Alors que de larges pans de la population égyptienne subissent les conséquences de la crise économique et de la dévaluation de la livre égyptienne d’environ 40 %, ainsi que des taux d’inflation dont le niveau annuel a atteint 12,5 % en février 2025, et qui se sont répercutés sur les prix des produits alimentaires (le taux moyen d’inflation des aliments et des boissons en Égypte a atteint environ 31,6 % en 2024, contre 63,5 % en 2023), ce qui a nui à la capacité de nombreuses familles égyptiennes à couvrir leurs besoins en alimentation saine, 40 % des citoyens égyptiens souffrent d’anémie, selon les résultats de l’enquête sanitaire menée dans le cadre des initiatives « 100 millions de vies en bonne santé », annoncés en mars 2025 par le ministre de la Santé, Khaled Abdel Ghaffar, qui a souligné l’effet négatif de l’anémie sur la capacité productive de l’individu et le fardeau économique qu’elle représente pour l’État.
L’Égypte occupe la première place parmi les dix pays où l’inflation des prix alimentaires est la plus élevée, avec un taux de 36 %, selon l’évaluation de la Banque mondiale publiée le 13 novembre 2023. Au cours des derniers mois, les prix des protéines animales en Égypte ont atteint des niveaux record : le prix du kilo de volaille dépasse 105 livres, celui du kilo de viande de bœuf locale dépasse 400 livres, et le kilo de tilapia s’affiche sur les marchés à 90 livres. La consommation de viande rouge des Égyptiens est passée de 18 tonnes pour mille habitants en 2018 à 9 tonnes pour mille habitants en 2022, selon une statistique du centre Baseera (Centre égyptien de recherche sur l’opinion publique), alors que les statistiques mondiales indiquent que la consommation moyenne par habitant dans le monde atteint environ 41,90 kilogrammes par an. Par ailleurs, une étude de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), publiée en août 2022, a montré que 74 % des familles égyptiennes avaient réduit leur consommation de denrées alimentaires en raison de la hausse des prix en 2022 : 90 % des familles ont réduit leur consommation de protéines animales, 68 % ont vu baisser leur consommation d’œufs, 57 % leur consommation de légumes et environ 69 % leur consommation de fruits. Dans le même temps, une grande partie des familles pauvres en Égypte se tournent vers les féculents pour obtenir les calories nécessaires à leur survie.
L’Égypte se classe au 77e rang mondial sur 113 pays dans l’indice mondial de la sécurité alimentaire 2022, et au 57e rang sur 121 pays dans l’indice de la faim dans le monde. Elle fait partie des 36 pays qui concentrent 90 % du fardeau mondial de la malnutrition, selon l’UNICEF, qui estimait à l’époque, en 2014, le taux de retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans à environ 21 %, le taux d’émaciation des enfants à 8 % et l’insuffisance pondérale à 6 %, ainsi que la prévalence de l’anémie (déficit en globules rouges ou en hémoglobine dans le sang) à environ 27,2 % chez les enfants de moins de cinq ans et à 25 % chez les femmes en âge de procréer. Par ailleurs, des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimaient à environ 28,3 % en 2019 la prévalence de l’anémie chez les Égyptiennes âgées de 15 à 49 ans. Et ce, alors que 29,7 % de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté et que 14,4 % de la population souffre d’insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).
L’indicateur de l’état nutritionnel publié par l’Agence de la mobilisation et des statistiques montre que le retard de croissance touche un enfant de moins de cinq ans sur sept, le taux de retard de croissance en Égypte s’élevant à 13 % en 2021. 4 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’insuffisance pondérale et, sur neuf enfants, un souffre de surpoids, la proportion d’enfants en surpoids atteignant 11,5 %. Les gouvernorats de Haute-Égypte (le Saïd) arrivent en tête des gouvernorats les plus touchés par la malnutrition.
L’UNICEF attribue la hausse des taux de malnutrition en Égypte à l’insuffisance des apports alimentaires, au recul de l’allaitement maternel exclusif, au faible accès à une alimentation équilibrée pour les couches les plus pauvres de la société, ainsi qu’aux mauvaises habitudes alimentaires et au manque de sensibilisation nutritionnelle de la population.

Hausse de l’anémie, recul du retard de croissance et de l’émaciation
Le Dr Islam Anan, professeur d’économie du médicament et d’épidémiologie à la faculté de pharmacie des universités Ain Shams et Misr International, et directeur général de la société « Axcit » de recherche pharmaceutique et sanitaire, attribue la hausse de l’anémie et de la malnutrition en Égypte à la baisse de la qualité du régime alimentaire, due à une dépendance accrue aux glucides raffinés, aux graisses nocives et aux sucres, et à une baisse de la consommation de fruits et légumes, ce qui affecte l’immunité et la croissance. S’y ajoutent les inégalités d’accès et de pouvoir d’achat : plus de 81 % de la population n’a pas les moyens de s’offrir une alimentation saine, 45 % ne peuvent pas s’assurer un régime contenant le minimum de nutriments, 29,7 % des Égyptiens vivent sous le seuil de pauvreté, et les taux de malnutrition les plus élevés se concentrent dans les campagnes de Haute-Égypte et les zones urbaines pauvres. Il signale le manque de sensibilisation nutritionnelle dû au taux élevé d’analphabétisme chez les femmes, qui atteint 30,8 %, ce qui nuit à leur compréhension des besoins alimentaires de leur famille, et met en garde contre le recul de l’allaitement maternel à 40 % pour les enfants de moins de 6 mois et contre le taux élevé de césariennes, qui affecte le début de l’allaitement et l’alimentation des nourrissons, ce taux atteignant 72,2 %, ce qui entraîne la propagation de la malnutrition.
Il déclare à Zawia3 : « Le problème de la malnutrition en Égypte commence dès la grossesse, puis se poursuit pendant l’allaitement et les premières années de la vie de l’enfant. Depuis 2019, l’Égypte effectue des examens auprès des écoliers, soit 10 millions d’élèves au total chaque année, dans le cadre de l’initiative présidentielle de dépistage des maladies liées à la malnutrition, ce qui a contribué à faire baisser les taux dans une certaine mesure. Son rendement économique a été bon l’année dernière : l’initiative contre l’anémie a permis de préserver 649 000 années de vie chez les enfants grâce au diagnostic précoce des cas, et environ 2,9 millions d’années de vie ajustées sur la qualité, et elle a fait économiser 8,4 milliards de livres à l’économie égyptienne ; les dépenses consacrées à l’initiative ont généré un rendement de 29 %. Il faut étendre l’initiative à la période préscolaire et au-delà de la sixième année du primaire, d’autant plus que le taux d’anémie en Égypte a augmenté entre 2014 et 2022 », précisant que l’initiative des « 1 000 jours d’or » de la vie de l’enfant et la stratégie nationale pour l’alimentation et la nutrition lancée par l’Égypte en 2023 visent à réduire les taux d’anémie et de malnutrition.
Anan affirme que la crise économique et la hausse des taux de pauvreté ont contribué à l’augmentation de la malnutrition et de l’anémie : la faiblesse du pouvoir d’achat est un facteur majeur de malnutrition, qui a conduit, faute de ressources, à dépendre d’aliments riches en calories et pauvres en nutriments. Il évoque l’effet de la pandémie de Covid-19 sur la perte de revenus, notamment dans les secteurs informels, ce qui a réduit la qualité de l’alimentation, et explique que l’anémie affecte le développement mental des enfants, ce qui se répercute sur leurs résultats scolaires et leurs chances futures, et que l’anémie réduit la productivité sur le marché du travail et accroît les coûts de santé. Il estime que les programmes de dépistage précoce de l’anémie, du cancer du sein et des hépatites virales ont permis des économies manifestes sur les coûts de traitement et la perte de productivité.
L’initiative présidentielle de dépistage de la malnutrition avait été lancée en janvier 2019, pour le dépistage précoce de maladies comme l’obésité et l’anémie et la prise en charge de la santé des écoliers, pour un coût total de 165 millions de livres, selon le site officiel de la présidence de la République. Des examens médicaux ont été effectués sur environ 15 millions d’élèves, garçons et filles, âgés de 6 à 12 ans, dans plus de 22 000 écoles, l’enfant atteint devant être orienté vers les commissions d’orientation de l’Assurance maladie pour être soigné gratuitement.
Les indicateurs du retard de croissance se sont améliorés en Égypte, passant de 21 % en 2014 à 13 % en 2021, et ceux de l’émaciation de 8 % à 3 % ; en revanche, le taux d’anémie est passé de 27 % à 43 % chez les enfants de moins de cinq ans entre 2014 et 2021, selon l’expert en économie de la santé.
Anan explique que la stratégie nationale pour l’alimentation et la nutrition (2023-2030), à l’élaboration de laquelle il a participé en tant que représentant de l’UNICEF, reconnaît l’importance du programme national d’enrichissement du pain en micronutriments (fer et acide folique), interrompu en 2014, et appelle à le renforcer comme outil de lutte contre l’anémie, à mettre à jour la composition des additifs du pain conformément aux recommandations de l’OMS, à renforcer les mécanismes de contrôle de la qualité de l’enrichissement et à développer les programmes de sensibilisation à l’importance du pain subventionné comme source de nutriments. La stratégie souligne qu’il est scientifiquement prouvé que l’enrichissement des aliments en micronutriments réduit les taux d’anémie et de malnutrition, et qu’il représente un coût faible par rapport aux interventions thérapeutiques. Toutefois, le professeur d’économie de la santé affirme qu’il ne faut pas compter sur ce seul programme, la malnutrition étant un problème multidimensionnel, et que le programme ne compense pas le manque de protéines ou d’autres vitamines : il faut aussi investir dans les programmes d’allaitement et d’alimentation scolaire, taxer les boissons sucrées, réduire le sel et les graisses saturées dans les aliments, renforcer l’éducation nutritionnelle à l’école et dans les médias, et relier l’agriculture à la nutrition par la production de cultures riches en nutriments.

Les difficultés de l’alimentation scolaire
Face à la hausse des taux d’anémie et de malnutrition chez les enfants en Égypte, beaucoup s’interrogent sur les raisons des difficultés à généraliser le projet de repas scolaires, prévu par la décision du Conseil des ministres n° 160 du 15 septembre 2021, qui a confié par contrat à la société Silo Foods, propriété de l’État, la mise en œuvre du système d’alimentation scolaire. L’alimentation scolaire a été fournie dans tous les gouvernorats du pays : le nombre d’écoles bénéficiaires au niveau de la maternelle n’a atteint que 18 306, contre 32 331 écoles par an au niveau du primaire, 2 931 au niveau du collège (enseignement préparatoire), 388 au niveau du secondaire général et 436 au niveau du secondaire technique, tandis que le nombre d’écoles d’éducation spécialisée bénéficiaires a atteint 1 048, selon des données publiées par le ministère de l’Éducation en 2023.
En décembre 2024, la députée Amira Saber, secrétaire de la commission des relations extérieures et membre de la Coordination des jeunes des partis et des politiques, a adressé une demande d’information (talab ihata) au Premier ministre et au ministre de l’Éducation au sujet des difficultés de la généralisation du projet d’alimentation scolaire en Égypte, soulignant qu’il s’agit de l’un des projets de sécurité nationale de l’Égypte et de l’un des programmes de protection sociale, qui soutient des millions de familles touchées par la situation économique en fournissant un repas quotidien aux enfants, ce qui allège le poids des frais de scolarité et renforce l’égalité entre les élèves, tout en contribuant à lutter contre les problèmes nutritionnels comme le retard de croissance et l’obésité, à un moment où plus de 30 % des écoliers égyptiens souffrent de troubles liés à la malnutrition ; cela améliore la santé des enfants et leur développement physique et mental, et les aide à réussir dans leurs études puis, plus tard, dans leur vie professionnelle.
La députée explique que l’État égyptien s’est orienté, depuis la promulgation de la loi n° 25 de 1942, vers la fourniture de repas aux élèves, mais que le programme a connu un arrêt ces dernières années en raison de cas d’intoxication, avant d’être relancé de manière intermittente en août 2021, lorsque le président de la République a annoncé l’orientation de l’État vers la fourniture de repas couvrant 25 % des besoins quotidiens des élèves ; un contrat a été conclu avec une société pour mettre en œuvre le projet, sur la base de la décision du Conseil des ministres n° 160 de 2021. Elle précise que, selon les données les plus récentes, depuis le début de l’année scolaire 2023/2024 et jusqu’à fin novembre, 435 millions de repas scolaires ont été produits et distribués, dont 368 millions pour les élèves des écoles du ministère de l’Éducation et 67 millions pour les élèves des écoles d’Al-Azhar, en plus de 10,8 millions d’autres repas. Le projet continue toutefois de se heurter à un certain nombre de défis : garantir la pérennité et l’universalité de l’expérience, ce qui passe par l’intégration du programme dans la politique publique égyptienne et dans le budget de l’État, d’autant que le coût de ce programme est élevé et avoisine les 8 milliards de livres, ainsi que renforcer les mesures de sécurité sanitaire. Elle souligne que le projet reste relativement en difficulté en raison de l’intervention de nombreuses entités, du manque de transparence et de l’incapacité à généraliser l’expérience dans un contexte de vague inflationniste et de budget limité.
En janvier 2025, un accord de coopération a été signé entre la société Bel Egypt, spécialisée dans la vente et la distribution de produits alimentaires, et la Banque alimentaire égyptienne, en présence des ministres de la Santé et de l’Éducation, pour soutenir le programme d’alimentation scolaire dans le cadre de l’initiative « Main dans la main… parce que la nutrition est un droit pour tous », dans le but d’améliorer la santé publique, de lutter contre les maladies liées à la malnutrition chez les élèves, comme l’obésité, l’anémie et le retard de croissance, et de réduire le décrochage scolaire.

Les erreurs de la réforme économique
Les taux d’anémie et de retard de croissance chez les enfants, la baisse de la natalité et les taux de fausses couches chez les femmes enceintes constituent les principaux indicateurs de pauvreté et de faim d’un pays, et tous sont présents en Égypte, affirme à Zawia3 Nader Nour El-Din, expert stratégique auprès de l’Assemblée générale de la FAO. Il en impute la responsabilité au gouvernement égyptien, du fait de la baisse des niveaux de revenu et de la hausse des taux de pauvreté, ce qui a conduit à l’enregistrement, l’an dernier (2024), du plus faible taux de natalité de l’histoire de l’Égypte et à la hausse des taux de retard de croissance et d’anémie chez les Égyptiens. Il cite une étude du centre Baseera montrant que la consommation de viande des Égyptiens a diminué de moitié l’an dernier, bien que ce taux soit déjà, à la base, légèrement inférieur aux moyennes mondiales.
L’expert de la FAO explique que la baisse du taux d’hémoglobine en dessous de ses valeurs normales, qui se situent entre 15 et 17 grammes (par décilitre de sang) chez les hommes et entre 13 et 15 grammes chez les femmes, entraîne une baisse de la capacité productive des travailleurs : les pauvres comptent sur les féculents et les glucides, comme le pain, le riz et les pâtes, pour couvrir leurs besoins alimentaires, ce qui provoque chez eux de l’anémie, une fausse obésité et de l’ostéoporose, ou encore un retard de croissance chez les enfants et des fausses couches chez les femmes enceintes. Il attribue cela aux erreurs de la réforme économique en Égypte et appelle le gouvernement à élaborer un plan pour améliorer la santé des pauvres et, partant, la production.
Le ministère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur avait lancé, le 10 mars 2025, le programme national d’enrichissement du pain baladi subventionné pour la prévention de l’anémie ferriprive, en coopération avec le Programme alimentaire mondial et le ministère de la Santé et de la Population : il est prévu d’ajouter des micronutriments au pain baladi subventionné, élément de base du régime alimentaire égyptien, afin de contribuer à réduire les problèmes de santé liés au manque d’éléments nutritifs essentiels, notamment l’anémie ferriprive.
Nour El-Din déclare : « Dans tout pays où la Banque mondiale intervient pour mener une réforme économique, cela se fait aux dépens des pauvres, qui en paient la facture. L’État est censé augmenter et doubler les produits de rationnement, distribuer des rations de viande et de poisson, généraliser la distribution des repas scolaires aux écoliers pour leur assurer le petit-déjeuner, et ajouter du fer au pain. Nous avions ajouté de l’iode au pain subventionné en Égypte en 2005, en raison de la propagation des maladies de la thyroïde à l’époque. »
L’expert indique que la distribution des repas scolaires se concentre davantage sur les écoliers des gouvernorats les plus pauvres, en tête desquels Sohag, où le taux de pauvreté atteint environ 67 %, suivi d’Assiout avec 65 %, puis des gouvernorats de Qena et d’Assouan. Il souligne que ces repas, au financement desquels participent des organisations internationales, devraient être distribués dans les différents gouvernorats d’Égypte, en tenant compte de l’existence de quartiers informels au Caire et dans les grandes villes, ainsi que de catégories pauvres, enfants d’ouvriers et de gardiens d’immeubles, qui vivent dans les quartiers huppés et méritent ces repas, ce qui permettrait d’éviter le décrochage scolaire et la baisse des capacités d’apprentissage des enfants.
Nour El-Din estime que les initiatives et les statistiques issues de l’enquête sanitaire, qui montrent les taux de malnutrition et de fausses couches, doivent être suivies de recommandations telles que : augmenter les revenus et les quantités de produits de rationnement, distribuer avec eux des légumineuses, de l’huile de soja et de la mélasse, et ajouter du fer et de l’acide folique au pain de rationnement. Il souligne que l’application des recommandations de la Banque mondiale consistant à supprimer ou à réduire les subventions ne doit pas se faire aux dépens de la préservation de la santé de la population et des enfants, afin de ne pas entraîner une baisse de l’espérance de vie, une baisse de la capacité productive et, partant, le vieillissement de l’État, d’autant que la suppression des subventions alimentaires est la dernière étape selon les principes des Nations unies et de la FAO.

La santé publique et le budget du secteur de la santé
Selon un rapport du ministère de la Santé et de la Population, le total des dépenses effectives de santé en Égypte a atteint 255,6 milliards de livres égyptiennes, soit 4,6 % du produit intérieur brut. Les allocations financières du secteur de la santé ont augmenté de 24,9 % dans le nouveau budget 2024/2025, pour atteindre environ 496 milliards de livres, contre 397 milliards de livres au cours de l’exercice 2023/2024. Toutefois, le niveau des dépenses publiques de santé par habitant en Égypte reste limité par rapport aux standards internationaux : il atteint 40 dollars par citoyen, alors qu’il atteint 300 dollars dans certains pays du monde.
L’ancien ministre égyptien des Finances, Mohamed Maait, avait annoncé (en avril 2024) que le gouvernement augmenterait les dépenses consacrées au secteur de la santé d’environ 25 % et au secteur de l’éducation de 45 % dans le budget de l’exercice suivant, et le ministre de la Santé et de la Population s’est engagé à faire passer la part publique des dépenses de santé de 28 % à 33 %, tout en réduisant les dépenses de santé à la charge des ménages.
Le Dr Ayman Sabae, chercheur sur les questions de santé à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) et directeur général de la fondation Shamsia pour des solutions innovantes de soins de santé communautaires, estime que les aspects économiques sont l’une des principales causes de la malnutrition en Égypte, et qu’ils entraînent en outre des répercussions économiques : la baisse du pouvoir d’achat des familles pauvres pour les produits alimentaires les pousse à recourir à des substituts malsains parce qu’ils sont moins chers, comme les produits fabriqués à partir d’huiles végétales hydrogénées, tels que la graisse végétale (samna), la margarine et les fromages végétaux, ainsi que les aliments frits dans des huiles hydrogénées, qui figurent parmi les causes des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux et parmi les principales causes de mort subite en Égypte. Il dénonce la distribution de certains produits de rationnement contenant des huiles hydrogénées, ou la distribution aux écoliers de produits alimentaires qui en contiennent.
Sabae affirme que l’État est tenu de respecter le droit des citoyens à la santé, de ne pas y porter atteinte et de le protéger, et de prendre des mesures positives pour le garantir, au moyen de législations, de lois et de règlements qui protègent les citoyens des denrées alimentaires menaçant leur vie, et de fournir des informations suffisantes sur les aliments sains et malsains. Il propose que l’Égypte suive l’exemple d’autres pays du monde en apposant des messages d’avertissement sur les produits dangereux pour la santé des citoyens, comme elle le fait pour les paquets de cigarettes, en fixant des conditions précises pour que les produits alimentaires obtiennent le label « sans huiles hydrogénées », et en imposant un contrôle sur les restaurants et les chaînes de pâtisseries pour s’assurer qu’ils n’utilisent pas ces huiles dans leurs produits.
Il déclare à Zawia3 : « Peu avant le lancement de l’initiative présidentielle de dépistage précoce de la malnutrition, l’Organisation mondiale de la santé a publié un rapport contenant des chiffres choquants sur les taux d’obésité et de malnutrition en Égypte, qui touchaient près de la moitié des Égyptiens ; le ministère de la Santé s’est alors empressé de mener une enquête médicale sur un échantillon plus large, en se concentrant davantage sur les enfants et les femmes enceintes, à travers la fourniture de vitamines, d’acide folique et d’iode », soulignant qu’il existe en Égypte des taux élevés d’insuffisance pondérale et de retard de croissance chez les enfants et d’obésité morbide, en plus de l’anémie et des carences en vitamines et en sels minéraux chez les enfants et les femmes en âge de procréer.
Le spécialiste des questions du droit à la santé souligne que le repas scolaire fait partie des droits fondamentaux des enfants aux États-Unis, dans certains pays européens et dans des pays africains, et que sa généralisation en Égypte, malgré son coût élevé, garantira aux enfants la couverture de leurs besoins nutritionnels essentiels, accroîtra leur capacité d’apprentissage et permettra de réduire le décrochage scolaire. Il estime que l’enrichissement du pain de rationnement en nutriments peut être une bonne solution temporaire, dont les résultats apparaîtront plus tard.

Les effets de l’inflation et du flottement de la livre
Certains experts et analystes estiment que la dévaluation de la livre égyptienne s’est répercutée négativement sur les allocations du budget de l’État : le budget du ministère de la Santé en 2014-2015 s’élevait à environ 42,4 milliards de livres, soit l’équivalent de 5,7 milliards de dollars au taux de change officiel de l’époque (7,5 livres pour un dollar), alors que le budget de 2023-2024 a atteint environ 147,9 milliards de livres, mais que sa valeur n’équivaut qu’à environ 3 milliards de dollars au taux de change officiel de l’époque (49 livres pour un dollar), soit une baisse de valeur d’environ 47 %.
Mohamed Ramadan, chercheur en économie à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, explique que les politiques économiques menées en Égypte ces dernières années, qui ont entraîné une hausse de l’inflation et une baisse de la valeur de la monnaie locale, ont réduit la capacité des Égyptiens à accéder à une alimentation de qualité et poussé une grande partie d’entre eux vers une nourriture de mauvaise qualité et bon marché, en comptant sur les féculents, les glucides et les huiles hydrogénées pour obtenir de l’énergie, ce qui crée le double fardeau nutritionnel, à savoir l’obésité et l’anémie, avec des répercussions sur la santé des citoyens, sur le coût des dépenses de santé et sur la capacité productive. Il souligne qu’il n’existe pas d’études d’impact permettant de mesurer les effets des paquets de protection sociale sur l’alimentation des familles égyptiennes qui en bénéficient.
Il déclare à Zawia3 : « Comparer le coût économique de la perte de production due à l’anémie et à la malnutrition avec le montant des dépenses d’un projet national de généralisation de la distribution du repas scolaire fera pencher la balance en faveur du projet, mais cela nécessite une volonté politique pour être mis en œuvre. Le projet national d’enrichissement du pain de rationnement en nutriments est une bonne chose, mais ce n’est pas la solution radicale au problème de la malnutrition, qui exige d’éradiquer la pauvreté par des politiques agricoles, alimentaires et sanitaires. »
Le chercheur ajoute que l’annonce d’une augmentation des dépenses consacrées au secteur de la santé en Égypte ne signifie pas nécessairement une hausse de la valeur réelle des allocations, compte tenu des taux d’inflation élevés et de la dépréciation de la livre, estimant que la comparaison de la valeur des dépenses actuelles en dollars américains avec leur valeur en 2019, avant les flottements de la livre intervenus à partir de 2022, révèle une baisse et non l’inverse.

Le manque de sensibilisation nutritionnelle des citoyens
Le Dr Sayed Hammad, professeur de nutrition à l’Institut national de nutrition, estime que la principale raison de la hausse des taux de malnutrition en Égypte, de l’anémie, du retard de croissance et de la propagation de l’obésité, tient au manque de sensibilisation alimentaire et nutritionnelle des citoyens et à leur méconnaissance de la composition des produits alimentaires, ce qui coïncide avec leur incapacité à se procurer des aliments sains en raison de la baisse de leur niveau économique, et avec leur méconnaissance des bonnes alternatives disponibles, qui les pousse à acheter les produits alimentaires les moins chers et les plus rassasiants, comme les glucides, les féculents et les sucres, en négligeant les protéines et les sources de vitamines, ce qui provoque l’obésité et l’anémie.
Le professeur de nutrition signale l’existence d’alternatives alimentaires contenant du fer, moins chères que la viande rouge, comme les abats, le jaune d’œuf et les sources végétales telles que les légumes à feuilles frais, les légumineuses et certains fruits ; mais il existe un manque de sensibilisation à l’importance de consommer des aliments contenant de la vitamine C pour aider à absorber le fer présent dans les sources végétales. Il estime que la généralisation de la distribution des repas scolaires est une bonne solution pour lutter contre la malnutrition chez les enfants, car leurs éléments nutritifs et leurs calories sont calculés et ils couvrent un tiers de leurs besoins nutritionnels.
Alors que se poursuivent les efforts de l’État pour lutter contre l’anémie et les maladies de la malnutrition chez les Égyptiens, qui ont connu une forte hausse ces dernières années, à travers la mise en œuvre d’initiatives présidentielles comme le dépistage des maladies de la malnutrition chez les écoliers, les « 1 000 jours d’or » de la vie de l’enfant et l’initiative contre l’anémie, ainsi que le lancement de la stratégie nationale pour l’alimentation et la nutrition et du programme national d’enrichissement du pain baladi subventionné pour la prévention de l’anémie ferriprive, les experts affirment que la solution radicale à la crise consiste à renforcer les efforts du gouvernement pour éradiquer la pauvreté, dont les taux ont augmenté, prix à payer de la réforme économique et des recommandations de la Banque mondiale.
