Expulsions de Soudanais d’Égypte : des accusations de remise forcée aux lignes de front

Des centaines de réfugiés soudanais sont expulsés de force d’Égypte, sur fond d’accusations d’un accord sécuritaire avec le Soudan visant à les contraindre à combattre.

Salma Mourad

Au cours des trois derniers mois, depuis mai 2025, le rythme des arrestations de réfugiés soudanais en Égypte s’est nettement accéléré, en particulier au Caire et dans certaines villes frontalières comme Assouan, Louxor, Halaïb et Chalatine. Ces arrestations se sont accompagnées de décisions d’expulsion forcée, qui ont suscité de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains, et soulevé des questions sur le respect par Le Caire de ses engagements au titre de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.

Mais ce qui a encore attisé la controverse, c’est la fuite d’informations émanant de militants soudanais et de sources politiques, faisant état d’un accord non déclaré entre le président du Conseil de souveraineté soudanais, Abdel Fattah al-Burhan, et certains services de sécurité égyptiens, prévoyant l’expulsion de jeunes Soudanais d’Égypte afin de les réenrôler dans les rangs de l’armée soudanaise, qui mène depuis 2023 une guerre ouverte contre les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Cet accord aurait été conclu à la demande d’al-Burhan, qui s’est rendu au Caire début mai 2025 et a conclu une coordination sécuritaire avec les autorités, selon ce qu’ont révélé des sources officielles.

Dans le contexte du conflit armé catastrophique au Soudan, où de vastes régions se sont transformées en champs de bataille dévastés, le renvoi forcé de réfugiés vers ce pays devient une question qui suscite une inquiétude internationale croissante. Des témoignages recueillis auprès de sources de défense des droits humains en Égypte et de réfugiés soudanais indiquent que des dizaines, voire des centaines, de jeunes hommes arrêtés au cours des derniers mois subissent des pressions et sont expulsés sans aucune couverture juridique, face à un destin incertain.

 

 

Le prisonnier atteint d’un cancer

Depuis le 7 juillet 2025, les autorités égyptiennes détiennent le demandeur d’asile soudanais Al-Nour Mahdi Moussa Adam, âgé de 19 ans et officiellement enregistré auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), malgré son état de santé critique : il a commencé un traitement contre un lymphome (cancer des ganglions lymphatiques) de stade 4, selon les déclarations de sa famille.

Al-Nour a été arrêté le jour même où il recevait sa première séance de chimiothérapie, environ deux mois après son arrivée en Égypte, où il avait fui l’enfer de la guerre qui fait rage dans son pays et l’effondrement du système de santé là-bas. C’est ce qui l’a conduit à déposer une demande d’asile officielle, en vertu de laquelle il a obtenu une carte de demandeur d’asile délivrée par le HCR, valable jusqu’en mai 2026, comme l’affirme sa famille à la « Plateforme des réfugiés en Égypte » (Refugees Platform in Egypt).

Bien que sa famille ait remis l’ensemble des documents juridiques au poste de police d’El-Talbiya, dans le gouvernorat de Gizeh, y compris sa carte de demandeur d’asile et les rapports médicaux prouvant qu’il suit un traitement, les autorités continuent de le détenir et l’empêchent de recevoir la deuxième dose de son traitement, prévue le 21 juillet 2025. Sa famille a même été informée de l’existence d’une décision d’expulsion forcée vers le Soudan, en violation manifeste de la loi égyptienne et des conventions internationales qui interdisent le refoulement des demandeurs d’asile.

L’organisation de défense des droits humains « Madad » a toutefois indiqué par la suite qu’Al-Nour Mahdi avait été libéré pendant la préparation de cet article.

La « Plateforme des réfugiés en Égypte », une organisation de défense des droits qui suit la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile, affirme que le cas d’Al-Nour « n’est pas un cas isolé », mais qu’il représente « le prolongement de vastes campagnes sécuritaires » menées par les autorités égyptiennes au cours des deux dernières années, ciblant tout particulièrement les réfugiés soudanais. Elle précise que ces campagnes ont comporté des arrestations arbitraires dans la rue et à domicile, la détention de milliers de personnes sans fondement juridique et l’expulsion de réfugiés enregistrés, parmi lesquels des enfants, des malades et des personnes âgées, dont certains sont morts en détention.

Dans ce contexte, la « Plateforme » a demandé aux autorités égyptiennes, dans un communiqué officiel, « la libération immédiate et inconditionnelle d’Al-Nour Mahdi », l’arrêt de toute procédure d’expulsion à son encontre et la garantie qu’il puisse poursuivre son traitement médical urgent. Elle a également appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de son arrestation et de la poursuite de sa détention, malgré les documents juridiques et médicaux en sa possession qui confirment son statut de malade et de réfugié en situation régulière.

Par ailleurs, la Plateforme a lancé un appel au HCR pour qu’il intervienne d’urgence et assure le suivi juridique de l’affaire, Al-Nour étant un demandeur d’asile enregistré auprès de lui, à qui il incombe d’assurer sa protection et de garantir qu’il ne soit pas expulsé et que sa vie ne soit pas mise en danger.

Dans un contexte connexe, des témoins oculaires ayant parlé à Zawia3 ont rapporté que des campagnes sécuritaires ponctuelles ont été menées ces derniers jours (fin juillet 2025) dans les quartiers d’El-Haram et de Fayçal, dans le gouvernorat de Gizeh, ainsi que dans la ville du 6-Octobre, aboutissant à l’arrestation de dizaines de Soudanais, dont des femmes et des enfants. Selon les témoignages que nous avons recueillis, les arrestations ont eu lieu à l’improviste, à l’intérieur d’appartements ou alors que les réfugiés se trouvaient dans la rue ou dans les transports en commun, sans qu’ils soient informés des raisons claires de leur détention ni autorisés à contacter des avocats ou leurs proches. Certains témoins ont indiqué que les services de sécurité ont transféré les personnes arrêtées vers des lieux de détention non déclarés avant d’engager des procédures d’expulsion à l’encontre de certaines d’entre elles, ce qui a semé l’inquiétude et la panique parmi les réfugiés soudanais résidant dans ces zones, dont beaucoup vivent dans des conditions humanitaires difficiles depuis le déclenchement de la guerre au Soudan.

Nour Khalil, directeur de la Plateforme des réfugiés, affirme à Zawia3 à ce sujet que les arrestations de réfugiés soudanais s’inscrivent dans un schéma systématique d’interpellations et de détentions arbitraires les visant en Égypte. Il ajoute : « À la Plateforme, nous avons recensé, au cours des deux dernières semaines seulement [mi-juillet 2025], l’arrestation de dizaines d’entre eux dans le seul quartier d’El-Talbiya, rue Fayçal, dans le gouvernorat de Gizeh, dont certains détiennent des documents officiels du HCR ; ils ont été retenus au poste de police sans que leurs avocats soient autorisés à communiquer avec eux. »

Nour Khalil affirme que certains détenus ont subi des violations, sous forme de mauvais traitements et de détention dans des conditions inhumaines, et que la police a refusé d’informer les familles du sort de leurs proches. Il souligne que la Plateforme suit avec une inquiétude croissante ce qui semble être une politique d’expulsion systématique visant les demandeurs d’asile soudanais, sans égard pour leur situation médicale ou juridique, ajoutant : « Il y a une escalade dangereuse qui exige une intervention directe du Haut-Commissariat pour les réfugiés et des organisations de défense des droits humains pour mettre fin à ces violations avant qu’elles ne s’aggravent davantage. »

Des campagnes d’arrestations croissantes et des expulsions opaques

Depuis janvier 2025, la Plateforme des réfugiés en Égypte a recensé des dizaines d’arrestations de réfugiés soudanais, allant de jeunes hommes résidant légalement à d’autres ne disposant pas de papiers officiels, en passant par des malades qui suivaient un traitement dans des hôpitaux du Caire. Des observateurs affirment que nombre de ces arrestations ont visé des personnes titulaires de documents d’enregistrement auprès du HCR ou en situation régulière dans le pays.

Ces pratiques ne sont pas nouvelles : elles avaient également été documentées par Amnesty International, qui a publié en juin 2024 une déclaration mettant en garde contre « une campagne d’arrestations et d’expulsions massives illégales » visant les Soudanais, affirmant qu’au moins 800 Soudanais avaient été expulsés de force au premier semestre 2024. Par ailleurs, des estimations non officielles indiquent que le nombre de personnes expulsées au seul premier trimestre 2025 a dépassé ce chiffre, avec des cas d’expulsion enregistrés dans différents quartiers du Grand Caire, notamment dans la ville du 6-Octobre, à El-Obour et au Moqattam.

De même, l’Association des avocats du Darfour a signalé, en novembre 2024, l’expulsion forcée de réfugiés soudanais d’Égypte, les personnes expulsées souffrant de malnutrition et de maladies, certaines étant mortes après leur arrivée au Soudan ; l’Association avait alors tenu le HCR pour responsable de la situation humanitaire de ces réfugiés.

Dans le même contexte, un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) publié en juillet 2025 a fait état du retour d’environ 320 000 Soudanais dans leur pays depuis 2024, la plupart en provenance d’Égypte et du Soudan du Sud, précisant qu’ils sont rentrés dans des zones de conflit souffrant d’un effondrement quasi total des infrastructures et des services publics, comme Khartoum, Sennar et Al-Gezira.

Halim Heneish, consultant à la Plateforme des réfugiés, déclare à Zawia3 que la Plateforme a documenté, ces derniers temps, des dizaines de cas de réfugiés soudanais en Égypte détenus par les services de sécurité pour diverses raisons, certaines liées à l’absence de titre de séjour officiel, d’autres à des arrestations pour des faits de droit commun. Il précise que la majorité des personnes interpellées sont ensuite expulsées, ce que la Plateforme rejette catégoriquement, surtout dans la situation actuelle au Soudan.

Halim Heneish ajoute : « Parmi les cas que nous avons suivis récemment figure celui de Mohamed Al-Nour, qui suit un traitement contre le cancer en Égypte ; sa famille a remis tous les documents requis au poste de police, mais il n’y a eu aucune réaction positive des autorités concernées », estimant que cette affaire illustre l’absence de traitement humain de certains cas critiques.

Halim Heneish indique que l’une des principales raisons pour lesquelles la Plateforme s’oppose aux expulsions forcées vers le Soudan et vers d’autres pays comme l’Érythrée est que nombre de personnes expulsées sont ensuite contraintes de participer à des opérations d’enrôlement forcé, soulignant que la conscription obligatoire est toujours en vigueur au Soudan et qu’elle touche parfois des tranches d’âge élevées, allant jusqu’à 60 ans, selon ce qui a été observé.

Il poursuit : « De nombreux réfugiés qui ont fui vers l’Égypte l’ont fait pour échapper à l’engagement dans le conflit armé, que ce soit dans l’armée ou dans les milices ; certains sont partis avec leurs enfants et leurs jeunes filles précisément pour les empêcher de rejoindre un groupe armé. Mais avec l’expulsion forcée, ils se retrouvent exposés à un destin inconnu et à un enrôlement forcé qui peut commencer dès leur arrivée. »

Halim Heneish affirme que la Plateforme a déjà publié des rapports détaillés sur la dangerosité du renvoi forcé des Soudanais dans leur pays en pleine guerre, indiquant qu’elle entend poursuivre son travail de documentation et déposer les signalements juridiques nécessaires pour empêcher que cette pratique ne se poursuive, et appelant les autorités égyptiennes à respecter leurs engagements internationaux en matière de protection des réfugiés.

Expulser pour enrôler ?

Alors que les autorités égyptiennes gardent officiellement le silence, des informations relayées par des militants soudanais indiquent que les expulsions pourraient ne pas être une simple politique migratoire stricte, mais un outil utilisé pour remobiliser l’armée soudanaise, qui souffre d’un manque d’effectifs plus d’un an après le début de la guerre qui l’oppose aux Forces de soutien rapide.

Le militant soudanais Mamoun Juha, l’une des voix les plus en vue appelant à l’arrêt de la guerre, affirme à Zawia3 qu’il existe ce qu’il a qualifié de « complot évident » mené par al-Burhan en coordination avec l’ambassadeur du Soudan au Caire et des responsables sécuritaires égyptiens, consistant à livrer les jeunes qui fuient la guerre à l’institution militaire soudanaise afin de les jeter sur les lignes de front. Il ajoute : « Certains de ces expulsés étaient atteints d’un cancer, d’autres étaient des réfugiés sans abri, mais le régime soudanais a décidé de les sacrifier pour réduire le coût du recours à des mercenaires étrangers, comme les Tigréens et les Éthiopiens. »

Mamoun Juha va plus loin en accusant des réseaux de corruption liés à des acteurs au sein des armées égyptienne et soudanaise de tirer profit de ces accords, d’autant que certaines personnes expulsées sont employées dans des entreprises relevant de l’institution militaire soudanaise, sous couvert de mobilisation.

Dans le même sens, le chercheur et défenseur des droits humains soudanais Magdi Maken partage cet avis : il affirme que la principale raison des récentes campagnes d’expulsion de Soudanais d’Égypte tient à un accord non déclaré entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le président du Conseil de souveraineté soudanais Abdel Fattah al-Burhan, visant essentiellement à faciliter l’expulsion de jeunes Soudanais vers le Soudan en vue de leur enrôlement dans les rangs de l’armée soudanaise, alors que la guerre civile y fait rage.

Magdi Maken explique à Zawia3 que la guerre au Soudan exige un apport humain continu, devenu difficile à obtenir pour l’armée soudanaise en raison du recul de la réponse populaire aux appels à la mobilisation et à l’enrôlement dans les différentes régions, notamment au Darfour, au Kordofan et dans les régions du centre, du nord et de l’est. Il ajoute : « L’armée soudanaise souffre désormais d’une grave pénurie de ressources humaines, ce qui l’a poussée à chercher d’autres sources, et cet accord est apparu comme une solution pratique de son point de vue. »

Selon Magdi Maken, le plan a déjà commencé : tout jeune Soudanais résidant en Égypte, quels que soient sa situation juridique ou ses conditions humanitaires, est désormais exposé à l’arrestation et à l’expulsion forcée. Il explique que cette orientation n’est pas une simple mesure sécuritaire, mais qu’elle est soutenue par des groupes d’intérêts au sein des services de sécurité et de renseignement égyptiens, liés par des intérêts économiques directs à des entreprises relevant des armées égyptienne et soudanaise.

Magdi Maken conclut en indiquant que de nombreuses plaintes officielles ont déjà été documentées et transmises aux Nations unies et à d’autres institutions internationales, mais que la réponse reste à ce jour « faible et sans rapport avec l’ampleur des violations en cours ».

En mai 2025, le général d’armée Abdel Fattah al-Burhan s’est rendu au Caire, lors d’une visite qualifiée de « sécuritaire par excellence », au cours de laquelle il a rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et des responsables sécuritaires. Bien que le communiqué officiel ait mis l’accent sur « la coordination sécuritaire conjointe et le contrôle des frontières », le moment choisi pour cette visite et sa concomitance avec la hausse du rythme des arrestations de Soudanais ont renforcé l’hypothèse d’expulsions visant à contraindre les intéressés à participer aux combats.

D’autant que des sources diplomatiques ont évoqué auprès de médias internationaux l’existence possible d’un protocole sécuritaire non déclaré, prévoyant le renvoi à Khartoum des Soudanais en situation irrégulière ou « recherchés », ce qui a été officiellement démenti, mais reste une réalité sur le terrain à travers les expulsions continues.

 

Le système de conscription au Soudan

Pour mobiliser ses forces, l’armée soudanaise s’appuie sur un système de conscription obligatoire, en particulier dans le contexte de la guerre en cours : l’état d’urgence permet d’appeler les jeunes âgés de 18 à 40 ans, même sans leur consentement. Les autorités militaires recourent également parfois à l’enrôlement forcé, notamment dans les zones de conflit ou dans le cas des réfugiés renvoyés de l’étranger.

En juin 2023, le général Abdel Fattah al-Burhan, commandant des forces armées soudanaises, a lancé une mobilisation populaire baptisée « Résistance populaire », officiellement volontaire et destinée à protéger les terres et les biens. Toutefois, des rapports indiquent que cette mobilisation s’est accompagnée de pressions sur les jeunes, y compris dans les zones touchées par le conflit, pour qu’ils rejoignent les forces armées ou les milices qui leur sont alliées.

Des rapports internationaux révèlent que le nombre de personnes enrôlées de force au Soudan a augmenté de 30 % depuis le déclenchement de la guerre, notamment avec la baisse du nombre de volontaires et la fuite des civils vers les pays voisins.

En réalité, le Soudan est devenu un champ de bataille ouvert, notamment dans les États du Darfour, de Khartoum et du Kordofan, où des combats quotidiens opposent l’armée et les Forces de soutien rapide. La guerre a provoqué le déplacement de plus de 10 millions de Soudanais, selon des rapports des Nations unies, en plus de l’effondrement du système de santé et de l’interruption des approvisionnements dans de nombreuses régions.

Expulser des jeunes hommes vers le Soudan en ce moment revient à exposer leur vie à un danger direct, ou à les contraindre à participer à une guerre dont ils ne veulent pas. Selon des témoignages de proches de personnes expulsées, certaines ont été envoyées directement dans des camps d’entraînement militaire sans pouvoir regagner leur lieu de résidence ni contacter leurs familles.

La position de l’Égypte au regard du droit international des réfugiés : des points d’interrogation

Selon la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, signée par l’Égypte, aucun réfugié ne peut être renvoyé vers un pays où il risque d’être exposé à un danger ou à des persécutions. Or, les agissements récents des autorités égyptiennes contredisent ces engagements, notamment en l’absence de toute évaluation réelle des demandes d’asile ou de mécanisme de recours contre les décisions d’expulsion.

Des organisations internationales de défense des droits humains estiment que ce qui se passe « constitue une violation flagrante du principe de non-refoulement », avertissant que l’Égypte pourrait perdre la confiance de la communauté internationale si elle ne clarifie pas sa position ou ne met pas immédiatement fin à ces pratiques.

Fin mars 2025, le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile enregistrés auprès du HCR en Égypte s’élevait à environ 942 000 personnes, représentant plus de 60 nationalités différentes. La nationalité soudanaise arrive en tête, suivie des nationalités syrienne, érythréenne, éthiopienne, sud-soudanaise, somalienne, yéménite et irakienne. La plupart de ces réfugiés vivent dans des zones urbaines comme le Grand Caire et Alexandrie, où la majorité dépend de l’aide humanitaire en raison des difficultés économiques et de l’accès difficile au marché du travail formel.

L’Organisation des Nations unies définit le réfugié comme la personne contrainte de quitter son pays en raison de circonstances telles que la guerre, la violence ou la persécution, et qui ne peut pas y retourner ou craint de le faire. La Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés de 1951 définit le réfugié comme « une personne qui se trouve hors de son pays d’origine ou de son lieu de résidence habituelle parce qu’elle craint avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut, du fait de cette crainte, se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner ».

Depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023, plus de 1,5 million de Soudanais ont fui vers l’Égypte, selon les estimations du HCR et du gouvernement égyptien. Toutefois, le durcissement sécuritaire égyptien, notamment les campagnes de contrôle des titres de séjour des étrangers, a accru les risques d’expulsion, en particulier pour ceux qui ne disposent pas de titres de séjour valides.

En juin 2023, l’Égypte a imposé des visas d’entrée à tous les Soudanais, ce qui a poussé nombre d’entre eux à emprunter des passages irréguliers, les exposant au risque d’arrestation et d’expulsion. Des rapports indiquent que la longueur du délai d’attente pour l’enregistrement auprès du HCR (jusqu’à un an) accroît l’exposition des Soudanais au risque d’expulsion, faute d’obtenir à temps des documents de protection.

Alors que les pressions s’accentuent sur l’Égypte au sujet du dossier des réfugiés, le gouvernement est accusé de manquer à ses engagements humanitaires et d’être complice d’accords politico-militaires qui mettent en danger la vie de jeunes Soudanais. En l’absence de transparence, et tant que la voix des réfugiés reste étouffée, il devient indispensable d’ouvrir ce dossier en grand et de demander des comptes aux parties concernées sur le sort de ces personnes prises au piège entre la guerre, la répression et l’expulsion forcée.

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