Dans les services de néonatalogie des hôpitaux publics et de certains hôpitaux privés, de nombreuses mères peinent chaque jour à obtenir une injection d’Alveofact, utilisée pour traiter la détresse respiratoire des enfants prématurés dont les poumons ne sont pas encore pleinement développés. Trouver une seule ampoule de ce médicament demande souvent de longues heures en raison de sa pénurie sur le marché, alors qu’il est considéré comme l’un des traitements essentiels pour réduire les complications respiratoires chez ces enfants.
L’Égypte enregistre environ 1,9 million de naissances par an, selon les statistiques officielles publiées en 2024. Les données de l’Organisation mondiale de la santé indiquent que les complications liées à la prématurité représentent environ 20 % de l’ensemble des décès d’enfants de moins de cinq ans en Égypte, ce qui témoigne de l’ampleur et de la gravité du problème. En l’absence de statistiques officielles précises sur la part des prématurés dans l’ensemble des naissances, les taux mondiaux connus, compris entre 5 % et 18 %, permettent d’estimer que 95 000 à 342 000 enfants naissent prématurément chaque année en Égypte.
Estimation appliquant les taux mondiaux de prématurité (5 % à 18 %) à environ 1,9 million de naissances en Égypte en 2024
| Estimation | Naissances prématurées |
|---|---|
| Estimation basse (5 % des naissances) | 95 |
| Estimation haute (18 % des naissances) | 342 |
Alveofact est l’un des principaux médicaments disponibles en Égypte pour traiter le syndrome de détresse respiratoire aiguë chez les prématurés. Cette urgence médicale menace la vie des nourrissons nés avant la fin du développement pulmonaire. Normalement, les poumons du fœtus sécrètent une substance appelée surfactant pulmonaire, qui empêche les alvéoles de s’affaisser pendant la respiration. Lorsqu’un enfant naît prématurément, cette sécrétion n’est souvent pas encore pleinement développée, ce qui provoque une insuffisance respiratoire nécessitant une assistance urgente. Le seul médicament capable de le sauver est alors une injection d’Alveofact.
Le prix de l’injection d’Alveofact sur le marché égyptien a connu des hausses successives ces dernières années. Elle est actuellement vendue dans plusieurs pharmacies à environ 6 635 livres le flacon, tandis que d’autres listes de prix indiquent qu’elle a récemment atteint 7 400 livres après la dernière mise à jour de septembre 2024. Des relevés antérieurs montraient un prix de seulement 4 400 à 4 700 livres quelques années auparavant.
Un simple calcul montre que le prix de l’injection a augmenté de 50 % à 57 % en environ cinq ans. Cette hausse est considérable pour un médicament vital sans alternative disponible sur le marché égyptien. La famille de tout prématuré ayant besoin de ce traitement se voit ainsi imposer une dépense très élevée, alors qu’il est peu disponible dans les hôpitaux publics.
Ce médicament est importé et dépend de techniques de production étrangères. Dérivé de poumons bovins, il constitue une source naturelle de surfactant, ce qui le rend plus sensible aux variations du taux de change et des frais douaniers, ainsi qu’aux politiques d’importation et de distribution. Les écarts de prix entre les hôpitaux publics et le secteur privé soulèvent néanmoins d’autres questions sur les mécanismes de tarification et de distribution.
La crise est d’autant plus grave que ce médicament n’a pas d’alternative agréée sur le marché local et qu’aucune entreprise égyptienne n’en produit encore d’équivalent. Selon les témoignages de néonatologistes qui nous ont parlé, « chaque minute de retard dans l’administration de l’injection au nourrisson peut entraîner des complications mortelles ou la perte de sa vie ».
Mahmoud Fouad, directeur du Centre égyptien pour le droit au médicament, nous dresse la liste des principaux hôpitaux ayant enregistré, au cours de la période récente, des décès de nouveau-nés faute de ce traitement : l’hôpital universitaire Al-Shatby, l’hôpital universitaire Al-Demerdash, l’hôpital Sharq Al-Madina, l’hôpital international de Mansoura, l’hôpital pédiatrique universitaire d’Assiout, l’hôpital de l’Institut Nasser, l’hôpital de Mit Ghamr dans la Daqahleya et l’hôpital universitaire de Damanhour. Des appels à l’aide proviennent aussi de l’hôpital pédiatrique spécialisé Mesna Abou Hommos, des hôpitaux universitaires Al-Ahrar et Al-Galaa, de l’association caritative Mersal, de l’hôpital universitaire du canal de Suez et de l’hôpital Al-Hayat à Port-Saïd.
Un responsable du ministère de la Santé a reconnu la crise lors d’un bref échange avec nous, tout en refusant d’en parler. Une autre source nous a demandé d’interroger l’Autorité égyptienne du médicament plutôt que le ministère. Zawia3 a contacté trois responsables de cette Autorité pour comprendre les détails de la crise, mais n’avait obtenu aucune explication au moment de la rédaction de ces lignes.
L’injection pour ceux qui peuvent la payer !
Un pharmacien qui s’est confié à Zawia3 sous couvert d’anonymat explique que ces injections existent « en deux dosages. Le prix officiel du premier est d’environ 6 500 livres, et celui du second atteint 7 500 livres ». Il indique que le médicament est actuellement relativement disponible, mais souligne que « la crise a atteint son pic il y a seulement deux mois, lorsque le médicament a complètement disparu et que le prix de l’injection sur le marché noir a atteint environ 12 000 livres ».
Pour ce pharmacien, l’importance du traitement se résume à « une question de vie ou de mort ». Il précise : « La présence de l’injection signifie que l’enfant a une chance de survivre ; son absence peut entraîner sa mort, à Dieu ne plaise. » Il explique que « le marché parallèle a joué un rôle exceptionnel pendant la crise, malgré son illégalité. Certains commerçants ont importé le médicament de l’étranger pour sauver des enfants et tenaient à le proposer à des prix acceptables, pas au prix officiel, bien sûr, mais bien plus proches de celui-ci. Ils insistaient sur le fait que leur objectif n’était pas le profit, mais de sauver les petits ».
Il conclut : « Ce qu’ont fait ces commerçants, même en dehors du cadre légal, a permis de combler un manque mortel. Si nous avions attendu que l’État agisse par ses voies officielles, cela aurait pris beaucoup de temps, pendant lequel de nombreux enfants auraient peut-être perdu la vie. »

Pourquoi ces médicaments sont-ils importants ?
La docteure Samar Reda, consultante en pédiatrie et en néonatalogie, explique à Zawia3 que les enfants prématurés affrontent à la naissance plusieurs risques sanitaires, au premier rang desquels le syndrome de détresse respiratoire, ou RDS, l’un des problèmes les plus fréquents et les plus graves dans cette population.
Selon Samar, ce syndrome résulte de l’absence ou du manque d’une substance naturelle appelée surfactant. Le fœtus commence à la sécréter entre la vingtième et la vingt-quatrième semaine de grossesse, et sa production est généralement pleinement développée vers la trente-quatrième semaine. En réduisant la tension superficielle, cette substance maintient les alvéoles ouvertes pendant l’expiration. Les enfants nés avant ce terme sont donc plus exposés à la détresse respiratoire et à ses complications.
Samar explique que des médicaments comme Alveofact, Survanta et Curosurf sont essentiels pour sauver ces nourrissons. Ils compensent le déficit en surfactant, améliorent directement les échanges gazeux et réduisent la dépendance à la ventilation mécanique. Ils diminuent aussi le risque de complications graves, comme la maladie pulmonaire chronique ou l’hémorragie cérébrale interne, et contribuent à réduire la mortalité liée au syndrome, comme l’ont montré de nombreuses études médicales.
La consultante précise que ces traitements peuvent être administrés à titre préventif, immédiatement après la naissance aux nourrissons à risque, ou à titre thérapeutique après le diagnostic du syndrome par radiographie et l’apparition de signes cliniques.
Samar ajoute que certains enfants peuvent avoir besoin de plusieurs doses selon l’évolution de leur état. Elle souligne que la vie des prématurés est gravement menacée s’ils ne reçoivent pas ces médicaments : ils peuvent subir un manque sévère d’oxygène affectant le cerveau, le cœur et les reins, une défaillance respiratoire complète, voire mourir dans les premières heures ou les premiers jours suivant la naissance.
Des enfants face à la mort
Les témoignages recueillis auprès de citoyens de plusieurs gouvernorats concordent : le prix du médicament a doublé au fil des dernières années, tandis qu’il est presque totalement absent des hôpitaux publics et des unités d’assurance maladie. Les hôpitaux et centres privés le proposent à des prix variables, généralement hors de portée des familles.
Eman Al-Sayed, 32 ans, du gouvernorat de Gizeh, raconte que son fils est né au septième mois et avait besoin en urgence d’une injection pour aider ses poumons à se déployer. C’était en avril dernier. « Je pensais que le grand hôpital public où il était né lui fournirait le traitement, mais j’ai découvert que l’injection n’était pas disponible et qu’il fallait la chercher à l’extérieur », explique-t-elle.
Elle nous raconte la difficulté d’obtenir le médicament. Son mari a entamé une recherche éprouvante dans des dizaines de pharmacies du Caire et de Gizeh, sans succès. Certaines pharmacies privées proposaient l’injection à près de 8 000 livres, au-dessus du prix officiel, plaçant la famille devant un choix cruel : sauver le nourrisson à n’importe quel prix ou affronter l’issue fatale.
Elle ajoute : « J’ai dû emprunter à des proches pour acheter l’injection par un intermédiaire. Quand je l’ai remise au médecin, il m’a dit que ce médicament devait être disponible gratuitement dans les hôpitaux publics pour sauver des enfants comme mon fils Ahmed, mais que la pénurie de médicaments en général était devenue une crise récurrente. »
De Gizeh à Alexandrie, à Sohag, à Beheira et dans d’autres gouvernorats, la souffrance reste la même. Madiha Ezzat nous raconte que sa fille est née à la trente-deuxième semaine et a été admise en néonatalogie à l’hôpital Al-Shatby, dans le gouvernorat d’Alexandrie. Après les premiers examens, on lui a annoncé que le bébé avait immédiatement besoin d’une injection pour aider ses poumons à se déployer.
« L’infirmière m’a dit que l’injection n’était pas disponible et que, si j’avais des connaissances capables de la trouver à l’extérieur de l’hôpital, il fallait qu’elles le fassent. Je venais de subir une césarienne et ne pouvais pas bouger, tandis que mon mari cherchait à réunir l’argent », raconte-t-elle. Une longue série d’appels aux amis et aux connaissances a alors commencé pour trouver l’injection. « Les prix allaient de 7 000 à 7 500 livres selon la pharmacie ou l’intermédiaire. » Après une journée entière d’angoisse et d’effondrement, la famille a obtenu le traitement. « Aujourd’hui, Yara a deux ans, mais cette expérience a été éprouvante et reste inoubliable », dit sa mère.
Doaa Abdel-Barr raconte, elle aussi, que son fils est né à l’hôpital d’Abou Hommos, dans le gouvernorat de Beheira, en détresse respiratoire dès le premier instant. « Les médecins m’ont dit que la solution était une injection d’Alveofact, mais que l’hôpital ne disposait d’aucune dose. Mon mari a essayé de se renseigner auprès de l’administration. On lui a répondu que le médicament figurait sur les listes de l’Autorité du médicament, mais qu’il n’était pas encore arrivé à l’hôpital. »
Doaa ajoute : « Nous étions face à un choix impossible : attendre la distribution ou chercher l’injection à l’extérieur. Nous avons donc transféré l’enfant dans une ambulance privée jusqu’à l’Institut Nasser au Caire, pour 5 000 livres. Pendant le trajet, son état s’est aggravé à cause du retard. »
Mais le choc ne s’est pas arrêté là : même à l’Institut Nasser, l’injection n’était pas disponible. Les recherches ont continué jusqu’à ce que le mari la trouve dans une pharmacie privée du quartier de Mohandessin à 6 800 livres, soit au-dessus du prix officiel. « Les médecins ont pu administrer l’injection à mon fils, qui s’est ensuite rétabli. Mais je suis sortie de cette expérience avec le sentiment amer que la vie des prématurés dépendait du pur hasard : leur famille trouverait-elle le médicament à temps ou non ? »
Safaa Al-Bakri, de Sohag, raconte que son enfant est né à la trente et unième semaine en détresse respiratoire aiguë. Les médecins lui ont expliqué qu’il devait recevoir immédiatement une injection pour ses poumons, mais elle a découvert qu’elle n’était pas disponible à l’hôpital universitaire. Son mari a cherché en vain dans les pharmacies de Sohag et d’Assiout, jusqu’à ce qu’un proche au Caire parvienne à la fournir pour plus de 7 000 livres. « Hassan a survécu grâce à l’injection, mais cette expérience m’a montré qu’obtenir un médicament en Haute-Égypte est beaucoup plus difficile, comme si la vie de nos enfants était moins prioritaire », dit-elle.
Les témoignages des mères recoupent les constats d’une enquête de terrain de Zawia3 sur la disponibilité et les prix d’Alveofact et d’autres médicaments aidant les poumons des prématurés sur le marché égyptien. Nous avons contacté dix grandes pharmacies au Caire, à Gizeh, à Alexandrie, à Mansoura et à Sohag. La plupart ont confirmé l’indisponibilité du médicament depuis des mois, tandis que trois proposaient de le procurer par des « intermédiaires » ou des « dépôts privés », toujours au-dessus du prix officiel de 6 635 livres. Les offres concrètes recueillies allaient de 7 000 à 8 000 livres par injection.
L’Autorité du médicament reconnaît le caractère « vital » du traitement
En septembre 2023, l’Autorité égyptienne du médicament a publié une instruction officielle destinée aux professionnels de santé concernant les surfactants pulmonaires utilisés pour traiter le syndrome de détresse respiratoire chez les prématurés, dont Alveofact. Elle y soulignait la nécessité de respecter rigoureusement les procédures de suivi et de documentation lors de l’administration de ces injections, compte tenu de leur extrême sensibilité et de leur effet direct sur la vie des nouveau-nés.

L’Autorité demandait aux médecins de remplir une fiche de suivi spécifique pour chaque cas recevant un surfactant, avec des informations détaillées sur le traitement et les résultats des examens médicaux avant et après son administration. Elle exigeait aussi une surveillance précise de la fréquence cardiaque et de la saturation en oxygène, ainsi qu’une tentative de sevrage de la ventilation mécanique immédiatement après l’injection.
Ses recommandations s’appuyaient sur les lignes directrices européennes de 2022 pour le traitement du syndrome de détresse respiratoire, ou RDS. Celles-ci indiquent que l’administration de surfactant améliore la survie et réduit les complications telles que le pneumothorax. L’Autorité recommandait également des techniques modernes d’administration, comme IN-SUR-E ou les méthodes moins invasives, dites LISA, afin de limiter les lésions pulmonaires liées à l’intubation.
Ces recommandations montrent qu’Alveofact et les médicaments similaires sont classés comme des traitements vitaux. Leur utilisation en Égypte est soumise à des règles médicales strictes, centrées sur la sécurité dans les services de néonatalogie. L’Autorité n’abordait toutefois dans son communiqué ni la disponibilité du médicament ni la facilité d’accès des hôpitaux à celui-ci, laissant un fossé entre les protocoles et la réalité du secteur de la santé.
Une faille dangereuse dans le marché pharmaceutique égyptien
Mahmoud Fouad, directeur du Centre égyptien pour le droit au médicament, affirme à Zawia3 avoir recensé en deux semaines une liste de médicaments sans alternative sur le marché égyptien. Il parle d’« un immense désastre », puisqu’il s’agit de traitements vitaux. La liste comprend, selon lui, trois des principaux médicaments cardiaques actuellement indisponibles, ainsi qu’Alveofact pour les prématurés, seul traitement disponible du syndrome de détresse respiratoire.
Fouad indique que l’injection coûte environ 6 000 livres et est importée d’Allemagne. Il ajoute avoir contacté des sources au sein de l’Autorité du médicament qui lui ont confirmé l’existence d’un stock réel, mais dont la délivrance ne serait autorisée que sur instruction directe du président de l’Autorité ou de son adjoint, sans explication. « Il y a peut-être des considérations techniques que j’ignore. Mais ce que je sais avec certitude, c’est que des hôpitaux lancent de véritables appels à l’aide parce que des enfants meurent faute d’avoir reçu cette injection vitale », commente-t-il.
Il poursuit : « Comment un pays comme l’Égypte, qui enregistre plus de 1,6 million de naissances par an, peut-il affronter une telle pénurie ? Beaucoup de ces nouveau-nés sont admis en néonatalogie pour une jaunisse ou une immaturité pulmonaire. Les cas d’immaturité pulmonaire nécessitent l’injection dans un délai de 24 à 48 heures pour sauver le nourrisson. » Il qualifie la situation de tragédie à tous égards.
Le directeur du Centre nous affirme avoir déjà adressé des plaintes et des demandes d’explications au conseiller du Premier ministre sans recevoir de réponse à ce jour. Il insiste sur le fait que cette question concerne chaque famille égyptienne. Il ajoute que l’Égypte a besoin d’environ 4 000 injections par an, alors que les stocks disponibles sont bien inférieurs. Il évoque un produit de remplacement qui, selon les informations reçues, devrait être commercialisé prochainement à un prix pouvant atteindre 10 000 livres l’injection, alourdissant encore la charge des familles.
Pour Fouad, cette crise révèle à quel point la question pharmaceutique est prise à la légère, non seulement pour les enfants, mais aussi pour les traitements vitaux en général. Citant la pénurie des médicaments cardiaques, il demande : « Comment un patient victime d’une crise cardiaque, d’un caillot ou d’une fibrillation peut-il ne pas trouver son traitement en Égypte ? C’est absolument inconcevable. »
Le directeur du Centre égyptien pour le droit au médicament critique le fonctionnement de l’Autorité égyptienne du médicament. Il explique qu’elle tire jusqu’à 200 millions de livres par mois des frais d’enregistrement, alors que l’enregistrement d’un nouveau médicament se limite à quelques documents et à un coût estimé à un million de livres. « Le rôle de l’Autorité dans la lutte contre les pénuries devrait être clair, d’autant qu’elle a réussi, au cours de la période récente et jusqu’en avril dernier, à résoudre des crises de disponibilité et à fournir de nombreux médicaments importés, malgré des prix excessifs sans précédent. Mais en arriver aujourd’hui à des appels à l’aide de grands hôpitaux parce que des médicaments vitaux manquent pose une question existentielle : que faisons-nous donc ? »
Qui demande des comptes à l’Autorité du médicament ?
Mahmoud Fouad réclame l’ouverture urgente d’une enquête sur la pénurie de médicaments vitaux. « Il est inacceptable qu’en Égypte nous atteignions un stade où les stocks de trois médicaments essentiels contre les maladies cardiaques sont nuls. Il y a quelques heures, un grand cardiologue m’a contacté et m’a confirmé n’avoir aucune information sur leur date de disponibilité. Cela place les médecins et les patients dans une impasse dangereuse », dit-il.
Il ajoute : « Lorsque l’Autorité du médicament a été créée en 2019, l’objectif principal était de disposer d’un système précis de suivi des flux de médicaments : volume de production locale, consommation des patients, excédents disponibles et stocks stratégiques dans les dépôts d’approvisionnement médical. Ce sont ces données qui permettent à l’État de gérer les crises, qu’il s’agisse de guerre, de pandémie ou de toute autre urgence. Malheureusement, ce rôle reste absent. »
Fouad souligne que « les médicaments cardiaques, en particulier, ne tolèrent aucun retard. Pour certaines maladies, le patient peut attendre des jours, voire des semaines. Pour un malade du cœur, l’arrêt du traitement peut signifier l’arrêt de la vie elle-même. La disparition de ces médicaments du marché menace donc directement des milliers de patients ».
Il poursuit : « C’est pourquoi je demande une enquête urgente pour déterminer comment nous sommes arrivés à des stocks nuls de médicaments cardiaques essentiels et s’il y a eu des erreurs dans la gestion des stocks ou l’évaluation des besoins des patients. L’absence de cartographie claire de la consommation de médicaments des Égyptiens est à l’origine de la crise. Si l’Autorité disposait de données précises sur le nombre de patients et leurs besoins, il serait facile de déterminer les volumes de production nécessaires et d’éviter des ruptures mortelles dans la disponibilité des médicaments. »
L’Égypte traverse dernièrement une grave crise liée à la disparition de dizaines de médicaments utilisés contre les maladies chroniques, en raison de la hausse du dollar. La pénurie a dépassé environ un millier de produits, notamment les traitements de l’hypertension, du diabète, des maladies cardiaques, de la vésicule biliaire, de la thyroïde, des reins et des troubles gastriques, ainsi que les médicaments contre la fièvre méditerranéenne familiale et le cancer, les gouttes nasales pour nourrissons et adultes, et les traitements du rhume et des maladies gynécologiques. Selon les estimations du président de la Chambre de l’industrie pharmaceutique de la Fédération des industries, Gamal Al-Leithy, rapportées dans des déclarations aux médias en février dernier, la pénurie sur le marché se situe entre 30 % et 40 %, dont 15 % de médicaments sans alternative.
Le marché pharmaceutique égyptien compte environ 17 000 préparations produites par quelque 170 usines. Malgré la hausse des prix d’environ 400 produits, de 20 % à 30 % pour les traitements des maladies chroniques et de 30 % à 50 % pour les médicaments non essentiels et saisonniers, les ventes pharmaceutiques en Égypte ont atteint environ 215 milliards de livres en 2024, contre 154,7 milliards en 2023. Cela représente une augmentation estimée à près de 40 %, selon le président de la division des médicaments de la Fédération des chambres de commerce, Ali Auf. Dans de précédentes déclarations, il avait aussi prévu que l’Autorité égyptienne du médicament ne relèverait les prix que d’environ 1 000 préparations en 2025.
Le nombre de pharmaciens est estimé à environ 213 000, travaillant dans 80 000 pharmacies sur l’ensemble du territoire. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’Égypte compte un pharmacien pour 438 habitants, tandis que le ratio mondial varie d’un pharmacien pour 1 100 à 1 600 personnes, soit 23 pharmaciens pour 10 000 habitants. Concernant les pharmacies, l’Égypte en compte une pour 1 261 habitants, contre une pour 3 500 à 5 000 personnes à l’échelle mondiale.
Pour les médicaments pédiatriques, la crise ne se résume plus à une pénurie sur un marché fragilisé par les fluctuations du dollar et les politiques d’importation et de tarification. Elle est devenue une question morale et humaine sur la valeur de la vie en Égypte.
Chaque année, des milliers de nourrissons naissent avant que leurs poumons soient pleinement développés. Certains survivent par hasard, si leur famille dispose de l’argent ou des relations nécessaires pour obtenir l’injection. D’autres voient leur nom disparaître silencieusement des registres des services de néonatalogie, faute d’une dose ou d’une boîte qui n’a pas été débloquée.
L’absence d’un médicament vital comme Alveofact n’est donc pas une simple crise pharmaceutique. Elle reflète un dysfonctionnement plus profond du droit aux soins, où le prématuré reste suspendu entre ses premiers souffles et le hasard de voir sa famille trouver une ampoule de vie.
Correction éditoriale : la première version de cet article indiquait que l’instruction de l’Autorité égyptienne du médicament concernant les surfactants avait été publiée en septembre 2021. La date correcte est septembre 2023. L’année 2021 correspond à la date de publication du formulaire qui l’accompagne.
Correction éditoriale : la première version de cet article et son graphique indiquaient qu’environ 380 000 enfants risquaient de mourir prématurément avant l’âge de cinq ans à cause des complications de la prématurité, selon des estimations de l’Organisation mondiale de la santé. Ce chiffre ne figure pas dans les données de l’organisation, qui attribue aux complications de la prématurité environ 21 % des décès d’enfants de moins de cinq ans en Égypte, selon son Bureau régional de la Méditerranée orientale. Nous l’avons donc supprimé.
