Après le meurtre d’une réfugiée soudanaise : comment les réfugiées sont-elles laissées sans protection en Égypte ?

Asmaa Siam a été tuée dans son appartement après avoir été violée, et sa petite fille a été témoin du crime, tandis que les procédures de séjour empêchent les réfugiées de porter plainte ou d’accéder à la justice.

Zawia3

À la mi-mai 2025, Asmaa Mansour Siam, une réfugiée soudanaise qui vivait dans la ville du 6-Octobre, en périphérie du Caire, a été retrouvée tuée dans son appartement. L’une de ses parentes a affirmé qu’elle avait été violée avant d’être tuée ; c’est la version de la famille, et nous n’avons pas eu accès à un rapport d’enquête publié qui en établirait tous les détails. Selon le témoignage de cette parente à Zawia3, qui a demandé à ne pas être nommée, Asmaa avait commencé la matinée du drame comme d’habitude : elle avait emmené sa fille « Larine » à la crèche, puis s’était rendue dans un magasin voisin pour acheter des produits ménagers. À son retour, elle a ouvert à quelqu’un qui frappait à sa porte ; elle a d’abord cru qu’il s’agissait de l’un de ses proches, l’a accueilli et l’a fait entrer.

Sa parente explique que bien accueillir ses proches est une chose courante dans la culture soudanaise, surtout lorsque le visiteur est un membre de la famille ou un parent proche. Elle raconte : « À peine était-elle entrée dans la cuisine pour préparer de quoi recevoir, encore vêtue de l’abaya avec laquelle elle était sortie le matin, que le visiteur l’a surprise par une tentative d’agression sexuelle, puis l’a frappée, avant de la violer et de la tuer avec une extrême violence. » Elle affirme que le corps a été retrouvé plus tard dans la chambre, recouvert de la « moussallaya », le tapis de prière.

Comme Asmaa tardait à venir chercher sa fille à la crèche, la surveillante s’est inquiétée et a appelé le père de l’enfant. Informé que sa femme n’était pas venue, il a demandé à la puéricultrice d’attendre un peu, et s’est rendu lui-même à la crèche pour récupérer sa fille. Arrivé à la maison, il s’est assis quelques instants, puis a entendu les cris de sa fille, entrée avant lui dans l’appartement, qui venait de découvrir sa mère baignant dans son sang et recouverte du tapis de prière.

La parente de la victime raconte que la police est arrivée après avoir reçu le signalement, mais qu’elle a frappé le mari d’Asmaa et son frère sans aucune justification, selon ses termes. Bien que le suspect ait été arrêté, elle indique que les autorités n’ont communiqué aucun détail sur l’enquête et n’ont pas révélé l’identité de l’auteur. Elle ajoute : « Tout ce que nous avons vu, c’est le moment où l’on a amené le suspect, un certain (Y. M.), sur les lieux du crime pour une reconstitution, sans qu’on nous laisse entrer dans l’appartement ou prendre quelques affaires essentielles pour la petite, même après la fin de la reconstitution. »

Le certificat de décès d'Asmaa (document obtenu par Zawia3)
(Le certificat de décès d’Asmaa / document obtenu par Zawia3)

Pour démentir toute accusation ou rumeur visant la victime, sa parente déclare : « Par la suite, des rumeurs ont circulé sur la page Facebook “Anbaa Octobre” (Nouvelles d’Octobre), avec des propos attribués à l’auteur du crime, par lesquels il a tenté de salir la réputation de la victime, avec des allégations qui ne correspondent en rien à sa moralité et à son comportement, connus de tous pour leur respect, leur politesse et leur grande droiture. Tout cela n’est que mensonge et calomnie. » Elle poursuit : « La petite, qui a vu le corps de sa mère baignant dans le sang, traverse aujourd’hui une crise psychologique aiguë : elle souffre d’énurésie à cause du choc et vit dans une terreur permanente, répétant sans cesse que “le criminel va venir la tuer comme il a tué sa mère”. »

La détresse psychologique de l’enfant ne se limite pas à une angoisse générale : elle s’est transformée en comportements douloureux. Elle refuse d’aller aux toilettes la nuit, quel que soit son besoin, et préfère uriner dans ses vêtements plutôt que d’y aller seule. « Le jour, elle n’entre aux toilettes que si je suis debout à côté d’elle, de peur que “le criminel” n’apparaisse soudain, comme elle l’imagine », raconte sa parente.

 

En Égypte, des réfugiées face aux violences sexuelles, sans protection

Les agressions sexuelles contre les réfugiées en Égypte restent un phénomène inquiétant : des dizaines de demandeuses d’asile et de réfugiées subissent des violences sexuelles et physiques répétées, documentées par des organisations de défense des droits humains, au premier rang desquelles Human Rights Watch. Dans un rapport publié par cette organisation, 11 cas de violences sexuelles survenus entre 2016 et 2022 ont été documentés, visant sept réfugiées et demandeuses d’asile du Soudan et du Yémen, dont une fillette de 11 ans. Les six femmes, dont une femme trans (transgenre), ont toutes déclaré avoir été violées par des hommes, et quatre d’entre elles ont dit avoir été agressées à plusieurs reprises. La mère de la fillette a déclaré qu’un homme avait violé sa fille en Égypte.

Selon les témoignages recueillis par Zawia3, de nombreuses réfugiées en Égypte s’accordent sur la faiblesse de la réponse judiciaire à ces violations, et affirment ne pas pouvoir engager de poursuites contre les agresseurs. Parmi les raisons courantes de cette impuissance figurent l’absence de titre de séjour, la peur d’être expulsées ou harcelées par les services de sécurité, ainsi que le refus de certains commissariats de dresser des procès-verbaux officiels. Human Rights Watch a confirmé ces obstacles : trois réfugiées ont déclaré que la police avait refusé d’enregistrer leurs plaintes, et trois autres ont affirmé avoir été intimidées au point de renoncer à porter plainte. L’une des femmes a raconté qu’un policier l’avait harcelée sexuellement alors qu’elle tentait de porter plainte pour viol.

À l’échelle mondiale, les Nations unies ont enregistré une hausse de 50 % des cas vérifiés de violences sexuelles liées aux conflits en 2023 par rapport à 2022, les femmes et les filles représentant 95 % des victimes, selon le rapport 2024 d’ONU Femmes. Ces statistiques sont mondiales et ne portent ni spécifiquement sur l’Égypte ni sur les réfugiées qui y vivent.

En Égypte, l’enquête de 2015 sur le coût économique de la violence estimait à environ 7,8 millions le nombre de femmes subissant des violences chaque année ; c’est une estimation historique, et non une nouvelle mesure pour 2025. Si la demande d’une législation complète contre les violences familiales persiste, il existe une protection légale de la confidentialité des données des victimes de certains crimes en vertu de la loi 177 de 2020, mais l’efficacité de son application reste en question.

 

Une réalité tragique

Zawia3 s’est entretenu avec plusieurs réfugiées qui ont affirmé avoir subi des agressions sexuelles au cours des dernières années, en l’absence de justice. Mariam, réfugiée syrienne de 32 ans qui vit dans le quartier d’Aïn Chams, au Caire, raconte : « Je vivais avec mon mari et mes enfants dans un petit appartement au rez-de-chaussée. Le propriétaire de l’immeuble était un homme âgé, qui semblait respectable. Un jour, je suis montée sur le toit de l’immeuble pour étendre le linge, et j’ai eu la surprise de le trouver qui m’attendait dans l’escalier. Il s’est approché de moi et a essayé de me toucher de manière déplacée. Je l’ai repoussé et j’ai crié, mais il n’a pas reculé ; il m’a même dit : “Si tu parles, tu seras chassée de l’appartement et tu ne trouveras pas d’autre toit.” »

Elle poursuit : « Je suis rentrée à l’appartement terrifiée, et je n’ai rien dit à mon mari, de peur qu’un conflit éclate et qu’on nous mette à la porte, d’autant que le loyer de l’appartement est bas et que nous n’avons pas d’autre choix. Depuis cet incident, je ne sors plus seule, et je veille toujours à porter plusieurs couches de vêtements, même à l’intérieur de l’immeuble. » Elle affirme : « Je n’ai pas porté plainte, parce que je sais qu’en tant que réfugiés, nous n’avons pas de véritable protection, et je ne veux pas perdre le seul toit qui nous abrite. Depuis, je vis dans une peur permanente et une angoisse continuelle, et j’ai le sentiment d’avoir perdu une partie de ma dignité à cet instant. »

La situation n’est pas très différente pour Amna, réfugiée soudanaise de 27 ans qui vit dans le quartier de Faisal, dans le gouvernorat de Gizeh. Elle raconte à Zawia3 : « Je marchais dans une rue secondaire pour faire quelques courses, quand un jeune homme à moto s’est approché de moi, m’a harcelée verbalement et physiquement, puis a pris la fuite. J’ai essayé de le rattraper, en vain, et j’ai décidé d’aller au commissariat. Quand j’ai raconté ce qui s’était passé, l’officier m’a demandé : “Y a-t-il des témoins ? Avez-vous le numéro de la moto ?” J’ai répondu que non. Il m’a dit : “Alors on ne peut rien faire. La rue est devant vous : changez d’itinéraire et faites attention à vos vêtements.” » Elle ajoute : « Je me suis sentie humiliée deux fois : une fois par l’agresseur et une fois par l’agent de sécurité qui était censé me protéger. J’ai quitté le commissariat en pleurant, et j’ai décidé de ne plus sortir seule. J’ai fui mon pays à cause de la violence et des destructions, et ici, je ne me sens pas suffisamment protégée, ni par la loi ni par les gens. J’ai désormais le sentiment qu’être réfugiée signifie que je n’ai ni voix ni droits. »

Naglaa, réfugiée yéménite de 24 ans qui vit dans le quartier d’El-Haram, à Gizeh, nous raconte son expérience : « Ma voisine m’a parlé d’une offre d’emploi dans un petit bureau. J’y suis allée en espérant être embauchée. Un homme d’une quarantaine d’années m’a reçue et m’a demandé mes papiers. Je lui ai dit que j’étais réfugiée et que mes papiers de séjour étaient encore en cours de traitement. Il a souri et m’a dit d’un ton étrange : “Donc vous avez vraiment besoin de travailler, et vous êtes prête à tout ?” » Elle ajoute : « J’ai tout de suite compris ses intentions et j’ai quitté les lieux en vitesse, dégoûtée et effrayée. Quelques jours plus tard, je l’ai vu dans la rue, il me suivait en me lançant des propos insultants. J’ai pensé porter plainte à la police, mais une collègue m’a dit : “Ça ne sert à rien. Ils vont te dire que tu n’as pas de titre de séjour officiel, et ils risquent de te traiter comme une suspecte et non comme une victime.” »

Fatma, réfugiée sud-soudanaise de 30 ans, qui vit dans un quartier de Gizeh (elle a préféré ne pas préciser lequel), nous raconte : « Je travaillais comme serveuse dans un restaurant d’un quartier populaire. Le gérant se montrait exagérément aimable avec moi, et je supportais ses remarques de peur de perdre mon gagne-pain. Un jour, il m’a demandé de nettoyer son bureau après le travail. Quand je suis entrée, il a fermé la porte et a tenté de m’agresser. J’ai crié et je l’ai repoussé, et des collègues ont entendu mes cris. Ils ont décidé de me soutenir, et je suis allée avec eux au commissariat, mais l’enquête s’est transformée en interrogatoire humiliant, l’officier me demandant : “Que portiez-vous ? Pourquoi êtes-vous allée seule dans le bureau ?” » Elle ajoute : « Ces questions m’ont fait me sentir coupable, comme si c’était moi la fautive. Quelques jours plus tard, le propriétaire du restaurant m’a annoncé que j’avais “causé des problèmes”, et j’ai été renvoyée. J’ai essayé de trouver un autre travail, mais ils se connaissent tous, et je suis devenue “la fille qui se plaint”. »

 

Ce que prévoit la loi

Hala Douma, avocate et chercheuse en droit, qui dirige le cabinet d’avocats et de conseil juridique « Horreya » (Liberté), explique à Zawia3 que les droits juridiques varient selon la nature de l’agression, sexuelle ou physique, et même au sein de la catégorie « agression sexuelle » : les procédures diffèrent selon que l’acte a été commis en ligne ou directement, car chaque fait est qualifié d’infraction distincte en droit égyptien et suit une voie juridique différente.

Hala souligne que certaines infractions ne peuvent faire l’objet d’une enquête que sur plainte de la victime elle-même, ce qui constitue un obstacle majeur pour les réfugiés ou les personnes résidant sans papiers officiels, qui n’ont pas la possibilité de se rendre au parquet ou au commissariat pour porter plainte, et se trouvent donc de fait privés du droit d’ester en justice. Elle ajoute que certaines agressions, comme les coups ou les agressions dans l’espace public, peuvent théoriquement être signalées par un tiers ou par un témoin, même en l’absence de la victime, mais que la pratique est différente : de nombreuses instances chargées de recevoir les plaintes ont tendance à ne pas traiter sérieusement ce type de signalement et exigent la présence de la victime en personne.

Elle souligne que le plus grand danger concerne les victimes qui n’ont pas de papiers en règle, car elles risquent d’être détenues ou expulsées dès qu’elles signalent le crime, ce qui les place face à deux options aussi amères l’une que l’autre : taire le crime, ou prendre le risque de le signaler et d’en subir des conséquences juridiques qui peuvent être lourdes. Douma affirme que le principe, en droit égyptien, est que tout crime commis dans le pays doit faire l’objet d’une enquête, quel que soit le statut juridique de la victime, qu’il s’agisse d’un réfugié enregistré ou d’une personne qui n’a pas achevé ses démarches de séjour. Mais la pratique montre que l’absence d’un statut juridique stable réduit souvent les chances des victimes d’obtenir l’ouverture d’une enquête officielle ou d’accéder à la justice.

Dans ce contexte, Lama Fakih, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, estime que « les femmes et les filles réfugiées en Égypte ne vivent pas seulement dans des conditions précaires et sous la menace de violences sexuelles : les autorités semblent aussi ne pas se soucier de les protéger, d’enquêter sur les incidents ou de traduire les violeurs en justice. Le désintérêt manifeste des autorités pour ces affaires laisse les réfugiées sans recours à la justice ».

Le rapport de l’organisation indique que les violences sexuelles contre les femmes et les filles en Égypte sont un problème répandu ces dernières années, car le gouvernement a largement manqué à son devoir d’élaborer et d’appliquer des politiques et des systèmes d’enquête adaptés, ou d’adopter la législation nécessaire pour traiter le problème. En 2017, un sondage réalisé par la Fondation Thomson Reuters a classé Le Caire, où vit plus d’un tiers des réfugiés d’Égypte selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, au dernier rang de 19 mégapoles étudiées dans une enquête d’opinion auprès d’experts sur la situation des femmes ; il ne s’agit pas d’un classement statistique de toutes les villes du monde.

De nombreuses communautés de réfugiés du Caire et de Gizeh vivent dans des quartiers pauvres et des zones à fort taux de criminalité, ce qui aggrave les risques auxquels sont exposées les femmes et les filles réfugiées, que les agresseurs semblent cibler en fonction de leur vulnérabilité réelle ou supposée liée à la pauvreté et au statut juridique, selon le même rapport.

Human Rights Watch estime que les autorités égyptiennes doivent s’acquitter de leurs obligations légales en vertu du droit national et du droit international des droits humains, et mener une enquête approfondie sur toutes les allégations de viol, ce qui inclut la rédaction du procès-verbal d’information initial, un document écrit établi par la police lorsqu’elle reçoit des informations préliminaires ou une allégation de crime, et qui constitue la première étape pour garantir l’accès à la justice.

 

Faible protection juridique et problèmes de titres de séjour

Halim Heneish, consultant à la Plateforme des réfugiés en Égypte, estime que les principaux défis auxquels sont confrontés les réfugiés en Égypte tiennent à la faiblesse de la protection juridique, en particulier en raison de la complexité des procédures d’obtention d’un titre de séjour. Il explique à Zawia3 : « Quand on se rend au commissariat pour porter plainte, on demande généralement une pièce d’identité. Pour les réfugiés, le titre de séjour est le seul document qui prouve leur statut juridique et contient leurs données officielles. »

Il ajoute : « Nous faisons face depuis des années à une crise persistante liée à la difficulté d’obtenir ou de renouveler les titres de séjour. Cette situation limite directement la capacité des réfugiés à exercer leurs droits. Si l’un d’eux subit une violation et n’a pas de titre de séjour valide, il ne peut pas aller voir la police, ce qui le met dans une situation juridique fragile. »

Heneish souligne que « de nombreux agents de sécurité ne reconnaissent pas les documents du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qu’il s’agisse de la carte jaune, de la carte bleue ou même de l’autorisation de voyage. On exige souvent un titre de séjour officiel en plus de la carte du HCR, ce qui empêche le réfugié de porter plainte ».

Il poursuit : « Nous avons recensé à la Plateforme de nombreux cas d’arrestation de réfugiés munis de documents délivrés par le HCR, et certains avaient même des rendez-vous officiels en cours de validité avec lui ; malgré cela, ils ont été détenus. »

En cas d’agression ou de violences physiques, les procédures juridiques deviennent encore plus complexes. Heneish explique : « Parfois, nous sommes obligés d’envoyer l’avocat lui-même au commissariat, pour qu’il tente, en vertu de sa qualité juridique, de porter plainte au nom de la victime, surtout dans les cas où la présence de la victime ou un titre de séjour valide ne sont pas exigés. Mais même l’établissement d’une procuration officielle se heurte souvent à des obstacles insurmontables, car la victime ne possède pas les documents requis. »

Heneish affirme que cette peur de se rendre à la police ne concerne pas seulement les réfugiés, mais aussi les citoyens égyptiens, mais qu’elle s’aggrave chez les réfugiés en raison de la fragilité de leur situation juridique. Il ajoute : « Certains commissariats refusent de dresser des procès-verbaux pour les réfugiés s’ils n’ont pas de titre de séjour valide. C’est un comportement illégal, mais il est pratiqué dans les faits. »

Il poursuit : « C’est pourquoi on ne peut pas dire que le recours à la voie judiciaire soit toujours utile. La présence d’un avocat aux côtés de la victime devient indispensable, car des démarches comme l’établissement d’une procuration deviennent inutiles en l’absence des papiers requis. »

Il cite un incident survenu en mai dernier (mai 2025), lorsque la famille d’une fillette soudanaise réfugiée a signalé sa disparition, sans que le commissariat ne prenne la moindre mesure ni n’ouvre d’enquête, jusqu’à ce que la fillette soit retrouvée tuée. Il commente : « Ce drame douloureux montre que les commissariats ne sont pas un environnement sûr pour les réfugiés et ne leur offrent pas le minimum de protection. »

Heneish conclut en affirmant que cette réalité juridique fragile fait de la communauté des réfugiés une cible facile pour les violations : « L’entourage sait que les réfugiés n’ont pas les moyens de se protéger juridiquement, ce qui les expose à l’escroquerie et aux agressions, car les agresseurs savent que les chances d’être poursuivis sont quasi nulles. » Il ajoute : « Nous recevons chaque jour des plaintes de réfugiés victimes de violations, surtout sur leur lieu de travail, mais ceux qui parviennent jusqu’à nous ou jusqu’à un avocat ne représentent pas plus de 10 % du nombre réel de victimes. Les autres se réfugient dans le silence ou se résignent au fait accompli, parce qu’ils savent qu’aucune véritable protection ne leur est accessible. »

À la fin du mois de mars 2025, le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Égypte s’élevait à environ 942 000 personnes, de plus de 60 nationalités différentes. Les Soudanais arrivent en tête, suivis des Syriens, des Érythréens, des Éthiopiens, des Sud-Soudanais, des Somaliens, des Yéménites et des Irakiens. La plupart de ces réfugiés vivent dans des zones urbaines comme le Grand Caire et Alexandrie, où la majorité dépend de l’aide humanitaire en raison des difficultés économiques et de l’accès difficile au marché du travail formel.

Amnesty International définit le réfugié comme la personne contrainte de quitter son pays en raison de circonstances comme la guerre, la violence ou la persécution, et qui ne peut pas y retourner ou craint de le faire. La Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés de 1951 définit le réfugié comme une personne qui se trouve hors de son pays d’origine ou de résidence habituelle, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner ».

Enfin, le viol et le meurtre d’Asmaa Mansour Siam incarnent le visage tragique d’une souffrance plus large que vivent des milliers de réfugiées en Égypte, où l’asile passe du statut de refuge à celui de menace permanente. Faute de protection juridique, face à la défaillance de certains services de sécurité et à l’absence de mécanismes de réparation, une culture de l’impunité s’enracine et le corps des femmes devient le théâtre de violations répétées que personne n’arrête. Des jeunes filles et des femmes comme Mariam, Amna, Naglaa et Fatma ne portent pas seulement des blessures personnelles : elles crient au nom de tout un système menacé d’effondrement moral, si la complicité et le silence perdurent.

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