Avec l’annonce, le samedi 10 janvier 2026 au soir, des résultats de 27 circonscriptions où le scrutin avait été annulé puis réorganisé, le rideau est officiellement tombé sur le plus long processus électoral législatif de l’histoire de la vie parlementaire égyptienne, selon la formule du conseiller Hazem Badawy, président de l’Autorité nationale des élections. Des élections qui se sont étalées de novembre 2025 au 4 janvier 2026, ponctuées de vagues successives de recours, d’annulations et de nouveaux votes, dans un scénario sans précédent par sa durée et par la densité des procédures exceptionnelles.
Malgré l’effervescence médiatique et les mesures exceptionnelles, les résultats officiels font apparaître un Parlement qui reproduit presque à l’identique la même carte : une majorité écrasante pour les partis loyaux au pouvoir exécutif, une représentation limitée de l’opposition et une présence féminine qui repose presque entièrement sur le quota constitutionnel, ce qui traduit un écart persistant entre les textes constitutionnels et la réalité politique.
Le président de l’Autorité nationale des élections a annoncé, lors de la conférence de presse consacrée à la proclamation des résultats, que le nombre total d’électeurs inscrits pour les élections à la Chambre des représentants égyptienne de 2025-2026 s’élevait à 69 891 913. Selon les chiffres officiels, 22 657 211 électeurs ont voté, soit un taux de participation de 32,4 %.
Selon les mêmes données, 21 150 656 votes valides ont été enregistrés, contre 1 506 055 votes nuls. Ces chiffres indiquent qu’environ deux tiers des électeurs inscrits n’ont pas participé au processus électoral, malgré la controverse et l’effervescence qui l’ont accompagné, ce qui a relancé les interrogations sur la confiance dans le processus électoral et sur l’utilité de la participation politique dans le contexte actuel.
Ce taux place les dernières élections parmi les plus faibles taux de participation depuis 2011, relançant des interrogations chroniques sur la confiance dans le processus électoral et sur les limites de l’effet de l’allongement du scrutin et de la répétition des votes sur la mobilisation des électeurs, en l’absence d’une véritable compétition politique dans la plupart des circonscriptions.
La Chambre des représentants égyptienne compte 596 sièges, répartis entre 284 sièges élus au scrutin individuel, 284 sièges élus au scrutin de listes de partis fermées, et 28 sièges nommés par le président de la République, conformément à la loi n° 85 de 2025 relative au découpage des circonscriptions des élections à la Chambre des représentants.
Loi n° 85 de 2025 relative au découpage des circonscriptions des élections à la Chambre des représentants
| Mode de scrutin | Sièges élus | Part |
|---|---|---|
| Scrutin individuel | 284 | 50 % |
| Scrutin de listes (liste à majorité absolue) | 284 | 50 % |
Selon l’article 101 de la Constitution égyptienne, la Chambre des représentants dispose de larges compétences qui comprennent la législation, l’adoption du budget de l’État et le contrôle du gouvernement, tandis que l’article 131 lui permet de retirer sa confiance au gouvernement. Toutefois, des rapports politiques et de défense des droits humains antérieurs, ainsi que les pratiques des dernières législatures, ont montré que ces compétences sont restées, pour l’essentiel, lettre morte, dans une configuration parlementaire penchant massivement en faveur de partis loyaux au pouvoir exécutif.
Au cours de la législature ouverte en 2021, des dizaines de lois et de budgets ont été adoptés sans modifications substantielles ni débats approfondis, ce qui soulève la question de savoir si le nouveau Parlement sera capable de rompre avec ce schéma, au vu de résultats électoraux presque identiques.

Une majorité dominante et une opposition limitée
La nouvelle Chambre des représentants compte 15 partis politiques, dont 7 partis loyaux au gouvernement et 8 partis classés dans l’opposition : Réforme et Développement, Rassemblement national progressiste unioniste (Tagammu), Front national, Parti républicain du peuple, Al-Adl (la Justice), Parti des conservateurs, Parti social-démocrate égyptien, Al-Moatamar (le Congrès), Al-Nour, Al-Wa’y (la Conscience), Wafd égyptien, Défenseurs de la patrie (Homat Al-Watan), Avenir de la nation (Mostaqbal Watan), Parti égyptien de la Liberté et Volonté d’une génération (Eradet Geel).
Selon les résultats définitifs pour les 568 sièges élus, les partis loyalistes ont obtenu 410 sièges, soit 72,2 % du total, contre 53 sièges pour l’opposition (9,3 %), tandis que les indépendants ont remporté 105 sièges (18,5 %), selon les données officielles de l’Autorité nationale des élections et l’étude statistique publiée par le Service d’information de l’État (SIS).
Répartition des sièges entre loyalistes, opposition et indépendants
| Bloc | Sièges |
|---|---|
| Loyalistes | 410 |
| Indépendants | 105 |
| Opposition | 53 |
Ces chiffres montrent la persistance du déséquilibre structurel de la représentation politique : le contrôle du scrutin de listes fermées se traduit par une majorité quasi garantie, tandis que la compétition au scrutin individuel reste semée d’obstacles organisationnels et financiers qui limitent les chances des partis non dominants.

La « Liste nationale » impose sa loi
Les partis loyalistes ont raflé l’écrasante majorité des sièges, à la fois au scrutin individuel et à travers la seule liste en lice, baptisée « Liste nationale pour l’Égypte », ce qui a pratiquement supprimé toute véritable compétition pour les sièges de listes. Le parti Avenir de la nation est arrivé en tête avec 227 sièges, dont 120 par les listes et 106 au scrutin individuel, suivi du parti des Défenseurs de la patrie avec 86 sièges (43 de liste et 42 individuels), puis du Front national, nouveau venu sur la scène politique, avec 65 sièges (43 de liste et 22 individuels).
De même, le Parti républicain du peuple a obtenu 25 sièges, Al-Moatamar (le Congrès) 4 sièges, le Parti égyptien de la Liberté 2 sièges et Volonté d’une génération un siège, une répartition qui reflète le poids du scrutin de listes fermées, qui fait pencher la balance en faveur des partis les mieux organisés et les plus proches du pouvoir.
Nombre total de sièges de chaque parti
| Parti | Sièges |
|---|---|
| Réforme et Développement | 9 |
| Rassemblement national progressiste unioniste (Tagammu) | 5 |
| Front national | 65 |
| Parti républicain du peuple | 25 |
| Al-Adl (la Justice) | 11 |
| Parti des conservateurs | 1 |
| Parti social-démocrate égyptien | 11 |
| Al-Moatamar (le Congrès) | 4 |
| Al-Nour | 6 |
| Al-Wa’y (la Conscience) | 1 |
| Wafd égyptien | 9 |
| Défenseurs de la patrie (Homat Al-Watan) | 86 |
| Avenir de la nation (Mostaqbal Watan) | 227 |
| Indépendants | 105 |
| Parti égyptien de la Liberté | 2 |
| Volonté d’une génération (Eradet Geel) | 1 |
En revanche, les partis classés dans l’opposition ont obtenu 53 sièges, répartis entre les deux modes de scrutin : le Parti social-démocrate égyptien et Al-Adl ont chacun obtenu 11 sièges, tandis que Réforme et Développement et le Wafd égyptien en ont obtenu 9 chacun. Mais l’analyse de la répartition des sièges révèle que 36 des 53 sièges ont été obtenus au scrutin de listes, contre 17 seulement au scrutin individuel, ce qui témoigne de la faible compétitivité de l’opposition dans les circonscriptions individuelles, comparée à ce que permet l’intégration dans des listes constituées à l’avance.
Réforme et Développement a obtenu 8 sièges de liste et un siège individuel, le Tagammu 4 sièges de liste et un siège individuel, Al-Adl 8 sièges de liste et 3 individuels, et le Parti social-démocrate égyptien 9 sièges de liste et deux individuels. À l’inverse, la représentation de certains partis s’est limitée au seul scrutin individuel, comme Al-Nour avec 6 sièges, et le Parti des conservateurs et Al-Wa’y avec un siège chacun.
Ces chiffres indiquent que le scrutin de listes a constitué la principale voie d’entrée des partis d’opposition au Parlement, tandis que le scrutin individuel est resté plus difficile et moins accessible pour leur représentation, ce qui soulève des questions sur l’égalité des chances et les limites de la compétition partisane lors des dernières élections législatives.
Répartition des sièges individuels et de liste des partis d’opposition
| Parti | Scrutin individuel | Liste | Total |
|---|---|---|---|
| Réforme et Développement | 1 | 8 | 9 |
| Tagammu | 1 | 4 | 5 |
| Al-Adl (la Justice) | 3 | 8 | 11 |
| Parti des conservateurs | 1 | 0 | 1 |
| Parti social-démocrate égyptien | 2 | 9 | 11 |
| Al-Nour | 6 | 0 | 6 |
| Al-Wa’y (la Conscience) | 1 | 0 | 1 |
| Wafd égyptien | 2 | 7 | 9 |
| Total | 17 | 36 | 53 |

Controverse autour du « Mouvement civil »
Le Service d’information de l’État a indiqué, dans une étude présentée par son président, Diaa Rashwan, qu’environ 32 députés parmi les sièges de l’opposition appartiennent au Mouvement civil démocratique. Mais le Mouvement a démenti ces chiffres.
Walid El-Amari, porte-parole du Mouvement, déclare à Zawia3 que le Mouvement a refusé dès le départ de participer au système des listes, « géré par les partis loyalistes et les services de sécurité », affirmant que les partis Al-Adl et social-démocrate égyptien ont gelé leur adhésion au Mouvement depuis l’élection présidentielle et ne le représentent pas au Parlement.
El-Amari qualifie ces élections de « tentatives d’embellir des élections laides et suspectes », estimant que le Parlement de 2026 ne diffère pas fondamentalement de celui de 2021, si ce n’est que les violations ont été « plus visibles et plus éhontées ».
Commentant ce qu’a publié le président du Service d’information de l’État, Diaa Rashwan, au sujet de la représentation de l’opposition, El-Amari estime que cela s’inscrit dans le cadre de « tentatives d’embellir des élections laides, suspectes et mal famées », selon ses termes, insistant sur le fait que les élections de 2026 n’ont pas fondamentalement différé de celles de 2021, à ceci près que « les violations, cette fois, ont été mieux documentées et plus visibles, et commises de manière grossière et sans se cacher ».
El-Amari ajoute que ces pratiques ont contribué à une large abstention, relevant que certains candidats de la « Liste nationale » ont annoncé leur victoire avec des pourcentages extrêmement faibles, atteignant dans certains cas environ 11,5 % des voix des électeurs, ce qu’il considère comme « la preuve la plus claire de la perte de confiance dans l’intégrité du processus électoral », d’autant que la faible participation s’est poursuivie même après l’examen des recours et des réclamations.
El-Amari insiste sur le fait que « le Mouvement civil n’est pas représenté dans le nouveau Parlement », à l’exception d’un député du Parti des conservateurs élu au scrutin individuel, et non par les listes, rejetant ce qu’il qualifie de tentatives de « faire croire à l’opinion publique qu’il existe une opposition au sein de la Chambre ».
Il souligne également que les candidats du Mouvement dans les circonscriptions individuelles ont fait face à des conditions inégales, compte tenu de l’étendue des circonscriptions, de l’absence de véritables possibilités de contact avec les électeurs et de la domination de l’argent politique, expliquant que la participation limitée dans de nombreux bureaux de vote était liée à la distribution de « coupons, cadeaux et faveurs », et non aux programmes ou aux discours politiques, ce qui a conduit, selon lui, à l’échec de la plupart des candidats des partis du Mouvement, comme Al-Dostour (la Constitution), Pain et Liberté et le Parti des conservateurs, à remporter des sièges lors des dernières élections.
Dans de précédentes déclarations à la presse, Ahmed Bahaa El-Din Chaabane, nouveau président du conseil d’administration du « Mouvement civil démocratique », a estimé, dans un entretien, que les trois partis (Réforme et Développement, Al-Adl et le Parti social-démocrate égyptien) ont mené de nombreuses batailles aux côtés des partis du Mouvement, mais qu’ils ont choisi une voie différente de celle du Mouvement civil. C’est pourquoi ils ne sont plus des membres à part entière du Mouvement civil, n’assistent plus aux réunions et ne participent plus.
Le Mouvement civil est censé regrouper 12 partis politiques d’opposition, dont dix partis actifs : Al-Dostour (la Constitution), l’Alliance populaire socialiste, Pain et Liberté, Al-Karama (la Dignité), le Parti communiste égyptien, le Parti des conservateurs, le Parti arabe démocratique nassérien, le Parti de l’Entente nationale, le Parti socialiste égyptien et Réforme et Développement, ainsi qu’un certain nombre de personnalités publiques, tandis que les partis Al-Adl et social-démocrate égyptien maintiennent jusqu’à présent le gel de leurs activités au sein du Mouvement.

Le Parlement d’aujourd’hui ressemble tant à celui d’hier !
Dans le Parlement de 2021, les partis et les listes loyaux au gouvernement ont dominé la composition parlementaire, le bloc de la « Liste nationale Pour l’amour de l’Égypte » (dont Avenir de la nation) contrôlant environ 74 % des 568 sièges, dont 316 sièges pour le seul parti Avenir de la nation (56 %), contre des parts limitées pour les autres partis, d’environ 25 %, et 100 sièges pour les indépendants, soit 16 à 18 %.
La comparaison entre les Parlements de 2021 et de 2026 montre la stabilité de la domination des partis loyaux au gouvernement sur la Chambre, avec une légère évolution des proportions de sièges. Lors des élections de 2026, le bloc loyaliste a obtenu 72,2 %, soit une baisse d’environ 2 points seulement par rapport au Parlement de 2021, contre 9,3 % pour les partis classés dans l’opposition en 2026, soit une baisse de moins d’un point par rapport à 2021, tandis que la part des indépendants est passée de 16 % à 18,5 %, soit 2,5 points de plus. Selon cette répartition, la domination de la majorité loyale au pouvoir se poursuit, avec une représentation limitée de l’opposition et une légère hausse de la part des indépendants par rapport à la législature précédente.
Comparaison de la répartition des sièges entre les Parlements de 2021 et de 2026
| Bloc | 2021 | 2026 |
|---|---|---|
| Loyalistes | 74 % | 72,2 % |
| Opposition | 10 % | 9,3 % |
| Indépendants | 16 % | 18,5 % |
En revanche, la représentation des indépendants à la Chambre des représentants a nettement reculé au cours des trois dernières législatures : après avoir formé un bloc important dans le Parlement de 2016, avec 315 députés, leur nombre est tombé à 93 seulement dans le Parlement de 2021. Avec le Parlement de 2026, le nombre d’indépendants a relativement augmenté pour atteindre 105 députés, hommes et femmes, sans approcher leur niveau de représentation de 2016, ce qui signifie la poursuite de la domination des grands partis sur la scène parlementaire, face à une présence relativement limitée des indépendants.
Nombre d’indépendants à la Chambre des représentants (2016, 2021, 2026)
| Chambre des représentants | Nombre d’indépendants |
|---|---|
| 2016 | 315 |
| 2021 | 93 |
| 2026 | 105 |
Les résultats et l’analyse des données montrent que les résultats du Parlement de 2026 ne diffèrent guère de ceux du Parlement élu en 2020, qui a fait l’objet de critiques nourries au cours des dernières années, malgré la vive controverse qui a accompagné ces élections dès le premier jour de la première phase.
Ce climat a poussé le président Abdel Fattah Al-Sissi à demander à l’Autorité nationale des élections de prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer de l’intégrité du processus électoral, insistant sur la nécessité d’examiner intégralement les recours déposés et d’établir la volonté réelle des électeurs, et appelant à ne pas hésiter à annuler les résultats, en tout ou en partie, dans les circonscriptions où il serait impossible de s’assurer de la validité des résultats ou de leur conformité à la volonté des électeurs.
En conséquence, l’Autorité nationale des élections a pris des décisions annulant les résultats de 19 circonscriptions dans 7 gouvernorats où le scrutin s’était tenu lors de la première phase, et la Haute Cour administrative a prononcé l’invalidation de 27 circonscriptions supplémentaires, portant à 46 le nombre total de circonscriptions où les élections ont été entièrement réorganisées, une première dans l’histoire de la vie parlementaire égyptienne.
Quant à l’absence de changement tangible dans les résultats des élections malgré le tapage qui les a accompagnées, Akram Ismail, dirigeant du parti Pain et Liberté (en cours de fondation), affirme que l’intensification de la controverse autour des élections ne résultait pas d’un changement réel des mécanismes de leur organisation, mais reflétait plutôt des différends internes entre les parties chargées de gérer le processus électoral.
Ismail explique, dans son entretien avec Zawia3, que la déclaration du président a révélé l’existence d’un conflit au sein de ces parties, ce qui a ouvert un espace plus large pour observer les élections et les commenter, sans pour autant aboutir à une transformation radicale de la manière de les gérer ni à un plus grand respect de la volonté des électeurs.
Il ajoute que l’opinion publique a suivi les élections comme un indicateur de l’existence de conflits et de différends internes, et non comme un processus sérieux répondant aux critères d’intégrité, relevant que ce qui s’est passé ensuite a confirmé cette lecture, au vu des plaintes pour fraude et modification des résultats dans certaines circonscriptions lors de la deuxième phase, plaintes qui ne se sont pas limitées aux forces d’opposition, mais se sont étendues à des partis loyalistes, dont le parti des « Défenseurs de la patrie ».
Au sujet de ce qui s’était dit avant les élections sur l’octroi d’un espace ou d’un nombre de sièges plus important à l’opposition dans le nouveau Parlement, Ismail estime que la gestion des élections sur le terrain obéit à des équilibres locaux et à des calculs sécuritaires, en l’absence d’une orientation politique centrale claire. Il indique que les décisions finales sont le plus souvent tranchées en fonction des appréciations des responsables sécuritaires dans les différentes circonscriptions, ce qui limite l’effet de toute vision politique générale pouvant être envisagée au sein du pouvoir.
Il affirme que ce qui peut être discuté dans les « chambres fermées » à propos de l’octroi d’une marge à l’opposition ne se traduit pas nécessairement dans la pratique, le dernier mot revenant à des équilibres sécuritaires locaux qui régissent le déroulement du processus électoral sur le terrain.
Dans ce contexte, l’ancien député Haitham El-Hariri estime que la composition de la nouvelle Chambre ne diffère guère de celle du Parlement de 2021, ce qui signifie que les citoyens doivent s’attendre à un Parlement aux mêmes politiques et à la même stratégie.
El-Hariri ajoute, dans son entretien avec Zawia3, que la domination des partis loyaux au pouvoir rend difficile de parler d’un Parlement capable de jouer un véritable rôle de contrôle ou de législation au service des intérêts des citoyens, la Chambre manquant de l’indépendance nécessaire pour demander des comptes au gouvernement, dans le cadre de lois électorales qui n’ont pas fait l’objet d’une large adhésion.
El-Hariri ajoute que les résultats des dernières élections, ainsi que la loi qui les encadre, ont produit une majorité écrasante pour les partis loyalistes, ce qui laisse présager une répétition « à l’identique » de l’expérience du Parlement de 2021, où le véritable contrôle fait défaut et où le programme du gouvernement, les prêts et les projets de loi sont adoptés sans débat sérieux. Il a indiqué ne pas s’attendre à un changement fondamental des politiques publiques, que ce soit au niveau du gouvernement, qu’il décrit comme appliquant des politiques qui lui sont imposées, ou au niveau du Parlement, qui ne maîtrise pas lui-même ses décisions mais suit les orientations des partis qui détiennent la majorité.
Au sujet de l’intervention du président de la République au début du processus électoral et de son appel à des élections bénéficiant de l’adhésion populaire, El-Hariri estime que ce qui s’est passé sur le terrain n’a pas reflété cette orientation. Il considère que le fondement même du processus électoral est « nul », puisque la loi électorale a permis que 50 % des sièges, ceux de la liste à majorité absolue, soient remportés par acclamation (sans aucune concurrence), faute de listes concurrentes ou parce que l’Autorité nationale des élections n’en a accepté aucune, ce qui a fait perdre au processus la confiance des citoyens.
El-Hariri explique que l’intervention présidentielle ne s’est pas traduite dans les faits, citant les irrégularités qu’il a relevées, dont l’utilisation de l’argent politique dans les circonscriptions individuelles et l’exploitation de la situation économique difficile des citoyens. Il a évoqué les plaintes déposées par certaines candidates, dont une candidate du gouvernorat de Gharbiya, affirmant avoir lui-même constaté, lors de sa présence à Mansourah pendant les jours de vote, l’ampleur de ces pratiques.

Représentation des femmes au Parlement : demi-tour, marche arrière !
La répartition des sièges entre scrutin individuel et scrutin de listes à la Chambre des représentants égyptienne montre que la représentation des femmes continue de reposer presque entièrement sur le quota constitutionnel. Dans le Parlement de 2021, on comptait 148 députées, dont 6 seulement élues au scrutin individuel, contre 142 élues sur les listes, soit les sièges réservés aux femmes à hauteur de 25 %, conformément à la Constitution égyptienne et au système électoral en vigueur. Aucun changement substantiel n’est intervenu dans le Parlement de 2026 : le nombre de femmes élues au scrutin individuel est tombé à 4 seulement, tandis que le scrutin de listes a maintenu 142 sièges féminins, soit la proportion fixée par la Constitution.
Représentation des femmes, au scrutin individuel et sur les listes, dans les Parlements de 2021 et de 2026
| Parlement | Scrutin individuel | Liste | Total des élues |
|---|---|---|---|
| 2021 | 6 | 142 | 148 |
| 2026 | 4 | 142 | 146 |
Dans ce contexte, la directrice exécutive de l’Initiative pour la femme rurale, Lamia Lotfy, estime que la crise de la représentation des femmes au Parlement en dehors du quota constitutionnel n’est ni une question conjoncturelle ni liée à une législature en particulier, mais le prolongement d’un problème structurel chronique, inhérent à la nature même du processus électoral.
Lamia explique, dans son entretien avec Zawia3, que l’éloignement des élections des critères d’intégrité et de compétitivité reconnus au niveau international se répercute nécessairement sur les chances des catégories qui ont historiquement souffert de marginalisation et de discrimination, au premier rang desquelles les femmes, estimant que « la course électorale est gérée selon des règles injustes dès le départ ».
Elle souligne que supposer l’égalité des chances en l’absence d’outils de soutien ou de « mesures positives » en faveur des catégories les moins favorisées, comme les femmes, les ouvriers et les paysans, les personnes handicapées et les professionnels, est une hypothèse irréaliste, relevant que la compétition est devenue, dans les faits, le monopole des hommes d’affaires et des détenteurs d’influence familiale et tribale.
Elle ajoute que les dépenses excessives de propagande électorale, l’étendue des circonscriptions et le recours aux réseaux d’influence et à l’argent rendent l’accès aux électeurs quasi impossible pour les candidats qui ne disposent pas de ces outils, affirmant que « la capacité d’accès n’est pas égale entre tous les concurrents ».
Lamia évoque la reconnaissance par le président de la République de l’existence d’irrégularités dans le processus électoral, dont l’achat de voix et des manipulations dans certains bureaux de vote, mais elle estime que la réorganisation des élections dans un certain nombre de circonscriptions n’a pas réussi à traiter les racines de la crise, et qu’elle l’a au contraire reproduite, quoique à un moindre degré. Elle conclut que les résultats définitifs ne pouvaient garantir une représentation réelle des femmes ni d’aucune des catégories marginalisées, relevant que les élus appartiennent le plus souvent à des classes sociales aisées et jouissent d’une influence économique et sociale.
La directrice de l’Initiative pour la femme rurale explique que la présence de femmes sur les listes ne suffit pas tant que l’intégrité du processus électoral n’est pas garantie ou qu’un véritable soutien n’est pas apporté aux catégories incapables de concourir selon les équations de l’argent et de l’influence.
Elle critique également les mécanismes de sélection des candidates au sein même des listes, s’interrogeant sur la mesure dans laquelle les partis s’appuient sur des critères de compétence et d’expérience, compte tenu de l’influence du financement et des dons sur la composition des listes.
Quant aux chances d’adoption de législations tenant compte de la dimension de genre au sein du prochain Parlement, elle se montre sceptique, rappelant l’échec du précédent Parlement à adopter une loi unifiée contre les violences faites aux femmes, ainsi que la loi portant création de la Commission de lutte contre la discrimination, bien qu’elle soit une obligation constitutionnelle. Elle estime également que les priorités du prochain Parlement resteront tributaires de l’agenda du pouvoir exécutif, et non de celui de la société civile ou des députés, jugeant probable que certains dossiers, comme la Commission de lutte contre la discrimination ou la loi sur le statut personnel, aient des chances relativement meilleures, même s’ils sont reportés.
Elle affirme que l’État préfère traiter les questions de violence contre les femmes de manière partielle, « une affaire après l’autre », plutôt que d’adopter une loi unifiée, estimant que cette approche reflète l’absence d’une véritable volonté politique d’opérer une transformation législative globale garantissant une représentation équitable et effective des catégories marginalisées au Parlement.
Avec la proclamation des résultats officiels des élections à la nouvelle Chambre des représentants égyptienne, il apparaît clairement que les partis loyaux au gouvernement continuent de contrôler la plupart des sièges, tandis que la présence de l’opposition reste limitée et que les indépendants forment une part relativement modeste. La répartition électorale révèle des défis structurels dans la représentation des catégories marginalisées, en particulier les femmes, le Parlement reposant presque entièrement sur le scrutin de listes constitutionnel pour atteindre leur quota, tandis que le scrutin individuel reste difficile pour les candidates indépendantes ou issues des catégories les moins influentes.
Malgré les procédures officielles de réorganisation des élections dans certaines circonscriptions, le tableau général indique une répétition de l’expérience du Parlement de 2021 : la majorité parlementaire reste dominante et l’opposition a peu d’influence, avec un recours persistant à l’argent politique et aux réseaux d’influence pour déterminer les vainqueurs. Des responsables politiques et des observateurs affirment que le nouveau Parlement constitue une reproduction de celui de 2021, ce qui signifie la poursuite des mêmes politiques et législations et l’absence de véritable contrôle.
