L’hôpital d’Al-Khanka pour la santé mentale et le traitement des addictions fait face à des accusations croissantes d’irrégularités financières et administratives visant son directeur et son adjoint. Les faits en cause comprennent des agressions physiques contre des patients souffrant de troubles psychiques, l’usurpation de la qualité de médecin par un individu et la rédaction de rapports médicaux et de prescriptions sans qualification légale ou médicale reconnue, en violation manifeste de la loi sur la prise en charge des patients psychiatriques. Ces faits ont conduit le Secrétariat à la santé mentale du ministère de la Santé à démettre le directeur adjoint de l’hôpital, le docteur Badr Abbas, le 9 avril, moins de deux mois après sa prise de fonctions.
Selon les informations publiées par la presse locale, le docteur Badr Abbas, directeur adjoint révoqué, a été accusé d’avoir frappé le patient « F. H. », atteint de schizophrénie et présentant une déficience intellectuelle, enregistré sous le numéro 8013. L’agression aurait suivi une tentative du patient de quitter l’hôpital sans en avoir conscience pendant les visites, en mars dernier. Malgré la gravité des faits, le directeur de l’établissement n’a pas saisi les services compétents pour ouvrir une enquête administrative.
Dans une autre affaire, le même adjoint a présenté aux équipes médicales un jeune homme nommé Mohamed Bakr comme un spécialiste en psychiatrie récemment muté à l’hôpital. Il lui a demandé d’examiner la patiente « H. A. H. », enregistrée sous le numéro 16487, qui avait connu un épisode d’agitation le 16 mars, au cours d’une visite interne où il accompagnait le sous-secrétaire du ministère de la Santé pour Qalyoubia. Le contenu de l’évaluation inscrite par le jeune homme dans le dossier de la patiente a ensuite éveillé les soupçons des médecins, notamment après leurs échanges avec lui dans la salle de repos. Ils ont demandé à la sécurité de vérifier son identité et découvert qu’il s’agissait d’un simple étudiant, né en janvier 1996, qui se faisait passer pour un médecin.
Le 16 avril, le Conseil national de la santé mentale a annoncé la constitution d’une commission des affaires des patients, dépêchée à l’hôpital d’Al-Khanka pour enquêter sur ces faits. Mais le choix de se limiter à une enquête interne et à la révocation du directeur adjoint, sans transmettre le dossier au parquet, a suscité les critiques de certaines institutions médicales et organisations de la société civile actives dans le domaine de la santé mentale. Elles y ont vu un manquement au principe de responsabilité et un abandon des droits des patients.
Dans ce contexte, le Secrétariat général à la santé mentale a convoqué en mai dernier le directeur de l’hôpital, le docteur Mostafa Khalil Al-Charif, qui avait pris ses fonctions en février, afin de l’interroger. Des sites de presse locaux ont lié cette convocation à des plaintes pour mauvaise gestion, à des accusations de consommation de stupéfiants et au fait qu’il aurait signé les registres de présence et de départ à la place de son épouse, également employée dans l’établissement et absente de son travail.
Moins d’un mois après ces développements, la direction centrale du Secrétariat général à la santé mentale a annoncé, le 8 mai, la démission de la secrétaire générale, la professeure Menan Abdel-Maksoud, du poste qu’elle occupait depuis le 17 octobre 2017. La direction a affirmé qu’Abdel-Maksoud avait été l’un des piliers du développement des programmes de santé mentale et de traitement des addictions, contribuant au renforcement des partenariats institutionnels, au soutien de la recherche scientifique et à la formation des personnels.
Le 9 mai, le Secrétariat a annoncé la nomination de la docteure Wissam Aboul-Fotouh à la tête de la direction centrale de la santé mentale et du traitement des addictions. Selon les informations figurant sur son site officiel, Wissam Mohamed Aboul-Fotouh Ibrahim est une médecin spécialiste, membre de la direction du traitement des addictions et des intérêts des patients. Elle supervise l’équipe de soutien psychologique et la ligne téléphonique de consultation. Elle a également dirigé le service d’addictologie de l’hôpital psychiatrique de Benha de 2013 à 2018, ainsi que la commission des droits des patients de 2011 à 2018.
Le 10 février dernier, un patient psychiatrique s’était échappé de l’hôpital d’Al-Khanka entre 11 heures et 13 heures, profitant d’une coupure d’électricité. Il avait été admis le 13 janvier avec un diagnostic de schizophrénie accompagné d’une déficience intellectuelle, selon des informations rapportées par les médias citant des sources au Secrétariat à la santé mentale.
Une surveillance totalement absente
Le 24 avril dernier, la députée du Parti égyptien social-démocrate Sanaa Al-Saïd a déposé une interpellation adressée au vice-Premier ministre et ministre de la Santé, au sujet de ce qu’elle qualifiait de déséquilibre administratif à l’hôpital psychiatrique d’Al-Khanka. Elle y faisait état de trois faits constituant de graves violations dans l’établissement : l’atteinte à l’intimité de patientes présentées à un individu usurpant la qualité de médecin, qui a rédigé des rapports médicaux et des prescriptions sans aucun statut légal ou médical reconnu ; les coups infligés à certains patients par l’un des directeurs adjoints, en contradiction avec les règles les plus élémentaires d’une prise en charge humaine ; et la nomination d’un directeur financier et administratif à la tête de l’établissement malgré des décisions de sanction prononcées contre lui par le parquet administratif dans des affaires de corruption financière et administrative.
La parlementaire s’interrogeait sur les raisons du silence du Secrétariat général à la santé mentale face à ces abus. Elle demandait aussi des éclaircissements sur la position du Conseil national de la santé mentale et son rôle de contrôle dans de telles affaires. Elle insistait sur la nécessité d’intervenir d’urgence pour corriger la situation et protéger les patients et leurs droits, et réclamait la transmission de son interpellation à la commission de la santé de la Chambre des représentants afin qu’elle l’examine et adopte les mesures de contrôle et les décisions législatives nécessaires.
Sanaa Al-Saïd estime que l’hôpital d’Al-Khanka est oublié par les organes de contrôle et d’inspection du ministère de la Santé, alors qu’il souffre de corruption financière et administrative et de violations liées à la maltraitance des patients. Elle affirme à Zawia3 avoir reçu des documents provenant de l’établissement indiquant que son directeur récemment révoqué exerçait ses fonctions alors que son épouse travaillait simultanément dans le même hôpital, en violation de la loi sur les conflits d’intérêts. Il inscrivait également son nom dans les conseils médicaux, en plus de son travail de directeur, se retrouvant ainsi juge et partie et bénéficiant des indemnités accordées aux membres de ces conseils, qui s’élèvent à plusieurs milliers de livres. Elle évoque aussi la révocation, le mois précédent, du directeur adjoint, après sa suspension à la suite d’accusations de corruption financière et administrative.
La députée révèle avoir reçu des plaintes de familles de patients concernant des coups et des mauvais traitements infligés à des patients psychiatriques placés par les tribunaux pour purger des peines liées à des infractions, ainsi qu’à des personnes orientées par les services de recrutement militaire vers la section militaire de l’hôpital pour recevoir des soins psychiatriques ou faire évaluer leur état. La famille d’un patient placé dans l’établissement en exécution de décisions judiciaires s’est également plainte du refus de l’administration de le libérer après l’expiration de sa peine, au motif que son état psychique ne permettait pas sa sortie. La députée n’a toutefois pas pu déterminer si la famille ou l’équipe médicale avait raison, la question relevant avant tout de l’appréciation des spécialistes en psychiatrie et aucune loi n’en définissant les règles.
Elle déclare à Zawia3 : « Je m’intéresse beaucoup à l’affaire de l’hôpital d’Al-Khanka depuis que j’ai obtenu des documents prouvant l’existence d’une corruption financière et administrative, et reçu des plaintes de familles et de personnes travaillant dans l’établissement. Sur cette base, j’ai déposé une interpellation auprès du président de la Chambre des représentants en avril dernier. Aucune date n’a encore été fixée pour son examen. Lorsque ce sera le cas, je présenterai les documents en ma possession et interrogerai le ministre de la Santé sur la surveillance de l’hôpital. On m’a informée qu’après le dépôt de l’interpellation, une commission d’enquête avait été constituée et certains responsables de l’administration de l’hôpital suspendus. »
Des abus et des allégations de décès de patients
Mahmoud Fouad, ancien membre du conseil d’administration de l’hôpital d’Al-Khanka pour la santé mentale et le traitement des addictions et directeur du Centre égyptien pour le droit au médicament, explique à Zawia3 qu’environ 35 % des lits des hôpitaux psychiatriques égyptiens se trouvent à Al-Khanka. L’établissement connaît toutefois depuis peu des problèmes administratifs ayant entraîné des abus et des violations des droits des patients. Il révèle avoir reçu, quelque temps auparavant, des appels signalant que le directeur adjoint avait fait entrer un étudiant en dernière année de psychologie à la faculté des lettres en le présentant comme un psychiatre. Lorsque les médecins ont eu des doutes et découvert la vérité, ils ont prévenu le commissariat. Le Secrétariat général à la santé mentale a alors révoqué le directeur adjoint.
Il déclare à Zawia3 : « Une autre crise concerne les patients que leurs proches ont confiés aux hôpitaux psychiatriques il y a de nombreuses années. Lorsqu’ils guérissent et souhaitent sortir, on ne retrouve plus le domicile de leur famille ou celle-ci refuse de les reprendre. L’hôpital est donc contraint de les garder. Environ 300 personnes guéries de leur maladie psychique restent à l’hôpital d’Al-Khanka, conformément à la loi n° 71 de 2009 sur la prise en charge des patients psychiatriques. Je me souviens d’un patient rétabli qu’un médecin avait accompagné dans sa localité d’origine, à Minya. Sa famille était introuvable et le chef du commissariat a refusé qu’il reste dans ses locaux. Il a donc été ramené à l’hôpital. Aucune loi ne détermine le sort de ces patients guéris. »
Ce n’est pas la première fois que l’hôpital d’Al-Khanka fait face à des accusations de mauvaise gestion et de violations des droits des patients. Dix patients hospitalisés en exécution de décisions judiciaires y sont morts entre le 1er et le 10 août 2015 en raison d’une grave négligence. Ces faits ont conduit le parquet administratif à renvoyer 34 responsables de l’établissement devant la justice en urgence. Parmi eux figuraient l’ancien directeur de l’hôpital, ses deux adjoints, quatre médecins, le chef et l’adjoint du service infirmier, 23 membres du personnel infirmier, ainsi que le chef du service des affaires des patients et une employée de ce même service.
Les investigations dans l’affaire n° 201 de 2015 ont établi la responsabilité des accusés dans la mort de dix patients, faute d’avoir pris les mesures nécessaires pour faire face à la chaleur estivale. Les patients psychiatriques présentent un risque élevé d’hyperthermie, l’un des effets secondaires courants des médicaments utilisés dans leur traitement. Ces faits ont coïncidé avec la forte vague de chaleur d’août 2015. Le retard des accusés à prendre les mesures médicales requises a entraîné une détérioration de l’état des victimes, mortes après avoir subi un stress thermique. Les responsables de l’hôpital avaient alors invoqué l’insuffisance des moyens fournis par le ministère de la Santé. Des jeunes bénévoles avaient acheté et installé des ventilateurs de plafond dans l’établissement, à titre de don, afin d’alléger les souffrances des patients face à la chaleur extrême.
Les informations publiées dans la presse égyptienne font état d’évasions répétées de patients de l’hôpital d’Al-Khanka au cours des années passées, notamment en 2008, 2012 et 2014. En juillet 2008, trois patients mis en cause dans des affaires de meurtre et d’agression sexuelle se sont échappés. L’administration de l’hôpital, aidée par la police, a réussi à en ramener deux. Le troisième, Mohamed Hassan Aboul-Naga, est resté en fuite. Il avait été admis avec un diagnostic de schizophrénie indifférenciée après avoir été accusé de meurtre avec préméditation en 2005. En août 2012, un patient de 31 ans, « Ahmed B. A. M. », atteint de schizophrénie indifférenciée et placé dans le service 9 des patients sous main de justice sur décision du tribunal de Gizeh-Sud, s’est échappé. Les infirmiers responsables du service ont été accusés d’avoir permis son évasion, et le procès-verbal administratif n° 971 de 2012 a été dressé au commissariat d’Al-Khanka. Un nouvel incident s’est produit en mars 2014, lorsque Saadallah Abdel-Ghani Tayel s’est enfui. Il avait été placé à l’hôpital sur décision définitive de la cour d’appel d’Alexandrie après son acquittement dans l’affaire criminelle n° 1936 de 2011 de Wadi Al-Natroun, où il était accusé de tentative de meurtre.
Les projets gouvernementaux de développement de l’hôpital
Selon le site du Secrétariat général à la santé mentale, l’hôpital psychiatrique d’Al-Khanka, dans le gouvernorat de Qalyoubia, a été créé en 1912 sous le règne du khédive Abbas Hilmi, dans une zone désertique de 570 feddans. Environ 171 feddans constituent aujourd’hui sa superficie effective. Il a été rattaché à l’administration centrale du ministère de la Santé le 21 septembre 1997, en application du décret présidentiel n° 331 de 1997, puis au Secrétariat général à la santé mentale le 21 janvier 1998, conformément à l’arrêté du ministre de la Santé n° 32 de 1998.
L’hôpital comprend 20 services : 15 services psychiatriques pour hommes en dehors de la section des patients placés sur décision judiciaire, quatre services d’addictologie pour hommes et un service psychiatrique pour femmes. S’y ajoutent dix services destinés aux patients placés par les autorités judiciaires, qui ont commis des infractions sous l’effet d’une maladie mentale et y sont soignés après un examen à l’hôpital psychiatrique d’Abbassia. La capacité opérationnelle de l’établissement est de 1 804 lits. Il propose également des services aux patients externes, notamment des consultations en addictologie, psychiatrie, réduction des risques, virologie et médecine communautaire, ainsi que des examens de reconnaissance du handicap pour les personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Il offre aussi des services de radiologie conventionnelle, d’échographie et d’électrocardiographie, ainsi que les prestations de l’unité de régulation du rythme cérébral.
Une commission du Conseil national des droits de l’homme a visité l’établissement en mai 2023. Elle a recommandé de poursuivre le développement de ses infrastructures, conformément au plan du ministère de la Santé visant à soutenir le secteur de la santé mentale dans tous les gouvernorats, pour protéger les droits des patients et permettre aux professionnels de la psychiatrie de remplir leur rôle.
En août de l’année précédente, le docteur Khaled Abdel-Ghaffar, vice-Premier ministre chargé du développement humain et ministre de la Santé et de la Population, a demandé l’élaboration d’un projet de développement d’Al-Khanka, destiné à en faire la première cité médicale intégrée consacrée à la santé mentale, au traitement des addictions et aux personnes âgées. Elle devait regrouper tous les services de soins, de prévention et de traitement des cancers, en plus de la santé mentale et de l’addictologie, avec une capacité totale de 1 800 lits : 300 pour les soins et la prévention, deux accélérateurs linéaires pour le traitement des cancers et 1 500 lits pour les services de santé mentale. Le ministre avait également demandé l’étude de la création d’un hôpital d’urgence, afin de fournir aux patients l’ensemble des soins médicaux avancés sans devoir les transférer vers les établissements voisins.
En septembre dernier, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a donné des instructions pour développer les établissements de santé mentale et soutenir le dispositif de soins pris en charge par l’État. Il a chargé le gouvernement de commencer la construction de l’hôpital « Sakina » pour la santé mentale et le traitement des addictions à la Nouvelle-Alamein, d’achever rapidement le développement de l’hôpital psychiatrique d’Al-Khanka à Qalyoubia, et de créer des centres médicaux de long séjour pour les patients, les personnes âgées et les personnes ayant des besoins particuliers.
Interrogé sur l’interpellation déposée en avril par la députée Sanaa Al-Saïd au sujet d’Al-Khanka, le docteur Achraf Hatem, président de la commission parlementaire de la santé, confirme à Zawia3 que la demande n’a pas encore été transmise à sa commission pour qu’elle en prenne connaissance et fixe une date d’examen.
À propos de l’annonce, par le ministre de la Santé en août dernier, d’un projet visant à transformer Al-Khanka en première cité médicale intégrée consacrée à la santé mentale, aux addictions et aux personnes âgées, le président de la commission indique que le nouveau budget du ministère sera débattu au Parlement la semaine suivante. La commission devrait alors prendre connaissance des projets du ministère pour le nouvel exercice budgétaire et savoir si le développement d’Al-Khanka y figure, ou si le projet n’est pas encore finalisé.
Le docteur Ahmed Hussein, ancien directeur de l’administration de la protection des droits des patients au Secrétariat général à la santé mentale et ancien membre du conseil d’administration de l’hôpital psychiatrique d’Abbassia, explique quant à lui que le secteur égyptien de la santé mentale fait face à des défis majeurs. Les hôpitaux souffrent d’une grave pénurie de médecins et de personnel infirmier, en raison de rémunérations faibles comparées à celles de leurs collègues partis dans les pays du Golfe, qui attirent les professionnels de cette spécialité. S’y ajoutent leurs craintes concernant leur responsabilité juridique envers les patients, le risque de subir la rigidité administrative et la peur d’être agressés par des patients en état d’agitation. Il cite le cas d’un patient d’Al-Khanka ayant frappé un infirmier avec une hachette. Il évoque également l’insuffisance du nombre de lits, alors que des personnes guéries dont la famille est introuvable ou refuse de les reprendre occupent environ 20 % des lits des hôpitaux psychiatriques. Il souligne enfin la faiblesse des crédits consacrés à la santé mentale dans le budget de l’État.
Il déclare à Zawia3 : « Avant 2009, les hôpitaux psychiatriques connaissaient des violations des droits des patients allant jusqu’aux coups. La loi n° 71 de 2009 sur la prise en charge des patients psychiatriques a contribué à rendre rares ces violations, dont les auteurs risquent la prison. Il reste toutefois le problème de l’absence de loi régissant la situation des personnes guéries dont la famille est introuvable ou refuse de les reprendre. Elles demeurent à l’hôpital pour le reste de leur vie, sans qu’une autre autorité publique, comme le ministère de la Solidarité sociale, en assume la responsabilité. Des difficultés concernent aussi les patients relevant de l’article 10 : leur état s’est stabilisé, ils ne représentent plus de danger pour eux-mêmes ou pour autrui et demandent à leur médecin de quitter l’hôpital, mais leur famille peut s’y opposer. Elle peut déposer des plaintes contre l’établissement ou tenter de corrompre le personnel infirmier pour que le patient reste enfermé à vie. »
L’article 13 de la loi n° 71 de 2009 sur la prise en charge des patients psychiatriques dispose qu’aucune personne ne peut être admise sans son consentement dans un établissement de santé mentale sans l’accord d’un psychiatre, et seulement en présence de signes clairs d’une maladie psychique grave nécessitant une hospitalisation. Deux situations sont prévues : le risque d’une détérioration grave et imminente de l’état psychique, ou des symptômes constituant une menace sérieuse et imminente pour la sécurité, la santé ou la vie du patient, ou pour celles d’autrui.
L’article 14 autorise un médecin non spécialisé en psychiatrie, dans l’un des établissements de santé mentale visés par la loi, à admettre un patient contre sa volonté pour évaluer son état, pendant une durée maximale de 48 heures. Cette admission doit faire suite à une demande écrite adressée à l’établissement par un proche jusqu’au deuxième degré, un officier du commissariat, un travailleur social du secteur, l’inspecteur de santé compétent, le consul du pays dont relève le patient étranger, ou un spécialiste de la psychiatrie n’exerçant pas dans l’établissement et n’ayant aucun lien de parenté avec le patient.
L’ancien membre du conseil d’administration d’Abbassia révèle que l’État s’oriente vers le remplacement de plusieurs grands hôpitaux psychiatriques, dont celui d’Abbassia, en réduisant le nombre de patients et en fermant certains services au nom du développement. Il affirme que les protocoles internationaux en matière de santé mentale vont à l’encontre des projets du ministère égyptien visant à transformer Al-Khanka en première cité médicale intégrée de santé mentale et de traitement des addictions. Ces protocoles préconisent en effet de passer des grands hôpitaux accueillant de nombreux patients à de petits établissements spécialisés ne comptant pas plus de 100 résidents chacun.
Concernant les accusations visant la direction d’Al-Khanka, le docteur Ahmed Hussein n’exclut pas que la nouvelle administration, entrée en fonctions seulement deux mois auparavant, fasse l’objet d’une traque de ses erreurs, alimentée par des complicités internes cherchant à la piéger. Il relève que le ministère de la Santé autorise les médecins libéraux non inscrits dans ses établissements à s’y former en tant que praticiens, contre paiement de frais. Cette possibilité a ouvert la voie à un contrôle insuffisant de l’identité des stagiaires, dans un contexte de pénurie de médecins, d’infirmiers et de personnel administratif dans les hôpitaux du ministère. Il cite le cas d’un individu qui s’était fait passer pour un médecin libéral et avait obtenu, au moyen de faux documents, une formation pratique dans un hôpital pour tenter de régulariser sa situation. Ahmed Hussein a découvert l’imposture et l’a signalée à la direction, qui a porté plainte auprès du parquet et du parquet administratif. Selon lui, il s’agissait de la procédure légale appropriée, qu’Al-Khanka aurait dû suivre après avoir découvert l’usurpation de la qualité de médecin à la fin de mars dernier.
Le docteur Alaa Ghannam, responsable de l’unité du droit à la santé à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, estime pour sa part nécessaire de constituer des conseils de tutelle des hôpitaux psychiatriques avec une participation de la société, et de créer dans chaque établissement des commissions de protection des droits des patients, afin d’empêcher les abus financiers et administratifs et les violations des droits des patients. Il appelle également à la création d’un Conseil supérieur de la santé chargé de la planification stratégique de la santé en Égypte.
Alors que le ministère de la Santé prévoit de développer Al-Khanka et de le transformer en première cité médicale spécialisée dans les soins psychiatriques, le traitement des addictions et la prise en charge des personnes âgées, des observateurs et des experts mettent en garde contre la mauvaise gestion, la faiblesse des inspections et l’insuffisance des crédits accordés aux hôpitaux psychiatriques égyptiens. Ces carences risquent d’entraîner la répétition d’abus et de violations des droits des patients, en contradiction avec la loi sur leur prise en charge.
