À deux heures du matin, le samedi 31 mai 2025, dernier jour du mois de mai, une violente tempête s’est abattue sur Alexandrie, sur la côte méditerranéenne de l’Égypte, une scène inhabituelle en cette fin de printemps. La tempête a duré environ 45 minutes, avec de fortes pluies orageuses et une chute sans précédent de gros grêlons, accompagnées de vents violents dépassant 50 kilomètres à l’heure, ce qui a semé une grande panique parmi les habitants.
La tempête a fait sept blessés et causé des dégâts matériels, au premier rang desquels l’effondrement partiel de dix immeubles dans les quartiers de Montazah 1, Montazah 2, Est, Centre et El-Gomrok. Sept poteaux d’éclairage sont également tombés dans les quartiers de Montazah 1, Est et Centre, ainsi que huit panneaux publicitaires dans les quartiers Est et Centre, plusieurs arbres, un câble d’éclairage, un climatiseur et des tuyaux métalliques utilisés pour des travaux de restauration, et une voiture a pris feu. Les quantités de pluie et de grêle ont inondé les rues et paralysé la circulation sur de nombreux axes vitaux.
Les autorités locales ont réduit temporairement la pression de l’eau potable dans certaines zones de l’ouest d’Alexandrie et de Montazah, afin d’alléger la charge sur les réseaux d’eau et de faciliter l’évacuation des pluies. Elles ont aussi déployé massivement des véhicules et des équipements d’assainissement dans les quartiers Est et Montazah, en concentrant les efforts sur les points critiques et les zones d’accumulation d’eau, pour en assurer le pompage rapide et éviter qu’elle ne stagne. Les services exécutifs ont procédé à une inspection de terrain complète pour s’assurer de la fluidité de la circulation sur les axes principaux et retirer les obstacles qui gênaient la circulation ou l’écoulement des eaux, notamment les panneaux publicitaires, les arbres tombés et les poteaux d’éclairage endommagés. Le gouvernorat a placé tous les quartiers ainsi que les compagnies d’eau, d’assainissement et d’électricité en état d’alerte maximale, en coordination continue avec les salles d’opérations, et a activé l’intervention rapide dès réception des signalements.
En revanche, l’Autorité générale de météorologie a essuyé de vives critiques après la tempête, faute d’avoir émis le moindre avertissement préalable sur des perturbations atmosphériques d’une telle ampleur. Son bulletin de prévisions pour le samedi 31 mai 2025 s’était en effet contenté d’évoquer des « possibilités de pluies faibles à modérées, parfois orageuses » sur certaines zones de la côte ouest et du nord du Delta, s’étendant faiblement au sud du Delta par intermittence, ainsi qu’une « activité des vents » sur les côtes du Delta et dans les régions du nord-est, susceptible de soulever du sable et de la poussière dans les zones exposées du Caire, des villes du canal de Suez, du golfe de Suez, du nord de la mer Rouge, du Sinaï, du nord de la Haute-Égypte et du désert occidental, par intervalles.

Un violent orage de type supercellulaire

Le chercheur en physique et en météorologie Ahmed Saeed réfute l’idée que la tempête qui a frappé Alexandrie soit due à des modifications du champ électromagnétique terrestre ou à une quelconque opération de manipulation du climat. Il explique qu’elle a été provoquée par une dépression froide creusée dans les couches supérieures de l’atmosphère, un phénomène rare à cette période de l’année, où l’Égypte est généralement touchée par des talwegs ou des poches froides qui apportent de faibles pluies sur la côte nord.
Saeed explique que la récente dépression a enregistré des températures très basses au niveau de 500 hectopascals de la troposphère, jusqu’à -19 degrés, en même temps qu’une forte humidité dans les couches basses et moyennes de l’atmosphère (850 et 700 hectopascals), ce qui a permis la formation de nuages pluvieux et une forte activité convective, grâce à une énergie potentielle emmagasinée dans l’atmosphère. À l’approche de la dépression du nord-ouest de l’Égypte, les nuages orageux ont commencé à se former au-dessus de l’est de la Libye, et ont atteint Salloum le vendredi soir. Dès leur entrée sur le territoire égyptien et à mesure qu’ils gagnaient en épaisseur, les orages se sont transformés en foudre frappant le sol entre Salloum et Marsa Matrouh, en passant par Alexandrie et El-Alamein, tandis que les nuages se déplaçaient vers la mer et que le danger de la tempête s’accroissait.
Il ajoute que les bords de l’immense nuage orageux, centré au-dessus de la mer, ont à peine effleuré les côtes d’Alexandrie et du nord du Delta, provoquant de violents éclairs et coups de tonnerre et une forte chute de grêlons d’une taille inhabituelle, accompagnés de rafales descendantes issues du cœur des nuages orageux. Saeed estime que les quartiers est d’Alexandrie ont reçu la plus grande part des pluies, contrairement à l’ouest de la ville, parce que l’est d’Alexandrie s’avance dans la mer et se trouve directement face aux vents contraires qui soufflaient alors. L’ouest d’Alexandrie a quant à lui connu un fort courant ascendant, qui a retenu un moment les précipitations dans les couches supérieures, ce qui a permis la formation de gros grêlons. Dès que ce courant s’est affaibli, la pluie et la grêle se sont abattues abondamment sur l’est de la ville.
Saeed déclare à Zawia3 : « Les nuages orageux sont partis de Libye et ont changé de trajectoire dans la région de Salloum. La zone qui s’étend jusqu’à Marsa Matrouh a connu de violents orages, et la foudre frappait le sol. Entre Alexandrie et El-Alamein, un fort courant ascendant s’est formé et a poussé les nuages vers la Méditerranée. » Il affirme que ce qui s’est produit ne peut être classé ni comme un ouragan de catégorie 1, ni comme une tempête tropicale ou subtropicale méditerranéenne, mais comme « un violent orage de type supercellulaire », soulignant que la pression atmosphérique n’est pas descendue sous les 1 000 hectopascals, ce qui indique un système météorologique très intense né dans une zone limitée, qui a eu un effet direct sur les côtes du nord de l’Égypte, d’Alexandrie à Baltim, Edkou et Borg el-Borollos. Il relie ce type de tempêtes au changement climatique, soulignant qu’elles ne sont pas les premières du genre, mais qu’elles frappaient le plus souvent des zones inhabitées du désert occidental, et qu’elles devraient devenir plus fréquentes dans les années à venir.
Saeed conclut en soulignant que les réseaux d’évacuation en Égypte doivent être modernisés pour pouvoir absorber les quantités de pluie et les crues résultant des phénomènes météorologiques extrêmes. Il insiste aussi sur la nécessité de s’assurer que les panneaux publicitaires sont solidement fixés pour résister aux vents violents, qui ont atteint environ 100 kilomètres à l’heure pendant la tempête d’Alexandrie. Tout en saluant les compétences scientifiques de l’Autorité de météorologie, il estime que celle-ci évite d’émettre des prévisions alarmantes et ne fournit pas de mises à jour continues tenant compte de l’évolution rapide de la situation météorologique, soulignant que ce qui s’est passé « a dépassé toutes les prévisions des experts en météorologie ».

La docteure Sawsan El-Awady, experte en changement climatique et en politiques environnementales, affirme que l’Égypte se trouve actuellement sous l’influence du phénomène « La Niña », bien que celui-ci prenne naissance dans le Pacifique équatorial. Elle explique que l’effet de ce phénomène s’étend à des régions géographiquement éloignées, notamment la Méditerranée orientale et l’Afrique du Nord, et l’Égypte en particulier. « La Niña » entraîne une baisse notable de la température de surface des eaux dans l’est et le centre du Pacifique, ce qui perturbe la circulation atmosphérique mondiale et la répartition des pressions, et affecte par ricochet la météo dans des régions lointaines.
El-Awady souligne que les effets de « La Niña » en Égypte se traduisent certaines années par des hivers plus froids et plus secs, en raison de l’affaiblissement des dépressions venues de la Méditerranée et de la baisse des chances de pluie sur les côtes nord et dans le Delta. Cela pèse sur les ressources en eau et sur la répartition de l’humidité, et peut provoquer des perturbations agricoles liées au retard des pluies ou au décalage des saisons. Elle note que ce phénomène affecte aussi les débits du Nil, en modifiant le régime des précipitations dans les bassins supérieurs du fleuve, au Soudan et en Éthiopie.
S’adressant à Zawia3, El-Awady déclare : « L’Égypte a déjà subi l’influence du phénomène El Niño, et nous sommes maintenant sous l’influence de La Niña : nous sommes entrés dans une nouvelle phase climatique. On s’attend dans les années à venir à une augmentation des orages, notamment dans les zones côtières de la Méditerranée. Ces phénomènes sont directement liés au changement climatique, et il faut y faire face par un plan national à long terme, qui tienne compte de la nouvelle zone climatique dans laquelle l’Égypte s’installe. » Pour mémoire, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) avait annoncé dans son évaluation du 10 avril 2025 le retour, depuis mars, de conditions neutres du phénomène ENSO, c’est-à-dire la fin de l’épisode La Niña.
Elle souligne que les phénomènes climatiques, autrefois considérés comme des cycles naturels récurrents, sont aujourd’hui plus intenses et plus fréquents sous l’effet du changement climatique mondial, ce qui complique les efforts d’adaptation. Elle appelle à passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation et de planification, en renforçant les systèmes d’alerte précoce et en intégrant les questions climatiques dans les politiques agricoles, hydrauliques et d’urbanisme.
Pour sa part, Hossam Moharram, expert en environnement et ancien conseiller du ministre de l’Environnement, explique à Zawia3 que les catastrophes naturelles que connaissent les pays du monde sont devenues plus violentes, même si beaucoup d’entre elles étaient rares en Égypte ou y survenaient avec une moindre intensité, comme les ouragans, les séismes, les inondations et les tsunamis. Il estime que le mode de construction dominant en Égypte et les infrastructures existantes pourraient être confrontés à de grands défis si l’intensité des catastrophes naturelles venait à changer, que ce changement soit spontané ou provoqué.
Il souligne la nécessité de charger les universités et les centres de recherche de préparer des études complètes de tous les scénarios possibles de catastrophes naturelles, de développer les codes techniques de construction parasismique, d’étendre les réseaux d’évacuation des eaux de pluie et des crues, et d’intégrer tout cela dans les nouveaux plans de développement et de construction. Il appelle aussi à mettre à niveau les bâtiments anciens pour qu’ils résistent à ces changements, et à tirer profit des expériences internationales réussies, comme celle du Japon en matière d’atténuation des effets des séismes, ou les modèles de gestion des ouragans aux États-Unis, qui ont permis de limiter les destructions malgré la puissance des catastrophes.
Moharram déclare : « La région méditerranéenne a connu récemment une flambée de catastrophes naturelles, dont la tempête de Derna (en Libye, en septembre 2023), qui a fait des milliers de morts, et ce qui s’est passé à Alexandrie fin mai dernier. Ces phénomènes font partie des effets attendus du changement climatique mondial, que les spécialistes divisent en deux parties : d’une part des cycles naturels qui se répètent au fil des époques, et d’autre part une intervention humaine liée au développement de la technologie et à l’économie des énergies fossiles depuis la révolution industrielle. »
En conclusion, Moharram souligne l’importance de ne pas ignorer certaines hypothèses qui circulent au sujet de catastrophes artificielles, évoquées dans le cadre de ce que l’on appelle les guerres de nouvelle génération, et dans lesquelles de grandes puissances comme les États-Unis, la Russie et la Chine sont accusées d’utiliser des technologies avancées pour provoquer des séismes, des crues ou des ouragans, sans mener de guerres conventionnelles. Selon des informations qui circulent dans des cercles restreints, ces catastrophes seraient utilisées comme moyen de pression pour détruire l’économie des pays visés, influer sur leur volonté politique ou mettre leurs gouvernements en difficulté face à leurs peuples, ce qui en ferait une forme d’agression non déclarée, permettant d’éviter les conséquences juridiques et politiques internationales.
Éruptions solaires et explosions solaires
Abbas Sharaki, professeur de ressources hydriques et de géologie à l’université du Caire, a attribué l’instabilité de la météo en Méditerranée orientale à des explosions solaires et à l’arrivée dans l’atmosphère terrestre du rayonnement et des particules émis par les éruptions solaires, susceptibles de provoquer des phénomènes météorologiques extrêmes, révélant, dans des déclarations aux médias, que deux puissantes explosions solaires s’étaient produites le vendredi, suivies d’une nouvelle vague d’explosions solaires le samedi matin.
L’observatoire astronomique d’Al-Khatm, qui relève du Centre international d’astronomie, avait signalé à la mi-journée du dimanche 1er juin 2025 une tempête géomagnétique ayant atteint le niveau G3 à 07:21 GMT ce dimanche matin, due à l’arrivée d’une éjection de masse coronale (CME) partie du Soleil le 31 mai à 00:15 GMT, à l’origine d’une éruption solaire de classe M8.1 issue du groupe de taches solaires AR4100.
Dans des déclarations à Zawia3, l’astronome et spécialiste de l’espace égypto-américain Essam Heggy a estimé que les informations attribuant l’instabilité météorologique en Méditerranée orientale à des explosions solaires étaient inexactes et reposaient sur des lectures générales et non sur la recherche récente. Il a démenti les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, qui attribuent les événements climatiques et les séismes récents à un prétendu effondrement du vortex polaire qui aurait perturbé l’axe de rotation de la Terre, ou à la présence d’un corps céleste dans la constellation d’Orion émettant de puissantes ondes électromagnétiques capables de traverser le bouclier magnétique terrestre.
De son côté, le Centre de prévision de la météo spatiale de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a mis en garde contre les effets d’une tempête géomagnétique de niveau « sévère (G4) » atteignant la Terre à partir du dimanche 1er juin, et dont les effets devaient se prolonger jusqu’au mardi 3 juin, après l’explosion survenue sur le Soleil le 30 mai dernier, avertissant que cette tempête pourrait avoir des effets négatifs sur les infrastructures électriques, les systèmes satellitaires et les signaux de navigation, et entraîner des problèmes de régulation de tension et des coupures temporaires, notamment sur les lignes de transport d’électricité.
De nouveaux effondrements d’immeubles
Le spécialiste de l’espace Essam Heggy avertit que l’intensité des tempêtes à Alexandrie et le changement de leur calendrier résultent de plusieurs changements climatiques qui entraîneront aussi de nouveaux effondrements d’immeubles. Dans une publication sur son compte du réseau social « X », il a ajouté : « Nous avons averti à maintes reprises, mais malheureusement nous continuons à traiter la science avec mépris et déni, sous l’influence de voix qui trompent les décideurs. Je les tiens pour responsables. »
Une étude scientifique récente, publiée en février dernier (février 2025) dans la revue internationale Earth’s Future, spécialisée dans les études climatiques, et réalisée par une équipe de climatologues, d’océanographes et de spécialistes de l’espace, dont Essam Heggy, sous la direction de l’architecte égyptienne Sarah Fouad, dans le cadre d’une collaboration scientifique inédite entre des universités allemandes, néerlandaises, américaines, tunisiennes et égyptiennes, a révélé qu’Alexandrie avait connu plus de 280 effondrements d’immeubles sur ses côtes au cours des deux dernières décennies, et que les effondrements de bâtiments côtiers avaient été multipliés par dix en vingt ans dans la ville égyptienne d’Alexandrie. L’étude met en garde contre l’aggravation du risque sur les côtes du sud du bassin méditerranéen, en particulier à Alexandrie, où environ 7 000 bâtiments sont menacés d’effondrement, dans un contexte d’élévation du niveau de la mer et de changement climatique, et affirme l’existence d’un lien entre le recul du trait de côte, l’affaissement du sol et l’effondrement des bâtiments.
L’étude, financée par l’université de Californie, la NASA et la fondation allemande Alexander von Humboldt, et fondée sur l’analyse d’images satellitaires entre 1974 et 2021 pour étudier les changements climatiques et côtiers, montre que les effondrements d’immeubles à Alexandrie sont liés à l’érosion côtière causée par le déséquilibre des sédiments, lui-même dû à l’expansion urbaine, ainsi qu’à l’élévation du niveau de la mer, qui a accru l’infiltration de l’eau de mer dans les nappes phréatiques côtières, faisant monter le niveau de ces eaux et rongeant les fondations des bâtiments, ce qui accélère leur effondrement.
Heggy avait déjà expliqué que 117 effondrements avaient été enregistrés entre 2013 et 2015, contre un seul entre 2001 et 2004, concentrés principalement dans les zones proches de la mer, comme les quartiers de l’ouest d’Alexandrie, El-Gomrok et le centre-ville, ce qui confirme l’effet direct des facteurs environnementaux et climatiques sur la stabilité des bâtiments. Il a souligné qu’Alexandrie avait été choisie comme principal cas d’étude en raison de sa situation géographique unique de ville côtière historique, qui la rend vulnérable au changement climatique et à l’élévation du niveau de la mer : la ville est un exemple vivant des défis auxquels sont confrontées les autres villes côtières, et les résultats de la recherche reflètent les risques potentiels et les mesures de prévention qui peuvent être appliquées dans le monde entier.
Il a déclaré à Zawia3 : « À mesure que le niveau de la mer monte, l’eau salée pénètre dans les nappes phréatiques et en fait monter le niveau, jusqu’à atteindre les fondations des bâtiments, qu’elle ronge, provoquant leur effondrement. Elle modifie aussi la résistance du sol, ce qui entraîne des fissures et l’inclinaison des immeubles, et l’affaissement des terrains. Au vu du taux annuel d’effondrements d’immeubles dans le gouvernorat, qui a atteint 40 par an, comparé au nombre d’immeubles qu’il compte, environ un demi-million, c’est un taux élevé, d’autant que des dizaines de vies ont été perdues lors de ces effondrements. Il y a 7 000 immeubles menacés d’effondrement, et chaque immeuble qui s’effondre menace ceux qui l’entourent. » Il affirme que la mauvaise planification porte 50 % de la responsabilité de ces effondrements.
Les données du recensement des bâtiments de 2017, publiées par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), indiquent que le nombre d’immeubles menaçant ruine s’élève à 97 535 sur l’ensemble du territoire. Les statistiques font état de 7 millions de constructions illégales en Égypte, dont 2 184 000 infractions au cours des dernières années, tandis que le Centre égyptien pour le droit au logement estime à 1,4 million le nombre d’immeubles menaçant ruine dans le pays.
Les infrastructures
L’inondation de nombreuses rues d’Alexandrie après des pluies torrentielles qui n’ont pas duré plus de 45 minutes, et qui ont provoqué 48 accumulations d’eau de pluie dans différents quartiers du gouvernorat avant que les autorités locales compétentes ne s’en occupent, a suscité des critiques à l’égard des infrastructures du gouvernorat, que certains jugent inadaptées pour faire face au changement climatique.
L’ingénieur Hassan El-Khatib, ministre de l’Investissement et du Commerce extérieur, avait annoncé en avril dernier (avril 2025) que l’Égypte avait injecté au cours des dix dernières années des investissements considérables dans les infrastructures, dépassant 550 milliards de dollars, des propos repris à son tour par Hossam Heiba, directeur général de l’Autorité générale de l’investissement et des zones franches, en mai dernier.
Pour sa part, le docteur Hassan Mahdy, professeur de génie routier à l’université Aïn Chams, estime qu’il est difficile de prévoir les conséquences du changement climatique sur les infrastructures, et que l’Égypte, comme d’autres pays du monde qui connaissent des pluies et des crues hors saison en raison de ces changements soudains, doit s’y préparer par des mesures de précaution : accorder davantage d’attention aux exutoires des eaux de pluie et des crues, et aux études d’évacuation des eaux de surface dans toutes les études routières, de façon plus poussée, pour tous les projets de routes. Il explique à Zawia3 que les routes situées dans les zones montagneuses sont les plus exposées à l’accumulation des eaux de crue et nécessitent des dispositifs d’évacuation sûrs pour éviter que la route ne soit coupée ou détruite, et que, du fait de la conception de certaines routes, il existe des points bas où l’eau de pluie s’accumule par endroits, un problème que l’on peut surmonter en les localisant et en y installant des avaloirs pour évacuer rapidement les eaux de pluie.
Le professeur de génie routier évoque la possibilité de faire face aux orages par la mise à la terre électrique, qui consiste à relier la structure d’un appareil ou des équipements électriques à la terre pour garantir la sécurité et offrir un chemin sûr à l’évacuation d’un excès de courant ou en cas de panne ; elle peut être appliquée aux poteaux d’éclairage des routes et aux toits des immeubles.
Le docteur Abdallah Abou Khadra, professeur de génie routier et des transports à l’université de Beni Suef, affirme quant à lui qu’avec les effets du changement climatique subis par l’Égypte, il est devenu impératif de réaliser des études environnementales et des études hydrologiques pour tous les projets routiers (des études spécialisées dans le comportement de l’eau dans le milieu naturel, sa répartition, ses mouvements et ses caractéristiques, indispensables à la conception des ouvrages d’ingénierie en interaction directe ou indirecte avec l’eau, comme les barrages, les ponts, les routes et les bâtiments). C’est une démarche que l’État a commencé à adopter ces derniers temps, en tenant compte de tous les changements en cours et en créant des exutoires pour les eaux de pluie, notamment dans les gouvernorats côtiers, en les orientant vers les lits de crue et en optimisant leur utilisation, en particulier dans la région orientale ; plusieurs barrages ont par ailleurs été construits dans les gouvernorats pour éviter leurs dégâts.
Il déclare à Zawia3 : « Les infrastructures du gouvernorat d’Alexandrie ont été améliorées et résistent mieux aux eaux de pluie qu’auparavant : un réseau d’évacuation des eaux pluviales a été réalisé sur les routes principales et intérieures, et un budget y est consacré, tout en valorisant ces eaux pour l’agriculture et la mise en valeur des terres, dans le cadre du projet des 5 millions de feddans (environ 2,1 millions d’hectares) à Toshka, dans le Nouveau Delta, au Sinaï et en Haute-Égypte. »
Abou Khadra souligne que l’Égypte a une orientation générale en faveur des transports verts et respectueux de l’environnement, et a consacré 2 000 milliards de livres au développement des alternatives de transport, dont 1 100 milliards pour la transition vers les transports collectifs verts, ainsi que l’initiative présidentielle pour les transports électriques, les équipements propres de chargement et de déchargement et l’application de normes environnementales pour des ports propres, afin de trouver des solutions radicales, au lieu des palliatifs adoptés par le passé.
Mobilisation parlementaire
À la suite de la tempête d’Alexandrie, le député Karim El-Sadat, membre de la Chambre des représentants, a adressé une demande d’information urgente (« talab ihata », une procédure parlementaire de questionnement du gouvernement) au conseiller Hanafy Gebaly, président de la Chambre, à l’intention de l’Autorité de météorologie, au sujet des insuffisances des alertes météorologiques qui ont précédé la vague de crues qui a frappé le gouvernorat d’Alexandrie à l’aube du samedi, provoquant des dégâts matériels et la panique parmi les citoyens. Il a insisté sur la nécessité de moderniser et de développer le système de prévision météorologique, et sur le besoin pour l’Autorité de renforcer ses capacités techniques et technologiques afin de suivre les changements climatiques soudains, devenus une caractéristique de la météo en Égypte ces dernières années.
Le député Mahmoud Essam, membre de la Chambre des représentants, a lui aussi adressé le samedi 31 mai une demande d’information au conseiller Hanafy Gebaly, président de la Chambre des représentants, au sujet des graves effets du changement climatique sur le gouvernorat d’Alexandrie, appelant à une intervention urgente du Premier ministre et des ministres de l’Environnement, du Développement local et des Ressources hydriques pour faire face à ces défis.
Le député a estimé que ce qui s’est passé à Alexandrie est un avertissement explicite d’une catastrophe plus grave à venir, au vu de l’accélération effrayante du changement climatique, soulignant que des études indiquent qu’en 2050, un tiers de la ville pourrait être submergé. Il s’est étonné qu’une tempête d’une telle violence, accompagnée de pluies et de grêle, frappe Alexandrie fin mai, au début de la saison estivale, dans la plus importante ville côtière d’Égypte, et a appelé à un plan d’urgence au plus haut niveau pour faire face au changement climatique à Alexandrie.
Lors de sa participation à la séance plénière du Sénat, le lundi 2 juin 2025, la docteure Yasmine Fouad, ministre de l’Environnement, a commenté les récents effets climatiques à Alexandrie : « Bien que ses émissions de gaz à effet de serre soient limitées à l’échelle mondiale, l’Égypte est l’un des pays les plus touchés par les effets du changement climatique, en particulier dans le Delta et sur les côtes égyptiennes. C’est pourquoi, depuis la signature de l’accord de Paris en 2015, elle a pris de nombreuses mesures pour s’adapter autant que possible à ces effets, et ce qu’a connu Alexandrie il y a quelques jours a été moins grave que prévu grâce à ces mesures. »
La ministre a expliqué que l’Égypte a fait de l’adaptation un objectif central de sa stratégie nationale sur le changement climatique 2050, et que le ministère des Ressources hydriques et de l’Irrigation a engagé il y a 8 ans des mesures de protection des côtes, y compris à Alexandrie, pour un coût de 8 milliards de livres, à Alexandrie, Rosette, Marsa Matrouh, Damiette, Kafr el-Cheikh et Beheira, au moyen de solutions fondées sur la nature. Elle a précisé que le Conseil des ministres a adopté en 2020 un plan de lutte contre les épisodes météorologiques extrêmes, en plus de l’élaboration d’une carte interactive du changement climatique en coopération avec le Service géographique de l’armée et les ministères de l’Environnement, des Ressources hydriques et des Antiquités, afin de prévoir les effets futurs du changement climatique sur les différentes régions du pays à partir des informations et des données actuelles.
En conclusion, on peut dire que la récente tempête d’Alexandrie a soulevé des questions sur la capacité des infrastructures des villes côtières égyptiennes à faire face aux phénomènes climatiques extrêmes et à ce qui s’annonce, alors que les experts affirment que ce qui s’est passé est l’indice d’un avenir climatique plus perturbé, qui exige des stratégies globales à long terme, une transformation radicale de l’urbanisme et de la construction, une modernisation urgente des systèmes de surveillance et d’alerte précoce, et l’intégration du climat dans les politiques publiques de l’État.
Et si Alexandrie, avec sa longue histoire et sa situation stratégique, a reçu un avertissement de la nature, il est peut-être temps de transformer cet avertissement en chance de salut, avant que les prochaines tempêtes ne frappent aux portes d’autres villes sans véritable préparation pour y faire face.
