Alexandrie, des investissements qui ne voient pas la mer

Comment les projets de développement à Alexandrie sont devenus une menace environnementale et urbaine, à travers le remblaiement des plages, la privatisation de la corniche et l’érosion du littoral, dans un contexte de changement climatique accéléré et d’absence de participation de la population.
Image de Aya Yasser

Aya Yasser

Le gouvernement égyptien continue de promouvoir de grands projets de développement et d’investissement sur le littoral d’Alexandrie, au moment où l’identité environnementale et urbaine de la ville subit des transformations radicales. Depuis des années, la « Fiancée de la Méditerranée » fait face à une série de violations systématiques menées sous les slogans du « développement » et de la « transformation touristique » : remblaiement des plages, érosion du littoral, suppression d’espaces verts et démolition de monuments architecturaux patrimoniaux. Cela s’est traduit par un net recul des indicateurs d’évaluation environnementale et des principes de la planification urbaine participative.

Ces dernières années, Alexandrie a vu se réaliser des projets comme le port de plaisance de Marassi et les extensions de la ville nouvelle d’El-Alamein (deux projets situés sur la côte nord, à l’ouest d’Alexandrie), ainsi que le pont Sadate dans le quartier d’El-Montazah, accompagnés de graves atteintes à l’environnement et de l’effacement du style architectural caractéristique de la ville. Ces projets ont entraîné une accélération de l’érosion côtière, une dégradation de l’écosystème marin et la privation pour les habitants d’un libre accès à la plage. Dans le même temps, la démolition de villas patrimoniales se poursuit dans les quartiers historiques d’Alexandrie, remplacées par des tours de béton, sans égard pour les infrastructures ni pour le caractère architectural unique de la ville.

Cet article recense les principaux traits du « développement sur les décombres de la ville », en montrant comment des politiques d’investissement à l’impact environnemental négatif sont devenues une menace directe pour l’avenir d’Alexandrie et de ses habitants, dans un contexte de changement climatique accéléré qui place la ville parmi les villes côtières les plus vulnérables. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2022 a en effet indiqué que les côtes égyptiennes ont subi une érosion au rythme de 0,1 mètre par an entre 1984 et 2016, avertissant qu’Alexandrie fait face à des risques croissants, dont la submersion marine, l’érosion des plages et les séismes. Le rapport précise qu’une élévation du niveau de la mer de seulement 0,3 mètre pourrait entraîner la submersion d’environ 30 % de la ville, le déplacement de près de 545 000 personnes et la perte d’environ 70 500 emplois.

Les images satellites et les analyses des systèmes d’information géographique (SIG), selon une étude publiée dans la revue Arabian Journal of Geosciences, montrent une nette détérioration de l’évolution du trait de côte à Alexandrie depuis 2015, avec un taux d’érosion de 1,3 mètre par an. Une étude analytique publiée dans la revue scientifique International Journal of Environmental Research and Public Health indique que quatre des 43 hôtels côtiers d’Alexandrie sont directement exposés au risque de submersion, un risque qui s’aggrave dans les scénarios de hausse future du niveau de la mer.

Quant au projet d’élargissement de la corniche d’Alexandrie, qui s’est étendu sur 4,4 kilomètres le long de 14 plages dans l’est de la ville et sur 15 mètres de profondeur dans la mer, il a comporté des travaux de remblaiement dans des zones comme Sidi Bishr et Miami, ainsi que la fermeture de certaines plages orientales. Dans sa deuxième phase, le projet a inclus un remblaiement supplémentaire sur 700 mètres pour construire une voie de circulation, ainsi que la construction de brise-lames immergés pour protéger la côte des tempêtes hivernales (les « nawat »), ce qui a suscité des craintes quant à ses effets négatifs sur l’environnement marin. De même, le projet du pont Sadate dans le quartier d’El-Montazah, lancé en 2022, a fait l’objet de vives critiques en raison de son empiètement direct sur la plage de Beau-Rivage et de la disparition d’une partie du paysage côtier naturel.

Bien que la construction sur la bande côtière soit légalement interdite, elle est pratiquée dans les faits, ce qui menace l’environnement côtier et la vue sur la mer. Une étude publiée en septembre 2024 par le centre « L’Humain et la Ville » (Human and the City Center), intitulée « La corniche d’Alexandrie et le droit de voir », a confirmé que la corniche est passée du statut d’espace public ouvert à celui de propriétés privées et de projets d’investissement, portant atteinte au « droit des citoyens à voir » la mer. L’étude indique que les empiètements représentaient 66,3 % de la longueur de la corniche en 2020, seuls 33,7 % restant accessibles à tous les habitants, avec la multiplication de constructions temporaires transformées en restaurants et en cafés qui masquent la mer, notamment à Sidi Bishr et à Glim.

Selon la même étude, ces empiètements ont commencé lorsque le général Abdel Salam Mahgoub occupait le poste de gouverneur d’Alexandrie (de 1997 à 2006), avec l’élargissement de la route de 8 à 20 mètres et le remblaiement de plages importantes, ce qui a modifié le mouvement des sables et provoqué l’érosion du rivage et la submersion de parties de la corniche lors des tempêtes. Ces élargissements n’ont entraîné aucune amélioration des services publics : la corniche est devenue une voie rapide dépourvue des conditions de sécurité pour les piétons, faute de passerelles en nombre suffisant, avec une hausse des accidents de la route. L’étude signale aussi des effets environnementaux indirects de ces empiètements, comme l’augmentation de la turbidité de l’eau, qui réduit la photosynthèse des organismes marins et nuit à la biodiversité.

 

Carte de la zone d’étude sur le littoral d’Alexandrie
Carte de la zone d’étude, comprenant les principales stations touristiques et les sites d’échantillonnage des sédiments de plage. Source : Springer Nature Link

 

Une défiguration systématique de l’environnement et du droit à la ville

Pour sa part, l’avocate de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) Radwa Abdel Qawy estime qu’une grande partie des projets d’aménagement et de développement que connaît le gouvernorat d’Alexandrie a entraîné des atteintes à l’environnement et au droit public des habitants d’accéder aux plages et aux espaces ouverts. Elle affirme que les citoyens ont désormais le sentiment que leur ville est délibérément défigurée : plusieurs plages d’Alexandrie ont été remblayées au profit de l’extension du port d’El-Dekheila, ou fermées, et d’autres ont été transformées en avancées de béton dans la mer, abritant des cafés et des restaurants hors de prix, comme dans des zones telles que « The Walk » et « Green Bee » à Sidi Gaber, ce qui les rend inaccessibles aux citoyens ordinaires ; quant aux plages accessibles moyennant des tickets bon marché, elles sont bondées et souffrent de négligence, de pollution, de manque de propreté et d’absence de contrôle.

Elle déclare à Zawia3 : « Le nombre de plages publiques à Alexandrie ne cesse de diminuer, tandis que de nombreuses plages et clubs nautiques sont attribués à des organismes souverains [expression désignant en Égypte l’armée et les services de sécurité] ou à des investisseurs, ce qui creuse le fossé entre les classes et réduit les possibilités pour les citoyens de profiter des espaces côtiers, sans compter le phénomène de construction de murets en béton et de clôtures en fer le long de la corniche, qui empêchent de voir la mer et transforment l’espace public en espaces fermés destinés à une catégorie sociale déterminée », estimant que cette transformation dépouille la ville de son caractère ouvert et anéantit une partie de l’identité d’Alexandrie.

Radwa Abdel Qawy met en garde contre le danger de l’extension du port pour l’environnement marin, soulignant que des zones comme El-Max et El-Dekheila ont un caractère environnemental et social particulier : El-Max est connu pour sa forte concentration en iode et comme destination pour acheter du poisson frais, sans compter son vieux phare, monument populaire, autant d’éléments menacés de disparition au profit du projet. Elle indique que ces travaux de construction, au premier rang desquels le remblaiement des plages, pourraient avoir un effet négatif sur le niveau de la mer et accroître le risque d’érosion côtière, insistant sur l’importance de mener des évaluations scientifiques transparentes pour tout projet touchant l’environnement côtier.

Le centre « Solutions pour les politiques alternatives » (Alternative Policy Solutions), rattaché à l’Université américaine du Caire, avait révélé une baisse notable du nombre de plages publiques dans les villes côtières : à Alexandrie, ce nombre est passé de 67 plages en 2015 à seulement 13 en 2021, et à Marsa Matrouh, de 30 à 11 sur la même période.

Le centre considère que le projet « South Med », qui s’étend sur 23 millions de mètres carrés, est un exemple de l’extension par le gouvernement de la privatisation des plages égyptiennes au cours de la dernière décennie, en violation de l’article 45 de la Constitution égyptienne, qui garantit le droit d’accès gratuit aux plages, avertissant qu’il contribue à aggraver la crise de l’érosion côtière en raison de l’urbanisation dense le long du trait de côte, ce qui accélère l’érosion des plages égyptiennes.

S’agissant des espaces verts, Radwa Abdel Qawy relève que les projets d’aménagement ont touché des jardins publics historiques, comme Antoniadis et El-Montazah, sans compter l’arasement d’espaces verts qui relevaient du ministère de l’Agriculture au profit de résidences fermées (« compounds »), affirmant que ces empiètements nuisent à l’équilibre environnemental, notamment avec le net recul de la proportion d’arbres et de plantes dans la ville.

En conclusion de son entretien avec nous, Radwa Abdel Qawy insiste sur l’importance de défendre l’environnement en tant que droit fondamental des citoyens, et de rejeter les politiques de développement qui excluent les habitants d’Alexandrie et transforment leur ville en espaces commerciaux fermés.

Une étude cartographique du centre « L’Humain et la Ville » sur « Les espaces verts à Alexandrie entre 2013 et 2023 », publiée en février 2024, avait révélé une évolution notable de la tendance urbaine : les espaces verts publics se sont nettement réduits sous l’effet des pressions de l’investissement et d’une mauvaise planification, tandis que les espaces privés et semi-publics ont augmenté. L’étude a également relevé une répartition spatiale insuffisante des espaces verts à l’échelle des quartiers, en décalage avec les normes urbanistiques qui prévoient une répartition efficace dans un rayon d’un kilomètre autour des zones résidentielles, soulignant que la rareté des points verts dans les quartiers surpeuplés aggrave le phénomène des îlots de chaleur urbains et nuit à la qualité de l’air et à la santé environnementale.

Pour sa part, Rawan Khedr, chercheuse au centre « L’Humain et la Ville », explique à Zawia3 que les principales atteintes environnementales et architecturales commises dans le gouvernorat d’Alexandrie lors des opérations d’aménagement de ces dernières années comprennent le remblaiement du lac Mariout pour l’expansion urbaine et les services de loisirs, le remplacement d’espaces verts par des bâtiments en béton, comme au jardin d’El-Khalidine, et l’abattage d’un grand nombre d’arbres historiques dans les jardins d’El-Montazah et d’Antoniadis, ainsi que des constructions non planifiées et illégales dans de nombreuses zones, la fraude sur les matériaux de construction et le non-respect des spécifications requises pour les matériaux et du code de la construction.

Une étude du centre « L’Humain et la Ville », intitulée « L’évaluation de l’impact environnemental entre obligation locale et contrôle international : étude appliquée aux projets du métro d’Alexandrie », de la chercheuse Aya Ashraf, affirme que l’évaluation de l’impact environnemental (EIE) souffre d’une application incohérente : elle est ajoutée aux grands projets sans être réellement intégrée aux phases de conception et d’exécution. L’étude met en évidence des lacunes législatives et une faible implication des instances scientifiques et de la société civile dans le projet de métro d’Alexandrie, ainsi qu’un manque de transparence sur les résultats, qui ne sont pas rendus publics, ce qui rend difficile l’évaluation effective de l’impact du projet.

Vue du littoral d’Alexandrie à travers une ouverture dans un mur de pierre

 


Le changement climatique ignoré

L’avocat et chercheur en environnement Ahmed El-Saeedy estime que les travaux d’aménagement et de développement menés dans le gouvernorat d’Alexandrie ces dernières années n’ont pas été exempts de violations flagrantes des exigences environnementales et des principes de durabilité, et qu’ils sont le plus souvent réalisés sans véritable évaluation environnementale efficace, affirmant que le non-respect de l’évaluation de l’impact environnemental de ces projets (ou le recours à des procédures de pure forme) a conduit à des catastrophes environnementales en série.

Ahmed El-Saeedy explique que la ville d’Alexandrie est classée parmi les zones exposées à l’élévation du niveau de la mer selon les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ce qui impose que toute intervention sur la bande côtière fasse l’objet d’un examen minutieux et de stratégies d’adaptation au changement climatique. Il souligne que le remblaiement et la construction dans l’emprise des plages menacent non seulement l’équilibre environnemental, mais nuisent aussi aux infrastructures à long terme, avec un risque d’effondrements futurs à mesure que s’aggravent les effets du changement climatique.

Au sujet des espaces verts, il déclare à Zawia3 : « Ce qui s’est passé dans la ville, de la suppression de jardins publics à l’abattage d’arbres séculaires, aggrave la crise de la pollution de l’air et supprime les poumons verts des habitants, à un moment où l’Égypte souffre déjà de faibles proportions d’espaces verts, en particulier dans les grandes villes comme Le Caire et Alexandrie. »

L’avocat spécialisé en environnement insiste sur le fait que la dégradation de l’environnement urbain à Alexandrie n’est pas un simple reflet d’une mauvaise planification, mais la conséquence directe de l’absence de vision environnementale dans les politiques locales et de la faible conscience, chez les autorités exécutives (au premier rang desquelles le gouvernorat d’Alexandrie et les unités locales), de la gravité des changements climatiques. Il indique que la poursuite de ces politiques laisse présager des scénarios catastrophiques dans les années à venir, allant d’effondrements d’infrastructures et d’une hausse de la mortalité pendant la saison des pluies à l’aggravation de la crise du logement en raison de la fissuration des bâtiments.

Il ajoute : « Certaines associations environnementales et des militants locaux jouent un rôle notable dans le suivi des atteintes à l’environnement, mais ils sont souvent exclus des cercles de décision, que ce soit au niveau des politiques ou des projets de développement. » Il affirme que l’ignorance de ces voix actives affaiblit la capacité de l’État à mettre en œuvre des politiques environnementales efficaces et consacre un fossé entre les planificateurs et les personnes touchées par les décisions sur le terrain.

Ahmed El-Saeedy a conclu son entretien avec nous en insistant sur la nécessité d’activer le principe de la participation communautaire et de permettre aux acteurs civils de contribuer à l’élaboration et à l’évaluation des politiques environnementales, condition essentielle pour garantir la durabilité et mettre fin à l’effondrement environnemental d’Alexandrie, appelant à l’adoption de politiques d’adaptation climatique conformes aux recommandations des conférences internationales sur le climat.

De son côté, l’ingénieur Hossam Moharram, ancien conseiller du ministre de l’Environnement et membre de la commission de l’environnement du syndicat des ingénieurs, affirme que les plages comptent parmi les principales ressources touristiques de l’Égypte, ce qui impose de soumettre leur utilisation au principe de justice environnementale, afin de garantir le droit de tous les citoyens d’en profiter sans obstacles financiers ou administratifs. Il souligne que la fermeture de certaines plages au public, leur réservation aux propriétaires d’unités touristiques et l’imposition de droits d’accès élevés constituent une atteinte manifeste à ce droit, et appelle à revoir le dossier des plages et des villages touristiques le long des côtes égyptiennes, en particulier dans le gouvernorat d’Alexandrie.

Il déclare à Zawia3 : « Alexandrie fait face à de graves menaces environnementales et de développement, au premier rang desquelles la disparition possible de parties de son littoral en raison de l’élévation du niveau de la mer provoquée par les changements climatiques ; ce phénomène annonce de lourdes pertes en matière de développement, sur le plan humain et sur le plan social », soulignant la nécessité de réexaminer les mesures prises par l’État à cet égard et d’évaluer leur efficacité et la rapidité de leur mise en œuvre, en particulier face à l’accélération des phénomènes climatiques, comme l’a montré récemment la tempête soudaine qui a frappé la ville (le 31 mai 2025).

Hossam Moharram appelle à adopter, autant que possible, les normes des villes durables dans l’aménagement d’Alexandrie, notamment l’application des principes de l’architecture verte, l’utilisation efficace des ressources naturelles, la réduction de la consommation d’eau et d’énergies fossiles, le recours aux énergies renouvelables, le développement de transports durables, l’extension des espaces verts, le renforcement de l’harmonie urbaine et la bonne gestion des déchets, insistant sur le fait que l’application intégrale de ces normes doit être obligatoire dans les extensions et les nouvelles zones, tandis qu’elle peut se faire progressivement dans les zones existantes, selon les capacités et les ressources disponibles.

Le pont de Stanley, sur la corniche d’Alexandrie

 

L’expansion anarchique alourdit l’empreinte carbone

De son côté, la docteure Maysa Salah El-Din Ismail, première consultante agréée en Égypte pour le calcul de l’empreinte carbone, affirme que l’expansion urbaine d’Alexandrie, en particulier dans les secteurs des services et de la restauration, contribue nettement à alourdir l’empreinte carbone de la ville, à moins que des solutions environnementales durables ne soient adoptées.

Elle déclare à Zawia3 : « Toute multiplication des cafés et des restaurants, notamment dans les zones côtières, augmente la consommation d’électricité et de gaz, et donc les émissions de carbone, à moins de recourir à des alternatives comme l’énergie solaire ou les biocarburants. Et bien que certains établissements aient commencé à prendre des mesures respectueuses de l’environnement, comme le recyclage des déchets ou le remplacement des sacs en plastique par des sacs en papier, l’absence de législation contraignante rend la plupart de ces pratiques volontaires et peu répandues. »

Concernant les projets d’aménagement des jardins publics d’Alexandrie, Maysa Salah El-Din Ismail a expliqué que les travaux réalisés dans le jardin Antoniadis n’ont pas entraîné sa disparition, des arbres y ayant été replantés, précisant que les lois actuelles exigent que les entreprises chargées de tout projet obtiennent un certificat de « conformité environnementale », qui contrôle les indicateurs d’énergie, d’eau et de consommation environnementale, ce qui encourage les entreprises à respecter les normes de durabilité. Elle insiste sur l’importance de l’équilibre entre aménagement et protection de l’environnement, en particulier dans une ville côtière exposée aux conséquences du changement climatique, ce qui exige une volonté politique et législative, ainsi que l’adoption de technologies modernes et de politiques intégrées plaçant les considérations environnementales au cœur des opérations d’aménagement et de développement.

De son côté, l’architecte Engy El-Husseiny, spécialiste de l’architecture bioclimatique et de l’architecture intelligente, explique que l’expansion verticale, par la construction de bâtiments de grande hauteur pour augmenter la densité de population, a des effets ambivalents sur l’environnement : elle contribue à limiter l’étalement urbain sur les terres, réduisant ainsi la destruction des habitats naturels et aidant à préserver la biodiversité, mais elle entraîne aussi plusieurs effets négatifs, comme la hausse de la consommation d’énergie, la dégradation de la qualité de l’air et de l’eau, la modification du microclimat, l’augmentation du bruit et l’érosion des sols, sans compter la pression croissante sur les réseaux d’eau et d’assainissement.

Elle déclare à Zawia3 : « Il existe des solutions environnementales et architecturales qui peuvent être adoptées pour réduire ces effets, tout en préservant la qualité de la ventilation et de l’éclairage naturels à l’intérieur des bâtiments. Parmi ces solutions : l’utilisation d’isolants pour les surfaces exposées au soleil, l’installation de brise-soleil horizontaux, verticaux ou combinés, ainsi que le recours aux toitures végétalisées, qui contribuent à abaisser la température des bâtiments, à purifier l’air et à réduire le bruit. »

Engy El-Husseiny évoque la possibilité de réutiliser les eaux grises pour arroser les jardins ou alimenter les fontaines, et d’utiliser des panneaux solaires malgré leur coût élevé, ainsi qu’un éclairage LED, respectueux de l’environnement et à faibles émissions de chaleur. Elle a souligné l’importance d’installer des systèmes d’ombrage pour les ouvertures, au moyen de verre réfléchissant ou de stores en matériaux comme le PVC, qui contribuent à améliorer l’isolation thermique en été comme en hiver.

Concernant les normes à respecter avant la réalisation de nouveaux projets urbains dans les villes côtières comme Alexandrie, Engy El-Husseiny affirme que tout projet doit être précédé d’une planification minutieuse tenant compte de la relation entre le bâtiment et son environnement. Cela comprend l’étude de l’orientation des vents et du rayonnement solaire, la définition des systèmes mécaniques et structurels adaptés et l’utilisation de technologies de construction qui réduisent la consommation d’énergie, tout en respectant le caractère historique et spirituel du lieu.

Elle ajoute : « Parmi les normes essentielles : choisir des couleurs, des matériaux et des peintures adaptés à la nature de l’environnement côtier, et définir la taille des fenêtres et l’orientation du bâtiment de manière à obtenir une ventilation et un éclairage naturels optimaux », soulignant l’importance d’intégrer la végétation dans la conception architecturale et d’utiliser des auvents, des brise-soleil et des écrans pour créer de l’ombre, ainsi que de tirer parti des bassins solaires, moyen efficace de rafraîchissement et de stockage de l’énergie.

L’architecte attire également l’attention sur la nécessité d’aménager des digues ou des canaux pour évacuer les eaux de pluie et maîtriser leur écoulement, recommandant de disposer les bâtiments en rangées parallèles au sens d’écoulement des eaux afin d’éviter les inondations ou l’érosion, ce qui renforce le confort thermique et accroît la productivité des usagers des bâtiments. Elle cite l’expérience de la ville de « Masdar », aux Émirats arabes unis, comme un modèle réussi de ville côtière ayant su concilier développement architectural et préservation de l’environnement, puisqu’elle est entièrement alimentée par l’énergie solaire, qu’elle utilise les déchets organiques pour produire des engrais et que les déchets industriels, comme le plastique, y sont recyclés ou réutilisés à d’autres fins, affirmant que même les déchets peuvent devenir une véritable richesse s’ils sont recyclés dans le cadre d’une vision intégrée de la construction durable.

 


Des initiatives gouvernementales pour protéger le littoral

À la suite de la crise environnementale survenue sur la côte nord-ouest, au cours de laquelle la plage du village des « Diplomates » a été endommagée par la construction d’une marina dans le cadre du projet « Marassi », réalisé par la société Emaar Misr, ce qui a perturbé le mouvement des vagues et provoqué l’érosion des plages voisines, des médias locaux ont rapporté que le gouvernement égyptien prévoit d’imposer de nouvelles restrictions réglementaires aux projets de promotion immobilière sur la côte nord-ouest, en suspendant l’exécution de tout nouveau chantier donnant sur la Méditerranée tant qu’il n’a pas été examiné et approuvé par une commission gouvernementale spécialisée, réunissant des représentants des ministères du Logement, de l’Environnement, de l’Irrigation et de l’Agriculture ainsi que de l’Autorité de protection des côtes, et chargée d’examiner les plans, les schémas directeurs et les études d’impact environnemental des projets avant la délivrance des autorisations nécessaires. Des médias ont cité une source gouvernementale selon laquelle l’Autorité de la planification urbaine a commencé à préparer des études stratégiques pour évaluer l’utilisation des terres côtières et recenser les impacts environnementaux potentiels.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait ordonné en 2022 la mise en place de normes précises pour protéger les plages et garantir un développement durable, ainsi que l’achèvement des projets de protection des plages dans les villes de la côte nord, notamment Alexandrie, selon les normes environnementales et techniques les plus élevées, en vérifiant rigoureusement les études relatives au traitement du phénomène d’érosion des plages, afin de renforcer la sécurité des communautés urbaines côtières et de protéger les investissements.

Pour sa part, le député Mahmoud Essam a salué les informations diffusées par les médias concernant la décision du gouvernement de suspendre l’exécution de tout nouveau chantier dans les projets de la côte nord donnant sur la mer, jusqu’à ce qu’une commission spécialisée ait fini d’examiner les plans et vérifié qu’ils ne nuisent pas aux plages, affirmant que cette décision constitue une étape très importante et qu’elle doit être appliquée avec la plus grande fermeté et le plus grand sérieux.

Dans une déclaration publiée sur sa page officielle Facebook, Mahmoud Essam a indiqué suivre ce dossier depuis des années, précisant qu’il a été l’un des premiers députés à déposer des demandes d’explication urgente (« talab ihata ») à la Chambre des représentants lorsqu’une société a construit une marina pour yachts dans la mer, dans la zone de Marassi, ce qui a interrompu le mouvement naturel de l’eau et provoqué une érosion manifeste des plages voisines.

Le député a mis en garde contre le danger de la poursuite de l’érosion des plages de la côte nord, affirmant que ce qui se passe ne se limite pas à un changement visuel de l’aspect de la mer, mais représente une menace directe pour les communautés résidentielles et un risque pour les investissements évalués à des milliards de livres dans cette région, expliquant que l’érosion des plages peut entraîner des effondrements de portions du littoral et accroître les risques d’inondations et de tempêtes, en plus de son lourd impact négatif sur les écosystèmes qui abritent des espèces marines rares.

Le député estime que cette décision ne constitue pas une entrave au développement ou à l’investissement mais, au contraire, une mesure destinée à garantir la durabilité des projets, appelant la commission concernée à achever rapidement ses études pour permettre la reprise des travaux sérieux sans retard, mais sans répéter les erreurs du passé.

Alors que le gouvernement égyptien poursuit la réalisation de projets d’aménagement et de développement à Alexandrie, les préoccupations environnementales et sociales restent très présentes, sur fond de questions légitimes sur le coût de ces transformations pour l’identité de la ville, ses habitants et son environnement naturel, et sur la question de savoir si les autorités suivent un modèle de développement qui ne place ni l’humain ni l’environnement au centre de ses préoccupations, mais consacre la logique de l’investissement au détriment de la durabilité.

Dans ce contexte, il apparaît urgent de repenser les politiques d’urbanisme et les projets d’aménagement côtier, afin de garantir un équilibre entre développement économique et protection du patrimoine naturel et social de la ville, au moyen d’un véritable dialogue associant les communautés locales, les experts et les instances de contrôle, pour préserver les côtes, l’environnement marin et les espaces publics de la ville.

Ajoutez Zawia3 à vos sources préférées sur Google

Aya Yasser
Journaliste, écrivaine et romancière égyptienne, titulaire d’une licence en information et communication de l’université du Caire.

Search