« Récolte mortelle » : en Égypte, les enfants des champs victimes des recruteurs et des failles de la loi

Une enquête documente dix parcours de filles travaillant dans les champs et 82 accidents lors du transport d’ouvriers agricoles en Égypte.

Sohad Elkhodary

Vidéo : Ahmed Al-Sheikh

Conception de la couverture : Zawia3

Infographies : Nahla Mohamed

Nourhan Mohamed, un nom d’emprunt, a treize ans et est née dans le gouvernorat de Dakahlia, dans le delta du Nil. Il y a quatre ans, son père l’a violemment battue pour la contraindre à aller travailler dans les champs avec sa mère. Il n’a pas tenu compte de son refus et, malgré sa constitution fragile et son désir de ne pas exercer ce métier, elle n’a trouvé d’autre issue que de lui obéir. Elle s’est mise au travail pour pouvoir poursuivre sa scolarité et aider sa mère à élever ses quatre sœurs.

Nourhan a commencé à travailler dans l’agriculture à neuf ans. Aujourd’hui en première année de collège, elle raconte : « Le travail a eu des conséquences sur mes études. Je manquais l’école plusieurs jours par semaine pour travailler et mes notes ont baissé. Cela m’a poussée, l’année dernière, à limiter le travail à deux jours par semaine. » Tout en travaillant dans les champs, elle rêve de devenir dessinatrice un jour.

Deux femmes récoltent les cultures à Al-Sinbillawin, dans le gouvernorat de Dakahlia, en Égypte. Photo : Sohad Elkhodary.
Deux femmes récoltent les cultures à Al-Sinbillawin, dans le gouvernorat de Dakahlia, en Égypte. Photo : Sohad Elkhodary.

Comme Nourhan, des fillettes de familles pauvres des villages égyptiens sont contraintes de travailler dans l’agriculture dès leur plus jeune âge, pour une rémunération dérisoire et de longues heures de tâches pénibles, inadaptées à leur constitution physique. L’autrice de cette enquête a documenté les histoires de dix jeunes Égyptiennes obligées de travailler dans les champs pour soutenir leur famille, alors qu’elles n’avaient pas l’âge légal. L’enquête révèle l’absence de contrôle du ministère du Travail, anciennement ministère de la Main-d’œuvre, et des organismes d’assurance sociale.

Certaines filles sont obligées d’interrompre leur scolarité ou de se contenter d’un diplôme de niveau intermédiaire. Le travail agricole leur impose notamment de partir à l’aube et de voyager plusieurs heures pour rejoindre les champs, rendant leur présence à l’école impossible les jours de travail.

Les risques ne se limitent pas à la pénibilité du travail des fillettes. Leur transport vers les champs s’effectue dans des conditions inhumaines, les exposant aux accidents de la route et à de graves blessures. L’autrice a recensé 82 accidents de circulation lors du transport d’ouvriers et d’ouvrières agricoles entre 2017 et 2024.

Ces emplois sont organisés directement par des intermédiaires qui exploitent les familles des jeunes filles. En échange de leur placement, ils prélèvent une part de leur rémunération journalière, déjà très faible. Ils profitent des failles des lois égyptiennes sur le travail et sur l’enfance, qui leur permettent d’employer ces garçons et ces filles.

Travailler malgré les blessures

Les abus s’aggravent avec les mauvais traitements infligés par les employeurs, notamment leur indifférence aux blessures physiques des jeunes filles. Nourhan en a fait l’expérience lorsqu’un propriétaire l’a obligée à poursuivre son travail sur ses terres malgré une blessure.

Dès son plus jeune âge, elle a voyagé pour travailler dans plusieurs gouvernorats : Gizeh, Beheira, Sharqia et Damiette. Elle a travaillé un an avec sa mère sans rémunération, parce qu’on considérait qu’elle « aidait sa mère », puis a reçu son premier salaire à dix ans. Elle gagne aujourd’hui cinquante livres par jour, soit 0,99 dollar. Un jour, en récoltant dans un champ de Gizeh, elle a glissé sur le sol mouillé et s’est fracturé le pied. Sa famille a payé deux mois de soins, le propriétaire ayant refusé de les financer en déclarant : « Cela ne me concerne pas. » En décembre 2024, dans un champ de Dakahlia, elle s’est à nouveau blessée en récoltant : sa main s’est ouverte et a saigné. À sa surprise, l’employeur l’a entourée d’un morceau de tissu en lui disant : « Allez, continue ton travail. » Elle a repris comme si rien ne s’était passé, faisant abstraction de sa douleur.

Le delta du Nil est la plaine fertile formée à la rencontre du fleuve et de la Méditerranée. Le Nil s’y divise en deux bras principaux, Damiette à l’est et Rosette à l’ouest, dessinant un triangle qui s’étend du nord du Caire au littoral méditerranéen. La fertilité de ses terres et l’abondance de ses récoltes en font le cœur de l’agriculture égyptienne.
Le delta du Nil est la plaine fertile formée à la rencontre du fleuve et de la Méditerranée. Le Nil s’y divise en deux bras principaux, Damiette à l’est et Rosette à l’ouest, dessinant un triangle qui s’étend du nord du Caire au littoral méditerranéen. La fertilité de ses terres et l’abondance de ses récoltes en font le cœur de l’agriculture égyptienne.

Shirine Reda, quinze ans, élève en troisième année de collège, n’est pas mieux lotie. Elle aussi a commencé à travailler à dix ans. Ses journées, transport compris, duraient douze heures, pour un salaire ne dépassant pas 150 livres, soit 2,98 dollars. Une blessure à l’œil pendant la cueillette du coton a affaibli sa vue et provoqué des troubles visuels pendant le travail. Sa famille a finalement dû financer ses soins, l’employeur ayant refusé d’en payer les frais.

L’exploitation économique

Le « recruteur de main-d’œuvre » organise le travail agricole des fillettes et sert d’intermédiaire entre leurs parents et les employeurs. En contrepartie, il partage avec elles leur faible rémunération journalière : il prélève d’abord une somme pour leur trouver du travail, puis une autre pour assurer leur transport vers les champs et le retour, lorsque l’employeur refuse de payer les déplacements.

Selon Nourhan et ses collègues, le recruteur retient dix livres, soit 0,20 dollar, par travailleur ou travailleuse pour lui avoir trouvé un emploi. Il ne lui reste donc que quarante livres, soit 0,80 dollar. Elle estime que son travail ne lui procure ni revenu suffisant ni conditions dignes. Pendant sept à huit heures, elle cueille notamment du coton, des oignons, de l’ail, des tomates et des aubergines. Elle conclut : « Si ma situation économique était meilleure, je ne ferais pas ce métier. »

Ouvriers et ouvrières agricoles pendant la récolte des petits pois dans le delta du Nil, en Égypte. Photo : Sohad Elkhodary.
Ouvriers et ouvrières agricoles pendant la récolte des petits pois dans le delta du Nil, en Égypte. Photo : Sohad Elkhodary.

Sama, seize ans, connaît la même situation. Le recruteur leur trouve du travail et prélève dix livres sur chaque personne pour le transport. « Il ne mérite pas cette somme. Il ne me reste que quatre-vingt-dix livres, soit 1,79 dollar », dit-elle. Après cette journée éprouvante, elle rentre épuisée, incapable de travailler, de bouger ou de réviser. « Je rêve de devenir ingénieure un jour et de réaliser le souhait de ma mère : poursuivre mes études pour qu’elle ne soit plus obligée de travailler pour nous. »

Les recruteuses : « Leurs familles nous demandent de les faire travailler »

Mahfouza Al-Sayed, 45 ans, née dans le gouvernorat de Damiette, a travaillé pendant sept ans comme recruteuse de main-d’œuvre. Elle a quitté ce métier en 2022 et travaille désormais comme ouvrière agricole, sa situation économique s’étant dégradée.

Elle explique : « Quand j’étais recruteuse, le propriétaire me versait une livre par jour et par ouvrier ou ouvrière, tandis que la personne employée recevait cinquante livres. » Son activité se limitait aux villages du gouvernorat de Damiette. L’organisation et le paiement du transport incombaient à l’employeur. Les moyens utilisés variaient entre « une petite camionnette et un tracteur agricole ».

Elle ajoute : « Parfois, l’employeur ne fournissait pas de transport et nous disait d’y aller à pied, quand la distance n’était pas trop grande. »

Mahfouza a éludé la question de la sécurité des véhicules. Elle a néanmoins évoqué la mort d’une ouvrière, sa voisine, écrasée sous le tracteur qui les transportait après son renversement en 2023.

Ouvriers et ouvrières agricoles dans un véhicule de transport pendant la saison des récoltes dans le delta. Photo : Sohad Elkhodary.
Ouvriers et ouvrières agricoles dans un véhicule de transport pendant la saison des récoltes dans le delta. Photo : Sohad Elkhodary.

Elle recevait souvent des demandes de parents souhaitant faire travailler leurs enfants, garçons ou filles, dans l’agriculture en raison de leurs difficultés économiques. « Ils avaient entre douze et quinze ans. Parmi eux, je choisissais les orphelins, parce qu’ils avaient le plus besoin de travailler. » Elle se souvient de la dernière fille qu’elle a placée, deux ans auparavant : une enfant de quinze ans déscolarisée, dont la mère lui avait demandé de trouver un emploi dans les champs. Elle gagnait alors entre vingt et vingt-cinq livres par jour, soit entre 0,65 et 0,81 dollar. Le 22 décembre 2023, le dollar valait 30,85 livres à la Banque nationale d’Égypte et à Banque Misr. Les employeurs ne fournissaient aucun repas. Les enfants supportaient les mêmes tâches et travaillaient autant d’heures que les plus âgés, sans adaptation à leur âge.

Faiza Abbas, un nom d’emprunt, cinquante ans, recrute de la main-d’œuvre à Belqas, dans le gouvernorat de Dakahlia. Au fil des années, de nombreux parents lui ont demandé de faire travailler leurs enfants : 60 % de garçons et 40 % de filles, âgés de douze à quinze ans.

La dernière fille qu’elle a placée, il y a deux ans, était sa petite-fille. « Elle n’avait pas plus de douze ans. Ma fille m’a demandé de lui trouver un emploi pour l’aider à payer ses études, d’autant que son mari était décédé. » Sa petite-fille continue aujourd’hui de travailler et d’étudier. Elle gagne entre soixante et soixante-dix livres par jour, soit de 1,19 à 1,39 dollar, pour huit à onze heures de travail. Faiza considère ce métier comme éprouvant pour les plus jeunes.

La mort sur le chemin du travail

Plusieurs filles rencontrées affirment que les véhicules fournis par les employeurs pour les trajets vers les exploitations et le retour sont dangereux. Ils ont provoqué plusieurs accidents, parfois mortels.

Les ouvriers et ouvrières, y compris les fillettes, sont victimes d’accidents de la route en raison de transports peu sûrs, tels qu’un tracteur, une petite camionnette ou un camion moyen, généralement organisés par le recruteur. C’est ce que montrent les témoignages recueillis auprès des travailleurs, de leurs proches et des intermédiaires.

L’autrice a constitué une base de données à partir des archives de presse sur les accidents touchant la main-d’œuvre agricole. Son analyse fait apparaître 82 accidents de transport entre le 28 avril 2017 et le 2 janvier 2025. Les petites camionnettes arrivent en tête avec 51 accidents, suivies des camions moyens avec dix-huit, puis des minibus avec six.

Accidents des travailleurs agricoles en Égypte par type, du 28 avril 2017 au 2 janvier 2025.
Accidents des travailleurs agricoles en Égypte selon le moyen de transport.

Ces 82 accidents ont fait 988 blessés et 125 morts. Le nombre total d’accidents subis par les travailleurs, qu’ils soient liés au transport ou au travail lui-même, atteint 107. Les accidents de circulation occupent la première place avec 74 cas, suivis des intoxications, avec huit, puis des écrasements, avec quatre. Le gouvernorat de Beheira arrive en tête avec 63 accidents ; Dakahlia et Ismaïlia suivent avec neuf chacun.

Nourhan n’oublie pas l’accident qu’elle a subi avec sa mère en se rendant dans les champs à bord d’un véhicule qu’elle qualifie de « dangereux ». Elle raconte : « Il y a un an, nous étions dans un camion moyen avec les autres ouvriers lorsqu’il s’est renversé. Ma mère est tombée sur le dos et ma tête a heurté le métal du véhicule. J’ai dû être soignée pendant une semaine et l’employeur n’a pas payé les soins. » Six mois auparavant, elle avait déjà été victime d’un autre accident : son pied s’était coincé dans la structure métallique à l’arrière du véhicule, provoquant une blessure qui avait failli lui coûter une jambe. Comme d’habitude, l’employeur avait refusé de payer le moindre soin.

Shirine Mahmoud, 38 ans, s’est fracturé le bras en tombant du véhicule qui la conduisait au travail. Elle a été soignée pendant un mois et demi. Un an plus tard, le camion qui la transportait avec ses collègues s’est renversé à cause d’un dos-d’âne, faisant tomber certaines sur la tête. L’employeur n’a pas pris en charge les frais médicaux.

Travailler au prix des études

La scolarité de Yasmine Mostafa, un nom d’emprunt, seize ans, a souffert du travail qu’elle a commencé à douze ans. « J’ai dû manquer l’école plusieurs fois pour accompagner ma mère dans les champs. Au collège, je prétextais la maladie auprès de l’école. » Ses notes ont chuté, l’obligeant à intégrer un lycée commercial délivrant un diplôme de niveau intermédiaire. Elle a quitté l’agriculture, mais ses difficultés économiques l’ont poussée à reprendre un emploi d’agente d’entretien dans une école pour pouvoir continuer à fréquenter la sienne.

Mai Reda, vingt ans, a elle aussi perdu la possibilité d’entrer au lycée général, et avec elle son rêve d’enfance de devenir médecin. Elle a commencé à travailler dans les champs avec sa mère à quatorze ans et devait manquer l’école pour gagner de quoi payer sa scolarité. « Notre situation économique ne me permettait ni d’étudier la médecine ni d’entrer au lycée général, alors que mes notes étaient suffisantes », dit-elle.

Des demandes de transports sûrs et d’assurance maladie

Naguib Mohamadi, représentant syndical des agriculteurs de Dakahlia, estime qu’un salaire journalier de cent livres, soit 1,99 dollar, ne permet pas à un ouvrier agricole de vivre. Il appelle les autorités compétentes à l’assurer, à lui verser une pension et à appliquer la loi sur les travailleurs agricoles pour le protéger.

Mohamadi estime le nombre de travailleurs agricoles en Égypte entre vingt et vingt-cinq millions. Les femmes en représenteraient 50 %, soit 12,5 millions, leur présence dans ce métier ayant augmenté en raison de la dégradation des conditions économiques. Les garçons et les filles représenteraient 12 % de cette main-d’œuvre. Il demande une assurance maladie universelle pour les agriculteurs et les ouvriers, ainsi que des véhicules et des routes sûrs, décrivant la plupart des moyens de transport comme « ouverts et inhumains ».

Il appelle les autorités à organiser cette main-d’œuvre, à augmenter les salaires pour permettre une vie digne et à rétablir la pension du travailleur agricole, suspendue depuis plusieurs années.

Personnes en emploi en Égypte en 2022 : secteur privé 79,4 %, administration publique 18,3 %, secteur public et entreprises publiques 2,3 %.

Des failles législatives contraires aux conventions internationales

L’article 26 de la loi du travail no 12 de 2003 considère la main-d’œuvre strictement agricole, les employés de maison et les personnes assimilées comme exclus de son champ d’application. Le ministère compétent, de l’Agriculture ou du Travail, est chargé de la politique et du suivi de l’emploi de la main-d’œuvre informelle, notamment les ouvriers agricoles saisonniers, les travailleurs de la mer, des mines, des carrières et du bâtiment.

Le ministre compétent, en concertation avec les ministres concernés et la Fédération générale des syndicats des travailleurs d’Égypte, prend les décisions fixant les règles d’emploi de ces catégories, les conditions de santé et de sécurité au travail, de transport et de subsistance, ainsi que les règlements financiers et administratifs encadrant cet emploi. L’article 97 du chapitre VI de la loi unifiée du travail de 2003 exclut également les femmes employées dans l’agriculture au sens strict. L’article 103 exclut quant à lui les droits relatifs au travail des enfants dans ces activités agricoles.

Les données de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques pour 2022 montrent que l’agriculture et la pêche occupent le premier rang en nombre de personnes employées, avec 18,9 %, soit 5 273 000 travailleurs. La durée moyenne du travail est de 43 heures par semaine, à raison de sept heures par jour pendant six jours. Le salaire journalier moyen dans l’agriculture est de 105,60 livres, soit 4,27 dollars au moment où l’Agence a établi ses données : le 31 décembre 2022, le dollar valait 24,71 livres à la Banque nationale d’Égypte, établissement public.

Personnes en emploi en Égypte en 2022 : hommes 85,1 %, femmes 14,9 %.

Hany Hilal, expert des droits de l’enfant, estime que les lois sur le travail et sur l’enfance posent un problème concernant la main-d’œuvre agricole. Il explique que la loi a soustrait celle-ci à toute réglementation, laissant cette catégorie sans protection législative. Bien que les textes antérieurs aient encadré le travail des enfants à partir de quinze ans, ils ont exclu de toutes les dispositions de protection contre le travail les « employés de l’agriculture au sens strict, les domestiques et les enfants travaillant pour leur famille ». Il y voit une défaillance constitutionnelle et juridique.

Il ajoute : « La main-d’œuvre agricole, et en particulier les enfants déplacés vers les champs par des recruteurs, n’est pas couverte par la législation et n’entre pas dans le champ de la loi. Si un père frappe sa fille et la contraint à travailler, il est poursuivi pour mise en danger d’un enfant, infraction passible de six mois de prison. Un recruteur qui prélève de l’argent sur les travailleurs pour leur trouver un emploi ou un transport est puni pour exploitation économique, mais pas pour les avoir employés avant l’âge légal. » Il attribue cela à la faille de la loi sur l’enfance concernant le travail des enfants dans l’agriculture au sens strict, en contradiction avec les conventions internationales.

Selon Hilal, lorsqu’un enfant transporté vers les champs meurt à cause d’un véhicule dangereux ou d’un accident du travail, l’employeur n’est pas sanctionné pour l’avoir employé, mais au titre des lois sur la sécurité professionnelle. Il indique qu’une proposition de réforme complète intégrant la sécurité au travail et les moyens de transport, avec leur classification, a été présentée, sans être retenue jusqu’à présent par les autorités. Il ajoute : « Aucun texte ne criminalise le fait de forcer un enfant blessé à travailler. L’employeur est puni en vertu de la loi sur les accidents du travail, mais les sanctions sont faibles au regard des dangers du travail des enfants. »

Hilal demande une réforme des lois sur l’enfance et sur le travail, l’incrimination de l’emploi des enfants et l’encadrement de la main-d’œuvre agricole par des dispositions la protégeant contre les risques de ces activités, qu’il considère parmi les pires formes de travail. Les lacunes de la législation nationale et l’absence de loi de protection font que leurs horaires ne sont pas réglementés : ils constituent une catégorie exclue de la loi.

Hisham Al-Hosary, président de la commission de l’Agriculture à la Chambre des représentants, considère au contraire que l’utilisation de transports dangereux, l’emploi d’enfants dans l’agriculture avant l’âge légal et le fait de contraindre les blessés à travailler constituent des infractions explicites. Il souligne que tous les employeurs du secteur agricole doivent respecter l’âge légal : employer des enfants est une violation manifeste passible de sanctions dissuasives. Il évoque la visite d’une délégation de l’Union européenne dans les champs de jasmin du gouvernorat de Gharbia. Les entreprises qui achètent ce jasmin en Égypte ont exigé de ne pas employer d’enfants pour sa cueillette et accordé un soutien pour éviter le recours à une main-d’œuvre n’ayant pas l’âge légal.

L’autrice de l’enquête a contacté Abdel Wahab Khadr, responsable des relations publiques du ministère du Travail, ainsi que le service des relations publiques de l’Autorité des assurances sociales. Elle n’avait reçu aucune réponse à ses questions au moment de la publication. Elle a obtenu le consentement éclairé de toutes les sources rencontrées pendant l’enquête.

Cette enquête a été réalisée dans le cadre de la bourse « Qayd Maghoul » de la plateforme Women Who Won the War.

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Sohad Elkhodary
Journaliste égyptienne ayant travaillé pour plusieurs journaux égyptiens et sites arabes. Elle s’intéresse aux enquêtes et aux récits humains.

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