Photographie : Haidar Kandil
Conception graphique : Aya Saber
Montage vidéo : Khaled Abdallah
Khaled El-Balshy à Zawia3
- Les lois de 2018 sur l’organisation de la presse ont bafoué la valeur du journaliste et du syndicat
- Une hausse de l’indemnité est en vue, fruit de négociations menées en tant que président du syndicat, et non en tant que candidat
- On ne peut pas exploiter la situation économique des journalistes dans les programmes électoraux
- La presse est en crise en raison d’un mauvais cadre juridique
- L’État doit contribuer à soutenir la presse pour qu’elle surmonte sa crise économique.
- Mon premier mandat de président a été une période de préparation, et nous avons ouvert tous les dossiers en parallèle.
- La crise des adhésions au syndicat est un long héritage que nous travaillons à résoudre, et la liberté de créer des publications est l’une des solutions.
- La réhabilitation des journalistes libérés est l’un des dossiers importants sur lesquels nous avons travaillé
Son succès dans la course à la présidence du Syndicat des journalistes, après avoir échoué à décrocher un siège de membre du conseil lors de plusieurs scrutins successifs, a surpris tout le monde, y compris lui-même. Il a pourtant offert une expérience unique dans l’action syndicale pendant deux ans, au cours desquels il s’est saisi de nombreux dossiers, dont les plus importants étaient l’emprisonnement des journalistes et les lois qui l’encadrent, ainsi que les services syndicaux.
Dans son entretien avec Zawia3, à l’approche des élections syndicales de 2025, Khaled El-Balshy dresse le bilan des dossiers sur lesquels il a travaillé au cours de son premier mandat, au premier rang desquels la libération des journalistes détenus et leur réhabilitation, ainsi que ses démarches pour obtenir une hausse de l’indemnité en tant que président du syndicat, et non en tant que candidat à la présidence. Il expose également sa vision de l’action politique au sein du syndicat et des marches du Syndicat des journalistes, lieu emblématique de rassemblements au Caire.
Quelle différence voyez-vous entre les élections actuelles et les précédentes ?
Les élections sont dans tous les cas une compétition : une compétition pour la réalisation des programmes électoraux et des revendications de l’assemblée générale ; c’est la règle générale. Mais la dernière fois, je me présentais devant l’assemblée générale et j’ai obtenu des voix hésitantes. Aujourd’hui, je me présente avec, derrière moi, l’expérience des deux dernières années, soumise à l’évaluation et à l’examen. Lors des élections précédentes, aucun des deux candidats à la présidence n’avait déjà exercé cette fonction ; cette fois, la compétition oppose un président en exercice et un ancien président, deux expériences électorales, fortes de surcroît. À mon avis, c’est la différence entre les deux scrutins. Mais au bout du compte, le retour à l’assemblée générale est fondamental, car c’est elle qui détient l’autorité suprême, et son jugement portera sur ce qui a été accompli et sur ce qui a échoué.

Quels dossiers avez-vous décidé de privilégier lors du prochain mandat si vous êtes élu ?
Le mandat précédent a été comme une période de préparation, au cours de laquelle nous avons dû ouvrir tous les dossiers en parallèle, dont la réhabilitation du syndicat pour qu’il redevienne la maison des journalistes, ce qui, je pense, a été pleinement accompli, et le retour du syndicat comme acteur de la vie politique et syndicale en Égypte, ce qui, je pense, a également été accompli. Parmi les dossiers ouverts figurent aussi celui de l’emprisonnement, celui du développement de la profession, celui du développement du syndicat et celui des services syndicaux. Tous ces dossiers restent ouverts, et ils sont toujours prioritaires, car on ne peut pas parler d’une profession sans liberté, sans réforme de sa situation et sans liberté de mouvement des journalistes dans la rue, ni sans parler de l’amélioration de la situation économique des journalistes, liée à la liberté, car tous les dossiers mènent les uns aux autres. On ne peut pas non plus parler de la profession sans un syndicat fort, et je pense qu’il a retrouvé son rôle dans la société comme une force réellement influente. Parmi les dossiers que j’ai ouverts lors du mandat précédent figurent les projets de services, comme la cité résidentielle, et il y a d’autres projets et dossiers au sein du syndicat que je m’emploie à achever. Mais la profession, ses libertés et la situation économique des journalistes restent l’essentiel, et le message de la conférence générale et le mandat qu’elle a confié à tout candidat restent le programme sur lequel nous devons tous travailler.

Comment voyez-vous la crise de la presse en Égypte aujourd’hui ?
La presse est en crise depuis de longues années, et je pense qu’une partie de cette crise tient à la situation juridique dont nous souffrons, aux lois qui régissent cette profession, ainsi qu’au recul prolongé des performances de la presse et du syndicat. C’est pourquoi je pense qu’une tâche est devenue indispensable : réorganiser le cadre qui régit la presse. C’est ce dont nous nous sommes saisis au cours de l’année écoulée, qu’il s’agisse des nouvelles lois, comme le Code de procédure pénale, sur lequel nous avions des observations que nous avons défendues, ou de la loi sur l’organisation de la presse et des médias, qui comporte des défauts manifestes, et des lois promulguées en 2018 : malgré les vives mises en garde contre ce texte, le syndicat et son conseil de l’époque nous ont annoncé que c’étaient les meilleures lois de l’histoire de la presse, allant jusqu’à les comparer à la crise de la loi 93 (de 1995), comme si le syndicat avait accompli une réalisation extraordinaire. Pour moi, c’est étrange, alors que les observations étaient claires, et nous en payons aujourd’hui le prix.
Nous disposons désormais d’alternatives à ces lois, que nous devons faire appliquer d’une manière ou d’une autre, et nous avons des textes clairs à proposer. Ce qui est étrange, c’est que toutes les parties parlent aujourd’hui de restaurer le prestige de la carte syndicale, que la loi elle-même a bafoué en interdisant au journaliste de couvrir un événement ou de photographier dans la rue sur la seule foi de sa carte ; c’est aussi elle qui a ouvert la porte au blocage des sites au nom de la sécurité nationale, alors que la sécurité nationale, c’est de protéger cette profession et de la défendre, de protéger ceux qui en vivent et de protéger leurs libertés, et c’est important. La profession doit être libérée de ses entraves, dont les plus importantes sont les restrictions au travail dans la rue. Le conseil du syndicat a tenté de prendre de véritables mesures dans ce dossier, mais nous avons devant nous des devoirs clairs : des étapes importantes en matière de capacité professionnelle à exprimer les gens, de capacité de la profession à s’adresser à toutes les parties, et non à une seule, et de capacité de la profession à refléter la société, afin que celle-ci s’y intéresse de nouveau. Au cours des deux dernières années, la société a recommencé à voir dans le syndicat son porte-voix ; il reste qu’elle voie de nouveau la profession elle-même comme son porte-voix, car cela nous profite économiquement : le citoyen recommence à acheter le contenu que nous produisons, et la presse redevient forte et influente, ce qui se répercute sur les services et les salaires des journalistes.

On parle sans cesse de l’indemnité (le « badal », allocation mensuelle versée par l’État aux journalistes membres du syndicat). Y aura-t-il une hausse de l’indemnité ou non ? Et que pensez-vous de son utilisation dans les élections actuelles ?
La carte de l’indemnité ressort toujours lors des élections, et je pense que l’assemblée générale a compris, au fil de longues années, que l’indemnité profite à tous, car elle est le fruit de la force de l’assemblée générale. Le paradoxe, c’est que ceux qui jouent la carte de l’indemnité le font alors qu’ils ne sont pas à la tête du syndicat, bien que l’indemnité ait augmenté deux fois au cours du mandat précédent. Ce que j’affirme, c’est que le syndicat n’a pas cessé, au cours des deux dernières années, de chercher à obtenir une hausse de l’indemnité, et qu’il a reçu du gouvernement des courriers clairs indiquant qu’une hausse avait été approuvée, à la suite des contacts établis, que ce soit lors de réunions, par des courriers ou lors de négociations menées en application d’une instruction, une instruction émanant de la présidence de la République et de la présidence du Conseil des ministres au ministre des Finances pour étudier l’ensemble des revendications présentées par le syndicat. Ce sont des courriers officiels que nous détenons. C’est pourquoi je ne comprends pas comment on peut utiliser cette carte dans les élections. J’ai tenu à écarter la carte de l’indemnité des élections, car il n’est pas acceptable d’exploiter le besoin des gens et la situation économique dans mon programme électoral : la vérité, c’est que c’est moi qui occupe actuellement la présidence du syndicat, et c’est moi qui me suis adressé au gouvernement en tant que président du Syndicat des journalistes, et non pour en faire une carte de marchandage électoral. J’ai tenu en permanence à séparer l’indemnité des élections, car il s’agit d’argent qui vient du gouvernement, et non de ma poche ou de celle de quiconque.
Ce que je sais avec certitude, c’est que l’information a été publiée puis retirée : la décision a été prise, ou du moins c’est ce qui a été publié puis retiré, et c’est ce qui a été présenté. L’important, c’est que je suis quasiment certain que la hausse arrive, parce que c’est le droit de l’assemblée générale, et à des taux très proches de ceux que nous avons demandés ; pour moi, c’est une affaire entendue. Je répète qu’elle ne doit pas être une arme dans la bataille électorale : si nous avions voulu en faire une arme, je serais sorti dès le premier instant, j’aurais rendu publics les courriers et le détail de leur contenu, et je m’en serais servi. Des déclarations ont été faites dans ce sens, puis empêchées et retirées, une histoire dont on pourra parler plus tard.

La loi du syndicat est accusée d’être ancienne et d’avoir besoin d’être amendée. Pourquoi n’a-t-elle pas encore été proposée à l’amendement parmi les projets sur lesquels vous avez travaillé sur le plan législatif ?
Nous avons parlé des lois qui régissent les médias, mais pour la loi du syndicat, nous disons clairement que nous voulons des amendements précis sur des textes précis, soumis d’abord, pour approbation, à une assemblée générale réunie au complet, car nous tenons à ce que la communauté des journalistes soit présente dans leur élaboration. Ce qui s’est passé au cours de la période récente avec plusieurs lois, comme le Code de procédure pénale ou la loi sur la responsabilité médicale, qui fait encore l’objet de négociations, ainsi que ce qui s’est passé auparavant avec les lois sur la presse, a suscité une inquiétude dans un large secteur, dont il faut tenir compte d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi l’amendement doit passer par l’assemblée générale et s’abriter derrière sa force, et aucun amendement ne doit se faire autrement que par elle, et non par une autre partie, d’autant que la plupart des dispositions de cette loi protègent la presse. Certaines dispositions doivent être développées, comme celles sur l’adhésion et peut-être sur les élections, ainsi que les dispositions relatives aux retraités, et les recommandations issues de la conférence générale ; des mesures ont été prises d’une manière ou d’une autre. Mais il nous reste d’autres lois importantes à traiter, comme celles qui régissent le travail des journalistes dans la rue, et c’est d’ailleurs le plus dangereux, ce qui ne veut pas dire que les autres lois ne sont pas prioritaires. L’incapacité du journaliste, en tant que journaliste, à couvrir un événement dans la rue ou à photographier sans autorisation signifie la dévalorisation du syndicat, de la presse et de la carte syndicale : avoir besoin d’une autorisation pour couvrir un incident ! Le journaliste sait-il à l’avance qu’un incident va se produire pour obtenir une autorisation ? C’est la situation que la nouvelle loi a créée pour les journalistes, et le fait que l’officier de police judiciaire dispose de pouvoirs étendus constitue un grand danger pour la profession : le citoyen peut filmer avec son téléphone, mais le journaliste ne le peut qu’avec une autorisation, parce qu’il porte une caméra. Voilà ce qu’ont créé les lois actuelles, en plus d’autres dispositions relatives aux institutions de presse publiques. Tout cela doit être l’une des principales priorités, car cela limite notre capacité à travailler, ce qui n’exclut pas que nous ayons aussi besoin de nous réunir et de nous mettre d’accord, à travers une assemblée générale, sur l’amendement de toutes les lois.

À propos de l’adhésion, il y a une double crise dans ce dossier : d’un côté, les journalistes de la presse numérique et les candidats ajournés, qui affirment mériter l’adhésion et en avoir été empêchés ; de l’autre, l’achat des adhésions. Comment allez-vous traiter ce dossier ?
Celui qui dit que nous n’avons pas de crise dans ce dossier n’est pas juste ; la question est de savoir comment la traiter. Ce dossier exige un grand effort, car il fait partie d’un long héritage de la situation de la presse en général. La propriété de la presse s’est concentrée, d’une part, dans les journaux publics, qui ont fermé la porte aux recrutements depuis longtemps : le syndicat a mené une longue bataille pour ouvrir la porte à la titularisation des contractuels, bien que certains l’aient jugée impossible, et elle n’a pas encore été mise en œuvre. La deuxième partie est concentrée dans la société United Media Services (Al-Mottahida). La partie restante des publications, une petite partie en dehors des deux grands blocs, est celle qui présente des candidatures à l’adhésion ; résultat, de nombreux journalistes compétents se sont tournés vers cet espace, ce qui a créé un commerce dont nous souffrons et que nous combattons en modifiant les règles, et c’est une part importante. Mais la liberté de créer des publications est devenue une nécessité absolue pour démanteler la concentration de la propriété et redonner vie aux publications existantes, afin qu’elles recrutent des journalistes selon des règles précises, car c’est une composante importante du climat général. Reste la question de la commission interne des adhésions, au sein de laquelle de grands pas ont été franchis, mais aussi de grandes objections soulevées. L’un de ces pas est que la formation est devenue une composante essentielle du processus d’adhésion, à travers six véritables sessions qui se terminent par des examens d’adhésion. Nous voulions que cela se fasse de manière plus institutionnelle, avec la participation de membres de l’assemblée générale ou de spécialistes à la commission des adhésions, comme cela s’est fait dans les branches de la photographie, de la correction et d’autres, puis viennent les examens. La commission des adhésions consigne aussi désormais ses observations dans des documents officiels, et non sous forme de simple avis en passant. Nous avons franchi des étapes importantes, mais nous sommes peut-être tombés dans une grande erreur, la dispersion. Pour ne pas nous mentir, lors de la formation de la commission, nous avons voulu qu’elle soit diverse, afin que cette diversité et ces divergences soient un outil pour la renforcer, mais elles sont devenues un obstacle, et nous avons été contraints de négocier entre collègues, ce qui est difficile. C’est pourquoi la commission est attaquée en permanence : certains considèrent que les procédures rendent l’adhésion au syndicat encore plus difficile. Nous avons hérité d’une situation où la commission du syndicat était une porte ouverte à tous ceux qui passaient, puis la commission suivante est venue imposer des règles d’adhésion sévères. Dans le même temps, il y a un public qui veut adhérer au syndicat, et un public qui accuse les journaux qui permettent le recrutement de faire commerce des adhésions. Lors de l’examen des plaintes et de la vérification de la situation des journaux, les délais s’allongent, ce qui crée de nouvelles plaintes ; c’est une partie de la crise, et peut-être la composition peu harmonieuse de la commission a-t-elle aggravé la crise des adhésions.
Nous devons reconnaître qu’il y a une crise, et sa correction passe par l’amendement prévoyant l’entrée de représentants de l’assemblée générale dans l’évaluation, et non dans la commission finale ; c’est une grande nécessité, qui pourrait mettre fin à certains problèmes de détail. Par exemple, l’une des grandes crises concernait un collègue qui avait été recalé par la commission auxiliaire de la branche dans laquelle il s’était présenté, qui avait estimé qu’il devait progresser ; peut-être la commission a-t-elle perdu ici l’esprit de la loi, mais au final, la décision est sortie avec une évaluation négative de sa performance, et c’est le syndicat et la commission des adhésions qui en ont porté la responsabilité, alors que c’était la décision de spécialistes issus de l’assemblée générale. Il y a des crises liées à la situation interne de certains journaux, en rapport avec leur statut juridique et la manière de régulariser leur situation ou de les développer, et il y a une grande crise concernant les adhésions en appel ou les recours, au sujet desquels des décisions ont été prises sans la présence des membres de la commission. Le syndicat s’est engagé dans une longue négociation et a déposé des plaintes auprès du ministère de la Justice au sujet de ce qui s’est passé, qui font actuellement l’objet d’une enquête, et nous essayons de créer pour nos collègues des voies différentes, à travers des règles internes au syndicat.

Et qu’en est-il de la crise des journalistes de la presse numérique ?
Cette crise est liée à la crise de la presse elle-même. Nous n’avons pas cherché à établir des règles propres à la presse numérique : nous avons parlé de l’affiliation (statut de membre associé). En raison de la non-activation du registre des affiliés, nous avons désormais une porte d’admission d’un certain nombre d’affiliés chaque année à travers la commission des recours. Il y a un large secteur de professionnels que le syndicat ne couvre pas, bien que nous ayons toujours tenu à protéger tous les journalistes, syndiqués ou non, en particulier dans les affaires d’emprisonnement de journalistes, et dans toutes les affaires. Par exemple, dans la crise des contractuels, il y a des syndiqués et des non-syndiqués, et nous avons défendu le droit de tous. Ce que nous voulions faire, c’est étendre le parapluie de la protection syndicale à tous ceux qui travaillent dans la profession, selon des règles fixées par l’assemblée générale. Mais certains ont tenté d’exploiter cette question pour nous entraîner dans une querelle, alors que nous voulions que le syndicat reste le protecteur de cette profession et soit capable d’étendre sa protection à tous, car cela nous protège aussi des intrus, d’autant que nous avons une loi qui reconnaît d’autres formes de presse, et des journalistes qui ont payé un lourd tribut pendant des années au sein des institutions publiques ou d’autres institutions, et qui ont été recrutés mais restent hors de la protection syndicale, ne serait-ce que partiellement.

Vous avez parlé du blocage en vertu de la loi, mais il y a aussi des blocages qui ont lieu en dehors du cadre légal, comme dans le cas du site de Zawia3. Comment voyez-vous la solution à cette crise ?
C’est l’une des crises que nous soulevons en toute occasion. À mon avis, la vision du syndicat a évolué : on est passé de l’affirmation selon laquelle le blocage relèverait de la sécurité nationale, et de sa défense, à la revendication d’une révision des règles de la loi actuelle, qui a donné aux officiers de police judiciaire le pouvoir de bloquer. Les revendications ont été claires lors du dialogue national et en toute occasion : il faut revoir la loi et modifier en profondeur les textes qui la régissent. Nous sommes aussi entrés dans des négociations concernant le blocage de certains sites, qui ont été partiellement résolues : le blocage a été levé pour certains et maintenu pour d’autres. Il reste un autre aspect : si une plainte émane d’un site qui a cherché à régulariser sa situation pour obtenir une licence auprès de celui qui le bloque, on lui répond qu’il n’existe pas parce qu’il est illégal ; ce discours doit être revu, et il faut sortir du cadre de l’officier de police judiciaire. Nous sommes en permanence contre la confiscation, mais en raison de nombreuses règles, nous sommes contraints de dire que le blocage ou la confiscation ne doit intervenir que par décision judiciaire, et non par la volonté du pouvoir, représenté par l’officier de police judiciaire, qui est un fonctionnaire. C’est un point important que nous tenons à soulever. On peut dire que nous avons reçu neuf plaintes au cours de l’année écoulée : certaines ont été résolues, d’autres résolues avant que le blocage ne revienne, et nous avons de nouveau négocié à leur sujet, et pour d’autres le blocage a été maintenu. Il faut tout revoir, qu’il s’agisse des textes qui encadrent le blocage ou de la vision du régime ou de l’État à l’égard de la liberté de la presse elle-même : celle-ci fait partie de la protection de la sécurité nationale, et non l’inverse. La liberté de la presse révèle les crises, elle ne les provoque pas ; et lorsqu’elle les révèle, elle les éclaire et sonne l’alarme pour que l’on agisse afin de les résoudre. C’est pourquoi nous devons nous abriter derrière la liberté de la presse, et le syndicat, porte-voix des journalistes, doit porter ce message dans toutes les réunions officielles et toutes les négociations ; en toute occasion, dans les enceintes officielles et non officielles, nous parlons de la liberté de la presse, de la liberté de nos collègues et de la situation économique des journalistes.

Qu’en est-il du dossier des journalistes détenus ?
Dans le dossier de nos collègues détenus, au cours de la première année de mon mandat de président, nous avons accompli de grands progrès : 11 collègues ont été libérés, en plus de notre intervention pour la libération d’une collègue en Arabie saoudite dont personne ne savait qu’elle était détenue. Il y a eu des crises dans lesquelles nous sommes intervenus directement et que nous avons réglées directement pour plus de 15 collègues, et elles ont été réglées immédiatement. Nous étions parvenus à une sorte d’accord selon lequel il n’y aurait plus qu’une porte de sortie de prison, et la porte tournante par laquelle de nouveaux collègues entrent en détention avait été fermée. Mais de manière inattendue, deux mois après le début de la deuxième année, la porte tournante est revenue et plusieurs collègues ont été arrêtés. Nous sommes entrés dans des négociations à ce sujet, qui ont pris beaucoup de temps, et la situation s’est figée. On peut néanmoins dire qu’au cours des deux dernières années, le syndicat a réussi à obtenir la libération de 11 collègues ; une collègue, malheureusement, n’a été libérée qu’après avoir purgé sa peine, malgré nos demandes de libération ; nous avons aussi obtenu la libération d’une collègue détenue en Arabie saoudite, et celle de 15 collègues arrêtés pour de courtes durées, un ou deux jours, grâce aux interventions du syndicat. Nous espérons revenir à la seconde voie, celle d’une porte unique, de sortie, et non de la porte tournante, pour résoudre radicalement cette crise. Le syndicat n’a pas traité la question de l’emprisonnement des journalistes uniquement par leur libération, mais aussi par leur réhabilitation : nous avons cherché à les réhabiliter, notamment par leur recrutement. Bien sûr, il y a des collègues que nous n’avons pas pu faire recruter, car cela dépend de la volonté des institutions qui recrutent, mais six collègues ont été recrutés en coopération avec la commission d’intégration des détenus libérés et plusieurs journalistes qui faisaient partie de cette commission. Nous avons pu conclure un autre accord pour réhabiliter certains collègues ou les soutenir pour passer cette étape, en leur fournissant un soutien financier de l’État, d’une entité publique ou d’une entreprise de presse qui a soutenu nos collègues d’une manière ou d’une autre. Un montant a été alloué au soutien psychologique des collègues journalistes, et nous avons obtenu l’an dernier 1,2 million de livres, utilisés pour la réhabilitation. Nous aidons aussi les collègues détenus par une présence juridique, ou en accueillant leurs proches pour organiser des événements syndicaux de défense de leurs libertés ; nous avons établi une liste complète de nos collègues, que nous avons présentée à toutes les instances pour obtenir leur libération, et nous les soutenons financièrement, sur décision de l’assemblée générale : nous avons commencé par verser 2 000 livres par mois et sommes arrivés à 6 000 livres, une somme évidemment insuffisante, mais qui relève de l’urgence. Le syndicat est ainsi passé du discours selon lequel nous n’avions pas de détenus, ou qu’il s’agissait de détenus de droit commun, à une situation où nous avons une liste de 24 collègues dont nous réclamons la libération auprès de toutes les instances, une liste reconnue par les différentes instances, et où les chaînes officielles diffusent que le président du Syndicat des journalistes a réclamé la libération des journalistes détenus. Ce sont des étapes importantes, qui, à mon avis, seront menées à terme, et il y a des signes en ce sens : la réhabilitation de collègues, la libération de certains, le retour de certains à leur travail, l’amélioration de la situation de certains collègues détenus et le rétablissement des visites. Il ne reste plus que la reprise des négociations pour clore complètement ce dossier et vider les prisons, non seulement des journalistes, mais des prisonniers d’opinion en général.

On vous accuse d’avoir politisé le syndicat ou d’y avoir fait entrer votre courant. Que répondez-vous à cette accusation ?
Ma réponse est que l’assemblée générale évalue les deux dernières années : certains me trouvent trop conciliant, d’autres estiment que le syndicat a retrouvé son rôle. Il faut distinguer la politisation de l’esprit partisan. Selon sa loi, le syndicat exerce en permanence une action politique : la presse est, à la base, une action politique ; publier sur la situation des gens est une action politique ; défendre les libertés est une action politique. Mais il est important que cela ne se transforme pas en esprit partisan : nous laissons nos habits partisans à la porte du syndicat. Dès lors que nous travaillons dans un espace donné, nous faisons de la politique, et le Syndicat des journalistes est le seul syndicat dont la loi fondatrice autorise l’action politique. Notre rôle dans la cause palestinienne a été une action politique, qui a soutenu la cause et, à mon avis, a présenté une image différente du pays et l’a bien exprimé, en soutenant même le point de vue de l’État sur la question du déplacement, par exemple ; nous avons réussi à rassembler les syndicats autour de cette position, et c’est un retour du syndicat à son rôle. Ce qui s’est passé, c’est que nous, en tant que conseil, avons affronté tous les problèmes dans un esprit d’ouverture à tous, avec un syndicat ouvert à tous, et nous tenons à ce qu’il reste le syndicat de tous ; je pense que la réussite d’un président de syndicat, c’est d’être le représentant de tous les journalistes et non d’un groupe particulier. Dans chaque bataille, nous étions présents en tant que représentants de tous les journalistes, et la conférence générale en a été un exemple, car nous avons tenu à ce que toutes les parties y soient représentées, que ce soit parmi les participants ou dans les commissions, au point que toutes les parties m’ont attaqué : mes partisans m’ont attaqué à cause de la présence d’anciens visages, et l’autre camp m’a attaqué à cause de la représentation de nouveaux visages. Toutes les parties étaient représentées, et nous avons en outre accueilli des personnalités extérieures au conseil afin qu’il n’y ait pas d’influence sur les élections. Pour le prix du syndicat, nous avons constitué une commission consultative d’anciens présidents et de grands journalistes, pour qu’elle représente tout le monde. Pour la conférence, nous avons confié son organisation à un conseil de fiduciaires, et nous n’avons pas exclu quatre membres du conseil des commissions, comme cela s’était fait auparavant ; tous ont travaillé dans leurs commissions. Je ne sais donc pas d’où vient cette mainmise de mon courant sur le syndicat, si tout le monde était représenté.

En parlant de politique… les marches du syndicat ont une symbolique particulière et ont provoqué de grandes crises. Comment voyez-vous cela ?
Les marches du syndicat ont une grande valeur symbolique, et une partie de cette symbolique est celle de la presse elle-même : quand les gens se tournent vers les marches du syndicat, ils se tournent vers la presse, avec ce slogan récurrent : « Où est la presse ? ». Les gens cherchent en permanence la presse pour les exprimer. Les marches sont, à mon avis, une partie de l’image de ce syndicat, et ne représentent un danger pour personne ; au contraire, le problème vient de ceux dont la vision de l’espace de liberté s’arrête au pied des marches. Cela ne signifie pas qu’il faille abuser de ce pouvoir. Si nous évaluons les deux dernières années, nous constatons que les marches du syndicat ont offert une image honorable de l’Égypte sur la question palestinienne : la première mobilisation s’y est déroulée après le bombardement de l’hôpital Al-Maamadani (Al-Ahli Arab) à Gaza, même s’il y a eu certains débordements, au sujet desquels nous sommes entrés en négociations, et l’État a fait preuve de compréhension. Lorsqu’un certain nombre de manifestants ont été arrêtés, la plupart n’étant pas journalistes, nous sommes intervenus et ils ont été libérés un ou deux jours plus tard, car l’État comprend l’importance du rôle des marches du syndicat, qui ont été une partie importante de la bataille contre le déplacement des Palestiniens : l’image du syndicat comme partie prenante de la bataille. Cela fait partie de l’idée de la presse en général, lorsqu’elle exprime les gens. Je pense qu’il faut préserver la symbolique des marches du syndicat, sans la dilapider ni en abuser, en conciliant la liberté et les intérêts de nos collègues.

Le syndicat s’est saisi du Code de procédure pénale… Pourquoi ?
Parce qu’il fait partie du climat de travail. D’abord, le Code de procédure pénale comportait des dispositions concernant directement la presse, mais nous ne pouvions pas nous contenter de ces dispositions, car cette loi est la constitution de la justice, et nous avons considéré que l’organisation des procédures de justice fait partie du climat dans lequel travaille la presse. Si nous manquons de procédures de justice rigoureuses, ou si les gens ne ressentent pas la justice, la presse y perdra, car les gens se tournent vers les journalistes et leur parlent ; et si cela les amène à en payer le prix, cela affectera la presse d’une manière ou d’une autre. Il n’y a pas de presse libre sans un climat libre, ou sans un climat politique dans lequel les gens se sentent satisfaits, capable de garantir la liberté de mouvement de tous. On ne peut pas réduire la liberté de la presse à un simple texte qui la concernerait seule : il ne sert à rien que le journaliste jouisse de la liberté si sa source souffre, si les autres acteurs, comme les partis, ne peuvent pas agir, ou si le climat général lui-même impose des restrictions à la presse, car le journaliste ne pourra alors pas exprimer les gens, puisque les gens eux-mêmes ont peur de s’exprimer. C’est pourquoi notre rôle était de nous saisir de tout cela ; c’est le rôle d’une presse qui œuvre à la défense des libertés des gens et de leurs droits, pour une constitution de la justice digne de nous tous, et pour améliorer la loi, en défendant l’existence d’un dialogue social sur les lois, qui fait partie du débat public dont la presse est une composante. Le syndicat est une plateforme de dialogue social, et si nous n’organisons pas de dialogue sur toutes ces questions, nous perdons notre raison d’être. Le syndicat a joué ce rôle et continue de le jouer. Nous avons réussi à faire modifier les dispositions relatives à la presse : une disposition a été supprimée, une autre a été bien modifiée, et une troisième a été partiellement modifiée en faveur de la presse ; nous aurions souhaité une modification plus profonde. Nous avons été une voix pour cette société, et le syndicat a reçu l’estime de tous : lorsqu’il a été la cible d’une campagne d’attaques, toutes les parties ont défendu le syndicat et les journalistes.

Quelle est votre vision pour améliorer la situation économique des journalistes ?
Ce dossier comporte deux voies. La première, rapide, comme la hausse de l’indemnité et la négociation permanente avec les directions des journaux et des institutions pour appliquer le salaire minimum, ou relever ce minimum, et améliorer la situation au sein des institutions. Il y a aussi une voie longue, qui concerne la profession et son développement, pour qu’elle reste capable d’exprimer les gens et gagne en audience, car une profession sans liberté n’est pas avec les gens et ne les exprime pas ; c’est pourquoi ils ne l’achètent pas, surtout avec la dégradation de la situation économique. Cela ne veut pas dire que tout se résume à la liberté, mais la liberté en est un élément essentiel. Toutes les parties sont responsables de cette situation, car l’État disait que l’Égypte se trouvait dans une situation exceptionnelle, dont nous sommes censés être sortis ; en raison de cette situation, de grandes restrictions ont été imposées à la presse, qui en a payé le prix à plusieurs niveaux, notamment la diffusion. Si la presse a supporté cela, l’État doit être partie prenante à la solution de cette crise, au niveau de la solution partielle et transitoire, et il doit aussi participer à la solution complète, puisque nous sommes sortis de la situation exceptionnelle. En ce moment, le syndicat a engagé des négociations sur les salaires dans différents établissements et a réussi dans neuf d’entre eux : nous franchissons des étapes dans la hausse des salaires. Nous avons aussi engagé des négociations pour augmenter l’indemnité, et pas seulement pour l’augmenter, mais aussi avec le Conseil suprême des médias pour changer les règles de versement de l’indemnité ; il ne reste que l’étape finale, du côté du ministère des Finances, qui doit fournir les crédits nécessaires. Nous avons également négocié la retenue fiscale sur l’indemnité dans plusieurs institutions. Mais au final, il reste l’amélioration de la situation de la presse en général, qui ne peut se faire qu’à travers un système complet d’amélioration des salaires.

Comment voyez-vous la crise des journaux publics (dits « nationaux »), notamment avec les discussions sur la fusion et la suppression de certaines publications ?
Nous nous sommes saisis de cette crise dès le premier instant au syndicat, car la presse publique est l’usine des compétences ; de manière générale, la presse privée est issue de la presse publique. C’est aussi l’un des outils d’équilibre, puisqu’il s’agit d’une presse appartenant à l’État, mais nous devons la gérer économiquement de manière différente. C’est pourquoi une partie essentielle de la solution de la crise a été la titularisation des contractuels, pour renouveler le sang au sein des institutions. Un système global de développement de la presse publique a été proposé avec l’Autorité nationale de la presse, et cela a été annoncé. Une partie de ce système consiste à développer la distribution et la publicité, à libérer la publicité de l’emprise de certaines entités et à en assurer une répartition équitable ; tout cela faisait partie du système de développement discuté clairement avec l’Autorité nationale. Lors de l’annonce, l’accent a été mis sur la crise des contractuels, mais l’annonce de leur titularisation faisait partie d’un système intégré qui a été discuté, et je pense que nous sommes capables de le mener à bien.
