La controverse s’est intensifiée sur la scène politique égyptienne ces derniers jours, après l’exclusion de plusieurs candidats de partis d’opposition des listes définitives, une affaire qui a relancé le débat sur les limites de la participation politique et les critères d’intégrité du processus électoral. Alors que l’Autorité nationale des élections affirme son engagement total à respecter la loi et à l’appliquer à tous sans discrimination, des partis civils (non islamistes) et des défenseurs des droits humains estiment que ce qui s’est passé reflète un étau croissant sur les forces démocratiques désireuses d’entrer en compétition, et que les interprétations larges de certains textes juridiques sont désormais utilisées d’une manière qui affaiblit les chances de pluralisme au sein du prochain Parlement.
Ces derniers jours, deux candidats du Parti de l’alliance populaire socialiste ont été exclus des listes définitives des candidats aux élections législatives. Les deux candidats ont mené une bataille judiciaire pour tenter de revenir sur les listes, mais le tribunal administratif a rejeté les recours présentés par l’ingénieur Haitham El-Hariri, membre du Parti de l’alliance populaire socialiste et candidat dans la circonscription de Karmouz, à Alexandrie, et par Mohamed Abdel Halim, candidat du même parti dans la circonscription de Mansourah, contre les décisions de l’Autorité nationale des élections de les exclure des listes de candidats aux élections de la Chambre des représentants de 2025. La décision d’exclusion est ainsi devenue définitive et irrévocable, ce qui signifie leur sortie officielle de la course aux élections législatives.
Quelques jours plus tôt, l’Autorité nationale des élections avait exclu le candidat Ahmed El-Sherbiny, membre du parti Al-Dostour (Constitution), avant que son recours ne soit accepté et qu’il soit réinscrit sur les listes de candidats, selon ce qu’a annoncé le parti sur sa page. Des défenseurs des droits humains et des responsables politiques estiment que ce qu’ont subi les deux membres de l’Alliance populaire socialiste, et les obstacles rencontrés par le membre du parti Al-Dostour, illustrent l’étau croissant sur les partis civils et démocratiques qui cherchent à concourir pour les sièges individuels (élus au scrutin uninominal, par opposition aux listes), vidant le processus électoral de sa substance pluraliste et reproduisant un Parlement dominé par un seul courant, dans un contexte de recul des chances d’une représentation réelle des forces démocratiques et civiles.
L’exclusion de candidats faute d’exemption préalable du service militaire est une orientation frappante et controversée depuis son application lors des élections au Sénat (la seconde chambre du Parlement), organisées en août 2025 : ont alors été exclus trois candidats du parti salafiste Al-Nour pour ne pas avoir effectué leur service militaire, parce qu’ils n’en étaient pas légalement exemptés et n’avaient pas effectivement servi, comme ce fut le cas pour le vice-président du parti, El-Sayed Moustafa Khalifa.
La Haute Cour administrative, de son côté, a affirmé que la candidature est un droit encadré, qui exige d’avoir accompli le service militaire ou d’en avoir été légalement exempté, et que celui qui se soustrait au service ne peut pas se porter candidat, une règle appliquée avec fermeté lors des élections sénatoriales de 2025. Les tribunaux ont rejeté les recours de la plupart des candidats exclus pour ce motif, en soulignant que l’exemption doit résulter d’une décision officielle et non d’une exception.
Cette évolution s’inscrit dans un débat plus large sur le système de la liste absolue fermée (la liste arrivée en tête remporte tous les sièges de la circonscription) adopté récemment par le Parlement, après le rejet du scrutin proportionnel, qui permettait une représentation plus large des petites forces politiques et des indépendants. Ce système remplace le système proportionnel qui permettait une représentation plus large des petites forces politiques et des indépendants, ce qui a suscité le rejet et les critiques de certains partis et forces politiques, qui estiment que le scrutin proportionnel assure une représentation plus juste et plus inclusive de toutes les sensibilités politiques.
Les forces d’opposition représentées par le Mouvement civil démocratique, qui regroupe plusieurs partis politiques d’opposition et des personnalités publiques, estiment que le système électoral fondé sur la liste absolue exclut les voix indépendantes et consacre la domination d’un seul courant sur le Parlement, vide le processus électoral de sa substance pluraliste et démocratique, et transforme les listes en instrument pour garantir la loyauté politique et non pour exprimer la véritable volonté populaire, selon ce qu’ont déclaré certains membres du Mouvement civil lors de la conférence de presse tenue par le Mouvement le 26 mai 2025.
Dans un communiqué signé par plusieurs partis politiques, dont l’Alliance populaire socialiste, le Parti socialiste égyptien et les Socialistes révolutionnaires, ainsi que par plusieurs personnalités publiques et défenseurs des droits humains, parmi lesquels l’avocat Khaled Ali, Amr Hashem Rabie, membre du conseil des administrateurs du Dialogue national (forum de concertation lancé à l’initiative du président Abdel Fattah Al-Sissi en 2022), et Gamal Zahran, professeur d’économie et de sciences politiques et ancien député, les signataires ont estimé que les exclusions constituent une agression flagrante contre l’essence même de la démocratie, une tentative systématique de raser la vie politique et de transformer les élections en un rituel de façade qui embellit le visage du despotisme sans exprimer la volonté du peuple.
Le communiqué a rappelé l’époque de l’ancien président Mohamed Hosni Moubarak, aujourd’hui décédé, lorsque le pouvoir pensait en 2010 (lors de législatives dont l’opposition avait été presque entièrement écartée) que l’exclusion de l’opposition était un gage de sécurité, avant que la colère n’explose en janvier 2011, selon le communiqué.
Le communiqué a précisé que l’exclusion de candidats de toutes appartenances prouve que la crise ne tient pas aux noms mais au principe lui-même : ce que l’on veut, c’est un Parlement sans opposition, une arène sans critique et une scène sans vie ; mais celui qui cherche à tuer la politique ne l’abolit pas, il la pousse vers la rue, la colère et le désespoir, car lorsque les portes de la démocratie se ferment, les fenêtres de l’explosion s’ouvrent.

Des résultats d’analyse contradictoires venant du même laboratoire
Le tribunal compétent a rejeté, le 21 octobre 2025, le recours présenté par le candidat Mohamed Abdel Halim, membre du Parti de l’alliance populaire socialiste, contre la décision de l’exclure des listes provisoires des candidats aux élections de la Chambre des représentants dans la circonscription de Mansourah-ville, rendant son exclusion définitive et insusceptible de recours.
Dans un communiqué publié après le jugement, sa campagne a affirmé rester « attachée à la voie juridique et démocratique jusqu’à la récupération du droit de se porter candidat et de participer aux élections ». Abdel Halim avait eu la surprise d’être exclu des listes provisoires au motif de « consommation de stupéfiants », selon ce que lui avait notifié l’instance compétente, sans qu’aucun document officiel ne soit joint pour préciser les détails de l’accusation ou lui permettre d’exercer son droit de se défendre.
Abdel Halim s’est aussitôt rendu de nouveau dans les laboratoires du ministère de la Santé, l’instance même qui avait effectué la première analyse, pour demander un nouveau test sans révéler sa qualité de candidat ; le nouveau résultat, revêtu du sceau de l’aigle, le sceau officiel de l’État égyptien, a démenti de manière catégorique toute consommation de stupéfiants.
Cette contradiction entre deux résultats émanant de la même instance a provoqué une vague de controverse dans les milieux politiques et juridiques : l’avocat et défenseur des droits humains Khaled Ali y a vu un scandale de résultats d’analyse contradictoires provenant des mêmes laboratoires, et a conseillé, s’il existe une volonté de l’exclure, de se contenter de l’exclusion sans salir sa réputation et son honneur de cette manière.
Outre l’exclusion de Haitham El-Hariri et de Mohamed Abdel Halim, l’avocat Mohamed Abou El-Diyar, ancien porte-parole officiel de la campagne du candidat à la présidentielle Ahmed Tantawy (ancien député qui avait tenté de se présenter contre Abdel Fattah Al-Sissi en 2023), a eu la surprise de voir son nom supprimé de la base de données des électeurs, ce qui l’a empêché de se porter candidat ou d’exercer ses droits politiques, bien qu’il dispose d’un certificat officiel délivré deux mois plus tôt seulement attestant l’inscription de son nom dans cette même base lors des élections sénatoriales.
Le tribunal administratif a rejeté le recours présenté par Abou El-Diyar contre la décision de l’exclure, en s’appuyant sur un jugement rendu par défaut en février 2024 le condamnant à un an de prison avec travaux et à une caution de 20 000 livres pour suspendre l’exécution de la peine, dans l’affaire n° 16336 de 2023 (délits, Matariya), renvoyée par le parquet suprême de la sûreté de l’État et connue dans les médias sous le nom d’« affaire des procurations d’Ahmed Tantawy » (les formulaires de parrainage imprimés par ses partisans en 2023).

De l’exclusion à la réserve
Alors que l’Autorité nationale des élections a accepté le recours présenté par Ahmed El-Sherbiny, membre du parti Al-Dostour et candidat au sein de l’alliance « La Voie libre », après son exclusion de la liste provisoire au motif qu’il « fait toujours partie de la réserve des forces armées », elle a en revanche rejeté le recours présenté par Haitham El-Hariri, membre du Parti de l’alliance populaire socialiste, malgré le document officiel présenté par l’équipe de défense d’El-Hariri, à savoir le certificat officiel d’exemption délivré par le ministère de la Défense conformément aux dispositions de la loi n° 127 de 1980.
Quant à l’ancien député Haitham El-Hariri, qui avait occupé un siège parlementaire pendant la législature 2015-2020 et s’était présenté aux élections suivantes avec les mêmes documents, officiellement validés à l’époque, atteignant le second tour, comme il l’affirme dans son entretien avec nous, il a eu la surprise cette année d’être exclu des listes provisoires, puis de voir son recours rejeté au motif de « non-accomplissement du service militaire », bien qu’il dispose d’un certificat d’exemption officiel délivré par les forces armées.
Des responsables politiques et des défenseurs des droits humains y voient une contradiction flagrante entre les deux cas, qui reflète un double standard dans le traitement des recours électoraux, d’autant que les deux candidats ont présenté des documents délivrés par des instances officielles.
El-Hariri exprime son rejet catégorique de la décision de l’exclure des listes provisoires des candidats aux élections de la Chambre des représentants, qualifiant le jugement de décision qui « ne représente pas la justice et ne reflète aucune équité politique ou juridique ».
El-Hariri déclare à Zawia3 : « Il est politiquement inacceptable qu’une famille entière soit empêchée d’exercer son droit politique de se porter candidate sans aucun jugement ni crime. Est-il concevable que mes enfants et mes petits-enfants soient exclus à l’avenir simplement parce que j’ai été dispensé du service militaire ? Aucune Constitution ni aucune loi ne le permet, et c’est contraire aux principes les plus élémentaires de la justice. »
En réponse, le comité central du Parti de l’alliance populaire socialiste a voté à l’unanimité la proposition de se retirer des élections de la Chambre des représentants, lors d’une session baptisée « session Haitham El-Hariri et Mohamed Abdel Halim », en hommage aux deux candidats du parti exclus de la course électorale.
Le parti a précisé, dans un communiqué publié à l’issue de la réunion et dont Zawia3 a obtenu une copie, que la décision de retrait a été prise pour protester contre ce qu’il a qualifié de « violations massives » ayant entaché le processus électoral, au premier rang desquelles l’exclusion délibérée des candidats d’opposition et indépendants, estimant que ce qui s’est passé reflète l’absence de justice et d’égalité des chances et réduit les élections à une procédure formelle qui n’exprime pas la volonté populaire.
La crise de l’exclusion d’El-Hariri remonte à une interprétation juridique liée au service militaire : diplômé de la faculté d’ingénierie en 1999, il s’est présenté pour accomplir son service, mais le ministère de la Défense l’en a dispensé par une décision officielle du ministre compétent, conformément aux prérogatives prévues par l’alinéa 4 de l’article 6 de la loi sur le service militaire, qui permet de dispenser certaines catégories « pour des nécessités liées à l’intérêt général et à la sécurité nationale », selon ce qu’a rapporté l’avocat et défenseur des droits humains Khaled Ali.
Khaled Ali cite le jugement rendu auparavant par la juridiction administrative de Beni Souef dans une affaire similaire, où elle a jugé que « la décision de la commission d’exclure le candidat est dépourvue de motif valable en droit et en fait et constitue une violation flagrante de la loi, ce qui impose son annulation et la rectification de la situation par l’inscription du nom du candidat sur la liste définitive des élections au Sénat de 2025, avec exécution du jugement sur minute, sans signification ».
Commentant l’exclusion d’El-Hariri et le rejet de son recours, l’avocat et défenseur des droits humains Negad El-Borai déclare à Zawia3 que la dispense du service militaire ne prive pas le citoyen de ses droits constitutionnels de se porter candidat et de voter, car le candidat s’est mis à la disposition des forces armées et sa dispense ne relevait pas de sa volonté mais d’une décision de l’autorité militaire compétente, ce qui le place dans la situation d’un « exempté légalement » du service. Il fait remarquer, ironique, que tout cela arrive « par hasard » à un député d’opposition issu d’un parti de gauche.
Haitham El-Hariri est le fils du défunt dirigeant ouvrier Abou El-Ezz El-Hariri, l’une des figures les plus marquantes du mouvement socialiste en Égypte et l’un des fondateurs du Parti de l’alliance populaire socialiste.
Abou El-Ezz El-Hariri a été élu député à l’Assemblée du peuple à plusieurs reprises depuis les années 1980 et s’est fait connaître par son audace face à la corruption et sa défense des droits des pauvres et des ouvriers. Connu pour son discours franc et ses critiques acerbes des gouvernements successifs, il a été la cible de poursuites sécuritaires : il a été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises en raison de son activité politique et de sa défense des libertés syndicales et de la justice sociale.

Un précédent dangereux dans l’histoire parlementaire
De son côté, Zohdi El-Shami, vice-président du Parti de l’alliance populaire socialiste, qualifie l’exclusion de plusieurs candidats du courant civil démocratique des listes électorales de « scandale politique et juridique dans toute sa dimension », estimant que ce qui est arrivé à l’ancien député Haitham El-Hariri « constitue un précédent dangereux dans l’histoire électorale égyptienne », d’autant qu’il s’était déjà présenté deux fois avec les mêmes documents, remportant à l’une de ces occasions un siège au Parlement, sans que sa situation ne suscite la moindre observation juridique.
El-Shami indique à Zawia3 que le Parti de l’alliance populaire « paie le prix de ses récentes positions politiques », qu’il s’agisse de son boycott du Dialogue national ou de sa position lors de la dernière élection présidentielle, où il avait brandi le slogan « Deux mandats, ça suffit », en demandant au président Abdel Fattah Al-Sissi de ne pas se présenter pour un troisième mandat, et en affirmant que les deux mandats précédents avaient connu une nette dégradation de la situation politique et économique.
Pour sa part, Ahmed El-Sherbiny, membre du parti Al-Dostour et candidat au sein de l’alliance « La Voie libre », estime que l’acceptation de son recours contre son exclusion des listes provisoires des candidats à la Chambre des représentants représente « la correction d’une situation qui soulevait des points d’interrogation et d’exclamation », expliquant que la justification de son exclusion, à savoir son « maintien dans la réserve des forces armées », reflète, selon ses termes, « une interprétation extensive du texte juridique que le législateur n’a pas voulue ».
El-Sherbiny déclare à Zawia3 qu’il a accompli son service militaire pendant 14 mois et obtenu un certificat de bonne exécution du service en tant que simple soldat, affirmant que sa situation juridique est « tout à fait saine et ne contredit pas les conditions de candidature », puisque la Constitution dispose expressément que le candidat doit avoir accompli le service militaire ou en avoir été légalement exempté, sans aucune mention de la situation de « réserve » ou d’un éventuel rappel.
Il ajoute que le maintien des noms de certains appelés dans la réserve après la fin du service est « une procédure de routine qui concerne tous ceux qui ont accompli leur service militaire », estimant qu’en faire un prétexte d’exclusion constitue « une interprétation inconstitutionnelle », car la plupart de ceux qui accomplissent leur service ne sont pas rayés de la réserve pendant les neuf années légales, ce qui signifie, selon lui, « priver une large partie des jeunes de leur droit constitutionnel de se porter candidats aux élections ».
Dans ce contexte, le parti Al-Adl (Justice) a exprimé son rejet de l’exclusion de plusieurs candidats des élections de la Chambre des représentants, affirmant que cette mesure contredit les principes de la Constitution égyptienne et le droit des citoyens à la participation politique, à la candidature et au vote sans discrimination ni arbitraire.
Le parti a rejeté ce qu’il considère comme une interprétation étroite, adoptée par l’Autorité nationale des élections, du précédent arrêt de la Haute Cour administrative, sur lequel elle s’est appuyée pour exclure plusieurs candidats considérés comme proches de l’opposition, parmi lesquels l’ancien député Haitham El-Hariri et le candidat du parti dans la circonscription de Menouf-Sadate, Abdel Rahman Farghali, au motif de leur dispense du service militaire. Le parti a conclu son communiqué en appelant à revoir cette orientation, afin de préserver le principe d’égalité et d’égalité des chances consacré par la Constitution et de garantir des élections intègres et pluralistes qui expriment la véritable volonté des citoyens.

Exclure des candidats précis : « tordre le bras de la loi »
L’avocat et défenseur des droits humains Malek Adly estime que la décision de l’Autorité nationale des élections d’exclure des candidats des dernières élections de la Chambre des représentants « pose une question essentielle : l’Autorité nationale des élections a-t-elle le droit d’exclure des candidats précis ? La réponse est non ». Adly explique à Zawia3 que « ce qui s’est passé relève d’un ciblage politique et d’une élimination de plusieurs candidats d’opposition, sur la base d’interprétations qui n’ont aucun fondement dans la loi, la Constitution ou les arrêts de la Haute Cour administrative ».
L’avocat ajoute que la Constitution égyptienne, en fixant les conditions de candidature à la Chambre des représentants, a prévu quatre conditions seulement : « que le candidat ait au moins 25 ans, qu’il ait la nationalité égyptienne, qu’il soit titulaire au minimum du certificat de fin d’enseignement de base, et qu’il remplisse les autres conditions fixées par la loi sur la Chambre des représentants ».
Il explique que la loi sur la Chambre des représentants a ajouté une seule condition, relative au service militaire, en exigeant que le candidat « ait accompli le service militaire ou en ait été légalement exempté », conformément aux dispositions de la loi sur le service militaire n° 127 de 1980.
Adly poursuit : cette loi, en son article 6, alinéa d), donne au ministre de la Défense le pouvoir de dispenser certaines catégories du service militaire pour les besoins de l’intérêt général ou de la sécurité nationale. Cela signifie, explique-t-il, qu’il existe des cas où l’État peut estimer qu’il est dans l’intérêt général qu’une personne précise ne soit pas enrôlée, comme les champions sportifs, les scientifiques ou les pionniers qui représentent l’Égypte dans des domaines internationaux.
Il ajoute : « Des personnes peuvent aussi être dispensées pour des raisons politiques ou sécuritaires, par exemple le fils d’un opposant politique de premier plan ou un opposant lui-même, un homme marié à une étrangère, ou quelqu’un dont on craint que la présence au sein de l’institution militaire ne pose des problèmes sécuritaires ou politiques ; dans ce cas, le ministère de la Défense prend une décision de dispense du service militaire pour les besoins de l’intérêt général ou de la sécurité nationale. »
L’avocat précise que ces décisions sont prises au cas par cas et ne constituent pas une règle générale, affirmant que « l’armée peut, dans certains cas, accepter des personnes ayant une activité politique, comme le militant Mohamed Adel, du Mouvement du 6-Avril, qui a effectué son service militaire malgré les affaires politiques le visant, ce qui montre que la question relève de l’appréciation du seul ministre de la Défense ».
Adly indique que certaines personnes lésées par les décisions de dispense du service militaire se sont tournées vers la justice administrative pour en demander l’annulation, mais la Haute Cour administrative a rejeté ces recours, estimant qu’elles n’avaient « aucun intérêt à agir », car la décision d’exemption ou de dispense du service ne retire aucun droit civil ou politique et n’entraîne la privation d’aucun avantage dont jouissent les citoyens ayant accompli le service militaire.
Il ajoute que la Cour l’a démontré en relevant que le certificat d’exemption délivré par les forces armées est un document officiel valable pour la nomination dans la fonction publique ; la personne dispensée peut donc être nommée dans la magistrature, dans le corps diplomatique ou à l’Organisme central des comptes (la Cour des comptes égyptienne), occuper le poste de gouverneur de la Banque centrale, voire devenir ministre ou Premier ministre.
Il poursuit : « Par conséquent, affirmer que cette personne ne peut pas se présenter à la Chambre des représentants seulement, et à aucune autre fonction, ne tient ni juridiquement ni logiquement, et constitue une manière de tordre le bras de la loi pour priver des personnes précises de candidature. » Il affirme que cette méthode de « manipulation et de jeu avec les textes juridiques » mêle le nom du ministère de la Défense à des questions dont il se tient lui-même à l’écart.
L’avocat explique : « Le ministère a le droit d’estimer qu’il est dans l’intérêt général ou sécuritaire de ne pas enrôler des personnes ayant des appartenances politiques, et cela se comprend, mais on ne peut pas s’en servir ensuite pour les priver de leurs droits politiques, car la loi ne le prévoit pas. »
Adly précise que les seuls cas où les intéressés sont empêchés de se porter candidats ou d’occuper des fonctions publiques sont ceux définis par la décision du ministre de la Défense n° 115 de 1981, qui prévoit la dispense de l’enrôlement de toute personne reconnue coupable de crimes graves comme le viol, l’attentat à la pudeur, le vol avec violence, la pratique de la débauche ou de ce que le texte appelle la « déviance » (l’homosexualité), ou ayant déjà été condamnée dans des affaires pénales ou politiques. Il ajoute que les dossiers de ces personnes sont soumis à une commission comprenant des représentants du renseignement militaire, des enquêtes militaires et de la direction du recrutement avant que la décision de dispense ne soit prise.
Adly souligne que ces personnes sont naturellement privées du droit de se porter candidates, car les jugements rendus contre elles sont inscrits au casier judiciaire (appelé « fiche » en Égypte), et elles ne peuvent recouvrer leurs droits politiques qu’après un jugement définitif de réhabilitation.

Le point de départ
Dans ses deux jugements interdisant la candidature d’El-Hariri et d’Abdel Halim, le tribunal administratif s’en est tenu au principe établi par la Haute Cour administrative lors des dernières élections sénatoriales, qui consiste à refuser la candidature aux assemblées parlementaires des personnes dispensées du service militaire. En juillet 2025, alors que débutaient les préparatifs des élections au Sénat, la Haute Cour administrative a confirmé la décision de l’Autorité nationale des élections d’exclure trois candidats du parti Al-Nour au motif de leur dispense du service militaire, un précédent considéré comme le premier du genre dans l’histoire électorale égyptienne.
Bien que les trois candidats aient présenté la preuve qu’ils s’étaient présentés pour accomplir le service militaire, l’Autorité s’est fondée dans sa décision sur l’alinéa 4 de l’article 6 de la loi sur le service militaire et national n° 127 de 1980, qui autorise le ministre de la Défense à dispenser certaines catégories « pour des nécessités liées à l’intérêt général ou à la sécurité nationale ».
Le 14 juillet 2025, le tribunal administratif du gouvernorat de Beni Souef avait rendu un jugement acceptant le recours présenté par le Dr Ahmed Yahia Wazir, secrétaire du parti Al-Nour dans le gouvernorat et candidat du parti au siège individuel pour les élections au Sénat, en affirmant son droit à revenir sur les listes définitives des candidats sur la base des articles 6 et 7 de la loi sur le service militaire n° 127 de 1980 ; mais l’Autorité nationale des élections a contesté ce jugement devant la Haute Cour administrative, qui a rendu le 16 juillet son arrêt (dont Zawia3 a pu consulter le texte) excluant le candidat de Beni Souef de la liste définitive des candidats, au motif qu’il ne remplissait pas la condition d’avoir accompli le service militaire ou d’en avoir été exempté.
Le jugement de Beni Souef avait ainsi consacré un principe juridique selon lequel la dispense accordée par une décision officielle du ministre de la Défense ne constitue pas une soustraction au service militaire et ne prive pas le citoyen de ses droits constitutionnels de se porter candidat et de voter.
Dans ce contexte, l’avocat et défenseur des droits humains Yasser Saad estime que les décisions de l’Autorité nationale des élections excluant certains candidats ont élargi de manière injustifiée l’interprétation des textes juridiques relatifs au service militaire, ce qui est contraire à la jurisprudence administrative constante depuis avant 2011.
Saad explique à Zawia3 : « Les arrêts de la Haute Cour administrative étaient très clairs à ce sujet : ce que l’on entend par la présentation d’un document attestant de la situation militaire, c’est que le citoyen se soit présenté au service de recrutement dans le délai légal. Même s’il a dépassé l’âge de trente ans ou reporté sa situation, puis l’a régularisée ultérieurement par une transaction, il conserve le droit de se porter candidat aux élections. »
Il ajoute que l’extension à laquelle a recouru l’Autorité ne repose sur aucun fondement juridique ou constitutionnel, et constitue au contraire une restriction d’un droit fondamental, le droit de se porter candidat et de participer à la vie politique, soulignant que l’exclusion d’un candidat qui a déjà été membre du Parlement « révèle que l’Autorité agit selon des instructions claires qui dépassent la loi ».
Saad estime en conclusion que le prochain Parlement sera un Parlement de représentation du président, en préparation de l’approbation de nouveaux amendements constitutionnels lui permettant un mandat présidentiel supplémentaire, et que ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est qu’une scène préparatoire à la production d’un tel Parlement.

Indignation politique : l’exclusion, une menace pour la démocratie
De son côté, Walid El-Amari, porte-parole du Mouvement civil démocratique, estime que l’exclusion de plusieurs candidats de l’opposition était « une scène attendue et arrangée à l’avance », affirmant que le pouvoir « ne veut d’aucune forme de contrôle ni de l’existence de véritables alternatives politiques ».
El-Amari ajoute auprès de Zawia3 que « le gouvernement cherche depuis le début à réduire le rôle de contrôle exercé par l’opposition, aussi limité soit-il, surtout après la montée de la tension populaire et du mécontentement à l’égard de l’action du gouvernement et du Parlement lors de la législature précédente ». Il souligne que le refus du pouvoir de modifier la loi électorale ou le découpage des circonscriptions de manière à offrir des chances égales de compétition reflète sa volonté d’exclure les voix d’opposition de l’ensemble de la scène politique.
Il ajoute : « Même lorsque les partis du Mouvement civil ont décidé de se présenter aux sièges individuels malgré la difficulté de la compétition, on ne leur a même pas permis une participation symbolique. Il ne s’agit pas de gagner des sièges, mais simplement d’exister et de faire face, et c’est ce que le pouvoir n’a pas accepté. »
El-Amari a conclu en affirmant que ce qui se passe montre clairement que le pouvoir ne veut ni contrôle ni alternatives politiques, ni même des cadres d’opposition qui pourraient être présentés à l’avenir comme des concurrents potentiels.
De son côté, Elham Eidarous, mandataire des fondateurs du parti Pain et Liberté (en cours de fondation), a exprimé sa vive inquiétude face à la vague d’exclusions qui a touché plusieurs candidats de l’opposition, dont Haitham El-Hariri à Alexandrie et Mohamed Abdel Halim à Mansourah, affirmant que « ce qui se passe porte directement atteinte au droit à la participation politique et révèle une utilisation non neutre des outils de l’État ».
Eidarous estime, dans son entretien avec Zawia3, que l’exclusion du candidat Mohamed Abdel Halim sur la base d’un « test de dépistage de drogue » positif, démenti ensuite par une analyse officielle des laboratoires du ministère de la Santé, « suscite l’inquiétude quant à l’utilisation des organes de l’État dans des conflits électoraux », soulignant que « le plus grave réside dans l’utilisation d’interprétations vagues et élastiques de la notion d’exemption du service militaire ».
Elle ajoute que les cas d’exclusion sécuritaire du service militaire ne sont pas nouveaux, puisqu’ils apparaissaient auparavant dans le domaine de l’emploi et du travail, entre autres, car « on délivre depuis des années à des jeunes ayant une activité politique ou des opinions d’opposition des certificats d’exemption pour raisons de sécurité, sans qu’ils l’aient voulu », précisant que ces certificats « peuvent parfois nuire à leurs titulaires sur le marché du travail de manière informelle, mais qu’on ne peut pas s’en servir comme prétexte pour les priver de leur droit de se porter candidats ou de voter ».
Elle poursuit : « Si c’est l’institution militaire qui a décidé de me dispenser du service, cela ne signifie pas que j’ai manqué à mes devoirs de citoyenne. Comment peut-on punir des personnes parce que l’État lui-même a jugé bon de ne pas les enrôler ? »
Eidarous estime que le maintien de ces interprétations conduira à l’exclusion organisée des membres du courant démocratique et des opposants politiques à l’avenir, déclarant : « Nous sommes face à un critère étrange et juridiquement aberrant. La loi a clairement prévu que celui qui a accompli le service militaire ou en a été exempté jouit de l’intégralité de ses droits politiques ; l’important est qu’il ne s’y soit pas soustrait. Mais priver quelqu’un de candidature parce que l’institution a décidé de le dispenser, c’est inacceptable sur la forme comme sur le fond. »
Dans ce contexte, le Parti social-démocrate égyptien a exprimé son rejet et sa vive inquiétude face aux décisions de l’Autorité nationale des élections d’exclure plusieurs candidats, dont Haitham El-Hariri (circonscription de Moharram Bek).
Dans son communiqué, le parti estime que ces décisions ne reposent sur aucun texte de la loi sur l’exercice des droits politiques ou de la loi sur la Chambre des représentants, que l’Autorité nationale des élections n’en a cité aucun dans ses décisions et qu’il n’existe aucun précédent similaire dans l’histoire électorale égyptienne. Il est en effet notoire qu’un grand nombre de candidats, y compris des opposants et d’anciens membres de partis pro-gouvernementaux, ont obtenu des exemptions du service militaire pour des raisons de sécurité, se sont présentés aux élections et ont exercé leur mandat parlementaire sans que cela soit considéré comme un obstacle juridique ou électoral. Quant à la réserve militaire, elle n’a jamais été un motif d’exclusion de la candidature.
Selon les sources, politiques ou juridiques, qui se sont exprimées dans cette enquête, le dossier des élections législatives de 2025 est marqué par une exclusion systématique des candidats de l’opposition, qui témoigne de la profondeur de la crise démocratique en Égypte et montre comment les interprétations extensives des textes juridiques peuvent être utilisées comme outil pour réduire la participation politique et museler les voix critiques. Ce qui place le processus électoral face à un défi fondamental : prouver son intégrité et son pluralisme.
