La bataille du Parlement égyptien : les candidats de la Sécurité nationale contre ceux des Renseignements

En coulisses, des sources informées ont révélé à Zawia3 que le secteur de la Sécurité nationale a convoqué ces deux derniers jours des candidats des circonscriptions controversées pour discuter du scénario d’une répétition du scrutin et obtenir d’eux l’engagement de ne pas se retirer de la course électorale.

Zawia3

L’Autorité nationale des élections a annulé les résultats des élections de la Chambre des représentants dans 19 circonscriptions individuelles sur les 70 où s’est tenu le scrutin lors de la première phase, la semaine dernière, soit près du quart des résultats annoncés, après avoir relevé ce qu’elle a qualifié de « vices substantiels » ayant porté atteinte à l’intégrité des opérations de vote et de dépouillement.

La décision, annoncée par le président de l’Autorité, le magistrat Hazem Badawi, lors d’une conférence de presse hier, mardi 18 novembre 2025, concerne des circonscriptions qui ont connu des violations électorales massives ou des contradictions dans les procès-verbaux de dépouillement ayant compromis la régularité du processus électoral.

Les faits ayant motivé l’annulation comprennent des infractions de propagande devant les bureaux de vote, la non-remise des procès-verbaux de dépouillement aux candidats ou à leurs représentants, ainsi qu’un écart notable entre les chiffres des bureaux de vote et ceux des commissions générales, des irrégularités que l’Autorité a jugées suffisantes pour invalider le résultat dans les circonscriptions annulées. En revanche, le magistrat Ahmed Bendary, directeur de l’organe exécutif de l’Autorité nationale des élections, a affirmé dans des déclarations que l’Autorité n’avait relevé aucun cas de corruption financière impliquant un candidat, mais que les enquêtes se poursuivaient sur les irrégularités constatées dans les 19 circonscriptions et que leurs résultats seraient annoncés dès leur achèvement.

En vertu de l’article 54 de la loi sur l’exercice des droits politiques, la décision d’annulation totale des élections individuelles dans ces circonscriptions a été prise, et une nouvelle date de scrutin a été fixée début décembre 2025, en Égypte et à l’étranger.

Imbaba, dans le gouvernorat de Gizeh, arrive en tête des circonscriptions annulées : c’est là que l’ancienne députée Nashwa El-Deeb avait annoncé son retrait de la course peu après le début du vote, pour protester contre ce qu’elle a décrit comme l’absence de garanties d’intégrité et la présence d’un candidat de la sécurité dans la circonscription. Les résultats de quatre circonscriptions du gouvernorat de Qena et de sept circonscriptions du gouvernorat de Sohag, en Haute-Égypte, ont également été annulés, ainsi que ceux de deux circonscriptions du gouvernorat du Fayoum, d’une circonscription du gouvernorat d’Assiout et d’une circonscription du gouvernorat d’Alexandrie, en plus de trois circonscriptions du gouvernorat de Beheira.

Cette mesure intervient après que le président Abdel Fattah Al-Sissi a appelé, lundi 17 novembre, l’Autorité nationale des élections à examiner minutieusement les événements survenus dans certaines circonscriptions où s’est déroulée la compétition pour les sièges individuels lors de la première phase, et à annuler les résultats de cette phase « totalement ou partiellement » s’il s’avérait impossible de « parvenir à la volonté réelle des électeurs », et ce un jour avant l’annonce des résultats officiels. Al-Sissi a demandé à l’Autorité de ne pas hésiter à prendre la décision appropriée, qu’il s’agisse d’annuler toute la phase ou les résultats d’une ou de plusieurs circonscriptions, les élections devant y être organisées de nouveau ultérieurement, en affirmant que l’intégrité du processus électoral passe avant tout.

La première phase a connu plusieurs crises documentées par des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dont le retrait de l’ancienne députée Nashwa El-Deeb de la circonscription d’Imbaba une heure après l’ouverture du scrutin, pour protester contre ce qu’elle a qualifié d’« absence d’intégrité et de transparence et d’attribution anticipée des sièges au candidat de la sécurité ». S’y ajoute une autre crise dans la circonscription de Montazah, à Alexandrie, où le candidat du parti Réforme et Renaissance, Ahmed Fathi Abdel Karim, a lancé un appel au secours au président après avoir découvert l’ouverture de plusieurs urnes dans le bureau de vote de l’école Moustafa Mosharafa et leur vidage des bulletins avant l’heure du dépouillement, un fait qu’il a considéré comme la preuve d’une possible manipulation des urnes.

Par ailleurs, l’affaire du candidat Mahmoud Gwaily a suscité une vive controverse ces derniers jours, après qu’il a adressé un appel au secours au président de la République, dans lequel il affirmait avoir fait l’objet de tentatives de se voir proposer des sommes d’argent dans la circonscription du Cinquième District (Al-Tagammu al-Khamis, au Nouveau Caire) afin d’influencer sa position dans les élections législatives à venir. Quelques heures après la publication de son appel, Gwaily a été arrêté et est resté porté disparu pendant plusieurs heures, avant que les autorités d’enquête des parquets du Nouveau Caire ne le remettent en liberté, après l’avoir interrogé sur des accusations de diffusion de fausses nouvelles.

De son côté, le Club des juges d’Égypte a affirmé que les juges et les membres du parquet n’avaient pas assuré la supervision des élections législatives qui se sont récemment tenues, en 2025, conformément aux dispositions de la Constitution qui organisent la participation des juges aux échéances électorales selon ce que fixe la loi (la Constitution de 2014 ne prévoyait la supervision judiciaire complète des scrutins que pendant les dix années suivant son adoption).

Dans un communiqué officiel dont Zawia3 a obtenu une copie, le Club a salué les directives du président de la République à l’Autorité nationale des élections, qui insistaient sur la nécessité de garantir l’expression de la volonté réelle des électeurs et de prendre les décisions appropriées si cela s’avérait impossible, estimant que ces directives reflètent l’attachement de l’État aux principes d’intégrité et de transparence dans la gestion du processus électoral.

Des tentatives de rafistolage

Des sources informées ont révélé à Zawia3 qu’au cours des deux derniers jours, le secteur de la Sécurité nationale (la police politique du ministère de l’Intérieur) a convoqué plusieurs candidats des circonscriptions qui ont connu une vive controverse et des faits publics liés au déroulement du processus électoral. Selon les sources, la convocation visait à discuter des possibilités de répétition du scrutin dans ces circonscriptions, tout en obtenant des candidats l’engagement, en cas de décision de répétition, de ne pas retirer leur candidature et de se présenter de nouveau aux élections.

Les sources ont ajouté que ce scénario est celui qui s’est produit avec l’ancienne députée Nashwa El-Deeb, qui a annoncé, après le communiqué du président de la République, être prête à se présenter de nouveau si la répétition du scrutin était décidée.

Les sources ont précisé que la crise qu’ont connue certaines circonscriptions, et qui a suscité une large colère, résidait dans la mainmise des candidats de la Sécurité nationale sur le déroulement des élections, au détriment de candidats soutenus par d’autres instances, y compris les Renseignements généraux. Elles ont indiqué que le parti majoritaire (le parti loyaliste Mostaqbal Watan) a commis plusieurs abus contre d’autres candidats soutenus par d’autres organes souverains.

Selon les sources, ce qu’a connu la première phase des élections législatives a provoqué des tensions dans les couloirs du régime, des avertissements étant parvenus au palais présidentiel au sujet de la colère et de l’inquiétude de la rue égyptienne face au déroulement des élections. Les sources ont précisé que c’est cette situation qui a poussé le président à intervenir pour tenter de contenir la colère et la crise avant qu’elles ne s’aggravent.

Pour sa part, le journaliste Hisham Fouad estime que le problème ne se limite pas à 19 circonscriptions, mais réside dans l’ingénierie même des élections, depuis le climat politique dans lequel elles se sont tenues, en passant par la loi électorale et le mode de sélection des listes, jusqu’à l’acceptation ou le rejet des candidats. Ce qui se passe n’est qu’un embellissement d’une réalité laide, et non une correction du cours du processus électoral.

Fouad ajoute, dans son entretien avec Zawia3, que corriger le cours des choses exige d’annuler les élections et de les organiser sur des bases entièrement différentes, ainsi que de dissoudre l’Autorité nationale des élections et de demander des comptes aux responsables des abus commis, car les protéger revient à leur laisser les mains libres pour recommencer. Il souligne qu’il s’agit d’une démarche visant à donner de la popularité au président, présenté comme rejetant précisément ce qui s’est passé, comme ce fut le cas lors de l’adoption de la loi sur la procédure pénale (que le président avait renvoyée au Parlement en septembre 2025), alors que le président lui-même n’a pas appliqué les recommandations du Dialogue national, dont les plus importantes portaient sur des garanties pour la tenue d’élections démocratiques, comme la liste proportionnelle, la supervision judiciaire complète, un climat politique permettant l’action politique dans la rue et la libération des prisonniers politiques.

Fouad estime que des instances de l’État, dans le cadre de leur lutte avec d’autres instances, ont décidé d’intervenir pour réparer le camp loyaliste, fissuré par le traitement brutal de l’organe sécuritaire qui a supervisé les élections avec maladresse et sans tenir compte de la sensibilité d’un Parlement qui supervisera les prochains amendements constitutionnels. Par cette démarche, on a fait d’une pierre deux coups : d’abord, écarter relativement l’appareil sécuritaire qui s’était emparé de la plupart des sièges à travers les partis loyalistes et la liste fermée ; ensuite, donner au président une popularité dont il a besoin en ce moment, avant l’amendement de la Constitution, en plus de nourrir chez une certaine opposition de façade l’espoir d’une réforme possible par le haut, à travers une alliance avec l’institution présidentielle et l’autre appareil sécuritaire.

Il convient de noter que le général Tamer El-Shahawy, ancien officier du renseignement militaire et ancien député, a publié sur sa page Facebook un message qui a suscité une vive controverse, dans lequel il écrivait : « En réponse aux nombreuses questions qui me parviennent au sujet des élections législatives : je ne suis absolument pas intéressé. Je ne suis aucune compétition dont je connais d’avance le résultat… et je ne conseille à personne un candidat plutôt qu’un autre, car ce conseil, même s’il était pertinent, ne servirait à rien à personne… Je conseille à tous de participer, même si c’est inutile, parce que les résultats ne relèvent pas de l’inconnu… et l’écrasante majorité de ceux qui prêteront serment dans les assemblées parlementaires, s’ils se présentaient à de vraies élections, même à celles du syndicat des copropriétaires de leur immeuble, échoueraient… Une farce que nous paierons plus tard. »

Les décisions de la Haute Autorité suffisent-elles ?

Bien que les résultats de 19 circonscriptions aient été annulés lors de la première phase des élections législatives, soit près du quart du total des circonscriptions concernées, pour la première fois dans l’histoire des élections égyptiennes, cette mesure n’a pas contribué à apaiser la controverse sur l’intégrité du processus électoral. Des sources informées ont affirmé à Zawia3 que plusieurs avocats et citoyens s’apprêtent à déposer de nouvelles plaintes au sujet d’infractions et de violations relevées dans les circonscriptions dont les résultats ont été validés, ce qui reflète la persistance de l’inquiétude générale et de la tension politique quant à la transparence et à la crédibilité des élections.

Dans ce contexte, Medhat El-Zahed, président du Parti de l’alliance populaire socialiste, estime, dans son entretien avec Zawia3, que la décision de l’Autorité d’annuler 19 circonscriptions est tout à fait insuffisante, affirmant que l’ensemble du processus électoral n’est ni juste ni transparent et qu’il est incapable de représenter la volonté réelle des citoyens. Il explique que la justice électorale est liée d’abord à la possibilité réelle offerte aux citoyens de se porter candidats et d’entrer en compétition, et pas seulement à l’étape du vote ou du dépouillement.

El-Zahed souligne que le système des listes absolues a conduit des listes uniques à rafler toutes les circonscriptions, en écartant les autres listes, ce qui fait que près de la moitié de l’assemblée est formée par une sorte de nomination, et non par la représentation de la volonté des électeurs. Il relève aussi que les frais de candidature élevés, qui ont atteint environ 40 000 livres, ont privé une large partie des citoyens de la possibilité de concourir, ce qui entrave la participation et met à mal le principe d’égalité des chances.

El-Zahed estime en outre que le découpage des circonscriptions pour le scrutin individuel a été influencé par des facteurs injustes : il existe de petites circonscriptions avec un seul député et de plus grandes avec deux, ce qui contrevient aux critères d’égalité du poids du vote fixés par la Haute Cour constitutionnelle. Il affirme que ce découpage a privé certaines circonscriptions d’une représentation adéquate et d’équité dans la représentation parlementaire.

Il évoque aussi l’arbitraire exercé contre des candidats avant même le début des candidatures, citant le cas de Haitham El-Hariri, privé de candidature malgré son éligibilité juridique, et privé d’accomplir le service militaire pour des raisons administratives, malgré son parcours politique et sa famille patriote. Il mentionne également le cas de Mohamed Abdel Halim, faussement présenté comme consommateur de stupéfiants, ce qui a empêché les citoyens d’exercer librement leur droit à la participation politique. Il affirme que l’argent politique a joué un grand rôle pour entraver la libre volonté des électeurs, et que les restrictions à la liberté des médias et à l’indépendance de la justice ont nui à l’intégrité du processus électoral, soulignant que tous ces facteurs menacent la stabilité du processus politique et la sécurité nationale.

El-Zahed conclut que, s’il existe une intention de réforme, il faut refaire entièrement les élections dans un nouveau cadre juridique, en adoptant le système des listes proportionnelles, qui assure une représentation plus juste de toutes les composantes de la société et garantit le respect de la libre volonté des citoyens.

De son côté, Mohamed El-Garhy, membre du conseil du syndicat des journalistes, estime que la décision de l’Autorité nationale des élections concernant la première phase des élections législatives de 2025 est une décision incomplète qui réduit ce qui s’est passé dans la vie politique au cours des derniers mois à quelques points limités et à quelques circonscriptions. Il explique que la décision n’a pas traité le fond, soulignant que refaire entièrement les élections aurait été la solution idéale pour garantir l’intégrité et la transparence du processus électoral.

El-Garhy ajoute, dans son entretien avec Zawia3, que le système électoral actuel conduit à la nomination de près de la moitié des sièges du Parlement à travers les listes, soulignant que la seule liste disponible en Égypte n’offre aucune véritable compétition, ce qui prive les électeurs d’un choix libre et limite la représentation de leur volonté. Dans le même temps, les candidats au scrutin individuel ont fait face à des abus avant même le début du vote, notamment la réservation de leurs numéros et symboles électoraux au profit de partis ou de candidats liés à l’État et aux services de sécurité, l’empêchement d’autres candidats de concourir, ainsi que l’exclusion de plusieurs candidats sans garanties claires et publiques de l’intégrité des élections. Il souligne que cette perte de confiance dans l’intégrité du processus électoral a dissuadé de véritables candidats de se présenter.

Le membre du conseil du syndicat des journalistes a également alerté sur la propagation du phénomène d’achat de sièges : des candidats entrent sur les listes sans faire de véritable campagne, et des hommes d’affaires et leurs enfants profitent des quotas des listes réservés aux femmes, aux coptes et aux personnes handicapées. Il a aussi évoqué le transfert de candidats vers des circonscriptions avec lesquelles ils n’ont aucun lien, simplement pour les y « caser », ce qui constitue une atteinte au droit des habitants à se faire représenter par l’un des leurs.

El-Garhy poursuit en indiquant que ces violations, selon ses termes, ne se sont pas limitées aux élections de la Chambre des représentants, mais ont aussi touché les élections au Sénat, sans aucun traitement ni aucune reddition de comptes, affirmant que ce qu’a décidé l’Autorité n’est qu’un analgésique et que le processus électoral en Égypte a besoin d’une révision complète.

El-Garhy insiste sur le fait que l’absence d’élections locales depuis 2013 a eu un effet négatif sur l’émergence de véritables dirigeants, soulignant qu’elles étaient et restent la voie pour former de vrais députés représentant les citoyens, loin de la représentation d’une seule voix. Il explique que la faiblesse de la performance du Parlement au cours des dix dernières années reflète ces lacunes du processus démocratique.

 

La Haute Commission électorale a-t-elle joué son rôle ?

Pendant le déroulement de la première phase des élections et avant l’annonce de ses résultats, et aussi avant le communiqué du président appelant à enquêter sur les abus, le magistrat Ahmed Bendary a affirmé que l’Autorité nationale des élections n’avait relevé aucun abus pendant les opérations de vote. Cette déclaration a suscité une vive controverse sur sa crédibilité, surtout au vu des plaintes et des violations relevées ensuite dans plusieurs circonscriptions. L’absence de divulgation de la partie responsable de ces infractions et l’absence des mesures juridiques nécessaires ont également soulevé des questions croissantes parmi les responsables politiques et les observateurs sur le sérieux de l’Autorité dans la protection de l’intégrité du processus électoral.

De son côté, l’avocat et défenseur des droits humains Malek Adly, directeur exécutif du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, explique que l’Autorité nationale des élections dispose d’une double compétence face aux irrégularités électorales. D’abord, une compétence administrative, à savoir : annuler les élections ou certaines circonscriptions, exclure des candidats, ou annuler des urnes ou des bureaux de vote, afin de garantir la régularité des procédures de vote et de dépouillement. Quant aux irrégularités qui constituent des crimes électoraux, comme la manipulation des bulletins ou l’offre d’argent aux électeurs, elles restent de la compétence du parquet : l’Autorité renvoie les personnes impliquées avec les preuves juridiques pour que les mesures nécessaires soient prises, mais elle ne dispose pas du pouvoir d’enquêter ou de juger directement.

L’avocat indique, dans son entretien avec Zawia3, que les irrégularités se classent en deux catégories : « Les irrégularités administratives : erreurs dans le décompte ou le dépouillement, empêchement du représentant d’un candidat de suivre le dépouillement, ou ouverture et fermeture des bureaux à des heures illégales. L’Autorité prend ses décisions concernant ces irrégularités pour garantir le bon déroulement du processus électoral. » Et « les irrégularités pénales : des actes constituant des crimes électoraux au regard de la loi, comme la falsification des bulletins de vote ou l’achat de voix, qui sont renvoyés au parquet pour enquête, sur la base des dossiers de plaintes et de réclamations accompagnés de preuves visuelles et écrites ».

Adly relève que certains auteurs dont les actes constituent de nouveaux crimes pénaux pourraient être membres d’instances comme le parquet administratif et l’Autorité des contentieux de l’État (dont les membres président des bureaux de vote), ce qui impose à l’Autorité de s’adresser à leurs instances de tutelle pour engager les procédures de levée de l’immunité avant de permettre au parquet d’enquêter.

L’avocat affirme que l’Autorité est tenue de révéler le détail des irrégularités, ce qu’elle a d’ailleurs fait lors de sa conférence de presse, comme la distribution de propagande devant les bureaux de vote et les erreurs de décompte ou de dépouillement, ce qui l’a conduite à annuler les résultats de certaines circonscriptions, tandis que les élections d’autres circonscriptions n’ont pas été annulées parce que les irrégularités n’y ont pas eu d’effet substantiel sur les résultats finaux.

Dans ce contexte, l’avocate et militante des droits humains Suzanne Nada estime que l’Autorité nationale des élections a fait preuve d’un manque manifeste de neutralité dans un grand nombre de bureaux de vote. Elle ajoute, dans son entretien avec Zawia3, que les principales manifestations de ce dysfonctionnement ont commencé par l’annulation de la candidature de plusieurs candidats pour des raisons obscures ou étranges, comme l’absence d’exemption du service militaire ou le maintien de réservistes sur les listes de conscription, et parfois le ciblage de certains députés par des accusations inexactes de consommation de stupéfiants.

Nada relève que les récentes directives du président de la République sur la nécessité de neutralité et de transparence, émanant du chef du pouvoir exécutif, ont soulevé des questions sur l’indépendance de la commission judiciaire et sur sa capacité à gérer le processus électoral en toute liberté et neutralité.

Au sujet de la répétition du scrutin, Nada ajoute : « Il y a l’espoir d’un renforcement de la transparence et de mesures réelles pour garantir l’intégrité du processus électoral et empêcher la répétition des abus précédents, comme le contrôle du volume des dépenses électorales et l’interdiction d’exploiter les besoins des citoyens pour acheter leurs voix, ce qui a atteint dans certaines circonscriptions un tarif de 200 à 500 livres la voix, ou des produits de première nécessité, une chose honteuse aussi bien pour le citoyen que pour l’État. Il faut demander des comptes aux responsables de ces actes pour garantir qu’ils ne se reproduisent pas. »

Demander des comptes aux responsables ?

Bien qu’il soit question d’abus et d’infractions électorales, l’Autorité nationale des élections n’a toujours pas désigné les responsables de ces violations, et il n’est pas clair si elle prendra des mesures pour empêcher qu’elles se reproduisent. Dans ce contexte, le Dr Freddy El-Bayadi, ancien membre de la Chambre des représentants et actuel candidat du Parti social-démocrate égyptien, affirme que « malgré l’appréciation des mesures prises à la suite de l’appel du président, il y a un point essentiel qu’on ne peut ignorer : la nécessité d’annoncer la nature des irrégularités commises et de demander des comptes à quiconque y a été impliqué, quelle que soit sa position, qu’il s’agisse de candidats, d’électeurs, de superviseurs ou de tout responsable ayant participé ou fermé les yeux ».

El-Bayadi explique, dans son entretien avec Zawia3, que l’absence de révélation des faits et de sanction des fautifs laisse la porte ouverte à la répétition des mêmes abus à chaque échéance électorale, insistant : « Sans révélation des faits et sanction du fautif, il n’y aura pas de véritable dissuasion. La transparence totale n’est pas une option : c’est la seule garantie du respect de la volonté des gens et de la préservation de l’intégrité du processus électoral. » Le député a conclu sa déclaration en affirmant que le peuple égyptien mérite un processus électoral intègre et transparent, sans exceptions ni abus.

Le journaliste Mohamed Saad Abdel Hafiz, membre du conseil et vice-président du syndicat des journalistes, insiste sur le même point : il estime nécessaire « de demander des comptes aux responsables de ces abus, qu’il s’agisse de candidats ou de toute autre partie impliquée dans le processus électoral depuis son début jusqu’au dépouillement dans les bureaux, car la sanction fait partie de la philosophie de la dissuasion électorale ».

Le vice-président du syndicat des journalistes souhaite que soient annoncés les noms des responsables de ces irrégularités, qu’ils soient renvoyés devant les instances d’enquête et sanctionnés, afin de réaliser l’objectif de dissuasion. Il souhaite aussi que cela se fasse le plus tôt possible, avant le lancement de la deuxième phase ou la répétition des élections.

Au sujet de la suite du processus électoral, Abdel Hafiz explique que l’intervention présidentielle et la révision des résultats des circonscriptions concernées influeront sur les procédures d’organisation de la deuxième phase et des seconds tours, comme l’encadrement de la propagande électorale, la possibilité pour les représentants d’assister au dépouillement et la remise des procès-verbaux de dépouillement des bureaux de vote.

Mais le vice-président du syndicat des journalistes, le journaliste Mohamed Saad Abdel Hafiz, souligne que les mesures prises ne changeront pas l’essence politique du processus électoral, affirmant : « Ces étapes ne conduiront pas à un Parlement qui reflète pleinement la volonté des citoyens ; elles produiront un Parlement dominé par les loyalistes, à cause de la loi électorale qui a instauré la liste absolue et privé l’opposition de se faire représenter à travers la liste proportionnelle. Nous aurons un Parlement semblable à ceux de 2015 et 2020, un Parlement acquis au pouvoir plus qu’il n’exprime les citoyens. En principe, les Parlements demandent des comptes aux gouvernements au nom du peuple, mais ce Parlement continuera à prendre le parti du gouvernement au détriment des gens. »

Le magistrat Hazem Badawi, président de l’Autorité nationale des élections, avait annoncé la victoire de la « Liste nationale pour l’Égypte » dans les circonscriptions de liste du nord, du centre et du sud de la Haute-Égypte aux élections législatives de 2025, après qu’elle a obtenu plus de 5 % des voix. Le nombre d’électeurs ayant rejeté la Liste nationale pour l’Égypte s’est élevé à environ 588 016 voix, soit 7 % du total des votants, qui s’élève à 8 323 873, et environ 2 % du total des électeurs inscrits, au nombre de 35 279 922.

La « Liste nationale pour l’Égypte » est la seule à s’être présentée aux élections législatives au scrutin de liste absolue ; plusieurs partis loyalistes y participent, comme Mostaqbal Watan, Homat Watan et le parti du Front national, aux côtés d’Al-Adl, du Wafd, du Parti social-démocrate égyptien, du parti Réforme et Développement et de la Coordination des jeunes des partis.

Malgré l’annulation des résultats de 19 circonscriptions, la répétition du scrutin en décembre 2025 et la préparation de la deuxième phase des élections législatives, la controverse reste vive sur l’intégrité et la neutralité du processus électoral en Égypte. Des sources du milieu des droits humains et du droit, ainsi que des observateurs indépendants, insistent sur la nécessité de demander des comptes aux responsables des abus et d’appliquer les principes de transparence totale pour garantir le respect de la volonté des électeurs, affirmant que les décisions administratives seules ne suffisent pas à créer un climat électoral qui reflète la volonté réelle du peuple. La question est désormais la suivante : ces corrections et mesures prises par la Haute Autorité parviendront-elles à satisfaire les citoyens, à apaiser l’atmosphère et à produire un Parlement qui représente les citoyens ? Ou le prochain Parlement restera-t-il prisonnier des lois qui ont entravé la libre représentation de l’opposition ?

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