Le parquet a remis en liberté en octobre 2026 le docteur Mohamed Zahran, expert en éducation et fondateur du Mouvement pour l’indépendance des enseignants, après plus de trois mois de détention provisoire pour publication et diffusion de fausses informations. Dans cet entretien avec Zawia3, Zahran affirme qu’il ignore toujours la véritable raison de son incarcération. Il revient sur sa candidature indépendante aux élections de la Chambre des représentants de 2025 dans la circonscription de Matariyya et sur le recours qu’il a déposé devant la Cour de cassation.
Zahran évoque également le budget de l’éducation et la disposition constitutionnelle inappliquée depuis 2014, le Syndicat des professions de l’enseignement dirigé par un « comité de gestion provisoire » que sa loi ne prévoit pas, la pension syndicale des enseignants qui ne dépasse pas 120 livres par mois, ainsi que ses conditions pour briguer la présidence du syndicat.
Voici le texte de l’entretien :
« Une page tournée » : détention et libération
Nous aimerions connaître les détails de votre propre bouche. Que vous est-il arrivé ?
Je ne veux pas parler de cette période. Je la considère comme une page tournée, et nous en avons ouvert une nouvelle. La période de détention est passée et nous l’avons surmontée. Nous tendons la main à l’État : personne ne peut mettre en doute notre patriotisme, et l’État a besoin de chacun de ses citoyens. Je pense que l’État a récemment commencé à tendre la main aux gens. La preuve, c’est qu’il m’a libéré lorsqu’il a établi que les accusations portées contre moi étaient infondées. J’ai repris mon travail, et la vie continue.
Quelles accusations ont été portées contre vous ? Combien de temps avez-vous passé en détention ?
L’accusation figurant dans la décision du parquet est la publication et la diffusion de fausses informations. J’ai passé trois mois et quatre ou cinq jours en détention, du 17 juillet au 20 octobre.
Avez-vous subi des restrictions en détention ? Avez-vous constaté des problèmes ou des mesures arbitraires ?
Les personnes détenues dans ce que l’on appelle des affaires d’opinion sont traitées différemment. Nous sommes dans un lieu bénéficiant d’un traitement particulier, à l’écart des personnes détenues pour des affaires pénales de drogue, de fonds publics ou de crimes contre les personnes. Il s’agit, au fond, d’une divergence de points de vue : les services de sécurité estiment que ces propos créent des problèmes dans le pays, tandis que l’accusé considère qu’il discute des questions et des problèmes de l’État. Les services de sécurité ont fini par s’en assurer ; ils connaissent le parcours de chacun.
Je n’ai pas besoin de fournir des documents attestant du patriotisme de Mohamed Zahran. J’ai participé à la rédaction de la Constitution de 2014 à l’invitation de la présidence de la République. C’est moi qui ai proposé ses dispositions relatives à l’éducation, des articles 19 à 25, et elles ont été intégrées exactement telles que je les avais soumises. Cela figure dans les procès-verbaux des séances du Comité des Cinquante. J’ai également proposé les articles 76 et 77 sur les syndicats professionnels, qui ont été repris mot pour mot. Les séances ont été enregistrées avec ma voix sur la chaîne Sawt Al-Shaab. Pour la première fois dans l’histoire des constitutions, un enseignant représentait l’éducation au sein d’un comité chargé de rédiger la Constitution. J’ai reçu une distinction de la présidence du Conseil des ministres et du ministre de l’Éducation de l’époque.
Je suis donc une personnalité qu’ils connaissent. Lorsqu’ils élaborent un plan de développement de l’éducation, ils m’y invitent. Lors du Dialogue national, ils m’ont invité à modifier la loi sur l’éducation et celle sur le Syndicat des professions de l’enseignement. L’État lui-même connaît la valeur de Mohamed Zahran. Mais des plaintes malveillantes sont parfois déposées, puis une enquête est menée selon les circonstances et les éléments de la plainte. Les autorités de sécurité vérifient la véracité de ces allégations. J’ai donc été libéré après trois mois de détention.
Naturellement, l’expérience est difficile, cela ne fait aucun doute. Si vous étiez chez vous, seule, avec la porte fermée et la clé à l’extérieur, même en sachant que vous sortiriez bientôt, que vous pourriez appeler par le judas quelqu’un qui passe pour qu’il ouvre, ou téléphoner à quelqu’un pour qu’il vous ouvre, vous vous sentiriez étouffer. Vous pourriez même éprouver cette sensation avec la porte ouverte si vous étiez seule à la maison. Imaginez donc ce que l’on ressent lorsqu’on est privé de liberté en prison. Une prison reste, en définitive, un lieu d’exécution d’une peine.
Je prie Dieu pour que cette période ne se reproduise pas, car c’est une expérience psychologiquement douloureuse. J’ai une famille, un foyer et des enfants qui ont besoin de ma présence, d’autant qu’ils sont jeunes et nécessitent des soins et une présence constante. Aussi moderne soit-elle, avec une télévision, des périodes de promenade où l’on sort s’asseoir un moment, de l’aération, des lits pour les malades et des équipements facilitant le séjour, une prison reste avant tout une prison.
Les élections législatives et les « raisons de la détention »
Beaucoup ont dit que votre détention était liée à ce qui s’était passé lors des dernières élections de la Chambre des représentants. Est-ce vrai ?
Je me suis présenté comme indépendant aux élections de la Chambre des représentants de 2025 dans la circonscription de Matariyya. J’étais présent dans les médias égyptiens, arabes et étrangers. Je suis allé payer les frais de candidature en pensant qu’ils s’élevaient à mille ou deux mille livres, comme auparavant, et j’ai découvert qu’ils étaient de trente mille livres. J’ai écrit sur mes pages : « Je suis désolé, tout le monde, mais je n’ai que mon salaire. » Les salaires ne couvrent pas les besoins essentiels. Nous devons travailler à côté pour couvrir le nécessaire. Les salaires des enseignants, comme ceux des employés de l’État, ne permettent à personne de faire vivre un foyer.
Je devais me retirer, mais les habitants de la circonscription, mes amis et mes proches ont réuni les trente mille livres et payé mes frais de candidature. Les gens ont également payé l’examen médical, qui coûtait dix mille livres. Je n’ai pas installé de banderoles électorales. On en fait lorsqu’on veut se présenter aux gens, alors que les habitants de la circonscription me connaissent. Des personnes qui ne participaient plus sont allées voter et m’ont dit : « Nous n’avions pas voté depuis 2013. Nous sommes venus exprès pour vous. »
Dieu m’a accordé le succès au premier tour et j’ai accédé au second, où je l’emportais très largement. Puis nous avons découvert, à notre surprise, que le résultat avait changé : il avait été manipulé. Nous avons remis à la commission générale et à l’Autorité nationale des élections des documents prouvant la manipulation et la fraude délibérée par l’achat de voix. La police a arrêté 45 personnes qui distribuaient des pots-de-vin et orientaient les électeurs vers les autres candidats. Nous avons fait dresser au commissariat de Matariyya un procès-verbal constatant des manipulations et des fraudes dans un bureau de vote. Parmi 46 bureaux, l’exclusion d’une seule urne de ce bureau aurait suffi à changer le résultat, mais le deuxième candidat a été déclaré élu à ma place. J’ai suivi la voie légale et déposé devant la Cour de cassation le recours numéro 15 de l’année judiciaire 96. La Cour a mis l’affaire en délibéré pour le 16 novembre.
Ceux qui ont dit que j’avais été détenu à cause des élections y voyaient un moyen de pression. Il a aussi été dit qu’on voulait m’empêcher de me présenter à la présidence du syndicat des enseignants d’Égypte, parce que des collègues avaient signé pour moi des mandats et des procurations, et que certains, ou certains décideurs, ne souhaitaient pas ma candidature. Ce n’est pas une supposition personnelle, mais des propos répétés que j’ai entendus après ma sortie. Je suivais la voie légale, puis j’ai soudain été incarcéré. On m’a dit que des chaînes étrangères avaient affirmé que j’étais détenu pour m’empêcher de me présenter ou pour me pousser à renoncer à l’action en annulation des élections de Matariyya examinée par la Cour de cassation.
J’ai entendu tout cela comme vous et comme les gens dans la rue. Mais je ne peux pas déterminer la raison principale de ma détention, car je ne la connais pas. L’accusation est la publication et la diffusion de fausses informations. J’ai demandé au parquet de me montrer quelles étaient ces fausses informations.
Après ma sortie, j’ai entendu certains dire que j’avais été incarcéré en raison du recours que j’ai introduit pour faire annuler les élections de Matariyya : leur annulation et ma proclamation comme élu auraient contrarié le parti, alors on aurait voulu faire pression sur moi. D’autres ont dit que la raison était les élections du Syndicat des professions de l’enseignement prévues en février, et qu’on ne voulait pas de moi en raison de ma popularité. Les conjectures sont nombreuses. Mais l’accusation devant le parquet est la publication et la diffusion de fausses informations. Il n’a pas été établi devant lui que j’avais publié de fausses informations. Ma libération a donc été ordonnée sur la base des investigations indiquant que ces affirmations étaient inexactes.
On avance de nombreuses raisons à ma détention, les gens parlent et font des suppositions. Mais ai-je une information certaine sur les raisons de mon incarcération ? Non, par Dieu, je ne sais pas. J’aimerais que vous connaissiez quelqu’un qui puisse me dire pourquoi j’ai été détenu.
Le budget de l’éducation : une disposition constitutionnelle inappliquée
Passons à l’éducation : sur quels dossiers prioritaires allez-vous travailler après votre retour à votre poste ?
Je considère que l’éducation est le dossier le plus important. C’est moi qui ai rédigé les articles de la Constitution sur l’éducation, et je sais mieux que quiconque pourquoi ils ont été adoptés : ils les ont tous jugés nécessaires. J’ai demandé une augmentation du budget de l’éducation. L’éducation ne fonctionne pas gratuitement, et le développement ne se fait pas gratuitement. Dans la Constitution de 2014, nous avons dit que le budget devait représenter 4 % du produit national égyptien, puis augmenter progressivement pour atteindre les niveaux internationaux en 2016. Ces niveaux pouvaient alors atteindre 8 et 10 % du produit national, afin d’assurer la qualité de l’enseignement égyptien. Mais cette disposition n’a toujours pas été appliquée, et le budget reste à 2 % du produit national.
Nous voulons donc, dans la période à venir, travailler avec les organismes et institutions de l’État, le ministère des Finances, le ministère de l’Éducation, le Conseil des ministres et la Chambre des représentants, pour que cette disposition soit appliquée et que le budget augmente progressivement jusqu’aux niveaux internationaux. L’éducation ne se fait pas gratuitement. Mais ce dialogue nécessite un syndicat élu qui représente les enseignants. L’actuel comité de gestion provisoire ne peut pas prendre la parole, car ses membres n’ont aucune qualité légitime au sein du Syndicat des professions de l’enseignement. Qui finance le budget de l’éducation ? L’État et la direction politique. Voilà pourquoi nous dialoguons avec l’État.
Nous avons plus de 60 000 écoles nécessitant un budget important et plus de 26 millions d’élèves dans l’enseignement préuniversitaire. Il nous faut un budget, beaucoup de travail et des recrutements d’enseignants, car la pénurie est criante. Il faut aussi stabiliser les programmes. Les générations qui nous ont précédés, les docteurs Magdi Yacoub, Ahmed Zewail et Farouk El-Baz, ainsi que les remarquables scientifiques égyptiens en Europe et en Amérique, ont tous étudié dans les écoles publiques égyptiennes avec les programmes égyptiens. Un programme restait inchangé pendant dix ans, ce qui permettait à l’enseignant de le maîtriser. Aujourd’hui, chaque nouveau ministre annonce un processus de développement.
Un ministre a supprimé la sixième année du primaire : le docteur Ahmed Fathi Sorour, devenu ensuite président de l’Assemblée du peuple. Puis la sixième année a été rétablie. L’enseignement secondaire général dure tantôt deux ans, tantôt trois. Parfois la deuxième année est sanctionnée par un certificat, parfois la troisième. Puis on le ramène à une seule année. On organise des examens électroniques, puis sur papier. Tout cela perturbe les élèves.
Pour que le parcours éducatif soit clair, il nous faut une stratégie à long terme, des objectifs précis et une méthode pour les atteindre, afin de former un élève égyptien adapté au marché du travail. Nous ne devons pas avoir des milliers de diplômés des facultés de lettres et des formations techniques qui ne répondent pas aux besoins du marché du travail. Nous avons besoin d’un plan clair définissant ce que nous attendons de l’éducation, comme le font tous les pays : sommes-nous un pays à vocation économique, commerciale, agricole ou touristique ? Cela doit être au cœur des programmes qui réalisent les objectifs éducatifs de l’État.
Le bilan du ministre de l’Éducation et les plans de développement
Que pensez-vous du bilan de l’actuel ministre de l’Éducation ?
Je ne peux pas prétendre être impartial au sujet du ministre de l’Éducation, puisque je suis employé du ministère. Je l’ai rencontré il y a deux ans, et sur le plan humain, c’est un homme très respectable. Quant au baccalauréat, au secondaire général, aux programmes, à la suppression de matières fondamentales et à leur transformation en matières ne comptant pas dans la note totale, je ne peux pas juger son action dans ces domaines. Je reste un employé d’une administration éducative, soumis à certaines contraintes.
Mais si j’étais invité à participer à un plan de développement de l’éducation, je dirais au ministre : premièrement, deuxièmement, troisièmement. J’ai un plan et une vision fondés sur mon expérience. J’ai travaillé à tous les niveaux de l’enseignement, primaire, préparatoire et secondaire, puis à un poste de supervision. J’ai une expérience pratique de terrain. J’ai déjà participé à un plan de développement de l’éducation et proposé les dispositions constitutionnelles sur l’enseignement. Je sais ce qui fait réussir un plan de développement et ce qui profite au pays. Mais cela ne se ferait pas dans le cadre d’une question sur le bilan du ministre, plutôt lorsque je présenterais un plan complet avec le budget nécessaire au développement.
En 2010, sous le ministre Ahmed Gamal El-Din, nous avons élaboré un plan de développement de l’éducation commençant par le primaire. Je l’ai appliqué à Matariyya. Il portait sur l’amélioration des compétences en lecture et en écriture. Il a réussi : le ministre a demandé sa généralisation et m’a interrogé sur son coût. Je lui ai présenté une vision complète pour l’appliquer à l’échelle nationale. Mais les circonstances ne l’ont pas aidé. Ahmed Gamal El-Din a été démis de ses fonctions et remplacé, après la révolution, par Gamal El-Araby, qui est arrivé avec un autre plan. Il n’est pas resté plus de six mois, comme l’ensemble du gouvernement à l’époque.
Chaque ministre successif arrive avec un plan différent. Pour apporter ma contribution à ce qui se passe dans le domaine éducatif, je dois donc être présent à un congrès ou dans le cadre d’un plan de développement de l’éducation, où je puisse présenter un projet prêt, construit à partir de longues années de travail, d’études et de recherche.
Le Syndicat des professions de l’enseignement : administration judiciaire et comité provisoire
Comptez-vous vous présenter aux élections du syndicat des enseignants ? Parlez-nous de ce syndicat.
Le Syndicat des professions de l’enseignement, connu sous le nom de Syndicat des enseignants, a une longue histoire. Il est régi par la loi numéro 79 de 1969, qui n’a pas changé depuis. Un comité de gestion provisoire l’a contrôlé de 2000 à 2011, jusqu’à ce que j’engage une action en justice qui a permis la tenue d’élections en 2011. Le syndicat est donc resté onze ans sous un comité provisoire dépourvu de toute qualité. J’ai participé aux élections de 2011, me suis présenté au comité syndical de Matariyya et en ai remporté la présidence. Je me suis également présenté à la présidence nationale.
À cette époque, les Frères musulmans remportaient tous les sièges, car les gens voulaient se débarrasser des vestiges du régime Moubarak. Ils ont obtenu l’Assemblée du peuple, le Conseil de la Choura, le gouvernement et la présidence parce qu’ils étaient organisés. Les voix extérieures aux Frères musulmans étaient peu nombreuses, mais avec ce petit nombre, je suis arrivé deuxième derrière le président issu de la confrérie, le docteur Ahmed El-Halawany. Un jugement a ensuite écarté ce président et le conseil d’administration du syndicat. Il aurait été normal que je reprenne le syndicat en tant que deuxième en nombre de voix. Mais j’ai découvert qu’on voulait m’imposer les mêmes personnes qui l’avaient épuisé, détruit et avaient dilapidé son argent. Je ne veux pas dire qu’elles l’ont volé, bien qu’elles l’aient effectivement volé et que je dispose de documents le prouvant datant d’avant la révolution de janvier.
Tout le syndicat était composé de Frères musulmans, et j’étais le seul à ne pas en être. J’ai dit au ministre de l’Éducation et aux organismes concernés : je n’entrerai au syndicat que si des élections sont organisées pour tous les conseils, les comités locaux, les syndicats de branche et le syndicat national, afin que ceux qui travaillent avec moi aient une qualité légitime. Je me présenterai moi-même à la présidence nationale, et toute personne souhaitant être candidate pourra l’être. Ils voulaient que les choses continuent ainsi. Puis quatre collègues, malheureusement, ont engagé une procédure pour placer le syndicat sous administration judiciaire. Le Syndicat des professions de l’enseignement y a été placé le 31 mars 2014.
Dès cette date, j’ai entrepris des démarches judiciaires pour y mettre fin. L’administration judiciaire des syndicats signifie leur dégradation et leur destruction, l’arrêt des services aux membres, et nous ignorons où va l’argent. En 2017, j’ai obtenu un jugement écartant l’administrateur judiciaire parce qu’il n’avait pas déposé d’état des comptes. Personne ne savait rien des ressources ni des terrains du syndicat. J’ai obtenu du tribunal une attestation confirmant qu’il n’avait déposé aucun état des comptes pendant quatre ans. Ceux qui l’aidaient à l’époque sont les mêmes qui sont là aujourd’hui, sans aucune qualité. L’administrateur judiciaire et ses collaborateurs auraient dû être jugés. Mais il est parti et eux sont restés, sans procès. Ils ont continué au syndicat sans qualité, ni par jugement ni par élection.
Quelle est leur qualité ? Aucune. Ils disent : comité de gestion provisoire. La loi du Syndicat des professions de l’enseignement ne prévoit aucune gestion provisoire. Soit le syndicat est dirigé par un conseil élu, soit il est placé sous administration judiciaire par un jugement. Imaginez des personnes qui entrent chez vous et s’y installent sans aucun titre, signent chaque jour des chèques de plusieurs millions, et dont l’une prétend être président, l’autre secrétaire général, une troisième vice-président, tandis que d’autres se disent présidents des syndicats de branche dans les gouvernorats jusqu’à Assouan. Nous avons des syndicats de branche dans tous les gouvernorats, trois cents comités locaux et le syndicat national. Toutes les personnes en place n’ont absolument aucune qualité et devraient être jugées au pénal. Quelqu’un signe des chèques sans qualité, dépense et transfère de l’argent, sans aucun état des comptes.
J’ai engagé une autre procédure, qui a abouti le 30 octobre 2018 à un jugement mettant fin à l’administration judiciaire. Nous avons alors dit : oublions la période du 31 mars 2014 au 30 octobre 2018, tournons la page et convoquons des élections. Mais les personnes en place ont refusé d’en organiser. Nous avons engagé une deuxième puis une troisième procédure, jusqu’au jugement du 25 novembre 2025, pendant les élections de la Chambre des représentants, qui les écartait et leur imposait de convoquer des élections. Elles s’y sont opposées et ne l’ont pas exécuté. C’est pourquoi certains disent que mon insistance pour faire appliquer ces jugements, qui remontent à 2018, a été la cause de ma détention.
C’est l’une des interprétations avancées : certains ont évoqué ma candidature à la Chambre des représentants et l’action en annulation des élections de Matariyya ; d’autres, les élections syndicales et ma popularité parmi les enseignants. L’une comme l’autre est possible, mais je ne sais pas et ne dispose d’aucune information certaine à ce sujet.
La candidature à la présidence du syndicat : des « garanties de l’État »
Les élections syndicales sont censées se tenir selon l’ancienne loi en février 2027. Ma candidature dépend d’un climat propice et de garanties. Des garanties venant de qui ? De l’État, pour que les élections se déroulent sous supervision judiciaire intégrale. Alors, je me présenterai certainement.
Le travail de service ou syndical est censé être bénévole et sans rémunération. Lorsque je quitte ma maison et ma famille pour rendre service, je le fais gratuitement. Mais les personnes actuellement en place rendent-elles service sans contrepartie ? Non. Il y a des lieux de villégiature, des terrains vendus, des hôpitaux et des clubs loués dans les syndicats de branche, les comités locaux et le syndicat national, des salles louées pour les mariages et les événements, des comités possédant des villages touristiques, et des millions au Syndicat des professions de l’enseignement. Moi, Mohamed Zahran, j’y entrerais sans rechercher ni le poste ni l’argent.
Depuis la création du Syndicat des professions de l’enseignement jusqu’à aujourd’hui, la pension syndicale de l’enseignant est de 120 livres. Il reçoit 360 livres tous les trois mois, et même ces 360 livres ne lui parviennent pas. Je m’excuse de l’expression, mais le kilo de viande coûte désormais quatre cent cinquante ou cinq cents livres. La pension ne suffit pas à en acheter un kilo. Les ressources du syndicat sont nombreuses, et je sais comment lui procurer des revenus. Je peux mettre des milliards dans sa caisse et porter la pension à mille ou mille cinq cents livres par mois, et non tous les trois mois, au lieu de ces 120 livres qui n’arrivent pas.
Je peux aussi proposer des services de santé aux enseignants. Le syndicat possède des hôpitaux dans tout le pays. Il me suffit de conclure un accord avec l’assurance maladie pour que les enseignants soient soignés dans les hôpitaux des enseignants à ses frais, puisqu’ils cotisent à l’assurance maladie toute leur vie. Au lieu de subir les difficultés des hôpitaux de l’assurance maladie, celle-ci paierait les frais et l’enseignant serait soigné dans un établissement qu’il finance et qu’il a construit avec son argent. J’ai des mécanismes pour augmenter les ressources du syndicat et les services qu’il rend aux enseignants.
Mais cela ne se fera qu’avec de nombreuses garanties me permettant de participer aux élections et d’être porté au poste par les voix de mes collègues enseignants. Tout le monde sait qu’ils me demandent constamment de me présenter. Mais j’ai décliné, car je juge le climat défavorable, et Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à ses capacités. Pour rendre service, il faut disposer de prérogatives. Je pense que quiconque reprendrait le syndicat après des années de dépouillement de l’institution et de ses finances ne pourrait lui rendre son rôle sans garanties et soutien de l’État. L’État soutient les syndicats pour qu’ils assurent leur mission de service auprès des collègues enseignants.
Le Forum Égypte et la hausse des salaires des enseignants
Que pensez-vous du Forum Égypte organisé il y a quelques jours, notamment sur l’éducation ?
Les discussions au Forum Égypte se sont déroulées sous la supervision de l’État et en présence de spécialistes. Mais ces événements ont eu lieu alors que j’étais en détention provisoire, et lorsque je suis sorti, le forum était terminé. J’ai vu que le président de la République avait pris en marge du forum des décisions pour accorder de l’attention aux salaires des enseignants. J’ai entendu le ministre des Finances dire, parmi les résultats du forum, que les salaires des enseignants augmenteraient de six mille livres sur deux ans : trois mille en juillet 2027 et trois mille en juillet 2028, pour le grade d’enseignant principal. Pour l’enseignant adjoint, la hausse serait de cinq mille livres, deux mille cinq cents la première année et autant la seconde. C’est une bonne nouvelle sur le plan financier.
Mais je voudrais attirer l’attention du ministre des Finances sur le fait que le président lui-même a demandé d’augmenter les gens. Puis on vient dire qu’on augmentera ceux qui sont dans les classes, mais pas les spécialistes, ou qu’on examinera comment les augmenter. L’article 22 de la Constitution mentionne les enseignants et leurs auxiliaires. Les auxiliaires sont les spécialistes. La loi 155 de 2007 et la loi 93 de 2012 disposent que les spécialistes relèvent du même cadre de rémunération que les enseignants. Mais le ministre des Finances a malheureusement parlé de ceux qui sont directement en contact avec les élèves et a dit qu’on réfléchirait à une augmentation pour les spécialistes.
Aucun spécialiste n’a un rôle moindre. La présence du travailleur social est indispensable à l’école, tout comme celle du psychologue, du spécialiste du journalisme et des médias éducatifs, du spécialiste des supports pédagogiques, du théâtre, des bibliothèques et des responsables de laboratoire. Les personnels administratifs et les agents ont aussi leurs missions. L’école est un système intégré. On ne peut pas donner à l’un et laisser l’autre de côté, comme lorsqu’on a instauré une prime de développement et une prime d’enseignement pour les enseignants en classe, sans les accorder aux spécialistes. La justice, la loi et la Constitution disent « les enseignants et leurs auxiliaires ». Est auxiliaire toute personne participant au processus éducatif, y compris les inspecteurs des administrations éducatives et les chefs de service.
Sinon, modifions la loi et disons que nous ne voulons ni travailleur social, ni psychologue, ni spécialiste des activités, ni spécialiste du journalisme dans le processus éducatif. Sans eux, l’enseignement devient une simple transmission à mémoriser, pour laquelle un centre de soutien scolaire suffit. Nous n’aurions alors besoin ni de classes ni d’écoles. Les écoles n’ont pas été créées pour cela, qui peut se faire dans les maisons, les centres et les cours particuliers. L’éducation est un système où chacun a un rôle : l’agent, le gardien de nuit, le responsable de laboratoire. Tous les spécialistes ont des missions inscrites dans leur fiche de poste, exactement comme l’enseignant, et nous ne pouvons les exclure d’aucune hausse destinée aux enseignants.
De plus, le président n’a pas dit que les uns devaient en bénéficier et les autres non. Il a demandé une augmentation pour les personnels de l’éducation. Par respect pour la Constitution, dont l’article 22 dit « les enseignants et leurs auxiliaires », personne ne doit être exclu de cette hausse.
Un dernier mot
Un dernier mot avant de conclure cet entretien.
Je pense que les communiqués et déclarations que nous entendons quotidiennement des responsables et de la direction politique en ce moment confirment qu’il y a de l’espoir, que le pays est sur la bonne voie et que le président s’intéresse à tous les dossiers. L’éducation est l’un des plus difficiles. Le président lui a accordé de l’attention au Forum Égypte, avec des déclarations claires et une augmentation des salaires des enseignants. L’enseignant est à la tête du processus éducatif. Dès lors que le président s’intéresse à l’enseignant, il s’intéresse à l’éducation.
Une éducation saine fait un État sain. Si nous voulons une économie, une agriculture ou une politique étrangère, il faut une éducation, car ce sont l’enseignant, l’école et l’institution éducative qui forment le juge, l’ambassadeur, le ministre, l’avocat et le médecin. Si le système éducatif fonctionne bien, les autres systèmes fonctionnent bien : la santé, l’économie, les relations extérieures et la justice.
Je dis cela, et vous le savez comme les gens le savent, sans y avoir aucun intérêt personnel. C’est un sentiment sincère. Malgré les souffrances dont je vous ai parlé, cet État est le mien et l’Égypte est mon pays. Si je ne tends pas la main à l’État et à ceux qui le dirigent dans cette période difficile, qui le fera ? Nous n’avons pas d’autre pays. Lorsqu’un problème survient dans un pays, ses habitants viennent en Égypte. Si un problème survenait en Égypte, à Dieu ne plaise, où irions-nous ? Personne ne nous accueillerait. Chaque pays a ses problèmes et ses charges, mais l’Égypte, si Dieu le veut, restera en sécurité jusqu’au Jour du jugement.
