Expropriation de 320 maisons à Tousoun, à Alexandrie : les démolitions ont commencé avant le jugement

À Tousoun, des démolitions débutent malgré un recours en cours. Les habitants contestent l’utilité publique du tracé et proposent une alternative.
Collage éditorial d’une maison sur le tracé d’une route
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Rasha Ammar

La crise des habitants de Tousoun, dans le district d’El-Montazah II, à l’est d’Alexandrie, s’est ravivée avec le début de démolitions dans certaines parties du quartier, alors que les recours contre l’expropriation de centaines de maisons et de biens destinés au nouveau périphérique restent en cours.

Le gouvernement affirme que le projet relève de l’utilité publique et du développement routier. Les habitants et leur avocat interrogés par Zawia3 estiment, eux, que des solutions techniques permettraient d’éviter la démolition du quartier. Selon eux, la route sert finalement des projets d’investissement et de tourisme à l’est d’Abou Qir.

Mohamed Ramadan Abou Baybars, avocat des habitants, explique que la crise rappelle 2008, lorsqu’il avait contesté les décisions de démolition et obtenu un jugement en suspendant l’exécution et les annulant.

Il ajoute à Zawia3 : « Dix-sept ans plus tard, la scène se répète, cette fois par des décisions d’expropriation d’octobre 2025 concernant des dizaines de maisons et de terrains, ainsi que quatre mosquées et une église. »

À la demande des résidents, Abou Baybars a saisi le tribunal du contentieux administratif. Il invoque notamment l’absence d’utilité publique, le projet servant selon lui « un investissement touristique plutôt qu’un équipement public ». Il cite aussi une route existante répondant au besoin de circulation et une proposition de tracé alternatif évitant la démolition des maisons et l’expropriation.

Image du tracé prévu montrant une route déjà existante. Document obtenu par Zawia3.
Image du tracé prévu montrant une route déjà existante. Document obtenu par Zawia3.
Proposition technique de tracé alternatif ne nécessitant pas la démolition des maisons.
Proposition technique de tracé alternatif ne nécessitant pas la démolition des maisons.

Il indique que le tribunal a désigné une commission de trois experts en ingénierie pour examiner le litige, une « victoire partielle » dans ce type d’affaire. Les habitants attendent encore le début de ses travaux. Mais, selon lui, le danger principal ne concerne pas seulement la procédure : il réside dans les « pressions sur le terrain » subies par les résidents.

Selon son récit, Production, entreprise de fournitures, de travaux publics intégrés et de revêtement routier, a installé une base temporaire dans le quartier et commencé à contacter les habitants pour acheter leurs maisons.

Il affirme que, selon les plaintes des habitants, ses représentants ont alterné incitations et intimidations pour pousser à vendre. Ils auraient indiqué que le dossier relevait d’« organismes souverains », qu’un refus conduirait à une évacuation forcée et que l’entreprise travaillait pour l’un de ces organismes. Ces pressions auraient conduit un petit nombre à vendre, tandis que la majorité refusait.

Abou Baybars indique que les pressions se sont intensifiées. Il cite un immeuble de trente appartements dont l’entreprise aurait acheté douze logements, avant d’en supprimer murs et balcons. Cela aurait provoqué des fissures dans le reste du bâtiment et défiguré sa façade, augmentant la pression sur ceux qui refusaient de vendre.

Il accuse également l’entreprise d’avoir endommagé les réseaux d’assainissement et coupé l’électricité de certains immeubles. Les habitants auraient tenté de faire enregistrer des plaintes au commissariat d’El-Montazah II sans y parvenir, selon lui.

Zawia3 n’a pu obtenir de réponse de l’entreprise ni du ministère de l’Intérieur à ces accusations avant la publication.

Abou Baybars affirme que la défense poursuivra le recours dans l’attente des experts et déposera un signalement auprès du premier avocat général sur les faits imputés à l’entreprise. Il demande aussi de réexaminer la qualification d’utilité publique.

Le mémoire déposé devant le tribunal du contentieux administratif contre le président de la République, le Premier ministre, les ministres du Développement local et des Transports et le gouverneur d’Alexandrie repose sur quatre axes.

Le premier est la violation de la loi n° 10 de 1990 sur l’expropriation pour utilité publique, modifiée par la loi n° 24 de 2018. Selon la défense, les procédures obligatoires n’ont pas été respectées : mémoire détaillé du projet, examen par la commission technique permanente de sa pertinence et de son besoin réel des biens visés, et possibilité pour les intéressés de présenter leurs observations.

Le deuxième motif concerne l’absence d’utilité publique. La défense invoque une route déjà existante et un tracé alternatif permettant d’assurer la circulation sans supprimer les maisons ni les terres agricoles. Selon elle, le projet sert en réalité à créer une marina et une zone touristique d’investissement, ce qui lui retire sa qualification d’utilité publique.

 

Extrait du recours de 62 habitants de Tousoun devant le tribunal du contentieux administratif d’Alexandrie. Il indique que le véritable projet est « une marina et une zone touristique », plutôt qu’un périphérique, et qu’un tracé alternatif permettrait d’éviter l’expropriation.
Extrait du recours de 62 habitants de Tousoun devant le tribunal du contentieux administratif d’Alexandrie. Il indique que le véritable projet est « une marina et une zone touristique », plutôt qu’un périphérique, et qu’un tracé alternatif permettrait d’éviter l’expropriation.

 

Extrait de la conclusion du recours obtenu par Zawia3 : les habitants demandent en urgence la suspension de la décision n° 3754 de 2025 du Premier ministre, puis son annulation définitive, ainsi que la condamnation de l’administration aux frais et à l’indemnisation légale nécessaire.
Extrait de la conclusion du recours obtenu par Zawia3 : les habitants demandent en urgence la suspension de la décision n° 3754 de 2025 du Premier ministre, puis son annulation définitive, ainsi que la condamnation de l’administration aux frais et à l’indemnisation légale nécessaire.

La défense invoque aussi un détournement de pouvoir. Elle rappelle qu’en 2008, le juge administratif avait annulé des démolitions préparant l’attribution de terrains au club Al-Ittihad d’Alexandrie. Elle cite également l’arrêt rendu par la Haute Cour administrative dans le recours n° 367 de la 30e année judiciaire : une expropriation poursuivant un objectif privé plutôt que l’utilité publique est illégale.

Le mémoire avertit des conséquences sociales : supprimer logements et terres agricoles pour un projet que les habitants jugent commercial peut provoquer tensions, défiance envers la justice et instabilité sociale. Il demande la suspension urgente, puis l’annulation de la décision, et l’indemnisation des dommages causés aux habitants par l’administration.

Selon plusieurs habitants et leur avocat, l’entreprise Production réalise les démolitions et les enlèvements liés au projet. Elle n’avait pas commenté ce récit lors de la préparation du reportage.

Créée en 2022 sous forme de société à responsabilité limitée, elle a son siège à Sporting, à Alexandrie. Elle intervient dans les travaux publics, les démolitions, les excavations, les remblais, le revêtement routier et l’aménagement paysager.

Sur son site et sa page LinkedIn, elle se présente comme un fournisseur de solutions intégrées de construction, spécialisé notamment dans les démolitions avec équipements dédiés et dispositifs de sécurité professionnelle. Elle revendique plus de trente ans d’expérience cumulée de ses équipes et de sa direction.

Elle a déjà participé à plusieurs projets publics de transport à Alexandrie, notamment aux démolitions du métro d’Abou Qir, en supprimant des bâtiments sur son tracé. Elle a aussi participé à d’autres appels d’offres d’infrastructures, selon ses données et les informations du portail des marchés publics.

 

L’expropriation : une loi au service du pouvoir

L’avocat Mohamed Fottouh estime que deux conditions fondamentales doivent être respectées : une véritable utilité publique et une indemnisation équitable correspondant à la valeur réelle des biens au moment de l’exécution, plutôt qu’à la date de la décision administrative.

Il explique à Zawia3 : « Une juste indemnisation ne consiste pas seulement à verser de l’argent. Elle doit permettre au propriétaire d’obtenir un bien équivalent aux prix en vigueur lors de l’exécution. On ne peut fixer un montant des années auparavant, puis le payer après plusieurs vagues d’inflation sans le réévaluer. »

Fottouh cite la modernisation du tramway d’Alexandrie. L’État avait prévu environ 50 millions de livres pour les commerçants lors de la décision d’expropriation en 2020, alors que l’exécution a commencé après plusieurs années de forte inflation. « Il aurait fallu adapter les indemnités aux prix lors des travaux pour respecter l’équité et l’actualisation exigées par la loi », ajoute-t-il.

Il évoque aussi El-Maawa, à Alexandrie, où des familles ont été transférées à Bachayer El-Kheir après la démolition de leurs logements classés comme informels. La difficulté tenait aussi à la nature de leur droit : « Beaucoup possédaient leur logement. Les logements de remplacement n’ont pourtant pas été remis en propriété, mais en droit d’usage. Cela pose des questions de stabilité de la propriété et de transmission aux héritiers. »

Il indique que ces faits ont fait l’objet de recours au tribunal du contentieux administratif d’Alexandrie. L’avocat Hamdi Khalaf a engagé des dizaines d’actions pour les personnes touchées, illustrant selon lui un schéma récurrent d’application de la loi.

Pour Tousoun, Fottouh estime que la question est celle de l’équité et de la suffisance des indemnités : « L’administration parle d’indemnisations. Mais permettent-elles réellement d’acheter un autre logement à Alexandrie ? Selon moi, non. »

Il rappelle que les indemnités sont en principe soumises au contrôle du juge, mais que celui-ci se concentre généralement sur la légalité de l’expropriation, sans approfondir leur suffisance ni la régularité de l’exécution. « Le tribunal examine habituellement la légalité de la décision. Ses conséquences, notamment le montant et les modalités d’indemnisation, nécessitent un contrôle plus large », ajoute-t-il.

Il cite le métro d’Abou Qir : certains habitants ont été invités à quitter temporairement leur logement pendant les travaux pour une allocation locative d’environ 2 000 livres par mois. « Cette somme ne permet pas de louer un logement convenable à Alexandrie et impose aux familles des charges qu’elles ne peuvent supporter. »

Concernant Tousoun, il affirme que l’expropriation doit être le dernier recours, après l’examen de toutes les solutions techniques, surtout lorsque d’autres tracés répondent au même besoin sans toucher aux logements. « La propriété est protégée par la Constitution, la loi et les conventions ratifiées par l’Égypte. On ne peut y porter atteinte que dans les limites les plus étroites, après avoir démontré une nécessité réelle. »

Il estime que la loi n° 10 de 1990, malgré ses modifications, n’a pas suivi les transformations urbaines et économiques des dernières décennies, qu’il s’agisse de la notification aux intéressés, de l’évaluation ou des garanties d’exécution. « Elle repose encore sur des démarches traditionnelles inadaptées, alors que les prix immobiliers, les formes urbaines et les moyens de communiquer avec les citoyens ont changé. »

Fottouh appelle à moderniser les mécanismes, à imposer une réévaluation à la valeur de marché lors de l’exécution et à permettre un plein contrôle judiciaire. Le critère central doit être la possibilité d’acquérir un logement équivalent, plutôt que le simple versement d’une somme dépassée par les prix.

 

Que se passe-t-il récemment ?

Une militante des droits humains d’Alexandrie, qui a récemment visité Tousoun et souhaite rester anonyme, dit avoir vu des engins lourds après avoir entendu des habitants et Mohamed Ramadan Abou Baybars évoquer leur arrivée sur le chantier.

Elle raconte à Zawia3 : « Dès l’entrée, le tracé du nouvel axe était clairement visible. Je me trouvais dans un bâtiment élevé donnant sur le site, d’où j’ai vu les engins. »

Elle explique que leur taille lui a rappelé les images du mur de séparation en Cisjordanie : « En les voyant, je me suis demandé : suis-je en Cisjordanie ? »

Elle a observé de loin des excavatrices, des bulldozers et des appareils de levage près de la mer et du nouveau pont en construction. La distance l’a empêchée d’en identifier précisément les types, mais il s’agissait d’« énormes machines de construction et de démolition ».

Elle a aussi vu des traces de démolition : certaines parties de façades et certains murs de maisons avaient été supprimés, sans qu’elle puisse connaître les détails de ce qui se passait à l’intérieur du quartier.

Elle ajoute que la perspective d’une évacuation circulait depuis longtemps, même avant le litige judiciaire. Les démolitions récentes sont toutefois arrivées de manière soudaine pour les habitants, selon son récit.

Sur le plan sécuritaire, elle dit n’avoir constaté aucune confrontation directe pendant sa présence. Les engins étaient installés sur des terrains vides, loin des ensembles résidentiels.

Ce choix « pourrait viser à éviter les heurts avec les habitants dans une première phase », estime-t-elle. Elle y voit un rappel d’El-Warraq, où les travaux ont commencé dans des zones vides avant de se rapprocher des habitations.

Elle pense que l’approche diffère selon la morphologie urbaine et sociale. À El-Warraq, par exemple, la résistance aux entrées et la cohésion des habitants, associées à la géographie de l’île, empêchent les exécutants de progresser vers son centre. À Ras El-Hekma, les logements sont dispersés, ce qui facilite les démolitions.

Tousoun est différent, dit-elle, car son tissu résidentiel est continu et dense, rendant une démolition massive plus complexe. « Je ne pense pas que la démolition directe sera le premier choix. Elle pourrait être le dernier, après l’épuisement des autres moyens. »

Elle juge plus probable la poursuite des achats de maisons, une voie « moins coûteuse et moins susceptible de provoquer une confrontation », en référence aux informations des habitants sur l’acquisition de certains logements.

Démolitions à Tousoun.
Démolitions à Tousoun.

Selon elle, les indemnités ne permettront pas de se reloger à Alexandrie aux prix actuels. « Même avec 300 000 livres, il est très difficile d’acheter un autre appartement dans la ville, sauf peut-être dans des zones très éloignées. Certaines maisons accueillent plusieurs familles : l’indemnisation ne couvre donc pas les besoins de tous les occupants. »

Elle souligne que la perte touche aussi les moyens de subsistance et les liens sociaux construits pendant des années. Beaucoup d’habitants travaillent sur place ou y possèdent ateliers, commerces et petites activités. Déménager signifie perdre ces liens et supporter des frais de transport et un éloignement du travail supplémentaires.

Elle qualifie la situation de « déplacement forcé, même accompagné d’une indemnisation ». Le fond du problème est le droit des habitants à rester et à choisir de vendre ou non. Selon elle, des expériences autour du port d’El-Arich ont montré qu’un relogement ne compense pas l’attachement historique et économique à un lieu habité pendant des années.

Un conflit qui dure depuis dix-sept ans

Les origines de la crise remontent à plus de dix-sept ans. En 2008, le quartier a connu une première vague d’évacuations après la décision n° 957 de 2008 d’exproprier des surfaces agricoles.

Le 12 mai de cette année, les autorités d’Alexandrie ont exécuté des démolitions avec les Forces centrales de sécurité et des engins, au motif que les terres appartenaient à l’État et que les constructions étaient illégales, selon les déclarations officielles de l’époque. Les habitants affirment y vivre depuis longtemps et en tirer leur principale source de revenus.

Le litige portait sur environ 42 feddans agricoles irrigués par le canal d’El-Montazah, productifs depuis des décennies. Mais, selon les habitants, les remblais réalisés pour le développement urbain ont supprimé leur source d’irrigation et rendu les terres impropres à l’agriculture, poussant les agriculteurs à les abandonner après la chute de leur productivité.

Un jugement qui n’a pas réglé le conflit

Des habitants ont contesté les démolitions devant le juge administratif. En mai 2009, le tribunal du contentieux administratif en a suspendu l’exécution, une victoire juridique qui leur a redonné l’espoir de conserver leurs biens.

La crise ne s’est pourtant pas arrêtée. Selon les dossiers et les documents consultés par les habitants et leurs avocats, environ trente feddans restants ont ensuite été placés sous séquestre, avant leur transfert au gouvernorat d’Alexandrie. Les avocats estiment que cette mesure contrevient aux garanties de la loi de réforme agraire n° 3 de 1986 sur la cession des terres agricoles et l’indemnisation. Les autorités ont continué à traiter les terres comme propriété de l’État.

En avril 2025, le gouverneur Ahmed Khaled a pris la décision n° 88 de 2025 créant une commission de recensement des biens affectés par le nouveau périphérique de l’est, long d’environ 23 kilomètres. Le 22 octobre 2025, le Journal officiel a publié la décision du Premier ministre d’exproprier des terrains et immeubles de Tousoun pour réaliser la route et la relier à l’axe d’El-Mahmoudeya.

Les habitants estiment que le projet facilite aussi l’accès à un investissement touristique privé en cours. Ils considèrent que des intérêts commerciaux ont guidé le tracé, alors que des solutions socialement moins coûteuses existaient. Le gouvernement n’a annoncé aucun lien de cette nature ni répondu à ces accusations.

Les habitants disent craindre, au-delà des logements perdus, l’absence de garanties claires de réinstallation ou d’indemnités permettant de rester à Alexandrie. Le gouvernement affirme que les expropriations respectent la loi, servent des projets d’utilité publique et donnent lieu aux indemnisations prévues par les procédures légales.

L’arrestation du représentant des habitants

Les habitants ont choisi Abdallah Mohamed El-Sayed, 29 ans, pour les représenter auprès des autorités et des médias et coordonner les démarches judiciaires. Il a été arrêté en septembre 2025, quelques jours après une rencontre avec Kamel El-Wazir, vice-Premier ministre chargé du Développement industriel et ministre des Transports et de l’Industrie, à qui il avait présenté leurs revendications.

Abdallah a été déféré au parquet suprême de la sûreté de l’État, qui l’a accusé d’appartenance à un groupe terroriste et de financement de celui-ci, de diffusion de fausses nouvelles et de mauvais usage des réseaux sociaux. Il a ensuite été libéré.

En décembre dernier, le tribunal du contentieux administratif d’Alexandrie avait renvoyé à l’Autorité des commissaires d’État le recours de 62 habitants contre le président, le Premier ministre et le gouverneur, pour un avis juridique, tout en rejetant la demande urgente.

Durant l’examen, la défense, comprenant notamment des représentants de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, a contesté l’utilité publique et soutenu que le projet servait surtout des investissements. Elle a présenté des documents et des cartes montrant, selon elle, une route existante. Elle a demandé l’accès aux plans officiels du projet et des terres voisines pour les soumettre à des professeurs d’ingénierie routière de l’université d’Alexandrie, afin d’évaluer la nécessité de la route et les tracés alternatifs évitant les habitations.

L’Initiative égyptienne pour les droits personnels a déclaré que le rejet de l’urgence ne répondait pas aux risques encourus, qu’elle décrit comme une menace directe sur le droit au logement. Elle a confirmé son soutien juridique et sa défense des droits à la participation, à la transparence et à l’information sur les projets touchant les logements et les biens.

 

Des centaines de familles menacées de démolition

Selon le recensement des représentants des habitants, le projet concerne environ 320 maisons, quatre mosquées et une église autorisée, au service de plus de 5 000 personnes, principalement des familles de travailleurs aux revenus moyens ou modestes.

L’État a prévu des indemnités totales d’environ 1,262 milliard de livres pour 596 parcelles et biens, soit près de 2,1 millions par bien. Les habitants jugent ces montants inférieurs au marché immobilier d’Alexandrie et insuffisants pour trouver un autre logement après la forte hausse des prix.

Les habitants ont aussi fait appel à un bureau d’études pour proposer un autre tracé. Selon l’étude, il assure la même fonction et la même capacité de circulation sans supprimer le quartier existant. Leurs représentants disent l’avoir soumise aux autorités, sans approbation ni réponse technique réfutant la proposition ou expliquant son rejet.

Ils estiment que l’ignorance de cette solution renforce leurs craintes d’intérêts commerciaux dans le choix final. Le gouvernement réaffirme que les expropriations servent l’utilité publique et le développement du réseau routier.

Un quartier historique sur le tracé du nouveau périphérique

Le quartier de Tousoun se situe dans El-Montazah II, à l’est d’Alexandrie, district d’environ 575 000 habitants selon les données 2023 de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques. À peu près au centre du district, Tousoun compte près de 5 000 personnes, principalement des familles installées depuis les années 1990 selon Diwan Al-Omran.

Le quartier porte le nom du prince Omar Tousoun, petit-fils de Mohamed Ali Pacha. À sa dimension sociale s’ajoute une importance historique, avec notamment le palais du prince, de l’époque de la dynastie de Mohamed Ali, dont l’architecture reflète cette période. Aujourd’hui négligé, il sert d’entrepôt à un organisme éducatif. D’autres sites historiques se trouvent à proximité, dont le fort de Koussa Pacha et des vestiges liés à la baie d’Abou Qir.

Abdel-Rahim Reihan, membre de la commission Histoire et antiquités du Conseil supérieur de la culture, a averti Diwan Al-Omran que les travaux autour de la baie pourraient affecter un patrimoine de valeur mondiale, dont des villes englouties et des navires anciens. Il rappelle que l’Égypte est partie à la convention de l’UNESCO de 2001 sur le patrimoine culturel subaquatique, ce qui impose des études archéologiques spécialisées avant les travaux pour préserver un patrimoine difficile à remplacer.

Le conflit reste devant les tribunaux, mais la crise dépasse le tracé d’une route ou les montants d’indemnisation. Elle interroge la gestion des grands projets. Le gouvernement affirme respecter la loi et l’utilité publique. Les habitants et leurs avocats soutiennent que cette utilité suppose la transparence, l’examen des solutions moins dommageables, des indemnisations garantissant la stabilité des familles et le respect du droit de recours avant que les décisions administratives ne deviennent un « fait accompli ».

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Rasha Ammar
Journaliste égyptienne, elle a travaillé pour plusieurs sites d’information égyptiens et arabes et s’intéresse aux affaires politiques et aux questions sociales.

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