Chaque jour, Aziza et Souad se réveillent à cinq heures du matin. Avant le lever du soleil, elles quittent leur village avec des dizaines de femmes, à bord de camionnettes ou de tricycles motorisés, pour rejoindre les champs. Elles y passent plus de dix heures à récolter, désherber ou trier les légumes en plein soleil, alors que la température dépasse 45 °C au plus fort de la journée.
Aziza El-Toubl, 35 ans, du gouvernorat de Sohag, dans le sud de l’Égypte, dit être habituée au soleil : le travail agricole lui vient de sa famille. Mais elle décrit les températures des trois dernières années comme « un feu ardent », insupportable pour un être humain. Elle évoque les malaises répétés dont souffrent sa sœur, ses collègues et elle-même, exposées directement au soleil toute la journée. Elles ne peuvent pourtant abandonner leur seule source de revenus.

Souad Hussein, 25 ans, éprouve un profond sentiment d’injustice. Elle ne gagne pas plus de 200 livres par jour pour plus de dix heures de travail sans repos sous un soleil brûlant. « Nous mangeons en travaillant. On ne nous laisse ni nous reposer ni même aller aux toilettes. L’employeur veut seulement que tout soit terminé en une journée pour ne pas devoir payer une journée supplémentaire. Nous ne sommes pas traitées comme des êtres humains », raconte-t-elle.
L’agriculture est l’un des principaux secteurs d’emploi en Égypte : elle occupe environ un cinquième des actifs et contribue à hauteur d’environ 11 % à 12 % au produit intérieur brut. Selon les dernières données du marché du travail, elle emploie environ 6,57 millions de personnes, soit 20,5 % des actifs occupés. Elle reste ainsi le deuxième employeur après les services, malgré le recul de sa contribution économique par rapport aux décennies précédentes. Ce paradoxe est frappant : elle emploie une personne sur cinq, mais ne produit qu’environ un dixième de l’économie, ce qui reflète une faible productivité et une forte proportion d’emplois peu rémunérés.
Les femmes sont un pilier de ce secteur, mais leur contribution paraît sous-évaluée dans les statistiques officielles. Le Plan national d’adaptation au changement climatique indique qu’environ 45 % des femmes actives en Égypte travaillent dans l’agriculture, la majorité dans l’économie informelle.
Le document précise que 94 % de la main-d’œuvre agricole relève de l’emploi informel. Les femmes ne représentent pas plus de 20 % des travailleurs officiellement employés dans l’agriculture. La plupart des ouvrières exercent donc sans contrat, sans protection sociale et sans assurance maladie.
Le document indique aussi que les femmes réalisent environ 94 % des récoltes manuelles en Haute-Égypte et quelque 67 % en Basse-Égypte, notamment pour les cultures exigeantes physiquement, comme le blé, la canne à sucre et les fourrages.
Le manque de protection dépasse l’agriculture. Les données de l’Organisation internationale du travail et de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, examinées par l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’OCDE, indiquent que 57 % des femmes actives en Égypte travaillent dans l’économie informelle. L’OIT estime cette proportion à environ 62 %.
Des millions de femmes travaillent ainsi en dehors des dispositifs d’assurance sociale, de couverture des accidents du travail et de soins liés à l’emploi. Tout arrêt pour maladie, grossesse ou vague de chaleur entraîne alors une perte immédiate de revenus.
Les expériences de terrain menées par l’OIT dans les chaînes de production agricole, comme la filière du jasmin dans le gouvernorat de Gharbia, montrent aussi une forte dépendance au travail des femmes et des enfants, dans des emplois instables et peu rémunérés, avec une protection sociale et des revenus manifestement insuffisants. Ce modèle dépasse cette seule filière et reflète des caractéristiques répandues du marché du travail agricole.

Des étés plus longs et des risques accrus dans les champs
Durant les deux dernières décennies, l’Égypte a enregistré une hausse progressive des températures, davantage de journées extrêmement chaudes et des vagues de chaleur plus fréquentes et prolongées, notamment en juillet et en août. Cette période coïncide avec le pic de plusieurs saisons agricoles.
Le Plan national d’adaptation au changement climatique classe l’Égypte parmi les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord les plus exposés à la hausse des températures. Les scénarios climatiques prévoient une augmentation moyenne de 1,5 à 2 °C d’ici au milieu du siècle si les émissions se maintiennent à leur rythme actuel. Cela signifie davantage de jours au-dessus de 40 °C, notamment en Haute-Égypte et dans le delta.
À l’été 2023, plusieurs gouvernorats ont enregistré des températures proches de 46 °C, et certaines zones du sud de la Haute-Égypte ont dépassé 47 °C. Les vagues de chaleur se sont poursuivies durant les étés 2024 et 2025, avec des avertissements répétés de l’Autorité météorologique concernant la persistance de masses d’air très chaudes et une humidité élevée. La température dite « ressentie » a ainsi dépassé les valeurs effectivement mesurées.
Assouan, Louxor, Qena, Sohag et la Nouvelle-Vallée figurent en tête des gouvernorats les plus chauds durant les étés 2024 et 2025. Minya, Beni Souef et le Fayoum ont enregistré de 42 à 45 °C au cours de plusieurs vagues de chaleur. Durant certains jours de l’été 2026, les températures ont approché 44 °C dans de vastes secteurs de Haute-Égypte. L’humidité a encore accru les températures ressenties, notamment dans le delta et le Grand Caire.
La météorologie confirme que le nombre de journées extrêmement chaudes augmente, reflétant les effets du changement climatique en Égypte et aggravant les risques pour les personnes qui travaillent en extérieur, au premier rang desquelles les ouvrières agricoles.
Ces chiffres n’ont toutefois pas le même sens pour tous. En ville, beaucoup peuvent s’abriter chez eux ou dans des lieux de travail climatisés. Les ouvrières agricoles passent leurs journées dans les champs ouverts. La hausse des températures devient pour elles un danger professionnel direct, plutôt qu’un simple désagrément saisonnier.
L’OIT indique que le travail prolongé à des températures élevées diminue les capacités physiques, accroît le risque de stress thermique et favorise les accidents professionnels par la fatigue et la baisse de concentration. Elle estime qu’en 2030, le stress thermique fera perdre dans le monde l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein. L’agriculture, fondée sur le travail à l’air libre, sera l’un des secteurs les plus touchés.
Souad raconte que sa mère, âgée de 60 ans, a été piquée par un scorpion l’année dernière alors qu’elle récoltait des tomates dans une exploitation des villages d’El-Balyana. Les ouvrières n’y ont trouvé ni secours ni soins. Elles ont eu recours à ce qu’elle appelle des « méthodes rudimentaires » pour tenter de la sauver : elles lui ont attaché la jambe au-dessus de la piqûre et pratiqué une petite incision au pied pour faire sortir du sang, pensant qu’il contenait le venin. Elles l’ont ensuite transportée en tricycle motorisé au centre de santé le plus proche, à environ une heure de cette exploitation située près de la montagne.

Elle ajoute que l’exploitation se trouve dans une zone désertique, où les scorpions et les serpents sont fréquents. Les médecins leur ont dit ensuite que le scorpion appartenait à une espèce très venimeuse et que sa mère avait survécu par miracle. « La providence divine, parce qu’on nous a dit que le venin était mortel », dit-elle.
Selon Souad, cet épisode n’est pas exceptionnel. De nombreuses ouvrières souffrent régulièrement des conséquences de longues heures au soleil : stress thermique, épuisement, troubles gastriques, vertiges et évanouissements. Sans lieux de repos ni matériel de premiers secours dans les champs, chaque blessure ou malaise devient un long trajet pour trouver le centre de santé le plus proche.

Conditions de travail et violations sur le terrain
May Saleh, directrice du programme Femmes, travail et droits économiques de la Fondation de la femme nouvelle, estime que les ouvrières agricoles affrontent des risques imbriqués dès qu’elles quittent leur domicile et au-delà de leur journée de travail. Le secteur ne respecte pas les normes minimales de sécurité et de santé professionnelles.
Elle explique à Zawia3 qu’elles sont exposées à de multiples dangers : pesticides, longues heures sous de fortes températures, manque d’eau potable et d’eau pour l’hygiène, absence de toilettes et de lieux pour se changer dans les champs. Le travail comporte aussi l’usage de couteaux et de machines de récolte, les morsures de serpents et les piqûres d’insectes. S’y ajoutent les transports dangereux dans des véhicules surchargés, entre les villages et les exploitations, sur des routes non aménagées.
Elle précise que l’« Observatoire 190 », consacré aux travailleurs irréguliers, a documenté ces dernières années les effets des températures et du changement climatique sur ceux qui travaillent dans la rue ou dans l’agriculture. Les femmes et les filles employées dans les champs font partie des groupes les plus exposés.
Elle souligne également l’ampleur du travail des enfants dans l’agriculture. L’observatoire a documenté des enfants au travail dès six ou sept ans. Dans certains lieux, une fille de 15 ans compte déjà parmi les plus âgées. Elle attribue cette situation au recours des employeurs à des enfants considérés comme une main-d’œuvre bon marché, dépourvue de droits.
May cite le cas d’une fille de 15 ans qui récoltait des tomates sans disposer de suffisamment d’eau potable ni de nourriture. Avec ses collègues, elle mangeait directement les tomates du champ, sans les laver, malgré les résidus de pesticides et les fortes concentrations de sels. Selon May, elle a développé de graves problèmes de bouche et des lésions rénales à cause de son exposition continue aux pesticides et aux sels. Ce cas illustre, dit-elle, des dizaines de situations vécues par les femmes et les filles travaillant sans protection dans l’agriculture.
Entissar El-Saïd, avocate des droits humains et présidente du conseil d’administration de la Fondation du Caire pour le développement et le droit, indique que les ouvrières agricoles sont parmi les plus exposées aux vagues de chaleur en raison de leurs longues journées dans les champs ouverts. Les températures élevées les exposent au stress thermique, aux coups de chaleur, à la déshydratation et à une baisse de la tension artérielle, pouvant provoquer des évanouissements. Elles augmentent aussi le risque de maladies et de calculs rénaux, en raison des pertes de liquides et d’un apport insuffisant en eau potable.
Le stress thermique est l’un des effets sanitaires les plus dangereux des températures élevées. Il apparaît lorsque le corps ne parvient plus à évacuer l’excès de chaleur en raison de la météo, de l’humidité ou d’un effort physique excessif, ce qui perturbe son équilibre thermique. Il se manifeste par une forte fatigue, des maux de tête, des vertiges et des crampes dus aux pertes de sels et de liquides. Il peut évoluer vers un coup de chaleur mortel.
Le danger augmente dans les espaces ouverts et les lieux de travail pénible, comme les chantiers, les champs et les usines, où beaucoup sont contraints de travailler dans des conditions inhumaines. Les personnes âgées, les enfants et les malades chroniques sont particulièrement vulnérables. Avec la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, le stress thermique est devenu une crise sociale et économique exigeant une intervention législative urgente, notamment en Égypte, où les protections climatiques au travail sont fragiles.
Entissar ajoute à Zawia3 que les risques sont encore plus grands pour les femmes enceintes qui continuent à travailler dans les mêmes conditions. Les ouvrières sont également exposées aux pesticides utilisés contre les ravageurs agricoles. Ces substances peuvent interagir avec les fortes températures, aggravant leurs effets sanitaires et les risques pour les femmes au travail.
Les projections font état de centaines de cas supplémentaires de maladies liées à la chaleur chaque année d’ici à 2030, et d’une hausse de 300 % de la mortalité d’ici à 2100 si le réchauffement atteint 3 °C. D’autres estimations indiquent que le changement climatique et l’aggravation du stress thermique pourraient provoquer de 2 000 à 5 000 décès supplémentaires par an en Égypte, ainsi que des pertes économiques annuelles de 20 à 48 milliards de livres.

Les dangers ne se limitent pas à la chaleur. L’examen par Zawia3 des accidents publiés et des communiqués officiels du ministère du Travail révèle des accidents répétés de transport de travailleurs agricoles au cours des trois dernières années, notamment à Beheira, Menoufia et Minya. Le recensement a documenté au moins sept accidents majeurs entre mars 2024 et mai 2026, ayant causé 23 décès et au moins 95 blessés. La plupart impliquaient le renversement ou la collision de petits pick-up ou de camionnettes utilisés pour transporter les ouvriers et ouvrières vers les exploitations.

Où sont les lois ?
May Saleh attribue une grande part de la responsabilité aux propriétaires des terres agricoles, pour qui la sécurité et la santé professionnelles ne sont pas prioritaires. Elle demande une intervention gouvernementale plus ferme : « Il n’est pas logique que les lois du travail et les stratégies nationales ne concernent que les propriétaires d’usines et d’entreprises, en excluant l’agriculture. Le propriétaire foncier est lui aussi un employeur. Ceux qui travaillent pour lui sont des salariés et ont droit à un environnement de travail sûr. »
Elle demande d’imposer aux propriétaires les services essentiels : lieux pour se changer, eau propre pour boire et se laver et toilettes adaptées. Beaucoup d’ouvrières ne peuvent même utiliser les toilettes qu’un nombre limité de fois, car le temps nécessaire pour s’y rendre est déduit de leur rémunération journalière. Cette situation aggrave les difficultés des femmes, notamment de celles qui souffrent de maladies chroniques comme le diabète, ou des femmes enceintes ayant besoin d’y aller plus souvent.
Elle souligne que la lutte contre le stress thermique ne consiste pas seulement à commencer tôt. Certains propriétaires font travailler les ouvrières dès six heures, les obligeant à quitter leur domicile à trois ou quatre heures du matin. Cela ne réduit pas la journée : il s’agit d’exploiter les premières heures avant le soleil le plus intense, puis de poursuivre longtemps le travail.
Une véritable protection exige, selon elle, des lieux ombragés, des pauses régulières et la possibilité de boire, de se laver le visage et d’utiliser les toilettes pendant la journée. Elle critique les conditions de transport et affirme que les intermédiaires et les propriétaires considèrent les ouvriers et les ouvrières comme des moyens de production, plutôt que comme des personnes ayant des droits.
« On ne peut pas entasser soixante ou soixante-dix travailleurs dans un véhicule prévu pour vingt personnes, debout tout le trajet sous le soleil. Cela augmente le risque de renversement et transforme les accidents en catastrophes collectives », dit-elle. La répétition de ces accidents reflète, selon elle, l’absence de contrôle et d’application des normes de sécurité.
May demande la publication rapide de la Stratégie nationale de sécurité et de santé au travail, en y incluant explicitement l’agriculture, l’un des secteurs les plus dangereux. Elle souligne la nécessité d’étendre les assurances maladie et sociale aux travailleurs agricoles. La loi permet théoriquement leur affiliation à l’assurance sociale, mais son application rencontre des obstacles : beaucoup hésitent à cotiser par crainte de perdre l’allocation « Takaful et Karama ». Il faut donc un mécanisme permettant de cumuler les aides et la protection assurantielle, au lieu d’imposer un choix.
La directrice du programme Femmes, travail et droits économiques estime qu’une partie de la solution consiste à permettre aux syndicats ou aux organisations représentant les petits agriculteurs et les salariés agricoles de négocier avec les propriétaires des conditions minimales, en particulier les horaires pendant les fortes chaleurs.
Pour elle, il est inacceptable de maintenir une journée de huit heures à cette durée en juillet et en août. Elle demande de réduire le travail d’au moins deux heures les jours les plus chauds, afin de limiter les coups de chaleur, les évanouissements, le stress thermique, la déshydratation, l’hypertension et les complications susceptibles d’altérer la fonction rénale.
Elle insiste sur la responsabilité juridique des propriétaires agricoles, comme celle des autres employeurs. La loi du travail impose aux responsables d’établissements de protéger les salariés contre les risques biologiques, chimiques et physiques. Ces obligations doivent s’appliquer à l’agriculture, avec des amendes et des sanctions pour les contrevenants, afin que les employeurs assument leur responsabilité légale de protection.
Entissar El-Saïd souligne aussi que la législation égyptienne reconnaît les dangers liés aux températures élevées comme des risques professionnels exigeant des mesures préventives. Mais, selon elle, les conditions climatiques extrêmes des dernières années rendent nécessaire un règlement d’application ou un guide national spécifique protégeant les personnes travaillant en extérieur, notamment dans l’agriculture.
Ce texte devrait, selon elle, fixer des règles claires sur les horaires pendant les vagues de chaleur, imposer l’eau potable, l’ombre et les pauses régulières, et prévoir une réponse rapide aux cas de stress thermique et de coup de chaleur sur les lieux de travail.
Entissar appelle à un plan national intégré protégeant les travailleurs et les travailleuses contre les vagues de chaleur : alertes précoces, adaptation des horaires d’été, points fixes d’eau potable dans les champs, contrôles renforcés du respect de la sécurité par les employeurs et intégration de la main-d’œuvre agricole à la protection sociale.
Elle demande au ministère de la Santé d’intensifier les campagnes de sensibilisation dans les zones agricoles, de déployer des équipes médicales mobiles auprès des travailleurs et de les former à reconnaître les symptômes du stress thermique et des coups de chaleur ainsi qu’aux protocoles à suivre, afin de réduire les complications et les décès liés aux températures élevées.
Elle rappelle que plusieurs pays ont déjà pris des mesures similaires, citant l’Espagne et l’Italie, qui ont suspendu certaines activités agricoles aux heures les plus chaudes pendant les canicules et restreint le travail au-delà de certains seuils de température pour limiter les risques sanitaires.

De graves conséquences sur la santé
Les médecins du travail avertissent qu’une exposition prolongée aux fortes températures peut provoquer une succession de complications : stress thermique, déshydratation aiguë et déséquilibre des sels, puis coup de chaleur pouvant entraîner une perte de connaissance ou la mort sans intervention médicale rapide.
Tamer Charaki, consultant en sécurité et santé professionnelles, explique que le stress thermique constitue une menace directe pouvant conduire à des complications mortelles comme le coup de chaleur. Le danger survient lorsque la température interne augmente après d’importantes pertes d’eau et de sels dues à une transpiration excessive, empêchant le corps d’assurer ses fonctions vitales.
Il explique à Zawia3 que le danger réside dans une évolution en trois étapes : les crampes de chaleur dues au déséquilibre des sels, puis l’épuisement thermique accompagné d’une forte fatigue, de vertiges et d’une transpiration abondante, et enfin le coup de chaleur, susceptible de provoquer une perte de connaissance et la défaillance d’organes vitaux. Ignorer les premiers symptômes fait perdre la possibilité d’intervenir à temps et augmente le risque de décès.
Charaki précise que les premiers signes sont généralement la fatigue, les maux de tête, les nausées, la transpiration abondante, l’accélération du rythme cardiaque et les vertiges, avant l’apparition de convulsions et de troubles de la conscience. Il considère que l’arrêt de la transpiration, associé à une température interne élevée, est un signe grave de coup de chaleur nécessitant une intervention médicale urgente.
Il ajoute que ces situations sont directement provoquées par une exposition prolongée à des températures et à une humidité élevées, particulièrement lors d’un effort physique intense en extérieur. Des vêtements lourds ou inadaptés aggravent aussi le danger. Il avertit que certains.
Plusieurs pays ont commencé à revoir leurs règles de sécurité au travail. L’Espagne, la Grèce et l’Italie ont adopté des restrictions au travail en extérieur pendant les fortes vagues de chaleur. Des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont étendu l’application de l’interdiction du travail à la mi-journée durant l’été. En Égypte, aucun protocole annoncé n’impose encore aux employeurs agricoles de modifier ou de suspendre les horaires au-delà de certains seuils, alors que le changement climatique s’impose quotidiennement à des millions de personnes dans les champs.
La nature du travail agricole aggrave ces risques. Les ouvrières ne font pas que subir la chaleur : elles accomplissent des tâches exigeant un effort physique continu, comme se pencher pendant des heures pour récolter, porter des caisses ou ramasser les cultures. Ces activités augmentent la chaleur produite par le corps et réduisent sa capacité à l’évacuer, surtout sans pauses suffisantes ni ombre.
Des études récentes établissent un lien entre le travail dans des environnements chauds et la hausse des maladies rénales chroniques, en raison des pertes répétées de liquides. Elles évoquent aussi davantage de risques cardiovasculaires et des effets sur les femmes enceintes, comme une probabilité accrue de naissance prématurée et de faible poids du nouveau-né.
La chaleur affecte aussi le travail lui-même. Plus les températures augmentent, plus la capacité à travailler longtemps diminue. Mais la plupart des ouvrières ne peuvent réduire leurs horaires, leur rémunération dépendant de la journée ou de la quantité produite. Choisir entre préserver sa santé et maintenir son revenu devient ainsi une décision quotidienne imposée par les conditions de travail, sans réponse des politiques publiques.
La crise des ouvrières agricoles en Égypte reste une illustration criante de l’absence de justice climatique et sociale. Alors que les vagues de chaleur et le changement climatique s’aggravent d’année en année, les femmes continuent à supporter en silence la plus grande part de cette charge physique et sanitaire, sous la pression du besoin et sans protection officielle.
