avertissement. Le communiqué affirmait que les opérations se déroulaient à l’intérieur des frontières égyptiennes, soulignait les relations avec le Soudan et mettait en garde contre les rumeurs. Mais il ne reconnaissait ni ne démentait précisément la frappe rapportée, ne donnait aucun bilan de victimes et n’expliquait pas l’emploi de l’aviation. Telle était la position publiée : évoquer la campagne ne peut être transformé en reconnaissance détaillée de tout ce qui lui est attribué, et ne répond pas non plus, à lui seul, au sort des orpailleurs mentionnés dans les témoignages.
Le 21 octobre, huit organisations égyptiennes de défense des droits humains ont demandé une enquête indépendante pour établir les responsabilités. Elles ont déclaré que la lutte contre l’orpaillage illégal ne justifiait pas en elle-même l’usage de la force létale et que l’évocation d’éléments armés ne faisait pas de toutes les personnes présentes sur les sites miniers des cibles légitimes. Cela demeure la position des organisations et leur évaluation des éléments disponibles, non une conclusion judiciaire définitive. L’enquête doit notamment établir l’identité des victimes, qui se trouvait sur les lieux, la chronologie, les éventuels avertissements effectivement reçus, ainsi que l’autorité qui a donné les ordres et celle qui les a exécutés. Sans ces réponses, les familles restent confrontées à des récits concurrents, et l’annonce des morts demeure séparée de la responsabilité de leur mort.
3. Liberté de croyance et égalité citoyenne

Khalawis : la libération doit suivre l’annonce de la détention
Le mois a connu une autre issue dans l’affaire des six jeunes chrétiens détenus à cause d’une vidéo satirique diffusée en ligne. Le 26 octobre, l’EIPR a salué l’exécution de leur décision de remise en liberté, rendue le 19 octobre. L’affaire concernait une vidéo imitant une scène du film Khalawis, que d’autres avaient diffusée après sa suppression, accompagnée d’incitations contre ses auteurs. L’organisation a indiqué qu’ils s’étaient présentés aux autorités le 6 octobre, que certains avaient moins de dix-huit ans et que les premiers interrogatoires s’étaient déroulés sans avocats. Actualiser l’information importe pour que les personnes ne restent pas emprisonnées dans la mémoire publique après leur libération effective. Mais la libération n’efface ni les questions sur les jours précédents, ni l’effet des accusations et des incitations sur leur vie. La protection exige ici de considérer tout le contexte : le contenu de la vidéo, ceux qui l’ont de nouveau présentée au public, la nature des appels dirigés contre ses auteurs et leur accès à la défense, plutôt que de réduire le dossier à une classification religieuse présupposant une intention d’offenser.
L’« affaire des chiites » : la croyance sous le regard sécuritaire
Le 7 octobre, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a indiqué que la détention du journaliste Haidar Qandil et d’autres personnes avait été prolongée de quinze jours dans l’affaire connue dans les médias comme l’« affaire des chiites ». Il a précisé que vingt-six Égyptiens étaient détenus, tandis que dix étrangers avaient été libérés auparavant. La défense a critiqué la prédominance des questions de croyance dans les interrogatoires et, selon son récit, l’absence de preuves étayant les accusations de financement et de direction portées contre les accusés ; elle a également soulevé des problèmes de santé. Ce numéro rapporte la décision documentée à cette date, sans supposer qu’il s’agisse du dernier acte de procédure concernant chacun des accusés jusqu’à la fin du mois. La portée du dossier tient à la distinction entre croyance personnelle et acte punissable : le fait que les idées d’un groupe soient peu familières à la majorité ne suffit pas à en faire la preuve d’une menace sécuritaire. Toute accusation exige un fait et des preuves susceptibles d’être discutées, tandis que l’appartenance confessionnelle ne doit pas devenir un raccourci qui remplace tout cela.
Malgré leurs différences, les deux affaires montrent que l’égalité est mise à l’épreuve lorsqu’une personne appartient à un groupe moins nombreux ou moins accepté socialement. La liberté de croyance ne se mesure pas seulement à la possibilité d’accomplir un rite un jour paisible, mais à ce qui se passe en cas de conflit, de campagne d’incitation ou de plainte. La protection des enfants, le droit à la défense et la liberté d’expression rejoignent ainsi la liberté de religion et de croyance au sein d’un même dossier. Défendre ces garanties n’exige pas d’adhérer au contenu d’une croyance ou d’une vidéo satirique ; cela exige une règle stable sur laquelle chacun puisse compter, sans que la valeur de ses droits varie selon le degré de sympathie populaire dont il bénéficie.
4. Travail, rémunération équitable et liberté syndicale

Élections syndicales : qui maîtrise le calendrier de la représentation ?
Le 24 octobre, l’EIPR a rejeté une orientation visant à prolonger de nouveau le mandat syndical, après une précédente prolongation de six mois, et critiqué une proposition d’allongement de sa durée. Rendre compte précisément de cette évolution suppose de la décrire au stade où elle se trouve : une opposition à des orientations et à des propositions en discussion, et non l’annonce que tout ce qui a été débattu est devenu une loi définitive. Le fond du problème est que reporter les élections prolonge le maintien des représentants à leurs postes et retarde la possibilité, pour les travailleurs, de leur demander des comptes ou de les remplacer. Dans une période qui exige des négociations sur les salaires et les conditions de travail, le mandat du représentant syndical devient une question pratique, et non un rendez-vous procédural détaché de l’usine ou de l’entreprise. Les travailleurs ont besoin d’une instance dont ils savent comment ils l’ont choisie, comment évaluer son action et quand la remplacer si elle ne porte pas leurs revendications. Chaque prolongation appelle une explication précise de sa nécessité et de ses limites, plutôt que de transformer l’exception en mode habituel de gestion des institutions syndicales.
Le 26 octobre, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a réaffirmé la même exigence, reliant la liberté d’organisation à l’obligation de tenir les élections. Il a rappelé la prolongation antérieure en vertu de la loi no 74 de 2026 et la nécessité de convoquer les élections dans le délai prévu avant l’expiration du mandat, refusant que la modification de la loi sur les organisations syndicales serve de prétexte au report de l’échéance. Cette intervention ouvre un autre débat : celui de la réforme du droit syndical lui-même et des personnes qui participent à sa rédaction. Les règles peuvent être modifiées pour élargir la participation, mais aussi tout en maintenant les travailleurs hors du débat. Le critère n’est ni le nom de la réforme ni l’affirmation qu’elle s’adapte au monde du travail, mais la possibilité de constituer des organisations, de choisir leurs dirigeants et de négocier librement. Les travailleurs qui subissent les conséquences des textes devraient être les premiers à pouvoir les discuter, qu’ils appartiennent ou non aux organisations existantes.
Mohamed Zahran : l’organisation professionnelle est indissociable de la liberté d’expression
Le 20 octobre, l’EIPR a salué la décision de libérer le dirigeant syndical Mohamed Zahran, rendue la veille, après sa détention depuis juillet. Elle a indiqué que son affaire était liée à des publications sur les réseaux sociaux, dont une concernant une réunion d’enseignants sur la situation de leur syndicat, et qu’il ne s’agissait pas de sa première poursuite. Sa famille avait également évoqué son état de santé. La source établit l’existence de la décision de remise en liberté ; cela ne remplace pas la documentation de son exécution et du retour au domicile. L’affaire relie le droit de l’enseignant à s’organiser à celui de parler de l’institution qui le représente. La participation syndicale ne commence pas seulement aux urnes : elle comprend l’appel à une réunion, l’échange d’opinions, la contestation de la direction et l’expression des revendications. Si toute activité précédant la réunion ou l’élection devient un risque personnel, la structure organisationnelle subsiste tandis que la capacité de l’utiliser réellement recule.
Al-Bawaba News : un jugement qui remet le salaire dans le calcul
Dans une autre procédure judiciaire, le Centre égyptien a annoncé, le 18 octobre, un jugement imposant à Al-Bawaba News de verser environ 293 000 livres à un journaliste licencié. Les sommes comprenaient des indemnités et des droits liés au licenciement, au salaire et aux congés ; l’affaire s’inscrivait dans les revendications des salariés pour l’application du salaire minimum. Le Centre a souligné que les droits avaient été calculés selon les règles légales applicables, plutôt que figés sur le faible salaire versé par l’entreprise. Ce point fait une différence concrète : lorsque l’indemnité repose uniquement sur le salaire réellement versé, mais insuffisant, les effets de l’infraction antérieure peuvent se prolonger jusqu’au coût même du licenciement. Toutefois, si important soit-il, le jugement ne signifie pas automatiquement que les sommes ont été reçues par leur bénéficiaire ; l’exécution demeure une partie de l’information. Dans le monde du travail journalistique, cette affaire rappelle que défendre l’indépendance des médias comprend aussi le contrat de travail, le salaire et la possibilité de contester sans perdre ses moyens de subsistance.
Que reste-t-il du salaire après être allé travailler ?
Zawia3 a abordé cette question dans une enquête publiée le 10 octobre sur le coût du travail lui-même. L’article recensait les dépenses de déplacement, de nourriture et de communication, ainsi que leur poids sur un revenu limité, avec des témoignages sur des horaires dépassant ceux annoncés. Il présentait des calculs illustrant l’effet des dépenses quotidiennes sur le salaire net. Il faut surtout lire ces calculs comme des exemples, et non comme des moyennes mesurées pour tous les travailleurs. Le lieu de résidence et de travail, le nombre de jours de présence et l’existence d’une indemnité de transport modifient le résultat, sans supprimer la question : le salaire suffit-il après paiement des dépenses nécessaires pour le gagner ? Apparaissent ici les limites d’une comparaison entre deux salaires nominaux sans tenir compte du coût des déplacements et du temps. Un long trajet peut peser davantage sur ceux qui assurent des soins au sein de la famille, rendant un emploi mieux payé moins envisageable qu’un emploi plus proche. Ces éléments doivent donc entrer dans le débat sur une rémunération décente, au lieu de rester une responsabilité individuelle silencieuse assumée par le seul travailleur.
Dans nos archives, un reportage publié en décembre 2025 a documenté des protestations ouvrières durant les derniers mois de cette année-là, avec des revendications liées aux salaires et à l’application des droits. Nous n’en transposons pas le bilan à octobre 2026, mais il aide à voir l’écart entre l’annonce d’un salaire minimum et sa perception effective par le travailleur. L’annonce est une étape, son application obligatoire dans chaque établissement en est une autre, puis vient la protection contre les représailles pour ceux qui la réclament. En ce sens, la question salariale ne s’arrête pas à la décision d’augmentation ; elle touche à l’inspection, à l’accès aux plaintes, à la conservation des documents, à la représentation syndicale et à la rapidité des procédures. Sans ces maillons, le travailleur peut apparaître bénéficiaire dans les statistiques globales tout en continuant à percevoir un salaire qui ne correspond pas à la décision censée le couvrir.
Les promesses du forum et les questions du présent
Le 25 octobre, Zawia3 a examiné le Forum Égypte, les promesses économiques qui l’accompagnaient et les critiques de la participation et de la conduite des débats, dont celles formulées par Amgad Emara. Parmi les chiffres évoqués figurait un objectif de salaires à 15 000 livres à une échéance ultérieure, ainsi que des promesses concernant les enseignants. Ce sont des objectifs futurs, pas un salaire actuel sur lequel une famille peut construire son budget d’octobre. Suivre ces promesses exige de savoir qui est concerné par chaque objectif, comment il sera mis en œuvre progressivement et ce qu’il adviendra des prix entre-temps. Cela exige aussi un espace où les salariés à bas revenus puissent expliquer leurs calculs sans que leurs interventions soient considérées comme un écart à l’image voulue de l’événement. En matière de revenus, ni une grande tribune ni un chiffre élevé ne remplacent une question simple : combien entre aujourd’hui dans le foyer, et combien en sort pour que la vie et le travail puissent continuer ?
5. Logement sûr, propriété et protection contre l’appauvrissement

Al-Marg et Abou Zaabal : l’indemnisation ne se réduit pas à un chiffre dans une décision
Une enquête publiée par Zawia3 le 12 octobre a fait apparaître les craintes d’habitants situés sur le tracé du projet d’Al-Marg et Abou Zaabal, à partir de témoignages et de documents datant de septembre. L’article abordait la déclaration d’utilité publique et les premières enveloppes d’indemnisation, d’environ 6,62 milliards de livres réparties entre Le Caire et Qalyubia. L’affectation de cette somme ne signifie ni qu’elle a été versée ni que chaque famille connaît déjà sa part. Dans les témoignages, l’incertitude concernait le tracé, les biens concernés, le calendrier et la méthode d’évaluation de l’indemnité. Parmi les personnes interrogées figuraient des propriétaires dont le logement avait absorbé les économies avant que la possibilité d’une démolition n’entre dans leurs calculs. La question n’est pas ici de rejeter par principe le développement des transports, mais de déterminer la place des habitants dans sa mise en œuvre : quand seront-ils informés ? Qui leur expliquera les documents ? Comment contesteront-ils l’évaluation ? Quelle solution sera disponible avant que l’expulsion devienne réalité ? Ce sont ces questions qui transforment l’indemnisation, d’un montant global, en une protection utilisable.
Un logement n’est pas une surface remplaçable par une surface égale n’importe où, sans autre perte. La proximité de l’école, des soins et du travail, les réseaux d’entraide entre proches et voisins, ainsi que les déplacements quotidiens participent tous à la capacité d’une famille de poursuivre sa vie. L’indemnité peut paraître adéquate si l’on n’évalue que les murs, sans permettre d’acheter le même accès à la vie quotidienne. Les informations sur le projet et l’indemnisation doivent donc être disponibles avant le moment où l’on demande aux habitants de prendre des décisions définitives. Un guichet de réclamation clairement identifié, un délai de réponse et un document expliquant les bases du calcul peuvent dissiper une part de peur à laquelle ne répondent pas les déclarations générales de sollicitude envers les habitants.
Anciens baux : les retraites face à une hausse inattendue
Le 13 octobre, Zawia3 a publié des témoignages sur l’effet des augmentations des anciens loyers réglementés sur les retraités. Parmi les cas figurait une mère de 73 ans, percevant une pension de 3 200 livres, dont le loyer était passé à 1 150 livres après l’augmentation annuelle, soit plus du tiers de son revenu. Certains entretiens remontent à septembre et expliquent comment les règles de la loi no 164 de 2025 sont entrées dans le budget des ménages. Ce récit ne prouve pas que tous les locataires sont dans la même situation, mais révèle ce que masque un taux d’augmentation uniforme : des capacités différentes à supporter la hausse selon l’âge, le revenu, la maladie et l’existence d’un soutien familial. De même, la crainte de ne plus pouvoir payer à l’avenir ne signifie pas qu’une décision d’expulsion avait été rendue à cette date. La précision protège ici d’une dramatisation inutile pour montrer le problème : le seul fait qu’un retraité soit contraint de choisir entre des dépenses essentielles pour payer son loyer suffit à poser la question des protections transitoires et des critères d’accès à un logement de remplacement.
Un débat équitable sur les loyers doit considérer ensemble propriétaires et locataires, sans présumer une capacité économique identique chez tous les membres de chaque groupe. Un propriétaire peut dépendre du revenu locatif, tandis qu’un locataire vit d’un revenu qui ne peut augmenter au même rythme. Reconnaître la diversité des situations permet de concevoir des aides plus précises, plutôt que de justifier l’application d’une formule unique à tous. L’effet de la réforme peut se mesurer au nombre de litiges résolus et à la capacité des plus vulnérables de rester dans un logement adapté ou de déménager en sécurité, et pas uniquement au montant de la hausse. Le logement se stabilise lorsque les obligations sont compréhensibles et supportables, et lorsqu’une brève perte de revenu ne devient pas une voie irréversible vers la perte du foyer.
Nouvelle Sphinx : des propriétaires sommés de payer leur terre une seconde fois
Le 22 octobre, Zawia3 a présenté un litige concernant des propriétaires de terrains dans la zone de Nouvelle Sphinx. Ils affirment que le changement d’autorité de tutelle et d’usage des sols a été suivi de demandes de paiements supplémentaires pour régulariser leur situation. L’enquête s’appuyait sur des documents et des témoignages concernant des achats antérieurs et des dépenses engagées sur les terrains, puis l’apparition de nouvelles obligations liées à leur conversion à un usage urbain. Des droits ou des évaluations propres à un cas ne doivent pas être transformés en prix uniforme pour toute la zone : la situation juridique, la superficie et les documents diffèrent d’un propriétaire à l’autre. Mais le cœur de la plainte est clair : lorsqu’une personne paie un prix et agit sur la foi de documents existants, elle a besoin d’une explication précise sur ce qui a changé et sur la raison pour laquelle on lui demande de payer de nouveau. Cela ne tranche pas à soi seul la validité de chaque contrat ni les droits de chaque demandeur ; cela fait porter l’obligation d’explication sur l’autorité qui exige le paiement et place l’accès au recours et à un examen indépendant au cœur de la protection de la propriété.
Vingt mille logements : un accord de construction en attente de livraison
Le 28 octobre, une couverture a rapporté des accords conclus la veille avec des promoteurs immobiliers pour construire environ 20 000 logements sociaux dans huit villes nouvelles, de 90 mètres carrés chacun. La formule annoncée comprend un crédit immobilier au taux de 8 % calculé sur le capital restant dû, sur une durée allant jusqu’à vingt ans, et une aide financière pouvant atteindre 180 000 livres selon le revenu du bénéficiaire. Ce sont les paramètres d’un programme annoncé, pas des montants garantis à chaque candidat ni des logements déjà remis aux familles. Les modalités de l’offre, les critères d’éligibilité, les dates de livraison et la distance des possibilités d’emploi restent déterminants pour en évaluer l’effet. L’annonce ne fait pas non plus automatiquement de ces logements une solution accessible à toute personne touchée par la réforme des anciens loyers ; relier les deux dossiers exige des conditions et des procédures claires.
Takaful et Karama : que se passe-t-il après l’arrêt de l’aide ?
Sur la protection contre l’appauvrissement, la députée Safinaz Talaat a demandé, dans une interpellation parlementaire dont les détails ont été publiés le 27 octobre, que soient divulgués les critères de sortie de plus de 2,2 millions de familles du programme Takaful et Karama au motif d’une amélioration de leur situation. Elle a interrogé la durabilité de cette amélioration, le suivi des familles après l’arrêt de l’aide et la réintégration des ménages éligibles si leurs conditions se dégradent. Elle a aussi demandé des données annuelles depuis le lancement du programme en 2015, un rapport d’évaluation de ses effets et un examen devant la commission de la Solidarité en présence du ministère. Le chiffre concerne le parcours du programme au fil des années, et non le nombre de familles sorties durant le seul mois d’octobre. La question laissée ouverte est celle de la mesure de l’autonomie vis-à-vis de l’aide : une hausse nominale du revenu suffit-elle, ou faut-il vérifier la capacité durable du ménage à payer sa nourriture, son logement et ses soins ?
Dans les archives : quand le logement provisoire s’éternise
Dans un reportage publié en novembre 2025 sur Qaraqas, Zawia3 a suivi des familles qui avaient quitté leur logement des années plus tôt, puis subi le retard du relogement et les limites de l’aide locative. C’est une situation documentée au moment de sa publication, et non la confirmation que chaque famille se trouve encore dans le même état en octobre de cette année. Sa valeur dans ce numéro tient au rappel de ce qui commence après l’annonce d’une démolition : les mois et les années durant lesquels les habitants cherchent une nouvelle stabilité. L’engagement de fournir un logement de remplacement dans un délai donné exige un suivi jusqu’à la livraison effective, et une aide suffisante pour une courte période peut perdre tout effet si l’attente s’allonge et les loyers augmentent. Le dossier d’Al-Marg et Abou Zaabal rejoint ainsi ces archives, non pour affirmer que l’issue sera identique, mais pour déterminer ce qu’il faut surveiller tôt afin qu’un déplacement temporaire ne devienne pas une situation permanente sans le dire.
6. Santé, médicaments et accès aux soins

Prix des médicaments : la formule et les limites de ce qu’elle dit
Le 17 octobre, Zawia3 a expliqué le mécanisme de révision des prix des médicaments prévu par la décision no 480 et ses implications pour le fabricant et le patient. La formule présentée dans l’enquête pondère le taux de change, l’inflation et les taux d’intérêt, avec des révisions périodiques et des conditions de déclenchement des ajustements. Un détail important est que le taux de 10 % mentionné dans le mécanisme n’est pas un plafond général garanti pour toute hausse : il est lié au seuil de révision et à ses conditions. L’article discute l’argument de la disponibilité des médicaments et de la continuité de la production, face aux craintes des familles d’un alourdissement de leur charge. Il relève aussi qu’une baisse ultérieure peut concerner les nouveaux lots, de sorte que l’acheteur ne la ressent pas immédiatement s’il reste des stocks à l’ancien prix. Comparer deux décisions sur le papier ne suffit donc pas : ce qui parvient au patient, c’est une boîte précise, un prix dans une pharmacie et un moment où il a besoin du traitement, autant d’éléments qui peuvent évoluer à des rythmes différents.
La question sociale n’est pas ici de savoir si les paramètres économiques changent, mais qui supporte ce changement et comment préserver la capacité d’achat lorsque le besoin de médicament ne peut être différé. Un consommateur peut repousser l’achat d’un autre produit ou y renoncer, tandis qu’un malade chronique n’a pas forcément ce choix. Évaluer la tarification exige donc de considérer ensemble la disponibilité et l’accessibilité financière : un médicament disponible mais hors de portée de son utilisateur ne résout pas la crise d’accès, pas plus qu’un médicament bon marché sur une liste mais absent du marché. Entre ces deux situations se trouve la responsabilité de fournir des données compréhensibles sur les produits, les prix et les dates de modification, afin de ne pas laisser le patient reconstituer seul les morceaux d’une décision à plusieurs guichets.
Thalassémie : l’autorisation de soins ne met pas fin à la recherche
Dans une enquête publiée le 12 octobre, Zawia3 est revenue sur des témoignages recueillis en mai au sujet des difficultés d’accès au traitement des personnes atteintes de thalassémie. L’article abordait la régularité des transfusions, l’accès aux médicaments prévus dans le protocole thérapeutique et l’attente entre les autorisations et la disponibilité, avec des récits familiaux sur les dépenses et les déplacements. Ces témoignages ne permettent pas de porter un jugement médical sur l’ensemble des produits locaux ou importés et ne remplacent pas l’évaluation d’un médecin ; leur valeur est de décrire ce qui arrive au patient entre les étapes du système. Celui-ci peut disposer d’une autorisation de traitement tout en devant chercher un rendez-vous, un médicament ou un organisme de délivrance. Lorsque le parcours se répète, les coûts du transport et des absences au travail ou à l’école se multiplient. Le service doit donc être mesuré par sa continuité, et non par le seul nombre de décisions rendues, et le patient doit savoir clairement à qui s’adresser lorsqu’un maillon se bloque.
Les maladies nécessitant un suivi prolongé transforment la famille en coordinatrice permanente entre institutions. Elle conserve les documents, téléphone pour connaître les rendez-vous, réexplique le cas, puis découvre parfois qu’une pièce acceptée par un organisme ne suffit pas à un autre. Chaque étape n’a pas besoin d’être complexe en elle-même pour que le parcours devienne épuisant ; sa répétition à un moment où le patient ne peut attendre suffit. Simplifier les procédures et désigner clairement un responsable des blocages peut donc préserver du temps, de l’argent et de la santé avant même l’ajout d’un nouveau service. Cette dimension administrative est moins visible que l’inauguration d’un établissement, mais elle est présente dans la vie de ceux qui en ont besoin chaque semaine ou chaque mois.
Facultés de médecine : le nombre de diplômés ne répond pas à tout
Le 11 octobre, Zawia3 a examiné l’augmentation des admissions en médecine et son lien avec la formation et les capacités d’accueil. L’enquête s’appuyait sur des données, des estimations et des témoignages, dont certains remontaient à août, et soulevait des questions sur les lieux de formation clinique et l’encadrement des étudiants. Les estimations qu’elle contient ne doivent pas être présentées comme un tableau définitif du ministère ; augmenter les places ne suffit pas non plus à mesurer le nombre de médecins qui travailleront réellement dans le système ni leur répartition. Le parcours exige des années d’apprentissage, puis une formation pratique, des débouchés et des conditions permettant de rester. Pour le patient, l’intérêt de l’expansion apparaît lorsqu’il trouve un médecin qualifié et un service accessible dans sa région, et pas seulement lorsque le nombre d’admissions augmente. Entre les deux sièges, celui de l’étudiant et celui du patient, se trouve toute une chaîne de ressources à calculer ensemble.
Ces trois dossiers relient le coût, la qualité et la continuité des soins. Le manque de l’un ne peut être compensé en parlant uniquement d’un autre : le patient a besoin d’un médicament qu’il peut acheter, d’un service auquel il peut accéder et de professionnels disposant de suffisamment de temps et de formation. Il a aussi besoin d’informations précises sur ses droits, sur ce que le système couvre ou non, et d’une voie de recours s’il est privé d’une prestation prévue. Ce sont ces détails qui donnent aux politiques de santé leur sens quotidien et empêchent que l’expérience du patient ne disparaisse entre un discours sur la viabilité de l’industrie et un autre sur le nombre d’établissements et de diplômés.
7. Éducation et égalité des chances dans les établissements d’enseignement

Recrutement des enseignants : quel rapport entre la balance et la compétence ?
Le 21 octobre, Zawia3 a recensé des objections aux critères des tests et du recrutement des enseignants, notamment ceux liés au poids, à l’apparence physique et au coût des démarches. L’article présentait des témoignages de candidates sur les effets de la grossesse, de l’accouchement et des tentatives de perte de poids, ainsi que des questions parlementaires soulevées en octobre. Il comparait également le chiffre annoncé de 43 400 recrutements à un objectif supérieur ; l’écart ne prouve toutefois pas que toutes les personnes non recrutées ont été exclues à cause de leur poids. Il reste nécessaire de préciser et de classer les motifs d’exclusion, et d’expliquer le lien entre chaque test et les tâches professionnelles. L’existence d’un examen d’aptitude physique ne dispense pas de le rendre adapté au poste, compréhensible pour les candidats et susceptible de réexamen. Lorsque des facteurs liés à la grossesse ou aux responsabilités de soin affectent particulièrement les femmes, l’égalité des chances devient un élément d’évaluation du critère lui-même, et non une objection périphérique.
La question touche autant l’école que le candidat à l’emploi. Toute procédure qui exclut un candidat doit dire quelle compétence elle mesure : expliquer une leçon, gérer une classe, travailler avec les enfants ou continuer à accomplir ses tâches. Des critères peu clairs poussent les candidats à dépenser pour s’y préparer sans savoir si cela changera le résultat et rendent plus difficile un recours précis. En revanche, annoncer les motifs de la décision, les notes aux tests et la procédure de réexamen transforme une plainte générale en un droit que l’on peut examiner. La transparence ne s’oppose pas au choix des meilleurs ; elle permet au public de savoir comment ce choix a été fait.
Études supérieures : quand les frais pèsent sur la décision de continuer
Dans une enquête publiée le 11 octobre, Zawia3 a abordé le coût des études de troisième cycle à travers les inscriptions, les cours, les examens et les exigences de préparation et de soutenance des mémoires et des thèses. Les témoignages montraient que la charge ne se limitait pas à un seul poste annoncé et que certains chercheurs combinaient études et travail pour payer leurs dépenses. Il est indispensable de distinguer, dans ces calculs, les frais obligatoires versés à l’université des dépenses facultatives ou sociales qui entourent la soutenance ; on ne peut les additionner et présenter le total comme un tarif officiel. De même, l’existence de pressions financières ne signifie pas automatiquement une baisse de tous les effectifs étudiants ou des diplômes délivrés. Les témoignages établissent l’effet du coût sur les choix et les parcours individuels, et posent la question de l’accès à la recherche pour ceux qui ne disposent ni d’un soutien familial ni d’un emploi permettant d’y consacrer à la fois de l’argent et du temps.
Le problème de l’inégalité des chances peut apparaître tardivement, après que l’étudiant a déjà parcouru une grande partie du chemin. Il commence sur la base d’une estimation initiale, puis découvre des obligations supplémentaires réparties sur de longues étapes. Publier le coût complet du parcours, les échéances de paiement et les conditions d’exonération ou d’aide permet donc de décider en connaissance de cause. Le financement de la recherche devrait aussi être lié à sa qualité et à ses besoins en ressources, plutôt qu’à la capacité de son auteur de supporter le coût de l’attente. L’université perd elle-même des idées et des compétences si la poursuite des études devient principalement accessible à ceux qui peuvent acheter le temps qu’elle exige.
Logement universitaire : le mariage ne prouve pas à lui seul l’existence d’une solution
Le 20 octobre, Zawia3 a présenté l’histoire d’une étudiante dont l’hébergement universitaire avait été compromis en raison de sa situation matrimoniale, à l’approche des examens et dans un contexte conjugal compliqué. L’enquête examinait des règles réservant l’éligibilité aux personnes non mariées et les réponses les justifiant par l’hypothèse d’un autre logement pour les personnes mariées. Cette hypothèse ne couvre pas toutes les situations : le domicile conjugal peut être éloigné, indisponible dans les faits ou dangereux, et le couple peut être en cours de séparation sans que les formalités soient réglées. L’article faisait état, dans le cas présenté, d’un écart important entre le coût d’un lit dans le privé et celui d’un hébergement subventionné. La question n’est pas celle d’un jugement définitif annulant une règle, mais de savoir si cette règle mesure le besoin réel. Un étudiant capable, sur le papier, d’assister aux cours et aux examens peut en être empêché s’il ne trouve pas de logement adapté à proximité de l’université.
Cela touche particulièrement l’autonomie des femmes lorsque la poursuite des études dépend du maintien d’une relation personnelle ou de la capacité de la famille à payer un logement privé. Il est donc utile de considérer le logement universitaire comme un élément de l’accès à l’éducation, avec des critères fondés sur la distance, le revenu, les circonstances réelles et les besoins, ainsi qu’un mécanisme pour les cas exceptionnels. Si les ressources sont limitées, établir les priorités demande des informations plus précises, et non des classifications plus rapides. Une décision motivée et contestable peut préserver le droit de l’université à gérer ses places et celui de l’étudiant à ne pas être exclu sur la base d’une hypothèse qui ne correspond pas à sa vie.
8. Droits des personnes handicapées, accessibilité et accompagnement

Voitures exonérées : une mobilité bloquée
Le 18 octobre, Zawia3 a publié des témoignages et des documents sur des voitures importées dans le cadre du régime d’exonération destiné aux personnes handicapées, puis restées bloquées entre procédures et conditions. Parmi les cas figurait une mère ayant payé la voiture et les frais de stockage, avant de rencontrer un obstacle lié à un ancien dossier d’aide financière dont elle affirmait ne plus bénéficier depuis des années. Certains témoignages remontent à septembre et les démarches à des années antérieures ; tout ne concerne donc pas de nouvelles décisions prises en octobre. L’importance du récit tient au fait que la voiture peut être ici un moyen d’accéder à une séance de soins, à l’école ou au travail, et que son retard ajoute un coût direct à son prix. Les contrôles ou les soupçons d’abus du dispositif ne doivent pas devenir une présomption générale contre tous les bénéficiaires. Il faut une procédure qui distingue l’infraction établie du titulaire d’un droit, précise le document demandé, le motif du refus et la voie de recours, sans succession incompréhensible de conditions.
Listes d’attente en rééducation : le temps de l’enfant n’attend pas le rendez-vous
Dans une enquête publiée le 11 octobre, Zawia3 a suivi des familles attendant des services de rééducation pour leurs enfants, dont une famille entrée en attente en 2024 et contrainte de comparer le coût des séances privées et des transports à son revenu. Les témoignages présentaient des dépenses pouvant atteindre des milliers de livres par mois, mais il s’agit des cas rencontrés par l’enquête, et non d’une moyenne nationale. L’expérience montre que les listes d’attente ne sont pas de simples chiffres administratifs : la famille cherche en parallèle une solution de remplacement, réorganise travail, soins et dépenses, et peut réduire le nombre de séances qu’elle peut payer. Lui dire qu’elle est inscrite ne suffit donc pas ; elle doit connaître sa position, la date prévisible et les services accessibles pendant l’attente. L’équité de la répartition dépend aussi de la proximité géographique, car un service éloigné peut rester inaccessible même si son tarif est bas.
Puberté et intimité : des besoins que le handicap n’efface pas
Le 14 octobre, Zawia3 a abordé les difficultés des familles de personnes handicapées pendant la puberté, dans un contexte de manque d’information et d’accompagnement adaptés. L’enquête ouvre un sujet souvent fermé par la gêne ou la peur : comprendre les changements corporels, enseigner les limites et le respect de l’intimité, permettre à la personne d’exprimer ses besoins et de refuser ce qui lui fait du mal. Les récits présentés ne doivent pas être lus comme des conseils médicaux ou des recommandations d’intervention ; il s’agit de l’accès à un accompagnement qualifié respectueux de la personne et de sa capacité à participer. Privée d’informations, la famille peut se tourner vers des solutions inadaptées, l’isolement ou un contrôle excessif. Lorsque la personne est traitée comme un enfant permanent, ses besoins liés à l’âge disparaissent. Des supports compréhensibles et adaptés aux capacités de communication doivent donc être disponibles, avec des services où poser des questions sans stigmatisation ni atteinte à la dignité.
Ces dossiers relient mobilité, rééducation et autonomie personnelle. La voiture, la séance et l’information accessible peuvent sembler relever de services différents, mais se rejoignent dans la capacité de la personne à participer à la vie et à décider. Ils rappellent aussi que la famille n’est pas une ressource illimitée à laquelle le système peut renvoyer toutes ses insuffisances : le temps, l’argent et la santé psychique des aidants sont affectés, et les pressions peuvent se répercuter sur les possibilités d’emploi et d’éducation des autres membres. Soutenir la famille est important, mais ne doit pas masquer la personne titulaire du droit ni faire disparaître son consentement et ses souhaits du débat.
Évaluer l’accessibilité exige de partir du parcours entier. Un rendez-vous de rééducation n’aboutit pas si le transport est impossible ; un bâtiment adapté ne sert à rien si l’information est incompréhensible ; et une exonération n’atteint pas son but si les démarches pour l’obtenir absorbent les économies du bénéficiaire. La coordination entre organismes devient ainsi une composante du droit lui-même. Un guichet unique, un suivi clair de la demande et l’explication des retards peuvent réduire des charges absentes des budgets des services, mais payées chaque jour par les familles en argent, en temps et en capacité à tenir.
9. Droits des femmes et des enfants, et protection contre la violence

Meurtres de femmes : les chiffres parvenus à la presse
Le 22 octobre, Al Manassa a relayé les résultats d’un rapport du Centre Tadwein pour les études de genre, qui a recensé 85 cas de meurtre et de suicide de femmes et de filles au premier semestre 2026. Le suivi reposait sur les informations de huit sites dans le cadre du projet Femi Map ; il s’agit donc du bilan de ce qui a pu être trouvé dans ces couvertures, et non d’un recensement exhaustif des faits en Égypte. Les données faisaient apparaître une forte présence de partenaires actuels ou anciens et de membres de la famille parmi les auteurs des meurtres recensés. Une chercheuse du Centre a également critiqué la réduction des mobiles à l’expression « différends familiaux », qui masque des détails nécessaires à la compréhension et à la prévention. Les faits relèvent du premier semestre, tandis que la publication et la discussion des résultats appartiennent à l’actualité d’octobre. Il en découle une double responsabilité pour la presse : ne pas transformer le crime en récit sensationnel aux dépens de la victime, et ne pas effacer la nature de la violence par des expressions générales laissant croire à une simple dispute qui aurait mal tourné.
Lorsque l’on lit la violence à travers les seules informations qui paraissent, le silence demeure une partie du tableau. Certaines familles ne signalent pas les faits, certains événements ne sont pas couverts et certains articles ne contiennent pas les éléments nécessaires pour comprendre la relation ou l’historique des menaces. Moins d’informations ne signifie donc pas moins de danger, et une comparaison rapide entre deux périodes ne permet pas d’annoncer une amélioration ou une dégradation sans examiner la méthode de suivi. L’essentiel est de transformer les données disponibles en questions de protection : la victime avait-elle déjà demandé de l’aide ? Existait-il une menace connue ? Avait-elle trouvé un lieu sûr ? Qui aurait pu intervenir ? Ces questions ramènent le débat à la possibilité d’empêcher le dommage, plutôt que de le décrire une fois survenu.
Une proposition contre l’atténuation des peines pour le meurtre de femmes
Le 27 octobre, une proposition de la députée Fatma Adel a été présentée pour modifier le Code pénal, supprimer l’atténuation de peine liée au meurtre de l’épouse sous prétexte d’honneur et limiter le recours à la clémence dans les infractions sexuelles aggravées. Elle prévoit notamment d’interdire de s’appuyer sur les vêtements, l’apparence, la situation sociale de la victime ou son lien avec l’auteur pour justifier une peine réduite. Il s’agit d’une proposition législative, et non d’une modification entrée en vigueur. Son importance tient à l’orientation du débat vers l’égalité de protection et au refus de justifier l’agression par un comportement non criminel de la victime. Elle comprend aussi un durcissement des peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort lorsque la victime décède, ce qui appelle un débat distinct sur leur proportionnalité ; la protection des femmes ne saurait être réduite à l’augmentation de la peine maximale, tandis que la prévention, le signalement sûr, une enquête sérieuse et les services d’accompagnement restent indispensables.
Beit Fatem : la justice dans le respect de la vie privée
Le 25 octobre, l’EIPR a annoncé le report au 14 novembre, pour les plaidoiries, du procès du fondateur de Beit Fatem, conformément à une décision rendue lors de l’audience du 22 octobre. L’accusé fait face à des charges de traite des êtres humains, d’exploitation, d’agression sexuelle et d’atteinte à la vie privée concernant quatre survivantes ; les éléments à charge présentés comprennent des témoignages et des rapports techniques. Il s’agit d’accusations examinées par le tribunal, et non d’un jugement définitif. L’EIPR, qui participe à l’action civile, a souligné les droits de toutes les parties au procès et la présomption d’innocence, ainsi que la protection des victimes contre la stigmatisation et la diffamation. Le tribunal avait rappelé à la presse de ne rien publier qui révèle leur identité. Cela importe parce que le chemin vers la justice peut causer de nouveaux dommages si la publication des détails de l’affaire expose la vie des survivantes. Il est possible de suivre les procédures, les arguments et les jugements sans noms, photographies ou informations permettant de les identifier.
La protection de la vie privée ne s’arrête pas à la suppression du nom. Un ensemble de petits détails peut révéler l’identité : un lieu très précis, un lien familial, une ancienne photographie ou la description d’un fait connu de l’entourage. La responsabilité éditoriale demeure donc même si certaines informations circulent déjà. Protéger une survivante ne signifie pas l’empêcher de parler, mais lui permettre de choisir en connaissance de cause et de bénéficier de l’aide nécessaire, sans que son témoignage au tribunal l’oblige à affronter tout le public. En parallèle, distinguer clairement accusation, preuve et jugement permet un suivi sérieux qui ne remplace pas le procès par la diffamation et n’utilise pas la présomption d’innocence pour faire taire celles qui réclament enquête et protection.
L’Égypte devant le comité africain des droits de l’enfant
Dans une couverture publiée par Zawia3 le 24 octobre, six organisations de défense des droits humains ont demandé des réponses écrites aux questions du comité africain des droits de l’enfant, après l’examen du rapport égyptien le 15 octobre. Les questions portaient sur la situation des enfants détenus, la durée de leur détention, leur séparation des adultes et des données vérifiables, plutôt qu’un simple exposé des lois. Elles abordaient aussi l’excision, le mariage des enfants, les difficultés d’obtention de documents d’état civil pour les enfants de familles baha’ies, ainsi que l’éducation et les services destinés aux enfants réfugiés. Selon le communiqué relayé, les organisations estimaient que certaines questions n’avaient pas reçu de réponses suffisantes. Cette échéance internationale place des dossiers apparemment éloignés dans un même cadre : chaque enfant peut-il accéder à la protection et aux services, indépendamment de la religion, de la nationalité ou de la situation sociale de sa famille ? Une stratégie compte, mais connaître le nombre de bénéficiaires et d’exclus, ainsi que le traitement des plaintes, permet d’en évaluer les effets.
Dans les archives : l’école et les voies de protection absentes
En décembre 2025, Zawia3 a recensé 75 faits d’agression sexuelle contre des enfants dans des écoles entre novembre 2023 et novembre 2025, à partir des archives d’articles, de communiqués et de procédures officielles. Ce bilan ne représente ni les faits d’octobre de cette année ni l’ensemble de ce qui s’est produit dans les écoles ; il constitue néanmoins un contexte important pour la question de la protection revenue lors de l’examen africain. L’enquête montrait que le danger ne se limite pas à un type d’établissement et que la découverte d’un fait peut faire émerger d’autres plaintes. La sécurité ne se mesure donc ni aux frais de scolarité ni à l’apparence du bâtiment, mais à l’existence d’un mécanisme de signalement auquel l’enfant fait confiance, d’une réponse qui ne le punit pas d’avoir parlé et de mesures empêchant l’accusé de continuer à accéder aux enfants pendant l’examen de la plainte, dans le respect des garanties nécessaires. Le suivi après le signalement, de l’accompagnement de l’enfant au résultat de l’enquête, demeure aussi important que la publication de la première information.
10. Environnement, ressources publiques et droit à la culture

Lac Qarun : le revenu du pêcheur commence dans l’eau
Le 8 octobre, Zawia3 a ouvert le dossier du lac Qarun en reliant pollution, recul des ressources halieutiques et moyens de subsistance des pêcheurs. Les chercheurs interrogés ont souligné l’importance d’arrêter les polluants avant leur arrivée dans le lac, plutôt que de compter seulement sur l’assainissement ou l’ajout d’alevins. L’enquête s’appuyait sur une étude publiée en mars 2026, mais dont les échantillons avaient été recueillis en 2022 et 2023 : elle fournit un contexte scientifique, et non une analyse des eaux d’octobre. L’analyse de l’eau ne permet pas non plus de généraliser un jugement sur la sécurité de tous les poissons proposés à la consommation. Habitants et pêcheurs ont besoin de mesures régulières publiées, d’informations sur les sources de rejet et les mesures prises pour les traiter, ainsi que d’un suivi des effets sur la production. Le dommage environnemental entre dans le foyer sous forme de revenu perdu ou de coûts de travail accrus, et peut pousser à chercher un autre métier avant que les plans de sauvetage ne produisent leurs résultats.
Le lac révèle le chevauchement des compétences dans les questions environnementales. La source de pollution peut se trouver hors du lieu qui en paie le prix, et l’autorité qui réglemente la pêche n’est pas nécessairement responsable de l’assainissement ou de la publication des analyses. Les habitants doivent donc savoir qui prend en charge chaque maillon et dans quel délai, plutôt que voir leur plainte circuler entre institutions. Le succès d’une intervention temporaire ne suffit pas non plus si la cause du dommage réapparaît. La participation des parties concernées, au premier rang desquelles les pêcheurs, devient une source d’information sur les évolutions quotidiennes, aux côtés des mesures scientifiques qui les vérifient et les expliquent.
Plages de Matrouh : la différence entre entrer et louer un service
Le 15 octobre, Zawia3 a publié une enquête sur les droits d’entrée et les barrières des plages de Matrouh, à partir de témoignages et de documents de l’été 2026. Elle distinguait le droit de passage, l’accès à la plage et la location de parasols et de chaises, des montants qu’on ne peut additionner ou comparer sans savoir ce qu’ils couvrent. Elle présentait aussi un document d’exploitation de barrières pour une saison achevée le 30 septembre ; ses prix ne doivent donc pas être présentés comme des tarifs en vigueur en octobre. Face aux plaintes des habitants sur les restrictions d’accès, l’enquête relayait le démenti de députés quant à une fermeture totale des plages publiques. Dans sa dimension sociale, le litige concerne toujours qui peut utiliser le littoral et comment connaître l’accès disponible, les frais et leur fondement. Confier la gestion ou un droit d’usufruit n’équivaut pas nécessairement à transférer la propriété ; le débat exige donc de décomposer les contrats et les conditions effectives d’entrée, plutôt que d’affirmer simplement que la mer appartient désormais à tel ou tel.
Si la plage est proche du domicile d’une famille mais n’est accessible qu’après une succession de paiements, la proximité géographique ne constitue pas une accessibilité réelle. Le public a aussi besoin d’informations simples à l’entrée : existe-t-il un accès gratuit ? L’achat du service est-il facultatif ? Le tarif s’applique-t-il à la personne ou au véhicule ? Qui reçoit les plaintes ? Des réponses claires ne règlent pas tous les débats sur l’investissement, mais empêchent de faire payer au visiteur le coût d’une ambiguïté qu’il n’a pas créée. Elles permettent aussi de comparer les conditions du contrat à la réalité sur le terrain, comparaison impossible pour celui qui ignore ce que l’autorité publique a convenu en son nom.
Les Pyramides : la protection du patrimoine devant la justice
Lors de l’audience du 24 octobre, une action concernant la protection de la zone des Pyramides contre des activités et événements qui, selon les requérants, menacent le site a été renvoyée au 2 janvier 2027. Dans un communiqué publié le lendemain, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a expliqué que la défense de l’administration avait produit des documents et que le report devait permettre leur examen. Le recours demande un réexamen des concerts et des installations, excavations, dispositifs lumineux et sonores qui les accompagnent dans le périmètre archéologique. Il s’agit de risques et d’arguments soumis à la justice, et non d’une conclusion technique définitive établissant un dommage précis. L’affaire importe parce que le patrimoine est une ressource publique dont la valeur dépasse les recettes d’un événement. Les conditions d’utilisation, de contrôle et d’évaluation technique devraient donc être accessibles, et l’on devrait savoir comment l’administration concilie accueil du public, activité économique et préservation du site pour les générations futures.
Ministère de la Culture : administration, information et service
Le 17 octobre, Zawia3 a examiné la situation du ministère de la Culture plus de cent jours après la vacance du poste de ministre, alors que la gestion courante était confiée au ministre de l’Enseignement supérieur, et abordé les restrictions imposées aux déclarations médiatiques dans les secteurs du ministère. Il s’agit d’une description au moment de la publication de l’enquête, et non d’une actualisation indépendante de toute nomination ultérieure. L’article montre le lien entre l’administration et le droit du public à savoir ce qui se passe dans les institutions, les collections et les réserves culturelles. L’absence d’information ne touche pas seulement le journaliste ; elle complique le suivi des dépenses, de l’entretien et des responsabilités décisionnelles. La poursuite des activités quotidiennes ne remplace pas non plus la clarté sur ceux qui fixent les priorités et répondent aux questions des salariés et du public, surtout dans un secteur dont les établissements et les services sont répartis dans de nombreux gouvernorats.
Dans les archives, Zawia3 a suivi, en mai 2025, la décision de quitter 120 locaux loués accueillant des bibliothèques et des maisons de la culture, ainsi que les objections qu’elle a suscitées. Le reportage discutait la décision et ses projets d’exécution ; il ne fournit pas dans ce numéro un inventaire actualisé de ce qui a ensuite fermé ou rouvert. Y revenir replace néanmoins le débat administratif dans son contexte plus large : quels services culturels restent proches des habitants ? Une bibliothèque ou une maison de la culture dans un village n’est pas qu’une ligne de loyer ; elle peut être l’espace le plus proche pour lire, faire du théâtre ou apprendre un art. Si un local est supprimé, la question de son remplacement, de sa localisation, de ses horaires et de son coût entre dans l’évaluation de la décision. L’équité de la répartition culturelle ne se mesure pas au seul nombre de grands événements, mais à la capacité d’un enfant ou d’un jeune éloigné de la capitale d’y participer régulièrement.
11. Droits des réfugiés et des demandeurs d’asile, et accès aux services

Séjour : un rendez-vous avancé exige une information exacte
Le début d’octobre a été marqué par les effets de modifications des procédures de séjour annoncées fin septembre. La Plateforme des réfugiés en Égypte a expliqué la répartition des rendez-vous entre plusieurs bureaux, le mécanisme de notification des titulaires de dossiers et un plan visant à avancer certains rendez-vous lointains à partir du 31 octobre. Cette dernière date se situe après la limite de couverture du numéro ; nous la traitons donc comme une date d’application annoncée, et non comme une procédure dont nous avons vérifié l’achèvement. Le guide insistait sur le respect du bureau et de la date indiqués dans le message, ainsi que sur la vérification des données enregistrées et des conditions de présence. Rendre ces informations accessibles réduit les déplacements coûteux vers un service qui ne reçoit pas la demande ou les rendez-vous manqués en raison d’une interprétation différente des consignes. Cette lettre ne remplace ni les détails du guide ni les mises à jour officielles ; le lien permet au lecteur de consulter les conditions correspondant à sa situation et à son rendez-vous, plutôt que de se fier à des informations anciennes qui circulent.
Le titre de séjour intervient dans plus d’une démarche. Une longue attente place la famille dans l’incertitude et transforme tout changement de procédure en source d’inquiétude, surtout lorsque l’information arrive dans une langue difficile à comprendre ou par des intermédiaires. Les réformes administratives demandent donc un suivi de leurs effets : les messages sont-ils arrivés ? Les données ont-elles pu être corrigées ? La famille comprend-elle la différence entre l’ancien rendez-vous et le nouveau ? L’annonce d’une capacité d’accueil accrue s’évalue par le nombre de démarches achevées et la réduction de l’attente, et pas seulement par le nombre de bureaux. Ceux dont la demande est bloquée devraient aussi disposer d’un moyen de se renseigner sans devoir payer une somme indéterminée ni dépendre des promesses de personnes sans qualité officielle.
Santé et services : cartographier l’accès fait partie de la protection
Le 26 octobre, la Plateforme des réfugiés a publié un guide des services accessibles aux migrants et aux réfugiés, comprenant des organismes de soins et d’aide ainsi que leurs coordonnées. Ces guides sont utiles lorsque les services sont répartis entre établissements publics, organisations associatives et partenaires, mais la présence d’un organisme dans le guide ne signifie pas que toutes ses prestations sont gratuites ou accessibles à tous sans conditions. Le demandeur doit donc vérifier leur champ, leurs horaires et les orientations ou documents nécessaires. Le besoin d’un guide pratique révèle l’ampleur de la charge informationnelle qui précède le soin ou l’aide : avant de recevoir le service, il faut savoir qu’il existe, comprendre où aller et pouvoir s’y rendre. Cette charge peut être plus lourde pour les nouveaux arrivants ou ceux qui n’ont pas de réseau social pour les aider à naviguer entre les organismes.
Désinformation sur les réfugiés : le droit à l’information protège contre l’incitation
Le 19 octobre, des organisations de défense des droits des réfugiés ont relié la solidarité avec l’équipe de Matsda2sh à l’importance de vérifier les informations circulant sur les migrants et les réfugiés. Elles ont abordé les dangers de confondre des catégories démographiques et juridiques différentes et d’utiliser des chiffres mal définis pour alimenter l’hostilité. Le premier dossier de ce numéro rejoint ici les derniers : vérifier un chiffre sur les réfugiés ne sert pas un débat médiatique abstrait, mais peut empêcher qu’un groupe entier soit accusé d’être responsable d’une crise avec laquelle son lien n’est pas établi. En parallèle, discuter des charges des services et des politiques exige des données publiques vérifiables, et non l’interdiction de poser la question. Distinguer résident, migrant, réfugié et demandeur d’asile, ainsi que nombres d’inscrits et estimations plus larges, permet un débat plus précis et protège contre la transformation des différences de définition en outil d’intimidation ou d’incitation.
12. Palestine, droit à réparation et responsabilité internationale

Reconstruire Gaza : qui décide au nom des propriétaires des maisons ?
Le 20 octobre, l’EIPR a publié une lettre commune au Groupe de la Banque mondiale, signée par plus de 250 organisations et personnalités, contestant le financement de dispositifs liés au « Conseil de la paix » et à un fonds de reconstruction de Gaza. La lettre reprenait des questions déjà posées en avril sur la transparence, la participation palestinienne et les garanties en matière de droits humains. Ce sont les objections et les demandes de ses auteurs, et non des décisions judiciaires définitives sur chaque dispositif de financement évoqué. Leur importance tient à la place donnée aux titulaires de droits dans le débat sur la reconstruction : qui fixe les priorités ? Qui contrôle l’argent ? Comment sont protégés la propriété, le retour et la réparation ? Reconstruire un bâtiment ne suffit pas si ses propriétaires restent exclus des décisions sur ce qui est construit, où et pour qui, ou si leur droit de choisir est remplacé par un plan qu’ils ne peuvent contester.
La reconstruction exige plus qu’une estimation du coût du béton et des infrastructures. La maison est liée au terrain, au document et à la famille ; l’école, à un quartier où les enfants peuvent revenir ; l’hôpital, à la possibilité pour les habitants d’accéder aux soins. Financer l’avenir ne doit pas non plus effacer la question de ceux qui ont causé le dommage ni conditionner l’aide à l’abandon d’une demande de réparation. Le contrôle financier rejoint ainsi la participation publique : rendre accessibles les contrats, les budgets et les critères de répartition des ressources permet aux titulaires de droits de comprendre les décisions qui remodèlent leur vie et de demander des comptes aux responsables, plutôt que de se contenter de grandes promesses.
Cour pénale internationale : protéger le chemin vers la justice
Le 13 octobre, plus de 120 organisations de dizaines de pays ont appelé à agir pour protéger la Cour pénale internationale des sanctions américaines, avertissant de leurs effets sur les services financiers et techniques dont la Cour et ses partenaires ont besoin. L’appel présentait les sanctions comme une menace pour la capacité de l’institution à enquêter, tenir des audiences et protéger les témoins, et demandait aux États parties de garantir la poursuite du travail et de la coopération. Il ne s’agit pas seulement d’une position symbolique envers une instance internationale : la coupure d’un service bancaire ou technique peut concrètement bloquer une procédure que des victimes attendent depuis des années. Protéger l’enquête ne préjuge pas non plus de son résultat ; l’indépendance de la justice permet d’examiner les preuves et les arguments et de rendre une décision, au lieu que l’accès dépende de la capacité des parties puissantes à neutraliser ses outils.
Entre un jugement qui menace une rédaction, le renouvellement de la détention d’une équipe de vérification et un décès appelant une enquête, la liberté de la presse rejoint la capacité de la société à savoir ce qui se passe derrière les portes closes. Dans les dossiers du logement, des aides, des soins et de l’éducation, une autre épreuve se répète : le passage de la décision annoncée à la vie de celui qu’elle concerne. Jusqu’au 28 octobre, les faits réunis dans ce numéro présentent des issues diverses, d’une libération à un jugement susceptible de recours, d’une interpellation parlementaire à un accord de construction en attente d’exécution. Chacun conserve un parcours de suivi précis, pour que les titulaires de droits ne disparaissent pas une fois le cycle de l’information achevé.
