Déclaration de Zawia3 : sur le blocage de notre site en Égypte, le journalisme et le droit du public à l’information

Si certains voient dans le blocage une fin, nous y voyons le début d’une bataille plus large, une bataille pour le droit à l’information, la liberté de la presse et l’indépendance de la vérité vis-à-vis de tout pouvoir qui tenterait de la monopoliser.

Zawia3

Mise à jour (octobre 2026) : nous avons lancé l’application Zawia3 sur Google Play, dans le cadre de notre plan pour faire face au blocage. Téléchargez l’application, ou découvrez tous les moyens de nous lire malgré le blocage.

Cela a commencé par un murmure, comme une ombre qui passe vite sans que personne ne la remarque : certains utilisateurs avaient du mal à accéder à Zawia3. Au début, ce n’était pas clair : les plaintes semblaient éparses, sans lien entre elles. Mais peu à peu, un schéma s’est dessiné : le réseau Vodafone a été le premier à appliquer le blocage, puis d’autres réseaux ont suivi, certains fermant complètement la porte, d’autres la laissant entrouverte, laissant passer parfois puis bloquant à d’autres moments, comme si tout était laissé au hasard. Mais ce n’était pas le cas.

L’inquiétude n’était pas une simple hypothèse. Dans la nuit du 15 février, le blocage a commencé. Mais nous ne nous sommes pas précipités vers des conclusions hâtives, fidèles à notre habitude de recueillir les informations et de les analyser avant de les présenter au public une fois confirmées. Nous avons examiné le site, cherché d’éventuelles défaillances techniques, contacté des experts indépendants. Jusqu’à la nuit du 19 février, où la confirmation définitive est tombée : Zawia3 a été bloqué en Égypte. Ce n’était pas le résultat d’une erreur technique, mais une décision prise quelque part, par une instance qui nous est inconnue et qui a jugé que ce que nous proposons n’était plus le bienvenu.

Comment bloque-t-on un site ? Et pourquoi l’accès réussit-il parfois ?

Lorsque l’interdiction est imposée, elle n’est pas toujours absolue, ni appliquée avec la même netteté sur tous les réseaux. Elle ne s’exécute pas d’un simple clic, mais selon des mécanismes variables, comme si certains réseaux hésitaient, ou recevaient des instructions incomplètes.

Le blocage a été mis en œuvre au moyen de la technique de l’« attaque par réinitialisation » (Reset Attack), une méthode qui ne ferme pas ouvertement le site, mais coupe la connexion chaque fois que l’utilisateur tente d’y accéder. Comme si une main invisible intervenait à chaque tentative de connexion, la laissant commencer avant de l’interrompre brusquement. Ce mécanisme fait de l’accès au site une sorte de jeu de hasard : il réussit parfois, et échoue le plus souvent. L’efficacité du blocage varie selon les réseaux, et c’est pourquoi certains peuvent accéder au site tandis que d’autres en sont empêchés. Mais ce n’est pas un hasard : c’est une ingénierie conçue pour en avoir l’air.

Qui choisit pour le public ce qu’il doit lire ?

Qu’est-ce qui pousse une instance à décider qu’un site journalistique ne doit plus être accessible ? Quel danger y a-t-il à ce que les gens disposent de plus d’un angle de vue ? Quelle menace représentent la vérification, la rigueur et le professionnalisme ?

Nous ne sommes pas les premiers à connaître ce sort, et nous ne serons pas les derniers. La liste des sites bloqués est longue, et certains n’ont même pas de position politique claire. Ce qui les réunit, c’est que quelqu’un a choisi, au nom du public, que ces espaces ne devaient pas être lus, ne devaient pas parvenir à leurs lecteurs, ne devaient pas exister.

Mais le blocage n’est pas une simple mesure technique : c’est une décision philosophique, une prise de position sur ce que signifie le savoir et ce que signifie la vérité. Quand on interdit un site, il ne s’agit pas seulement de l’empêcher d’apparaître, mais de redéfinir ce qu’il est possible de dire, ce qu’il est permis de penser et ce que les gens peuvent savoir.

Nous sommes là, et nous resterons

Nous sommes des journalistes. Nous croyons que le journalisme n’est pas un privilège accordé par un pouvoir, ni une voix que l’on fait taire en fermant une fenêtre. Notre travail repose sur la rigueur, la vérification et l’indépendance, et ce sont des valeurs qui ne peuvent pas être bloquées. Notre site peut être empêché d’apparaître en Égypte, mais la vérité ne peut être interdite à qui la cherche.

Nos lecteurs méritent un journalisme de qualité, qui mérite d’être lu et respecté. C’est pourquoi nous continuerons à travailler et trouverons les moyens de garantir notre continuité, que ce soit par de nouveaux noms de domaine, des plateformes alternatives ou tout autre moyen nous permettant de faire notre travail comme il se doit.

Si certains voient dans le blocage une fin, nous y voyons un commencement plus vaste, au nom du droit à l’information, de la liberté de la presse et de l’indépendance de la vérité face à toute tentative de monopole.

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