En Égypte, l’hôpital de Khanka : des lits inutilisés depuis vingt ans, des patients sans place pour se soigner

À l’hôpital égyptien de Khanka, des lits restent hors service depuis des années tandis que des patients ne trouvent pas de place.
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Aya Yasser

Le ministère de la Santé et de la Population a récemment intensifié ses inspections des centres privés de traitement des addictions et de psychiatrie. Elles ont conduit à la fermeture de 112 établissements privés de traitement des addictions dans cinq gouvernorats. Douze centres ont été fermés à Kerdassa, dans le gouvernorat de Gizeh ; dans le quartier du Moqattam, au Caire, le ministère en a fermé seize ; à Abou al-Nomros, à Gizeh, huit centres ont été fermés, ainsi que vingt-cinq autres centres au Caire et à Gizeh. Cinq centres non agréés de traitement des addictions et de psychiatrie ont également été fermés dans la ville du 10-Ramadan, dans le gouvernorat de Charqiya, en plus de dix centres dans les gouvernorats d’Alexandrie, d’Assouan et d’Assiout.

Selon les communiqués officiels, tous les centres en infraction ont été fermés et leurs responsables déférés au parquet. Les manquements ayant entraîné leur fermeture comprenaient l’exploitation sans autorisation, une gestion par des personnes non spécialisées, l’utilisation de médicaments d’origine inconnue ou périmés, et l’absence de normes de prévention des infections et de sécurité. Le ministère indique que certains responsables ne sont pas médecins et sont parfois d’anciens patients guéris d’une addiction, ce qui représente un danger pour les patients.

Parallèlement à ces fermetures, des internautes ont diffusé, durant la dernière semaine d’août dernier, une vidéo montrant la fuite de plusieurs résidents d’une clinique de traitement des addictions dans le quartier du Moqattam, au Caire. Le ministère de l’Intérieur a annoncé que la clinique ne disposait pas des autorisations requises, que ses responsables avaient été arrêtés et qu’elle avait été fermée en coordination avec les autorités compétentes.

L’incident a suscité des interrogations sur le sort des patients dépendants hébergés dans les établissements non agréés, particulièrement dans un contexte de hausse des tarifs des hôpitaux de santé mentale et de traitement des addictions et de manque de lits dans les hôpitaux publics relevant du Secrétariat général de la santé mentale. Leur capacité ne correspond pas aux niveaux de consommation de drogues et d’addiction en Égypte : les dernières statistiques officielles, réalisées en 2020, indiquaient un taux de consommation de 5,9 % et un taux d’addiction de 2,4 %. La proportion de patients demandant un traitement en raison de drogues de synthèse est passée de 8 % en 2020 à environ 50 % en 2025, selon le docteur Amr Othman, directeur du Fonds de lutte contre les addictions et de traitement de la dépendance et de la consommation de drogues.

Les hôpitaux du Secrétariat général de la santé mentale et du traitement des addictions disposent d’environ 6 660 lits destinés à l’hospitalisation, avec une capacité opérationnelle de 5 616 lits dans les établissements qui en relèvent, selon le ministère de la Santé. L’hôpital psychiatrique de Khanka en possède la plus grande part, avec 1 804 lits d’après le site du Secrétariat général. L’hôpital psychiatrique d’Abbassia vient en deuxième position, avec 1 069 lits, suivi de celui d’Helwan, qui en compte 331. Les autres lits sont répartis entre les hôpitaux psychiatriques des gouvernorats égyptiens.

Cependant, un relevé statistique des patients et des lits de l’hôpital de santé mentale et de traitement des addictions de Khanka, adressé par sa direction au secrétaire général de la santé mentale et du traitement des addictions, dont Zawia3 a obtenu une copie, indique un total de 1 780 lits. Il faut en retrancher 61 lits du service 21 et 36 lits des services d’addictologie en maintenance, ce qui ramène le nombre réel de lits à 1 683.

Ce relevé de septembre 2024 fait état de 80 lits libres sur 132 dans le service de réadaptation en addictologie, de 61 lits libres sur 65 dans les services de désintoxication, de dix lits libres dans l’unité de réduction des risques et de 23 lits dans le service de double diagnostic. Sur les 1 780 lits d’hospitalisation de Khanka, 428 sont libres et 1 352 occupés.

Un an plus tard, les mêmes lits restent hors service au motif de travaux de maintenance. Dans son rapport quotidien du 3 septembre 2025, dont Zawia3 a obtenu une copie, l’hôpital indique une capacité réelle de 1 783 lits. Après exclusion de ceux en maintenance dans le service 21 et les services d’addictologie, le nombre effectif est de 1 683.

Le rapport fait état de 1 308 patients hospitalisés et de 472 lits libres. Le service gratuit pour hommes accueille 544 patients, le service économique pour hommes admis volontairement 79 patients et le service économique pour hommes admis sous contrainte 171 patients. Le service de réadaptation en addictologie accueille 132 patients, celui de désintoxication 65, l’unité de réduction des risques 14, le service de double diagnostic 55, le service économique pour femmes 30 patientes et les services réservés aux personnes placées sur décision judiciaire 690 patients.

Le défaut d’entretien prive les patients de lits

Dans ce contexte, une source médicale de l’hôpital psychiatrique de Khanka révèle à Zawia3 que plus de 150 lits sont actuellement vacants et inutilisables dans le bâtiment de catégorie supérieure et le service de double diagnostic. Ils sont hors service en raison de problèmes d’assainissement et de sanitaires auxquels ni les anciennes directions ni les directions actuelles de l’hôpital et du Secrétariat général de la santé mentale n’ont remédié. La source précise que le service 21 est à l’arrêt depuis dix-huit ans : ses 70 lits sont inutilisables en raison de l’interruption des travaux de rénovation.

« L’hôpital de Khanka regorge de lits libres. Un bâtiment entier d’environ 120 lits est vide, sous prétexte que les toilettes ne fonctionnent pas. Cela dure depuis six ou sept ans. Un autre bâtiment, d’une capacité d’environ 60 lits, est laissé sans utilisation, tandis que la plupart des services ont de nombreuses places vacantes. Cela ne concerne évidemment pas le service des personnes placées sur décision judiciaire, auquel on ne peut pas toucher. Il est toujours surchargé, car les admissions passent par le bureau de la coopération internationale du procureur général, en application d’un jugement ordonnant un placement pour soins jusqu’à guérison. L’état du patient est réexaminé une fois par an pour décider de sa sortie », explique la source.

Selon cette source, le maintien de ces lits hors service pendant toutes ces années a empêché de nombreux patients atteints de troubles psychiques ou d’addictions d’être hospitalisés. Les employés de l’hôpital disaient à leurs familles qu’il n’y avait aucun lit disponible. Elle estime que la négligence dans l’entretien et la rénovation a entraîné un gaspillage d’argent public : avant la dernière décision du ministre de la Santé augmentant les tarifs des services de santé mentale, l’hébergement à l’hôpital commençait à 750 livres par mois, avec des tarifs allant de 1 500 à 3 000 livres mensuelles. Le nouveau barème prévoit désormais entre 150 et 380 livres par nuit, selon la catégorie d’hébergement.

La source précise que l’hôpital emploie plus de 1 100 membres du personnel infirmier et plus de 100 psychiatres. Il dispose également de médecins sous contrat dans d’autres spécialités, notamment la médecine interne, la dermatologie, la radiologie, la kinésithérapie et les soins dentaires. En revanche, il souffre d’une grave pénurie de travailleurs sociaux, de psychologues et de personnels administratifs.

« Les personnels administratifs sont environ 54 ou 55, ce qui est très peu au regard de la taille de l’hôpital. Les travailleurs sociaux, essentiels dans cet établissement, ne sont que 23 ou 24. Il semble qu’aucun recrutement dans cette spécialité n’ait eu lieu depuis quinze ans ; certains sont détachés d’autres organismes. Quant aux psychologues, ils ne sont que trois ou quatre, alors que l’hôpital en a cruellement besoin, compte tenu des tâches qu’ils doivent accomplir, comme les tests d’intelligence, les évaluations psychologiques et les séances de psychothérapie », poursuit-elle.

Un ancien responsable administratif de Khanka explique également à Zawia3 que l’hôpital compte une trentaine de services. Dix se trouvent dans le « service des personnes placées sur décision judiciaire ». Certains de ces dix services ont été rénovés et modernisés, tandis que d’autres sont restés dans leur état ancien. Cette structure seule relève du ministère de l’Intérieur : elle accueille les patients placés par la justice après avoir commis des meurtres ou des viols du fait de leur maladie mentale, et qui y restent jusqu’à leur guérison. Les quelque vingt autres services s’étendent chacun sur une vaste superficie comprenant un grand jardin de plus de 120 ans.

L’ancien responsable, qui a refusé de donner son nom, révèle que le service 21 est le dernier de l’hôpital et qu’il est abandonné depuis environ vingt ans, voire davantage. En 2016, un entrepreneur s’apprêtait à remplacer le carrelage et à renouveler les réseaux d’assainissement, les installations, les sanitaires et d’autres équipements. Mais les travaux ont été interrompus et le service demeure fermé, bien qu’il puisse accueillir plus de 70 lits, soit l’équivalent d’un hôpital à lui seul.

« En réalité, la capacité de n’importe quel service de Khanka dépasse celle de certains hôpitaux, comme celui d’Héliopolis près de l’aéroport, qui ne compte que 76 lits au total. Chez nous, un seul service de 70 lits représente un hôpital complet. Les ressources humaines nécessaires au fonctionnement du service 21, toujours en rénovation, sont disponibles », dit-il.

L’ancien responsable révèle que le service de double diagnostic, le numéro 4, est resté en travaux pendant sept ans. L’entrepreneur est ensuite décédé et le chantier a été confié à un autre. Le projet a connu des difficultés administratives et de nombreux retards, avant d’ouvrir il y a environ deux ans. Il indique que le coût des soins y atteint au moins 3 000 ou 3 500 livres et devrait augmenter avec le nouveau barème.

Il ajoute : « Le service 21 fermé n’a pas de lien avec le traitement des addictions, mais il pourrait devenir un centre pour les femmes ou les adolescents dépendants. À l’échelle nationale, les places d’hospitalisation pour les moins de dix-huit ans sont insuffisantes. Ces patients relèvent de l’article 12 et ont un représentant légal, père ou mère, ou une décision de tutelle lorsqu’ils sont orphelins. Alors que la vie d’un adolescent dépendant est menacée à l’extérieur, la plupart des hôpitaux psychiatriques refusent de l’accueillir, à l’exception d’Helwan et d’Abbassia, qui possèdent un service pour adolescents permettant une hospitalisation et pas seulement des consultations externes. Il existe peut-être un service semblable à l’hôpital de Maamoura. »

Selon le site du Secrétariat général de la santé mentale, l’hôpital psychiatrique de Khanka, dans le gouvernorat de Qalyoubia, a été créé en 1912 sous le khédive Abbas Hilmi, dans une zone désertique de 570 feddans. Environ 171 feddans restent aujourd’hui dans son périmètre effectif. Il a été rattaché à l’administration centrale du ministère de la Santé le 21 septembre 1997, en vertu du décret présidentiel n° 331 de 1997, puis au Secrétariat général de la santé mentale le 21 janvier 1998, par la décision n° 32 de 1998 du ministre de la Santé.

L’hôpital comprend vingt services : quinze services psychiatriques pour hommes hors de la structure des placements judiciaires, quatre services d’addictologie pour hommes et un service psychiatrique pour femmes. S’y ajoutent dix services destinés aux patients placés sur ordre des autorités judiciaires après avoir commis des infractions sous l’effet d’une maladie mentale, à la suite de leur examen à l’hôpital psychiatrique d’Abbassia. La capacité opérationnelle de l’hôpital est de 1 804 lits. Il propose aussi des consultations externes en addictologie, psychiatrie, réduction des risques, maladies virales et médecine communautaire, ainsi que des examens de reconnaissance du handicap pour les personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Il assure en outre des radiographies, des échographies, des électrocardiogrammes et les services de l’unité de régulation de l’activité cérébrale.

Des dépenses de santé limitées

Mahmoud Fouad, président de l’Association pour le droit aux médicaments et ancien membre du conseil d’administration de Khanka, explique qu’environ 35 % des lits des hôpitaux psychiatriques égyptiens se trouvent à Khanka. Environ 300 personnes guéries de leur maladie psychique y restent en vertu de la loi n° 71 de 2009 sur les soins aux patients en psychiatrie. Leurs proches les avaient confiées à ces établissements de longues années auparavant. Une fois rétablies et désireuses de sortir, leur famille n’a pas pu être localisée ou a refusé de les reprendre. L’hôpital a donc dû les garder, et elles occupent un grand nombre de lits.

Le président de l’association souligne que les familles cherchant un traitement pour leurs enfants dépendants peuvent s’adresser au Fonds de lutte contre les addictions relevant du Conseil des ministres, au ministère de la Solidarité sociale ou aux hôpitaux publics du Secrétariat général de la santé mentale. Toutefois, le coût des examens et analyses, désormais supérieur à 1 000 livres, est devenu un obstacle majeur à l’admission, auquel s’ajoutent le manque important de lits et la faiblesse du budget de la santé mentale. Selon lui, la crise tient surtout au niveau limité des dépenses de santé, qui ne dépassent pas 3 % du budget général, ce qui compromet les efforts de traitement des addictions et expose les patients à l’exploitation.

Fouad affirme que les centres de traitement des addictions connaissent en Égypte une expansion rapide et désorganisée. Les inspections récentes ont révélé de nombreux établissements non agréés : à al-Ayyat, six centres en infraction ont été trouvés contre quatre seulement autorisés ; à Obour, cinq étaient agréés et cinq ne l’étaient pas. Il estime que ce phénomène traduit une demande croissante de soins, liée à la large diffusion de drogues de synthèse bon marché telles que le cristal, le shabu et l’ice, devenues plus répandues que le cannabis et le tramadol en raison de leur faible prix.

Il déclare à Zawia3 : « La consommation de drogues n’est plus limitée aux catégories marginalisées. Elle touche aussi les étudiants et les salariés, comme le confirment les proportions de personnes licenciées après des dépistages inopinés. Dans certaines affaires récentes, la valeur des saisies a atteint des centaines de millions, ce qui montre l’ampleur du marché et la forte demande. »

Fouad critique les pratiques non professionnelles de certains centres privés : recrutement de personnes non spécialisées, entassement des patients dans des pièces étroites ressemblant à des cellules. Il affirme que nombre d’entre eux fonctionnent comme des entreprises dont le seul objectif est le profit, faute de contrôle efficace.

Négligence, fugues de patients et accusations de vols

Alors que Khanka souffre d’un gaspillage de ressources et d’un défaut d’entretien, une source révèle à Zawia3 que des vols s’y répètent en raison du nombre insuffisant d’agents de sécurité, dont la plupart sont âgés. Elle mentionne aussi des fugues antérieures de patients en psychiatrie.

Le 10 février dernier, un patient s’est enfui de l’hôpital entre 11 heures et 13 heures en profitant d’une coupure de courant. Il avait été admis le 13 janvier avec un diagnostic de schizophrénie accompagnée d’une déficience intellectuelle, selon des informations diffusées précédemment par les médias et confirmées à Zawia3 par un ancien responsable de l’établissement.

Les articles de la presse égyptienne font état de fugues répétées à Khanka au cours des dernières années, notamment en 2008, 2012 et 2014. En juillet 2008, trois patients accusés de meurtre ou d’attentat à la pudeur s’en étaient échappés. La direction et la police avaient réussi à en ramener deux, tandis que le troisième, Mohamed Hassan Abou al-Naga, était resté en fuite. Il avait été hospitalisé après un diagnostic de schizophrénie indifférenciée, à la suite d’une accusation de meurtre avec préméditation en 2005. En août 2012, un patient de 31 ans désigné par les initiales « Ahmed B. A. M. », atteint de schizophrénie indifférenciée et placé au service 9 réservé aux personnes mises en cause sur décision du tribunal de Gizeh-Sud, s’était enfui. Les infirmiers responsables du service avaient été accusés d’avoir causé sa fuite ; le procès-verbal n° 971 de 2012 avait été enregistré au commissariat de Khanka. Un autre incident s’était produit en mars 2014 : Saadallah Abdel Ghani Tayel, placé définitivement par la cour d’appel d’Alexandrie après son acquittement dans l’affaire criminelle n° 1936 de 2011 de Wadi al-Natroun, où il était accusé de tentative de meurtre, s’était échappé.

Nos sources indiquent qu’une inspection inopinée a eu lieu à l’hôpital psychiatrique de Khanka le 21 août dernier. Elle était dirigée par le docteur Peter Wagih, assistant du ministre de la Santé chargé des soins et superviseur de l’administration centrale de la santé mentale, accompagné de plusieurs responsables de cette administration. Il aurait adressé des critiques à la direction de l’hôpital.

Des journaux locaux ont également révélé qu’un entrepôt d’une société de restauration sous contrat avec Khanka avait été cambriolé en août dernier. Le local, loué à la direction de l’hôpital et surveillé par une société de sécurité sous contrat avec celle-ci, contenait des denrées destinées aux repas des patients. Les produits volés étaient estimés entre 250 000 et 300 000 livres.

Dans le même temps, le Secrétariat général de la santé mentale a annoncé que le docteur Mohamed al-Tayeb, vice-ministre de la Santé et de la Population, avait donné des instructions pour renforcer les équipes dans les spécialités essentielles, notamment l’anesthésie et la médecine interne, et augmenter le nombre de pharmaciens, de personnels infirmiers et de dentistes. Il a aussi insisté sur l’équipement des hôpitaux en appareils médicaux modernes et en mobilier non médical, sur la constitution d’un stock stratégique de médicaments et de fournitures pour assurer des soins de qualité, ainsi que sur le développement des infrastructures et l’accélération de la transformation numérique. Celle-ci comprend un dossier médical unifié pour les patients de tous les hôpitaux psychiatriques, afin de garantir la précision et la qualité des services.

À Khanka, une succession de manquements et d’abus

Le 24 avril dernier, Sanaa al-Saïd, députée du Parti social-démocrate égyptien, avait déjà déposé une interpellation à l’intention du vice-Premier ministre et ministre de la Santé, concernant ce qu’elle décrivait comme une situation de déséquilibre administratif à l’hôpital psychiatrique de Khanka.

La députée s’interrogeait sur le silence du Secrétariat général de la santé mentale face à ces abus. Elle demandait également des précisions sur la position du Conseil national de santé mentale et sur son rôle de contrôle dans de telles affaires. Elle soulignait la nécessité d’une intervention urgente pour corriger la situation et protéger les patients et leurs droits, et demandait le renvoi de son interpellation devant la commission de la santé de la Chambre des représentants pour débat et adoption des mesures de contrôle et des dispositions législatives nécessaires.

Ce n’était pas la première fois que l’hôpital faisait l’objet d’accusations de mauvaise gestion, de manquements et d’abus. Dix patients hospitalisés sur décisions et jugements judiciaires y étaient morts entre le 1er et le 10 août 2015 en raison de graves négligences. L’Autorité du parquet administratif avait alors renvoyé 34 responsables devant la justice en urgence : l’ancien directeur de l’hôpital, ses deux adjoints, quatre médecins, le chef et l’adjoint du service infirmier, 23 membres du personnel infirmier, ainsi que le chef du service des affaires des patients et une employée de ce même service.

Des instructions présidentielles pour développer les infrastructures

En mai 2023, une commission du Conseil national des droits humains, en visite à l’hôpital, avait recommandé de poursuivre le développement de ses infrastructures. En août de l’année dernière, le docteur Khaled Abdel Ghaffar, vice-Premier ministre chargé du développement humain et ministre de la Santé et de la Population, avait demandé l’élaboration d’un projet transformant Khanka en première cité médicale intégrée de santé mentale, de traitement des addictions et de prise en charge des personnes âgées. Elle devait réunir des services curatifs, préventifs et d’oncologie, en plus de la psychiatrie et de l’addictologie, pour une capacité totale de 1 800 lits : 300 pour les services curatifs et préventifs, deux accélérateurs linéaires pour le traitement des cancers et 1 500 lits pour la santé mentale. Le ministre avait également demandé d’étudier la création d’un hôpital d’urgence offrant des soins médicaux avancés sans devoir transférer les patients dans les établissements voisins.

En septembre dernier, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a donné des instructions pour multiplier les établissements de santé mentale et soutenir les soins financés par l’État. Il a chargé le gouvernement de commencer la construction de l’hôpital « Sakina » de santé mentale et de traitement des addictions à Alamein-Nouvelle, d’achever rapidement la modernisation de Khanka dans le gouvernorat de Qalyoubia et de créer des centres médicaux de long séjour pour les patients, les personnes âgées et les personnes ayant des besoins particuliers.

Malgré les campagnes intensives du ministère de la Santé pour fermer les centres non agréés d’addictologie et de psychiatrie et les instructions de l’État visant à développer les infrastructures de santé mentale, les hôpitaux psychiatriques restent accablés de difficultés : manque de lits, entretien négligé, pénurie de personnels spécialisés et hausse du coût des soins.

Alors que la demande de traitement des addictions augmente avec la diffusion massive des drogues de synthèse, les hôpitaux psychiatriques continuent de souffrir d’un financement et d’un contrôle insuffisants, ainsi que d’une accumulation d’abus administratifs. Le sort de milliers de patients et de personnes ayant besoin de soins demeure ainsi suspendu entre le désordre du secteur privé et les difficultés du secteur public, dans l’attente de réformes profondes réaffirmant leur droit à des soins sûrs et durables.

Correction éditoriale : la première version indiquait que, sur les 1 780 lits d’hospitalisation de Khanka, 428 étaient libres et 1 352 vacants. Les 1 352 lits sont en réalité occupés : la somme des deux chiffres correspond au total des lits figurant dans les statistiques de l’hôpital.

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Aya Yasser
Journaliste, écrivaine et romancière égyptienne, titulaire d’une licence en information et communication de l’université du Caire.

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