Les travaux d’excavation et de construction actuellement menés sur la plage de Sharm El-Luli, à Ras Hankorab, dans le périmètre de la réserve de Wadi El-Gemal, à 55 kilomètres de Marsa Alam, dans le sud de la mer Rouge, suscitent une vive indignation et une grande inquiétude parmi les défenseurs de l’environnement. Ils sont réalisés par des engins lourds appartenant à Impact for Tourism Investment, société détenue par l’homme d’affaires Hassan Wahdan, frère du député Soliman Wahdan, l’un des fondateurs du nouveau parti Al-Gabha, proche du pouvoir. Le projet comprend un hôtel, des chalets, des restaurants, divers équipements touristiques comme des vestiaires et des sanitaires, ainsi qu’un centre de plongée. Des experts et des militants écologistes y voient une violation manifeste de la loi no 102 de 1983 sur les réserves naturelles. Ils redoutent de graves menaces pour la diversité écologique et biologique de cette zone, classée au dix-neuvième rang mondial parmi les plus belles plages.
En janvier dernier, le ministère de l’Environnement avait annoncé des projets d’amélioration des services aux visiteurs sur la plage de Hankorab : fourniture de matériel de natation et de plongée avec masque et tuba, création d’un restaurant et d’un centre d’information sur la réserve, ses ressources et ses sites à visiter. Il avait aussi évoqué un projet de développement des services touristiques dans la réserve de Wadi El-Gemal, en coopération avec Verona Land for Tourism Development et le projet d’intégration de la préservation de la biodiversité au tourisme en Égypte. Un centre présentant les composantes de la biodiversité de la réserve avait ainsi été mis en service. Une zone de services avait également été créée à Oum Al-Bassaw, comprenant une tente bédouine inspirée du patrimoine de la tribu Ababda, afin de proposer des activités telles que l’observation des étoiles et le tourisme désertique et de montagne.
L’année dernière, le ministère avait lancé un autre projet d’aménagement des infrastructures de la plage de Hankorab, sous l’intitulé « Portefeuilles d’investissement respectueux de l’environnement ». Il prévoyait des espaces de repos, des vestiaires et des sanitaires publics, soumis à des conditions environnementales strictes pour préserver la diversité écologique et la nature particulière du lieu. Cinq entreprises avaient soumissionné, dont Impact for Tourism Investment, qui réalise aujourd’hui les constructions controversées.
Le décret no 143 du Premier ministre de 2003 a classé Wadi El-Gemal, dans le sud du gouvernorat de la mer Rouge, comme réserve naturelle. Cette zone de 7 450 kilomètres carrés, située à 850 kilomètres du Caire, ne peut accueillir aucune construction sans autorisations officielles et conditions environnementales strictes. Elle a pourtant récemment subi une série d’empiétements et d’infractions. L’un des principaux épisodes remonte à novembre 2024, lorsqu’un groupe de personnes s’est illégalement emparé de la plage de Hankorab, dans la réserve, et y a installé une tente d’habitation en violation des lois sur l’environnement et les réserves naturelles. L’administration de Wadi El-Gemal a alors déposé une plainte officielle, enregistrée sous le numéro 2326, délits de Marsa Alam. Le parquet d’Al-Quseir, dans le gouvernorat de la mer Rouge, a ordonné le renvoi des suspects devant la justice pénale. Le 1er décembre 2024, le tribunal correctionnel d’Al-Quseir a condamné chacun à une amende de 5 000 livres et ordonné l’élimination de tous les empiétements.
Dans le même contexte, alors que la Fédération égyptienne des chambres de tourisme venait d’annoncer la suspension des visites à la plage de Hankorab, conformément à une décision de l’Agence des affaires environnementales visant à réglementer les visites dans les réserves, une source au sein de l’Association pour le développement de l’écotourisme a déclaré à Zawia3 que les employés de la réserve avaient été expulsés de la plage. Impact for Tourism Investment, propriété de Hassan Wahdan, y avait introduit des engins lourds pour lancer un projet commercial. Selon cette source, plusieurs associations et fondations écologistes envisageaient de saisir le procureur général. Elles ont toutefois été surprises par une réponse de la ministre de l’Environnement dans laquelle le ministère se dégageait de sa responsabilité juridique à l’égard de la réserve, au nom de « l’intérêt supérieur du pays ». Cette réponse soulève des questions sur les soutiens dont bénéficie l’homme d’affaires. La source souligne que le ministère ne peut légalement vendre aucune partie de la réserve : il peut seulement proposer certaines zones en usufruit annuel, après présentation d’études d’impact environnemental.
Une enquête publiée par la plateforme Saheeh Masr affirme également qu’Impact a effectivement pris le contrôle d’une étendue pouvant atteindre dix kilomètres de la plage de Hankorab, au sein de la réserve. Des rapports de l’Agence des affaires environnementales de la mer Rouge, adressés au gouverneur Amr Hanafi, contestent l’affirmation du ministère selon laquelle les travaux constituent « un aménagement inscrit dans un plan approuvé de gestion de la réserve, visant à équilibrer préservation de l’environnement et développement économique ». L’enquête révèle aussi une plainte adressée au président Abdel Fattah Al-Sissi par Sameh Hassan Al-Masri, ancien directeur de Wadi El-Gemal, concernant ces empiétements. Il y explique avoir été écarté de son poste après s’y être opposé à plusieurs reprises et avoir procédé plusieurs fois à leur élimination.
Le ministère avait auparavant refusé un projet d’Impact prévoyant un vaste hôtel et des complexes touristiques sous forme de campements sur la plage de Hankorab, en raison de leurs effets néfastes sur l’environnement et la biodiversité. Il avait en revanche accepté l’offre de l’entreprise italienne propriétaire du complexe Georgina Marsa Alam, près de la réserve, qui avait effectivement commencé les travaux d’infrastructure. Mais des employés d’Impact ont ensuite pris le contrôle du chantier, chassé les salariés de l’entreprise italienne et installé des tentes et des caravanes sur le terrain, en prétendant relever de la présidence de la République, selon l’enquête.
Une campagne pour protéger la plage
Plusieurs associations et fondations de protection de l’environnement en Égypte, notamment l’Association pour la protection et la conservation de l’environnement de Hurghada (HEPCA), Nature Conservation Egypt (NCE), la fondation Ecores pour le développement durable et l’organisation Greenish, ont alerté sur les graves menaces pesant sur Hankorab. Riche en coraux rares et en espèces marines menacées, la plage subit des pressions d’aménagement non durables qui compromettent son avenir et risquent de nuire à la place de l’Égypte sur la scène environnementale et touristique mondiale.
En réaction à cette crise, des blogueurs et militants ont lancé la semaine dernière une campagne sur les réseaux sociaux avec les mots-dièse « #أنقذوا_محمية_وادي_الجمال », « #أنقذوا_حنكوراب » et « #لا_للتعدي_على_المحميات ». Ils appellent à agir immédiatement pour sauver la plage, qu’ils décrivent comme un trésor écologique et touristique irremplaçable.
Dans un communiqué publié mardi dernier, Nature Conservation Egypt a lancé un appel urgent aux journalistes, aux organisations de la société civile, aux entreprises privées et à tous ceux qui s’intéressent à l’environnement pour participer à une campagne de défense de Hankorab. L’association affirme que la poursuite des travaux illégaux risque de priver les citoyens de leur droit naturel d’accès à ces espaces publics et patrimoniaux, et crée un dangereux précédent ouvrant la voie à de nouveaux empiétements au profit d’investissements privés.
La fondation Ecores pour le développement durable s’est dite profondément préoccupée par les informations confirmant des excavations et des constructions dans la zone de Ras Hankorab, au sein de Wadi El-Gemal. Elle avertit que ces travaux pourraient accélérer la disparition des tortues marines et la destruction de coraux rares, tout en plaçant l’Égypte en contradiction avec ses engagements internationaux de protection de la nature. Elle estime que ces pratiques menacent la réputation environnementale et touristique du pays et affectent l’économie des communautés locales, dont l’écotourisme est la principale source de revenus.
La fondation demande aux autorités compétentes, au premier rang desquelles la présidence de la République, d’intervenir immédiatement et d’ordonner l’arrêt des travaux jusqu’à ce que leur légalité soit vérifiée et leurs effets environnementaux évalués rapidement et en toute transparence. Elle réclame la publication des résultats de l’enquête. Elle appelle aussi à renforcer le contrôle des réserves naturelles et à associer la société civile et les experts à toute décision concernant leur aménagement ou leur exploitation. La protection de Wadi El-Gemal est, souligne-t-elle, une responsabilité nationale qui doit figurer parmi les priorités pour assurer à l’Égypte un avenir écologiquement et économiquement durable.
Le ministère se justifie, les associations critiquent, les experts alertent
Répondant aux critiques sur les travaux à Hankorab, le ministère égyptien de l’Environnement a expliqué dans un communiqué publié mardi que les terres des réserves naturelles appartiennent au domaine public de l’État et que les activités y sont exercées conformément aux règles légales. Il affirme que les travaux actuels relèvent d’un aménagement périodique des infrastructures : abris ombragés, passerelles marines, espaces de préparation des repas, panneaux d’orientation et sanitaires. L’objectif serait de concilier la protection de l’environnement avec l’optimisation des bénéfices économiques et sociaux des réserves. Le ministère assure qu’il n’autorisera aucune installation ou activité susceptible de nuire à la réserve et prendra des mesures juridiques contre toute infraction, afin de préserver les ressources naturelles et de les rendre accessibles aux citoyens et aux touristes.
Ce communiqué a néanmoins suscité de nombreuses critiques parmi les spécialistes et défenseurs de l’environnement. Ils considèrent ce qui se passe à Hankorab comme le prolongement de politiques visant à ouvrir les réserves aux investissements commerciaux. Ils rappellent les déclarations de la ministre Yasmine Fouad lors d’une réunion du comité d’investissement en mai 2023. Elle y avait évoqué la possibilité d’ouvrir certaines réserves à l’investissement, de les financer par des prêts bancaires environnementaux et d’y développer des activités économiques telles que des écolodges, des campements, des cafétérias, l’écotourisme et le développement des communautés locales. Le comité d’investissement du ministère devait examiner toutes les demandes pour vérifier leur conformité aux plans de gestion des réserves et aux règles établies jusqu’en 2030.
Sahar Mehanna, professeure de dynamique des populations de poissons à l’Institut national d’océanographie et des pêches, explique à Zawia3 que Wadi El-Gemal est une réserve terrestre et marine. Sa partie marine, qui comprend la plage de Hankorab, abrite des récifs coralliens, des espèces menacées et des mangroves. Classée réserve il y a une vingtaine d’années, elle ne peut accueillir une activité humaine sans étude scientifique rigoureuse et sans évaluation de ses effets sur la nature et les organismes vivants. Cela découle du droit égyptien de l’environnement et des conventions internationales signées par l’Égypte sur les réserves, la biodiversité et l’interdiction du commerce des espèces menacées. Toute activité mal étudiée pourrait détruire l’environnement, la diversité et le caractère du lieu, qui attire les touristes et génère des revenus. Elle pourrait aussi provoquer une vive réaction des défenseurs de la nature et de la société civile, ainsi que des conséquences juridiques au regard du droit égyptien ou international. Sahar Mehanna appelle donc à réexaminer les travaux de Hankorab et à les suspendre jusqu’à l’évaluation de leur impact sur la biodiversité et l’environnement, afin d’assurer la durabilité, de préserver l’attrait touristique et d’éviter la destruction des récifs, des zones de nurserie et des mangroves.
Les sanctions juridiques
Ahmed Al-Saidi, avocat spécialisé dans les affaires environnementales et président du conseil d’administration de la Fondation égyptienne pour les droits environnementaux, explique à Zawia3 que la loi no 102 de 1983 sur les réserves naturelles, promulguée le 31 juillet 1983 et entrée en vigueur le 4 août de la même année, fait partie des textes environnementaux antérieurs à la loi générale sur l’environnement. Elle vise à protéger les zones abritant des espèces menacées, des plantes rares ou des phénomènes naturels présentant un intérêt culturel, scientifique, touristique ou esthétique. Son article 3 interdit les activités susceptibles de détruire ou d’altérer le milieu naturel : chasse, construction de bâtiments et d’installations, ouverture de routes, circulation de véhicules ou activités agricoles, industrielles ou commerciales dans la réserve, sauf autorisation de l’autorité administrative compétente. Celle-ci est l’administration de la réserve, rattachée à l’Agence des affaires environnementales, qui dépend directement du Conseil des ministres. Le règlement d’application étend ces interdictions aux zones entourant les réserves.
Al-Saidi précise que les violations des articles 2 et 3 ou de leurs décisions d’application sont passibles d’une amende de 500 à 5 000 livres et d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à un an, ou de l’une de ces deux peines. En cas de récidive, l’amende est portée à une somme comprise entre 3 000 et 10 000 livres, assortie d’une peine d’emprisonnement d’au moins un an, ou de l’une de ces deux sanctions.
Il déclare : « Malheureusement, les déclarations du ministère de l’Environnement sur l’investissement dans les réserves suscitent des inquiétudes. L’expérience juridique montre que l’investissement économique et le développement entrent souvent en conflit avec la protection de l’environnement. Il vaut mieux laisser les réserves dans leur état d’origine, sans constructions lourdes, en se limitant à quelques tentes en bois pour favoriser l’écotourisme. La seule garantie de préservation de ces espaces sensibles est la réalisation d’études d’impact environnemental avant tout projet. L’orientation actuelle fait craindre la vente de parties des réserves et la mise en danger de ces lieux et des espèces qui y vivent. »
Il demande si les constructions actuellement réalisées sur la plage de Hankorab ont été précédées d’études d’impact, compte tenu de la sensibilité écologique du site, et d’une participation de la population comprenant des auditions publiques. Il réclame la divulgation des contrats du projet et la vérification du contrôle judiciaire de ces activités, afin de s’assurer de la régularité des procédures scientifiques et juridiques. Il demande aussi les raisons du limogeage de l’ancien directeur de Wadi El-Gemal et s’il existe un lien avec son opposition aux empiétements sur Hankorab. Il rappelle que l’Égypte est liée par de nombreux accords internationaux de protection de l’environnement et de la biodiversité, dont la Convention sur la diversité biologique, le droit international de la mer et les accords entre pays de la mer Rouge.
Des avertissements sur les risques environnementaux
Omar Tammam, professeur spécialiste des réserves naturelles, explique à Zawia3 que Hankorab est la partie la plus importante de Wadi El-Gemal. Elle abrite de rares colonies coralliennes, dont certaines ont plus de 7 000 ans, exposées aux maladies, à la mort et au vol. Elles nécessitent un suivi scientifique rigoureux, notamment depuis la propagation du syndrome blanc, une maladie qui blanchit les coraux avant leur mort et s’est largement répandue à Sharm El-Sheikh et en mer Rouge. Tammam affirme que les activités touristiques désorganisées sur les plages rendent leur protection incontrôlable et les exposent à la destruction, d’autant que les universités égyptiennes ne proposent pas de spécialité en médecine des invertébrés et qu’il n’existe pas de programmes de multiplication des coraux.
Il avertit également que Hankorab est un habitat des tortues marines, appelées localement « tersa ». Elles sont menacées de disparition en Égypte faute de programmes de reproduction, de protection des œufs et d’accompagnement des nouveau-nés jusqu’à la mer après l’éclosion. Les efforts se limitent actuellement à les secourir et à les remettre à l’eau, contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays comme la Chine. Il ajoute : « Les plages de Sharm El-Sheikh sont aujourd’hui pleines d’hôtels situés à seulement cinquante mètres de la mer. Certains placent même des barbelés dans l’eau, empêchant la vie sauvage de circuler. Tout établissement touristique devrait pourtant se trouver à au moins deux kilomètres du rivage, avec des zones distinctes réservées à l’activité biologique, aux tortues marines et aux poissons d’ornement, en tenant compte des périodes de reproduction et des zones fréquentées par les oiseaux migrateurs. »
Hossam Moharram, ancien conseiller du ministre de l’Environnement, explique pour sa part à Zawia3 que de nombreux pays, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Indonésie, le Canada et les États-Unis, se sont tournés vers ce qu’on appelle l’exploitation économique des réserves naturelles. Elle vise à tirer des bénéfices de leurs ressources sans nuire à l’écosystème. Elle comprend l’investissement dans les plantes, les animaux, les plages, les récifs et les formations géologiques, l’organisation d’activités touristiques, de safaris et de voyages éducatifs, ainsi que l’utilisation de produits naturels, comme les plantes médicinales, dans les industries pharmaceutique et cosmétique. S’y ajoute la recherche scientifique sur la diversité écologique, dans un objectif de durabilité et d’équilibre entre préservation de l’environnement et bénéfice économique.
Moharram souligne que cette exploitation doit être soumise à des règles et à des lois strictes pour protéger les ressources naturelles et la biodiversité, et limiter la surexploitation, les empiétements et les délits environnementaux. Il demande que les activités touristiques soient limitées et clairement encadrées, que les déplacements soient restreints pour réduire la pollution par les gaz d’échappement et que les communautés locales participent aux décisions sur l’utilisation des réserves.
Il appelle aussi à distinguer les demandes légitimes de protection de la biodiversité des tentatives de certains acteurs d’effrayer les responsables au sujet d’une exploitation économique écologiquement encadrée, pour des raisons personnelles ou économiques, par rigidité intellectuelle ou pour contester les politiques publiques. Il souligne que l’absence de participation des habitants aux décisions accroît les doutes et la défiance envers les politiques gouvernementales relatives aux réserves naturelles.
Des démarches parlementaires
Maha Abdel Nasser, députée du Parti social-démocrate égyptien, a déposé mardi dernier une demande d’information adressée au Premier ministre, au ministre du Tourisme et des Antiquités et à la ministre de l’Environnement. Elle concerne les empiétements flagrants actuellement commis à Ras Hankorab, dans la réserve de Wadi El-Gemal à Marsa Alam, classée par le décret no 143 de 2003 du Premier ministre. Selon elle, ces travaux constituent un grave danger écologique et une menace directe pour l’équilibre du site. Ils soulèvent des interrogations sur l’application des lois relatives aux réserves, sur la capacité des autorités à faire respecter l’État de droit et à empêcher les atteintes aux richesses nationales, ainsi que sur la priorité donnée à l’investissement face au patrimoine et aux ressources naturelles de l’État. Comment ces travaux peuvent-ils être réalisés dans une réserve officiellement classée sans les procédures juridiques nécessaires ? Quelle est la position du ministère de l’Environnement, du gouvernorat de la mer Rouge et de la police de l’environnement ? Pourquoi aucune mesure immédiate n’a-t-elle été prise pour les arrêter ? Des autorisations officielles ont-elles été délivrées pour ces constructions ? Si oui, respectent-elles les règles légales ? Des études d’impact ont-elles été réalisées avant le début des travaux, conformément à la loi no 102 de 1983 ? Quel est le plan de l’État pour protéger cette réserve contre de nouveaux empiétements et empêcher leur répétition ?
La députée estime que ce qui se passe à Ras Hankorab n’est peut-être pas un incident isolé, mais le reflet d’un problème plus large : le non-respect des lois sur les réserves naturelles et la tolérance d’abus susceptibles de faire perdre à l’Égypte des sites inestimables. Leur préservation constitue une responsabilité nationale exigeant une intervention résolue, en particulier devant la rapidité inquiétante des travaux, qui donne l’impression d’une tentative d’imposer un fait accompli aux autorités. Elle rappelle que la réserve a déjà connu des empiétements et que des mesures judiciaires avaient été annoncées contre leurs auteurs. Leur persistance indique cependant que ces mesures n’ont pas suffi à dissuader les contrevenants ou à empêcher de nouvelles atteintes, ou encore qu’une logique d’investissement uniquement guidée par le profit est devenue plus forte que l’application de la loi. Il est donc urgent de réexaminer l’efficacité des textes actuels et de leurs mécanismes d’exécution pour protéger ces zones contre toute exploitation illégale. Elle avertit que la situation pourrait nuire à la réputation de l’Égypte concernant ses engagements internationaux en matière d’environnement et de patrimoine naturel. Elle souligne qu’il s’agit de protéger les ressources de l’État, de faire respecter les lois et de renforcer le rôle des institutions dans la préservation de ces ressources pour les générations futures.
La députée demande au gouvernement de suspendre immédiatement les travaux, de fournir une explication complète de ce qui se passe à Wadi El-Gemal, des mesures déjà prises et des prochaines étapes pour empêcher de nouveaux empiétements. Elle réclame un débat urgent à la Chambre des représentants et la convocation des responsables concernés afin qu’ils expliquent clairement les démarches entreprises et les mesures nécessaires pour mettre fin à ces atteintes et éviter leur répétition.
De son côté, Samira Al-Gazzar, députée membre de la commission du Plan et du Budget, a adressé jeudi dernier une déclaration urgente au président du Parlement, Hanafy El-Gebaly, pour sauver Wadi El-Gemal, au sud de Marsa Alam, classée par le décret no 143 de 2003 du Premier ministre. Elle la décrit comme un rare trésor naturel sur le sol égyptien. Selon elle, les atteintes actuelles, avec tout un équipement de chantier destiné à construire un hôtel pour un investisseur et à imposer par la force un fait accompli aux lois égyptiennes, reflètent une corruption ayant atteint son paroxysme et défiant ouvertement la souveraineté de l’État et la Constitution. Celle-ci consacre d’importantes dispositions de protection des réserves, sans oublier les décisions ministérielles refusant le projet. Elle demande : où sont le gouvernorat de la mer Rouge, les services de l’État, la police de l’environnement et le ministère de l’Environnement ?
Les visiteurs continuent d’être accueillis malgré la controverse
Ces derniers jours, des internautes ont relayé des informations selon lesquelles la plage de Hankorab aurait été fermée et les visiteurs égyptiens empêchés d’y entrer depuis l’arrivée des engins lourds. Hany Sadeq, représentant officiel de la Fédération internationale de pêche sportive, explique cependant à Zawia3 que l’espace d’accueil des groupes touristiques, dans la partie extérieure de la plage, reste ouvert et reçoit chaque jour des visiteurs égyptiens et étrangers. Il ajoute que les Égyptiens peuvent obtenir auprès de l’administration des gardes-frontières des permis leur permettant de camper sur place. Selon lui, les responsables de la plage ont récemment été surpris par l’arrivée des engins de construction, ce qui a inquiété HEPCA, organisation de protection de l’environnement en mer Rouge, et l’a poussée à lancer un appel pour sauver Hankorab. Connue pour sa propreté et sa nature préservée, elle figure parmi les plus belles plages d’Égypte. La Fédération internationale de pêche sportive s’est déclarée solidaire de cet appel, en tant qu’acteur concerné par la préservation de la nature en mer Rouge. Sadeq révèle que la zone de Hankorab avait été affectée à l’investissement auparavant, mais il ignore l’identité de l’organisme ayant pris cette décision. Il affirme que cela s’est fait en violation de la loi sur les réserves naturelles, alors que le ministère de l’Environnement n’a toujours pas déclaré sa responsabilité dans cette décision.
Ayman Abdel Latif, membre de la Chambre des entreprises touristiques, dément pour sa part à Zawia3 toute décision officielle du ministère du Tourisme ou d’une autre autorité du secteur touristique égyptien fermant la plage de Hankorab ou interdisant l’accueil des groupes de visiteurs.
Alors que le ministère de l’Environnement présente les travaux de Hankorab comme une composante d’un plan d’aménagement des infrastructures nécessaires aux visiteurs, visant à concilier protection de l’environnement et bénéfices économiques et sociaux, il fait face à de vives critiques d’experts et d’associations. Ces spécialistes y voient la continuité des politiques de la ministre Yasmine Fouad, qui avait déjà annoncé explicitement des projets encourageant l’investissement dans les réserves naturelles. Les associations de protection de l’environnement et les organismes concernés continuent de tirer la sonnette d’alarme sur les effets possibles de ces travaux sur l’écosystème et la biodiversité, en particulier les sites de nidification des tortues marines et les récifs uniques. Ces effets pourraient porter atteinte aux engagements internationaux de l’Égypte en matière de protection de la nature et faire reculer un écotourisme qui constitue une source importante de revenus pour les communautés locales et l’économie nationale.
