En août 2025, le Premier ministre Moustafa Madbouly a ordonné de procéder rapidement à un recensement complet et précis des terrains vacants inexploités donnant sur la corniche du Nil, de les évaluer et d’établir un plan clair pour leur exploitation à des fins d’investissement, de manière à garantir un revenu économique durable à l’État, dans le cadre de la stratégie gouvernementale visant à maximiser le rendement des actifs publics, au moyen d’une gestion professionnelle et de partenariats avec le secteur privé.
Le Conseil des ministres a examiné le recensement préliminaire des terrains situés sur la corniche du Nil dans les quartiers d’El-Sahel, Rod El-Farag, Boulaq Abou El-Ela, Ouest du Caire, Dar El-Salam, El-Maasara, Helwan et El-Tebbin, en passant en revue leurs emplacements, leurs superficies, les autorités qui en ont la tutelle, les plans d’aménagement détaillés approuvés et la situation juridique de chaque parcelle, en vue de les préparer comme opportunités d’investissement intégrées pouvant être mises sur le marché.
Moustafa Madbouly a affirmé que le gouvernement vise à maximiser la valeur ajoutée des actifs inexploités, que ce soit par des projets d’aménagement urbain ou par des investissements touristiques et de services, avec des retombées positives sur l’économie nationale et un renforcement des ressources du Trésor public.
Cette décision a remis sur le devant de la scène la question des terres de « tarh al-nahr » (les terres formées ou découvertes par le fleuve). En octobre 2024, l’administration des projets fonciers des forces armées avait en effet adressé, sur instructions venues d’en haut, des lettres officielles prévoyant le non-renouvellement des contrats d’usufruit de toutes les terres riveraines du fleuve s’étendant de Choubra à Helwan. La décision visait plusieurs établissements, dont la faculté de tourisme et d’hôtellerie, le théâtre flottant, le club de la police des voies navigables, le jardin Oum Kalthoum et d’autres clubs, l’administration précisant que ces terres appartiennent à l’État, qu’elles étaient affectées à un usufruit temporaire, et insistant sur la nécessité de les évacuer immédiatement.
Malgré cette orientation, le ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hani Sewilam, a déclaré le 20 septembre 2024 que la coopération se poursuivait entre le ministère et l’Agence des projets fonciers des forces armées pour la délivrance des autorisations relatives aux terres de « tarh al-nahr » de Choubra El-Kheima jusqu’à Helwan, dans le respect des conditions légales en vigueur, indiquant que la coopération entre les parties concernées avait permis de supprimer de nombreux remblais illégaux sur ce tronçon.
Dans le même contexte, le ministère de la Culture a reçu le 28 septembre 2024 une lettre officielle n° 14/527413 de l’Agence des projets fonciers des forces armées, contenant la décision d’annuler et de ne pas renouveler les contrats d’usufruit de toutes les terres de « tarh al-nahr » situées dans la zone destinée à être aménagée pour la construction des hôpitaux de Kasr El-Aïni sur l’île de Roda, dont le théâtre flottant « Fatma Rochdi », qui relève de la Maison artistique du théâtre (organisme public). La lettre, signée par le général d’état-major Mohamed Moustafa Radwan, demandait de prendre les mesures nécessaires pour déménager tous les biens du théâtre dans un délai d’une semaine, de remettre le terrain à la commission conjointe du ministère des Ressources hydriques et de l’Irrigation et de l’agence militaire, et de régler les sommes dues à l’État jusqu’au 30 septembre 2024.
En octobre 2024, la députée Doha Assi, membre de la commission de la culture, des médias et des antiquités de la Chambre des représentants, a déposé une demande d’explication urgente (« talab ihata ») adressée au Premier ministre et aux ministres de la Culture, de l’Enseignement supérieur, du Développement local et des Ressources hydriques et de l’Irrigation, au sujet de la démolition du théâtre flottant de Manial El-Roda. Elle a également demandé que soit dévoilé le sort de plusieurs autres théâtres, comme le théâtre El-Salam El-Hadith et le théâtre Metropole, qu’il s’agisse de les préparer à la vente ou à la location.
En l’absence de déclarations officielles et face au silence des médias, des utilisateurs des réseaux sociaux ont fait circuler, en août 2025, des photos de la démolition du théâtre Fatma Rochdi, connu sous le nom de « théâtre flottant », considéré comme l’un des hauts lieux du patrimoine théâtral égyptien et le seul théâtre flottant sur le Nil en Afrique et au Moyen-Orient. Construit dans les années 1960, il comptait deux scènes : la grande pouvant accueillir 480 spectateurs et la petite 250 ; il avait rouvert après sa rénovation en 2019.
La loi n° 147 de 2021 sur les ressources hydriques et l’irrigation définit les « terres de tarh al-nahr » comme les terres ou les îles dont le fleuve modifie le tracé ou qu’il laisse à découvert, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des limites de l’emprise protégée du fleuve. Selon la loi, l’emprise protégée du fleuve s’étend jusqu’à 80 mètres au-delà des deux lignes de régularisation (tahzib) de part et d’autre du fleuve, ainsi qu’à 80 mètres à l’intérieur des îles à partir de la ligne de régularisation, de l’aval du barrage d’Assouan jusqu’à l’embouchure, à l’exception des zones dotées d’alignements approuvés, où la corniche publique constitue la limite de l’emprise.

Les terrains de la corniche mis aux enchères pour l’investissement
Dans la première initiative officielle après les instructions du Premier ministre, l’administration de l’investissement du gouvernorat de Minya a annoncé la mise sur le marché d’une nouvelle opportunité d’investissement : un terrain clôturé situé à côté du pont du Nil, à l’entrée de la rue de la Corniche, dans la ville de Minya. L’administration a précisé que le terrain se prête à des activités sportives, de loisirs et commerciales, affirmant que l’investissement se ferait selon le régime de l’usufruit, dans le but d’attirer des investisseurs sérieux et d’offrir des opportunités d’investissement sûres assurant un rendement économique approprié.
L’ambassadeur Nader Saad, porte-parole de la présidence du Conseil des ministres, avait annoncé le 6 avril 2023 la mise en investissement de plusieurs actifs donnant sur le Nil, dans les gouvernorats du Caire et de Gizeh. Ces actifs comprennent des terrains et des bâtiments appartenant à des administrations qui ne s’étaient pas encore installées dans la Nouvelle Capitale administrative, dont une partie a été transférée au Fonds souverain d’Égypte, dans le cadre des efforts de l’État pour accroître la capacité hôtelière, afin de répondre à la demande des investisseurs pour ce type de projets.
Dans ce contexte, l’experte en planification stratégique et en marketing international Sally Salah s’est dite préoccupée par ce qu’elle a qualifié de « plus grande opération de redistribution de la propriété des terrains de la corniche du Nil de l’histoire de l’Égypte », indiquant que ce qui se passe dépasse le simple aménagement urbain pour aller jusqu’à la mise aux enchères générale du front du Nil auprès des investisseurs, du Caire, de Gizeh et de Qalyoubiya jusqu’aux gouvernorats côtiers.
Elle a expliqué dans une publication sur Facebook que les prérogatives du ministère des Ressources hydriques et de l’Irrigation, autorité officielle chargée de la gestion des terrains de la corniche, lui ont récemment été retirées et transférées à deux entités principales : la Société nationale de protection des côtes et des plans d’eau, relevant des forces armées, qui se charge des ventes et de la perception des recettes, et le Fonds souverain d’Égypte, qui détient actuellement les terrains à vocation touristique et hôtelière.
Elle a ajouté que les terrains proposés, dont la valeur officielle est estimée à des dizaines de milliards de dollars et pourrait même dépasser ce montant selon certaines estimations, comprennent de vastes superficies dans des zones comme Rod El-Farag, Boulaq Abou El-Ela, Dar El-Salam, Helwan et El-Maasara, ainsi que des terrains côtiers sur des sites stratégiques comme Ras El-Hekma, Ras Choukeir et Ras Banas.
Selon Sally Salah, les dernières réunions gouvernementales, présidées par Moustafa Madbouly, ont débouché sur des instructions claires pour accélérer les opérations de recensement, d’évaluation et de mise sur le marché, sans annonce d’un plan de développement intégré ni association de l’opinion publique à l’élaboration des décisions. Elle a indiqué que les projets proposés se concentrent sur des restaurants, des cafés, des tours d’habitation et des hôtels, ce qui consacre la transformation de la corniche d’espace public ouvert en investissements fermés inaccessibles aux citoyens.
L’experte a critiqué ce qu’elle considère comme une « préparation préalable de la transaction », évoquant l’arrachage d’espaces verts et le remblaiement de portions du Nil pour réaliser des projets comme le « Mamsha Ahl Misr » (la « promenade du peuple d’Égypte »), qui a masqué la vue sur le fleuve sur une distance estimée à environ 40 kilomètres, transformant le front du Nil en installations commerciales louées. Elle a qualifié ces mesures de contraires à la Constitution et à la loi, d’autant plus que le pays fait face à une crise de l’eau en raison du barrage de la Renaissance éthiopien.
Sally Salah a aussi relié ces politiques à la situation de la dette publique, qui est passée, selon elle, d’environ 65 milliards de dollars à 160 milliards de dollars en quelques années, malgré les recettes tirées de grandes transactions comme celle de Ras El-Hekma. Elle a affirmé que la vente d’actifs publics pour rembourser une partie de la dette n’a pas enrayé l’envolée de l’endettement, ni eu d’effet positif sur la vie des citoyens ou leur niveau de vie.
Elle a cité des exemples d’établissements culturels et de services qui, selon elle, sont menacés de démolition ou de suppression dans le cadre de ce plan, parmi lesquels le théâtre flottant, le club des enseignants-chercheurs, la faculté de tourisme et d’hôtellerie, le club des magistrats, le jardin Oum Kalthoum et le théâtre Fatma Rochdi, estimant que ce qui se passe conduit à vider le Nil de son identité architecturale et culturelle.
Elle a conclu en affirmant que ce qui se passe constitue « une vente de l’histoire, du présent et de l’avenir », soulignant que les rives du Nil, qui ont toujours été un espace public gratuit pour tous les Égyptiens, se transforment progressivement en une façade d’investissement fermée, gérée selon la logique de « l’accélération de la vente et de la liquidation », au lieu de reposer sur une vision de construction de l’État ou de développement de l’économie productive.
L’Agence des projets fonciers des forces armées, créée par le décret présidentiel n° 531 de 1981, avait annoncé en 2023 la mise aux enchères publiques de parcelles sur les rives du Nil (« tarh al-nahr ») destinées à des activités touristiques, le 20 mars 2023 à midi, au siège de l’agence à Nasr City, précisant que les terrains se trouvent à différents endroits du Caire et de Gizeh (île de Zamalek, Maadi, île de Manial, Vieux-Caire, Tora, Dar El-Salam, El-Maasara et Imbaba) et qu’ils se prêtent à l’aménagement de pontons touristiques flottants, de restaurants et de cafétérias.
L’agence avait déjà publié une annonce dans plusieurs journaux publics, le 20 décembre 2022, mettant aux enchères publiques des parcelles de choix sur les rives du Nil, selon le régime de l’usufruit annuel, à Zamalek, Agouza, Dokki, Garden City, Manial, Maadi, El-Maasara, El-Mounib, Imbaba et El-Warraq.

La perte des espaces publics ouverts
L’ingénieur Yehia El-Zeiny, fondateur de Diwan Al-Memariyeen et membre de la commission des jeunes architectes de la Société des architectes égyptiens, affirme que les berges des fleuves sont avant tout des espaces publics destinés aux habitants des villes, et qu’elles ne doivent pas être consacrées à l’investissement immobilier ou touristique intensif, insistant sur le fait que leur meilleur usage réside dans les jardins, les parcs ouverts et les terrains de sport publics, afin que tous les citoyens puissent profiter de cette ressource naturelle.
Il déclare à Zawia3 : « L’orientation de l’État vers l’exploitation de ces terrains par la construction d’installations d’investissement ou leur transformation en restaurants, en cafés ou en tours d’habitation n’est pas le meilleur usage. Toute intervention de ce type fait perdre au Nil sa fonction essentielle de façade naturelle ouverte à tous ; le maximum acceptable, ce sont des installations légères au service des parcs et des espaces publics, sans que les berges elles-mêmes deviennent des projets d’investissement fermés. »
Concernant les décisions d’expropriation ou d’élargissement des routes sur la corniche, Yehia El-Zeiny explique que les routes parallèles aux fleuves doivent être des voies locales à faible vitesse, et que tout élargissement important qui sépare la ville de sa ressource naturelle constitue une orientation erronée sur les plans urbain et environnemental, affirmant que l’utilisation des rives du Nil pour construire des voies rapides ou des investissements fermés accentue l’isolement des habitants par rapport au fleuve, au lieu de l’intégrer dans leur vie quotidienne.
Le fondateur de Diwan Al-Memariyeen indique que les espaces publics en Égypte ont fortement reculé ces dernières années, expliquant que la plupart des jardins sont désormais entourés de clôtures et payants, ce qui contredit la notion d’espace public, qui doit rester ouvert et gratuit. Il estime que faire payer les citoyens revient à ignorer qu’ils paient déjà des impôts généraux et fonciers censés servir à l’entretien et à l’aménagement de ces espaces.
Yehia El-Zeiny critique la tendance croissante à transformer des terrains publics en clubs privés ou en projets d’investissement sous le régime du « droit d’usufruit », estimant que cette vision prive les citoyens de leur droit à la nature et reproduit un modèle d’élitisme urbain, où les fleuves et les mers sont cachés derrière les murs des clubs et des cafés. Il affirme que les berges fluviales doivent rester des espaces publics ouverts, reflétant la justice urbaine et servant toutes les catégories sociales, toute autre vision se réduisant selon lui à un simple regard d’investissement à court terme qui ne sert pas l’intérêt général.
De son côté, le docteur Abbas El-Zaafarany, doyen de la faculté de planification urbaine et régionale de l’université du Caire, affirme que l’exploitation des terrains et des biens immobiliers donnant sur la corniche du Nil doit se faire selon une vision équilibrée, qui préserve le droit de l’État à investir sans priver les citoyens de leur droit historique d’accéder au Nil et d’en profiter.
Abbas El-Zaafarany explique que la faculté de planification urbaine avait préparé il y a plusieurs années un projet d’aménagement des rives du Nil dans le Grand Caire, dont l’objectif principal était de garantir l’existence d’espaces publics ouverts sur le Nil, de sorte que la part des espaces accessibles au public ne soit pas inférieure à 25 % de la longueur de la corniche.
Il déclare à Zawia3 : « Ces espaces doivent être ouverts et gratuits pour tous, avec la possibilité d’offrir des services payants facultatifs comme des restaurants et des cafés, mais sans que la vue sur le fleuve devienne un privilège de classe qui prive les catégories démunies du plaisir du Nil. »
Abbas El-Zaafarany insiste sur le fait que toute activité d’investissement sur le Nil ne doit pas masquer la vue, expliquant que le niveau de la rue est de trois à cinq mètres au-dessus de la surface de l’eau, ce qui permet de construire des activités de services de faible hauteur qui préservent le paysage du fleuve. Il affirme que masquer la vue, que ce soit pour les passants sur la corniche ou pour les habitants des immeubles donnant sur le Nil, porte atteinte aux droits des citoyens qui ont payé la « vue » dans le prix de leurs logements.
Quant à la meilleure forme d’investissement, Abbas El-Zaafarany estime que les hôtels viennent en premier, en raison de leur rendement économique élevé et durable, suivis des grands immeubles de bureaux, auxquels leur emplacement sur le Nil confère une valeur ajoutée pour les entreprises internationales ; en revanche, l’investissement immobilier sous forme de tours d’habitation ou de « compounds » n’est pas, selon lui, le meilleur choix, car il rapporte un revenu rapide à la vente, puis s’arrête, contrairement aux hôtels et aux bureaux, qui génèrent un revenu annuel continu.
Le doyen de la faculté de planification urbaine de l’université du Caire appelle également à consacrer des espaces verts et des jardins publics sur les rives du Nil pour en renforcer la valeur esthétique et accroître leur intérêt touristique, affirmant que ces espaces verts donnent plus de valeur à la vue sur le Nil et servent à la fois les citoyens et les touristes. Il précise que la présence de restaurants et de cafés au rez-de-chaussée ou à l’intérieur des jardins constitue un ajout naturel qui soutient l’activité touristique et les services hôteliers et administratifs.
Abbas El-Zaafarany conclut en affirmant que le modèle idéal est celui qui équilibre l’investissement touristique et administratif d’une part, et le droit des citoyens à un accès libre au Nil d’autre part, insistant sur le fait que « la corniche doit rester un bien public pour tous, et que la vue sur le fleuve doit rester accessible, sans restrictions ni obstacles ».
Trouver l’équilibre
Tout plan d’exploitation des terrains de la corniche du Nil doit reposer sur un équilibre entre les exigences de l’investissement et le droit des citoyens à profiter collectivement du Nil, selon le docteur Alaa El-Askary, professeur d’assurance et de sciences actuarielles à l’université Al-Azhar, qui insiste sur le fait que le fleuve n’est pas seulement une source d’eau, mais aussi une ressource naturelle de promenade et de plaisir visuel qui doit rester accessible à tous, sans barrières financières ou sociales.
Alaa El-Askary explique que l’instauration de droits d’entrée dans certains espaces donnant sur le Nil peut être acceptable de manière transitoire si elle vise à financer des services ou l’entretien, mais qu’elle ne doit pas devenir une règle générale privant les citoyens de leurs droits sociaux, insistant sur la nécessité de réserver des espaces ouverts entièrement gratuits permettant à toutes les catégories de profiter de la corniche, à l’image des plages publiques laissées gratuites à côté des plages touristiques payantes.
Il déclare à Zawia3 : « L’investissement autour du Nil ne doit pas se réduire à des activités de consommation comme les cafés, les restaurants, les hôtels flottants ou les projets immobiliers résidentiels », soulignant que ces activités rapportent des revenus rapides et temporaires, mais n’apportent pas de valeur économique ajoutée à long terme, et critiquant le recours à ce type d’investissement comme une « solution de facilité » qui ne sert pas la stratégie économique de l’État.
Alaa El-Askary précise que les terres dites de « tarh al-nahr » sont à l’origine une propriété publique de l’État, sur laquelle il est interdit de construire ou qu’il est interdit d’exploiter, sauf dans des limites très étroites, afin qu’elles restent ouvertes aux citoyens, estimant que le modèle idéal consiste à cantonner l’investissement immobilier et de services au côté opposé de la corniche, comme à Alexandrie, où le front de mer reste public tandis que les immeubles et les activités d’investissement se concentrent du côté intérieur.
Il ajoute : « La question de l’investissement en Égypte dépasse le seul Nil », indiquant qu’il existe d’immenses espaces inexploités, comme les murs d’enceinte des universités, des ministères et des organismes économiques publics, qui pourraient générer des revenus importants s’ils étaient réinvestis, à l’image du mur d’enceinte du club de Zamalek, modèle réussi de revenu fixe et continu.
Alaa El-Askary affirme que l’Égypte doit réorganiser ses priorités d’investissement, en orientant les efforts vers des projets à réelle valeur ajoutée comme l’industrie et la technologie, tout en investissant dans le capital humain par l’enseignement et la formation pour former des cadres capables de rivaliser au niveau mondial. Il cite l’exemple de l’industrie des smartphones, qui génère des profits supérieurs aux budgets de pays entiers, estimant que si l’Égypte possédait une seule entreprise technologique de cette taille, cela suffirait à résoudre ses crises économiques et sa pénurie de devises.
En conclusion de ses déclarations, il affirme que la vision économique doit passer d’un investissement de consommation à court terme à un investissement productif à long terme, afin de garantir des revenus durables à l’État tout en préservant les droits sociaux des citoyens sur les ressources naturelles publiques comme le Nil.
Parallèlement aux instructions du chef du gouvernement, l’Autorité générale égyptienne du cadastre a annoncé qu’elle afficherait et publierait les listes et les plans comportant les données et les indemnisations estimées pour un certain nombre de propriétés concernées par le projet de réaménagement et d’élargissement du périphérique dans le gouvernorat du Caire, de la corniche du Nil jusqu’à l’Autostrade, du 1er au 30 septembre 2025.
L’annonce de l’Autorité intervient en application de la décision d’utilité publique n° 4505 de 2022, publiée au Journal officiel (numéro 50 (C) bis du 18 décembre 2022), qui déclare d’utilité publique le projet de réaménagement et d’élargissement du périphérique, de la corniche du Nil jusqu’à l’Autostrade, comprenant le bassin cadastral dit « hors zimam, sans bassins » du secteur d’Athar El-Nabi, au Vieux-Caire, dans le gouvernorat du Caire, en tant que deuxième phase du projet portant le numéro 444 (routes), ainsi qu’en application de l’article 7, tel que modifié, de la loi n° 10 de 1990 sur l’expropriation pour cause d’utilité publique, amendée par les lois n° 24 de 2018 et n° 187 de 2020.

Le problème du manque de transparence
Au sujet des terres de « tarh al-nahr » et des instructions du Premier ministre Moustafa Madbouly de recenser les terrains inexploités sur la corniche du Nil et de les proposer à l’investissement, la députée Maha Abdel Nasser, membre de la Chambre des représentants et vice-présidente du Parti social-démocrate égyptien, estime que le problème fondamental réside dans le manque de transparence, expliquant que de nombreuses questions restent sans réponse, dont : qui bénéficiera de ces terrains ? Où iront les revenus de leur exploitation ? Et comment seront-ils utilisés ?
En octobre 2024, la députée Maha Abdel Nasser avait déposé une demande d’explication urgente au sujet de la décision de retirer toutes les terres riveraines du Nil appartenant à l’État et exploitées sous le régime de l’usufruit, de Choubra jusqu’à Helwan, et d’évacuer les installations qui s’y trouvent.
Commentant cette situation, elle explique à Zawia3 : « J’avais déjà déposé une demande d’explication urgente concernant certaines zones proches de Kasr El-Aïni, qui comprenaient la faculté de tourisme et d’hôtellerie et le théâtre flottant ; le théâtre flottant a effectivement été démoli, tandis que je n’ai reçu aucune réponse officielle sur le sort de la faculté de tourisme et d’hôtellerie. L’absence d’informations précises comme le manque de transparence dans l’annonce des procédures suscitent les craintes des citoyens et ouvrent la porte à l’inquiétude quant à ce qui se passe sur le terrain. »
Concernant la multiplication des décisions d’expropriation sur la corniche du Nil, la députée relève une nette extension des décisions d’expropriation, indiquant que ces mesures s’accompagnent d’autres problèmes liés aux indemnisations, qu’il s’agisse de retards de paiement ou de leur caractère inéquitable, ce qui suscite des plaintes de personnes lésées qui ne parviennent pas à acheter un bien de remplacement avec les sommes perçues.
Au sujet de l’éventualité que le plan d’investissement englobe des terrains situés hors du Caire, Maha Abdel Nasser a déclaré ne pas disposer d’informations confirmées à ce sujet, affirmant que l’absence de vision claire empêche les citoyens de se forger une position précise.
Elle a également précisé que la plupart des terrains proposés sur le Nil appartiennent à l’origine à l’État et relevaient auparavant du ministère de l’Irrigation, et que le problème ne tient pas à leur rattachement à tel ou tel organisme public, mais à la manière dont ils sont exploités, insistant sur le fait que l’investissement dans ces terrains doit se faire selon un urbanisme équitable, qui garantisse que les citoyens ne soient pas privés de leur droit de voir le Nil et de se promener sur la corniche, à l’image de ce qui s’est passé avec la mer, lorsqu’elle a été cachée aux gens au profit d’installations touristiques et commerciales.
La députée insiste sur le fait que le gouvernement doit présenter à l’opinion publique des plans clairs, qui garantissent la participation des citoyens à la compréhension de ce qui se passe et protègent leur droit à l’espace public, au lieu d’exploiter chaque espace au profit de projets d’investissement fermés.
En conclusion, on peut dire que ce qui se passe sur la corniche du Nil et les terres de « tarh al-nahr » ouvre la voie à un large débat qui dépasse les limites de l’investissement pour toucher au cœur de la relation entre l’État et ses citoyens, entre les recettes économiques et le droit des gens à l’espace public.
Alors que le gouvernement affirme que l’objectif est de maximiser le rendement des actifs et d’obtenir un revenu durable, les experts en urbanisme et en économie ainsi que des députés estiment que l’absence de transparence, et l’absence d’un plan clair équilibrant investissement et justice urbaine, pourraient faire perdre aux Égyptiens l’une de leurs plus importantes ressources naturelles et historiques.
Et tandis que les décisions d’expropriation et de mise aux enchères se succèdent à un rythme accéléré, les questions essentielles restent en suspens : qui en est le véritable bénéficiaire ? Comment ces ressources seront-elles gérées ? Le Nil restera-t-il un espace public ouvert, ou deviendra-t-il progressivement une façade d’investissement fermée qui cache le fleuve à ses habitants ? Autant de questions qui attendent des réponses officielles, et qui pourraient déterminer l’avenir de la corniche du Nil en tant que symbole de la mémoire collective et droit fondamental de tous les Égyptiens.
