Lundi dernier au soir, Mahmoud Al-Achri, étudiant en première année de médecine à l’université publique de Tripoli, a été surpris par le calme inhabituel qui régnait dans le quartier où il habite avec plusieurs étudiants égyptiens, dans la capitale libyenne. Ce silence n’a pas duré : bientôt, des tirs à balles réelles et des explosions d’obus et de roquettes ont retenti dans tout le quartier, tandis que des véhicules militaires et des 4×4 se déployaient en grand nombre dans les rues voisines. La zone est devenue le théâtre de violents affrontements, au milieu desquels les étudiants se sont retrouvés piégés, bien qu’ils n’y soient pour rien. Certains balcons et murs de leur résidence ont été endommagés par des tirs croisés qui n’épargnaient personne.
Mahmoud a rejoint l’université libyenne au début de l’année universitaire 2024-2025, après avoir obtenu 72 % au baccalauréat, une note insuffisante pour intégrer les facultés de médecine des universités privées en Égypte. Les possibilités d’étudier en Russie, en Ukraine et au Soudan étant fermées, il a choisi la Libye, sans s’attendre au retour des affrontements militaires dans ses rues. Lorsque les combats ont éclaté, la panique a gagné Mahmoud et ses camarades. Ils se sont réfugiés dans leur logement et y sont restés assiégés pendant trois jours, sans même pouvoir sortir acheter des produits alimentaires de première nécessité.
Les étudiants ont ensuite appris sur les réseaux sociaux que l’université de Tripoli avait décidé de suspendre les cours, les examens et les activités administratives jusqu’à nouvel ordre. Dans le même temps, le ministère égyptien des Affaires étrangères a invité la communauté égyptienne de Tripoli à appeler les numéros d’urgence de l’ambassade. Les étudiants ont cependant eu du mal à la joindre : les lignes sont restées occupées pendant de longues heures et, lorsqu’ils ont finalement obtenu des employés de l’ambassade, ceux-ci leur ont demandé de rester dans leurs logements et de ne pas en sortir.
Mahmoud confie à Zawia3 : « Nous sommes environ 100 étudiants égyptiens à l’université de Tripoli, tandis que des centaines d’autres sont répartis dans les différentes universités de Libye, notamment celles de Tripoli et d’Africa. Ce que nous avons vécu était terrifiant, et nous en subissons encore les conséquences. Un de nos camarades a été blessé dans la résidence et un travailleur égyptien est mort dans la rue à cause d’un obus. Les rues ne sont plus sûres, au point que nous évitons de porter nos téléphones ou tout objet de valeur, de peur d’être volés par des miliciens qui se justifient en disant : vous n’êtes pas du pays, vous n’avez pas à posséder ce que nous n’avons pas. »
Mahmoud demande au ministère égyptien des Affaires étrangères d’intervenir d’urgence pour évacuer les étudiants qui souhaitent rentrer en Égypte, comme il l’a fait pour les sportifs déjà rapatriés avant l’aggravation de la situation. Il ajoute : « Nous craignons que la situation devienne incontrôlable, notamment avec l’intensification des manifestations réclamant le départ du gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah, qui ont déjà fait des morts. »

Des affrontements armés ont éclaté lundi dernier dans la capitale libyenne, Tripoli, entre les forces de la « brigade 444 de combat », rattachée au ministère de l’Intérieur du gouvernement d’union nationale, et celles de la « Force de dissuasion », dirigée par Abdelraouf Kara et rattachée au Conseil présidentiel depuis 2018. Les combats ont commencé un jour après la mort du commandant de terrain Abdelghani Al-Kikli, surnommé « Ghniwa », lors d’une réunion officielle au siège de la brigade 444.
Durant deux jours, la violence s’est intensifiée de manière inédite. Des médias locaux ont fait état de la démission de sept ministres du gouvernement d’union nationale à Tripoli. Vendredi soir, la ville a connu une nuit sanglante : des milices loyales au gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah ont tiré à balles réelles sur les manifestants réclamant son départ. Des tentatives de les écraser avec des véhicules militaires ont également été observées.
Selon un communiqué de l’Institution nationale des droits humains en Libye, les affrontements ont fait 53 victimes civiles, dont deux ressortissants d’Égypte et du Nigeria, ainsi que quatre femmes libyennes. Dix corps calcinés non identifiés ont également été retrouvés. Quarante personnes ont été blessées à des degrés divers, certaines admises en soins intensifs dans des établissements de santé publics et privés, tandis que 20 personnes restent portées disparues depuis la période du 12 au 14 mai 2025.
Des étudiants égyptiens blessés
À deux heures du matin, dans la nuit de mercredi, Hani Saïd, étudiant en ingénierie pétrolière dans une université non publique de Tripoli, dormait dans sa chambre d’une résidence étudiante du quartier d’Al-Sarraj. Il a été réveillé par une rafale de tirs, suivie de bruits de verre brisé et de cris. Il s’est précipité vers l’origine du bruit et a découvert que ses deux colocataires, Ahmed et Khaled, occupant la chambre donnant sur la rue, avaient été blessés. Des balles avaient traversé leur fenêtre et brisé la vitre, dont des éclats avaient pénétré dans leurs bras, provoquant des coupures et des saignements qui ont duré huit heures. Leurs camarades ont fini par faire venir un médecin libyen à la résidence pour suturer leurs plaies, après que le Croissant-Rouge, appelé à l’aide par les étudiants, leur eut fait défaut, raconte Hani à Zawia3.
Il explique : « Nous avons appelé l’ambassade égyptienne en Libye au moment des blessures. L’employé nous a dit que, tant que personne n’était mort, ce n’était pas grave, et que nous devions attendre la réouverture de l’aéroport. Ceux qui souhaiteraient rentrer en Égypte pourraient alors partir, car une évacuation à l’heure actuelle mettrait nos vies en danger. Lorsque nous avons contacté le ministère égyptien des Affaires étrangères, le responsable nous a dit que les affrontements avaient diminué d’intensité. Mais nous sommes terrifiés ici et voulons rentrer avant qu’une catastrophe nous arrive. Nous avons tenté de lancer des appels à l’aide sur les réseaux sociaux, mais avons reçu des menaces de personnes loyales aux milices. »

Il ajoute : « La plupart des ambassades étrangères ont évacué leurs ressortissants de Tripoli, sauf l’ambassade égyptienne, qui s’est empressée d’évacuer les footballeurs et a laissé les autres Égyptiens. Même l’ambassade turque a évacué tous ses ressortissants vendredi matin, alors qu’elle est le principal soutien des milices. Cela laisse présager une catastrophe. Même parmi les Libyens de Tripoli, beaucoup ont quitté leurs maisons pour se déplacer ailleurs. »
Le plan d’évacuation reposait sur le transfert des sportifs égyptiens vers Misrata, ville libyenne relativement sûre car éloignée du foyer des affrontements à Tripoli, puis leur rapatriement par avion. Dans la soirée du 14 mai 2025, le premier groupe de la délégation sportive égyptienne est arrivé sain et sauf à l’aéroport international du Caire, avec à sa tête Hossam Al-Badri, entraîneur d’Al-Ahly Tripoli. Ce groupe comprenait les membres du staff technique égyptien présents à Misrata : Hossam Al-Badri et ses adjoints Hadi Khashaba, Ahmed Ayoub et Hadi Al-Saïd. Ils ont pris un avion privé de Misrata au Caire, où ils sont arrivés à 23 heures, heure du Caire, mercredi 14 mai.
Le deuxième groupe réunissait les autres sportifs égyptiens encore à Tripoli, dont le transfert par la route vers Misrata était prévu sous protection complète, avant leur retour en avion au Caire. Il comptait environ cinq personnes, dont la vedette d’Al-Ahly prêtée à Al-Ittihad en Libye, Mahmoud Abdelmoneim, dit « Kahraba ». Il comprenait également Ahmed Esmat, préparateur physique du club libyen Al-Madina, qui avait lancé l’un des appels à l’aide, ainsi qu’Ahmed Chafik, joueur de volley-ball au club libyen Al-Sweihli. Le 15 mai, l’évacuation de ce deuxième groupe et son retour au pays étaient achevés. Les autorités égyptiennes ont ainsi réussi, en quelques jours après le début de la crise, à rapatrier tous leurs ressortissants sportifs qui se trouvaient dans les zones dangereuses de Libye.
L’étudiant précise que les cours sont actuellement interrompus et qu’une université a été prise pour cible. Des centaines d’étudiants égyptiens vivent dans les quartiers d’Abou Salim, d’Al-Sarraj, de Salah Al-Din et de Damas, ainsi que rue Al-Joumhouriya à Tripoli, à proximité de leurs universités. Mais ces secteurs sont devenus dangereux du fait des affrontements et des tensions sécuritaires. De nombreux étudiants craignent pour leur vie, explique-t-il : un Égyptien étudiant en odontologie à l’université non publique Al-Tahaddi a été victime d’un vol avec violence et d’une agression à l’arme blanche. Avant même les affrontements, les étudiants avaient peur de sortir la nuit, en raison de la présence d’hommes armés qui enlèvent des personnes et exigent des rançons.
L’aéroport de Mitiga, principale porte d’entrée aérienne de Tripoli, qui accueille quotidiennement des milliers de voyageurs, a été fermé depuis le début des derniers événements en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans ses environs. Les vols y ont toutefois repris à partir de 22 heures jeudi.
Mardi matin, le ministère de la Défense du gouvernement libyen d’union nationale avait annoncé la fin réussie de l’opération militaire à Tripoli. Mais les affrontements armés ont repris tôt mercredi dans plusieurs quartiers du centre-ville, du sud et de l’est. Le même jour, le ministère a annoncé le début d’un cessez-le-feu sur tous les fronts de tension de la capitale. Le Conseil présidentiel libyen a pris une décision de cessez-le-feu général à Tripoli et de gel des décisions militaires et sécuritaires du gouvernement d’union nationale. Un calme précaire a alors régné sur la capitale, avant d’être rompu vendredi soir par des heurts entre des manifestants et les forces de sécurité devant le siège du gouvernement.
Les appels à l’aide des familles des étudiants
Les parents d’étudiantes et d’étudiants égyptiens inscrits aux universités de Tripoli, d’Africa, d’Al-Rifaq et à l’université médicale non publique Al-Tahaddi, que la stabilité relative avait attirés vers des études supérieures dans la capitale libyenne, n’ont trouvé d’autre solution que les réseaux sociaux pour faire entendre leurs enfants. Craignant pour leur sécurité, ils appellent le ministère des Affaires étrangères et les autorités compétentes à intervenir pour les évacuer de Libye et les rapatrier. Ils réclament aussi l’ouverture des transferts vers les universités égyptiennes, comme pour leurs camarades revenus de Russie, d’Ukraine et du Soudan.
Zawia3 a reçu de nombreux appels de parents, dont ceux des mères de Zahraa Ayman et de son cousin Omar Walid, tous deux en première année d’odontologie à l’université médicale non publique Al-Tahaddi de Tripoli. Elles ont décrit les souffrances de 11 étudiants et cinq étudiantes, tous égyptiens originaires de différents gouvernorats, dans leur résidence de la capitale libyenne depuis le début des affrontements la semaine dernière. Contactée vendredi, Chérine Ibrahim, la mère d’Omar Walid, raconte à Zawia3 avoir perdu le contact avec son fils et l’enfant de sa sœur après les coupures d’électricité et d’Internet à Tripoli. Avant la coupure, ils lui avaient confirmé ne plus avoir ni nourriture ni eau et être assiégés dans la maison au milieu des combats. Elle dénonce l’évacuation des seuls sportifs égyptiens et demande le rapatriement des étudiants et leur intégration dans des universités égyptiennes, d’autant que leur université a subi une incursion armée et un déploiement de véhicules militaires dimanche soir, alors que les cours sont interrompus.
Chaïmaa Ibrahim, la mère de Zahraa, raconte à Zawia3 : « Quand nous avons appelé Zahraa et Omar lundi matin, on entendait des tirs au loin. On leur avait dit qu’il s’agissait d’exercices militaires, alors les étudiants n’y ont pas prêté attention. Mais, le soir, ils nous ont appelées, ma sœur et moi, en criant et dans un état d’effondrement nerveux à cause des violents combats autour d’eux. Un tireur embusqué était monté sur le toit de leur résidence, dans le quartier d’Al-Sidra, puis avait descendu l’escalier. Nos enfants étaient terrifiés. Les affrontements et les tensions ont duré trois jours, les empêchant de sortir acheter de la nourriture et de l’eau. Ils ont dû boire de l’eau salée. Ensuite, l’électricité et Internet ont été coupés du soir jusqu’à l’aube. »
Elle ajoute : « La peur les a poussés à rester à la maison malgré l’arrêt des combats. Ils ont vécu avec un peu de fromage, du pain et des boîtes de thon, jusqu’à épuisement de leur nourriture et de leur eau. Leur argent est presque épuisé et ils ne peuvent recevoir aucun transfert de leurs familles dans la situation sécuritaire actuelle. Vendredi soir, les tirs ont repris autour d’eux et ils ont dû se coucher au sol dans le salon de peur d’être touchés. Des étudiants égyptiens ont été blessés dans une autre résidence. Quand nos enfants ont contacté l’ambassade égyptienne, on leur a dit de rester chez eux. Nous avons peur qu’il leur arrive malheur. »

Samedi, la municipalité de Souq Al-Joumaa à Tripoli a appelé à la désobéissance civile, demandant l’arrêt du travail dans toutes les institutions et administrations publiques et invitant les autres villes à rejoindre le mouvement populaire. Celui-ci proteste contre la mort de citoyens sous les tirs des forces loyales au gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah et réclame son départ. Les municipalités de Zaouïa, de Tajoura et de Warshefana se sont jointes à cet appel, invitant à des manifestations massives place des Martyrs et dans différents quartiers de Tripoli contre le gouvernement Dbeibah. Le mouvement des jeunes de Zaouïa a également appelé à marcher sur la capitale, avec le soutien des villes de la côte ouest, afin de faire tomber le gouvernement.
Des médias arabes ont rapporté dimanche que plusieurs routes avaient été bloquées à Tripoli, que des commerces avaient fermé dans la plupart des quartiers de Souq Al-Joumaa et que plusieurs agences de banques commerciales n’avaient pas ouvert ce jour-là, notamment celles d’Al-Wahda, d’Al-Moutawassit et de la Banque du commerce et du développement.
Des travailleurs égyptiens sous le feu
En septembre dernier, Mohamed Al-Chabraoui s’est rendu en Libye par les postes-frontières terrestres, après avoir versé environ 40 000 livres égyptiennes à des bureaux de courtage et de recrutement de main-d’œuvre, pour travailler dans une entreprise alimentaire. Il avait perdu tout espoir de trouver un emploi lui assurant un revenu suffisant pour offrir une vie digne à sa famille, après avoir perdu son poste dans un pays du Golfe. Son entreprise lui a fourni un logement avec plusieurs travailleurs égyptiens et soudanais dans le quartier d’Abou Salim à Tripoli. Mais, lundi dernier, ils ont été surpris par des tirs nourris et de violents combats à l’arme lourde dans les rues autour de leur logement.
Mohamed et ses camarades étaient terrifiés et pensaient mourir dans cette guerre de rues, malgré leur refuge dans le logement. Lorsqu’ils se sont adressés à la direction de leur entreprise, celle-ci leur a trouvé un autre hébergement à Al-Sarraj, relativement éloigné des affrontements. Des Libyens les ont aidés à quitter leur résidence et à rejoindre Al-Sarraj, dans un climat de violence et d’insécurité.
Il raconte à Zawia3 : « Nous vivions à Abou Salim, le bastion d’Abdelghani Al-Kikli et de ses forces, d’où sont partis les combats à l’arme lourde. Nous n’étions pas en sécurité dans le logement : des civils ont été blessés ou tués chez eux par des obus qui les avaient touchés par erreur. Après notre transfert à Al-Sarraj, nous entendions les explosions au loin. Même si les combats se sont arrêtés après environ deux jours, la situation n’est pas stable, avec les manifestations place des Martyrs à Tripoli réclamant la démission du gouvernement d’union nationale. »
Mohamed appelle le ministère égyptien des Affaires étrangères à se soucier des travailleurs égyptiens en Libye, comme il l’a fait des sportifs qu’il a rapatriés. Il explique que, comme beaucoup de travailleurs égyptiens, il se heurte à la confiscation des passeports par les directions des entreprises, qui les gardent comme garantie en cas de non-respect des engagements financiers ou de détournement de biens confiés par les sociétés. De plus, la majorité des travailleurs égyptiens entrés en Libye par voie terrestre n’obtiennent pas de titre de séjour légal. Leur sort reste ainsi entre les mains de leurs employeurs.
Reda Khaled vit la même terreur. Cet Égyptien employé par une entreprise privée d’électricité habite à Abou Salim, dans un logement collectif avec des travailleurs égyptiens et soudanais. Ils se sont retrouvés pris au milieu des violents affrontements pendant deux jours et se sont cachés à l’intérieur. Mais, à la fin du deuxième jour, leurs provisions étaient épuisées. La faim les a poussés à sortir chercher de quoi manger, dans un quartier qui semblait abandonné aux fantômes.
Il confie à Zawia3 : « Nous avions faim et n’avions rien mangé mercredi dernier. Lorsque nous sommes sortis acheter de la nourriture, tous les commerces et toutes les boulangeries étaient fermés. Une voisine libyenne a eu pitié de nous et nous a donné de la nourriture de chez elle. Après l’arrêt des combats à l’arme lourde, il y a eu des manifestations place des Martyrs. Mais, vendredi soir, des violences ont éclaté et Internet a été coupé. Nous avons perdu tout contact avec le monde extérieur et entendu des tirs autour de nous à Abou Salim. Nous avons passé la nuit chez nous, terrifiés. »
Reda partage l’avis de Mohamed : le ministère égyptien des Affaires étrangères n’a pas accordé aux travailleurs en Libye la même attention qu’à la sécurité des sportifs, rapidement rapatriés. Contrairement à Mohamed, il souhaite cependant prendre le temps de décider de son retour en Égypte, espérant un apaisement des troubles à Tripoli, car il a des obligations financières liées aux préparatifs de son mariage.
Un travailleur égyptien est mort le 14 mai des suites de blessures causées par un obus tombé sur Janzour, ville côtière du nord-ouest de la Libye, dans la capitale Tripoli, a confirmé Ali Al-Sayed, représentant de la communauté égyptienne en Libye et de l’Union générale des Égyptiens de l’étranger, dans des déclarations aux médias. Selon une source de la communauté égyptienne en Libye interrogée par Zawia3, un travailleur égyptien nommé Alaa Adel Al-Gazzar est mort après avoir été touché par balle près de l’ancien pont métallique, alors qu’il travaillait sur le chantier du troisième périphérique à Tripoli.
Selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations pour 2022, la Libye compte 144 543 migrants égyptiens, soit 21 % de l’ensemble des migrants du pays et la deuxième plus grande part parmi toutes les nationalités, après les Nigérians.
La mise en place d’une cellule de crise
Dans un communiqué publié le 17 mai, le ministère égyptien des Affaires étrangères a appelé toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue, à placer les intérêts du peuple libyen au premier plan et à préserver ses ressources et ses biens. Il a souligné l’importance pour les Égyptiens présents en Libye d’exercer la plus grande prudence et de rester chez eux jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse, tout en maintenant le contact avec l’ambassade égyptienne à Tripoli et avec la cellule de crise créée par le ministère des Affaires étrangères et des Égyptiens de l’étranger pour recevoir les demandes et les questions.
L’ambassadeur Salah Abdel-Sadeq, ancien assistant du ministre des Affaires étrangères chargé des affaires consulaires et des Égyptiens de l’étranger, explique à Zawia3 que le ministère a créé, dès le début des événements, une cellule fonctionnant 24 heures sur 24. Elle suit l’évolution de la situation et ses conséquences pour la communauté égyptienne en Libye, et examine les mesures à prendre pour assurer sa sécurité, en coordination avec les services de l’État. Il évoque la possibilité d’une intervention des autorités égyptiennes pour évacuer leurs ressortissants si la situation devient incontrôlable, comme elles l’ont fait pour rapatrier des milliers d’étudiants égyptiens inscrits dans les universités ukrainiennes et soudanaises.
L’ancien assistant du ministre précise qu’un grand nombre de jeunes Égyptiens travaillent ou étudient en Libye et que des familles entières y vivent, en raison de liens matrimoniaux ou parce que le chef de famille employé en Libye a fait venir ses proches. Il souligne que la plupart des Égyptiens vivent dans l’est du pays, où existe une représentation diplomatique avec l’Égypte. Les régions de l’ouest, sous le contrôle du gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah dont le mandat est expiré, et des milices qui lui sont pour la plupart loyales, ont cependant cherché à attirer une importante main-d’œuvre égyptienne en proposant des salaires élevés.
L’ambassadeur Rakha Ahmed Hassan, membre du Conseil égyptien des affaires étrangères et de l’Association égyptienne pour les Nations unies, et ancien assistant du ministre des Affaires étrangères, estime pour sa part que la situation ne s’apaisera en Libye que si le chef du gouvernement Abdelhamid Dbeibah fait des concessions, en se retirant et en permettant la formation d’un gouvernement provisoire. S’il insiste pour rester et mobilise ses milices, la situation s’aggravera. Les souffrances des Égyptiens en Libye depuis le début des affrontements ne peuvent être dissociées de celles de l’ensemble des habitants de Tripoli, explique-t-il. C’est pourquoi le communiqué du ministère leur a demandé de rester chez eux pendant les troubles et de faire preuve de prudence, en attendant de voir comment la situation évoluera dans les prochains jours. Il assure que, si les tensions persistent, les autorités égyptiennes interviendront pour rapatrier les Égyptiens qui souhaitent rentrer et dont la vie est en danger.
Le diplomate précise que l’Égypte a ouvert une ambassade à Tripoli lors de la formation du gouvernement Dbeibah, mais que des différends ont conduit à la maintenir au niveau d’un chargé d’affaires par intérim. Elle dispose également d’un consulat à Benghazi. L’Égypte cherche, avec des acteurs arabes et européens ainsi que les États-Unis, un accord d’apaisement permettant d’aller vers des élections dans l’est et l’ouest de la Libye. Il souligne que le gouvernement libyen est paralysé depuis la démission de sept ministres et qu’il est désormais nécessaire de former un gouvernement d’unité libyenne et d’éviter un scénario de partition, les ressources pétrolières étant concentrées à l’est, tandis que les usines et les activités économiques se trouvent à l’ouest.
Des démarches parlementaires
À la suite de l’aggravation de la situation sécuritaire en Libye, Freddy Al-Bayadi, député et vice-président du Parti égyptien social-démocrate chargé des affaires étrangères, a adressé dimanche une question parlementaire urgente au ministre des Affaires étrangères. Il lui demande de préciser les mesures prises pour protéger les Égyptiens résidant en Libye et de vérifier les informations faisant état de blessures ou d’arrestations parmi eux lors des derniers affrontements armés à Tripoli. Il interroge le ministère sur les dispositions adoptées pour garantir leur sécurité, en s’appuyant sur l’article 88 de la Constitution égyptienne, qui oblige l’État à protéger les droits des Égyptiens vivant à l’étranger et à leur assurer assistance et protection.
Le député demande au ministre de détailler les mesures urgentes prises pour assurer la sécurité des Égyptiens dans les zones de tension en Libye, et de rendre public le plan du ministère pour faire face à toute évolution, y compris une évacuation si nécessaire. Il réclame des explications sur les moyens de communication actuellement activés entre l’ambassade à Tripoli et la communauté égyptienne, ainsi que sur la véracité des informations écrites et audiovisuelles faisant état d’Égyptiens blessés, voire, selon certaines allégations, arrêtés durant les derniers événements. Il demande si le ministère a vérifié ces informations, quelles mesures il a prises à ce sujet, combien d’Égyptiens se trouvent actuellement dans les zones touchées et quel est son plan pour les protéger et garantir leurs droits et leur sécurité.
Dans des déclarations à Zawia3, le député Freddy Al-Bayadi affirme que la Libye est devenue le théâtre de rivalités entre puissances étrangères qui attisent périodiquement les événements. La stabilité sécuritaire de ce pays est essentielle pour l’Égypte, souligne-t-il. Il revient aux autorités égyptiennes de prendre des mesures pour protéger la vie de leurs ressortissants en Libye et de les rapatrier si nécessaire.
Avec l’extension de la désobéissance civile à Tripoli et les démissions collectives qui frappent le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah, la capitale libyenne reste dans une situation explosive, laissant craindre une reprise des affrontements sanglants et une aggravation de la crise, selon des diplomates, des responsables politiques et des parlementaires. Pendant ce temps, les membres de la communauté égyptienne vivent dans des conditions difficiles à cause des événements actuels. Ils redoutent que leur vie soit menacée si les combats reprennent dans les rues de Tripoli, tandis que des étudiants, des travailleurs et des familles appellent le ministère égyptien des Affaires étrangères à les ramener en Égypte.
