Le réseau ouvrier international « LabourStart », en partenariat avec la Fédération internationale des journalistes, a lancé le mardi 20 octobre 2026 une campagne électronique urgente intitulée « Égypte : libérez maintenant les journalistes emprisonnés », qui demande aux autorités égyptiennes la libération immédiate et inconditionnelle des six journalistes de la plateforme « Matsda2sh » : Mohamed Ashraf Abu Omeira, Abdullah Qadri, Islam Barakat, Omar Hilal, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel, ainsi que de tous les journalistes détenus en Égypte. La campagne intervient trois semaines après l’arrestation des six, qui forment l’intégralité de l’équipe éditoriale de la plateforme travaillant en Égypte, et une semaine après la décision du parquet suprême de la sûreté de l’État de prolonger leur détention de quinze jours dans le cadre de l’affaire n° 8083 de 2026 (Sûreté de l’État suprême).
La campagne permet à toute personne souhaitant y participer, après avoir saisi son nom et son adresse électronique, d’envoyer un message type au Premier ministre Mostafa Madbouly et au ministre de l’Intérieur, le général de division Mahmoud Tawfik, dont des copies parviennent à des adresses électroniques officielles, parmi lesquelles celles du Conseil des ministres et du Syndicat des journalistes. Le message affirme que les journalistes doivent pouvoir exercer leur travail sans craindre l’arrestation arbitraire ou l’intimidation, que le journalisme critique en quête de faits n’est pas un crime, et que la Constitution égyptienne protège la diffusion d’informations sur les questions d’intérêt public et le droit du public d’accéder à des informations fiables. Le message tient le gouvernement pour responsable de la protection des journalistes contre toutes les formes de pression, d’intimidation et de violence, conformément aux lois égyptiennes et aux conventions internationales ratifiées par l’Égypte, et lui demande d’abandonner toutes les charges contre les six et de les libérer, avec tous les journalistes détenus derrière les barreaux en Égypte.
La page de la campagne a indiqué que 24 autres journalistes croupissent dans les prisons égyptiennes aux côtés de l’équipe de « Matsda2sh », certains détenus depuis des années, et a attribué sa photo principale à Zawia3. Le nombre de participants à la campagne a atteint 582 jusqu’au mercredi 21 octobre au matin.
Monir Zaarour, directeur des politiques et des programmes pour le Moyen-Orient et le monde arabe à la Fédération internationale des journalistes, déclare à Zawia3 : « L’arrestation des collègues travaillant pour la plateforme Matsda2sh a été un choc considérable pour la Fédération internationale des journalistes et les syndicats membres. C’est pourquoi nous poursuivrons notre combat pour leur libération et leur retour auprès de leurs proches et de leurs collègues. L’emprisonnement de journalistes sans autre raison que l’exercice de leur travail et leur attachement aux normes et à la mission de la profession journalistique est l’un des plus grands dangers auxquels la profession est confrontée ».
Zaarour ajoute : « De même, l’emprisonnement des journalistes qui dévoilent la désinformation et le mensonge dans l’espace public de l’information représente le plus grand danger pour le processus de développement dans tous les pays, y compris l’Égypte. Les expériences mondiales prouvent qu’il ne peut y avoir de développement durable sans journalisme critique ».
Le lancement de la campagne a coïncidé avec la convocation par le parquet suprême de la sûreté de l’État de la rédactrice en chef du site « Mada Masr », Lina Attalah, pour un interrogatoire ce mercredi 21 octobre dans une nouvelle affaire, deux semaines après l’interrogatoire par le même parquet de la journaliste Rasha Azab, qui avait participé à un sit-in de solidarité avec l’équipe de « Matsda2sh » au sein du Syndicat des journalistes, et sa remise en liberté sous caution.
Quarante-huit heures de raids
La campagne sécuritaire a commencé tard dans la soirée du lundi 28 septembre, lorsqu’une force de sécurité a fait irruption au domicile du journaliste Abdullah Qadri, puis à celui de son collègue Mohamed Ashraf Abu Omeira, a confisqué leurs téléphones et leurs ordinateurs et les a emmenés vers une destination inconnue, selon ce qu’a documenté l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, dont les avocats assurent la défense de toute l’équipe. À l’aube et au cours de la journée du mardi 29 septembre, les raids se sont étendus à trois gouvernorats : les forces ont arrêté Islam Barakat à son domicile dans le gouvernorat de Gharbiya et Omar Hilal à son domicile à Port-Saïd, puis Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel dans une rue du Caire, les deux derniers membres de l’équipe qui n’étaient pas encore détenus. Mardi soir, toute l’équipe de la plateforme présente en Égypte était en détention.
L’Initiative égyptienne a déclaré que les forces qui ont fait irruption dans les domiciles n’ont présenté aucun mandat d’arrêt ou de perquisition, n’ont pas informé les familles de la destination de leurs enfants, et ont confisqué les téléphones et les ordinateurs, y compris des appareils appartenant à des membres des familles. La famille d’Islam Barakat a raconté que les membres de la force lui avaient bandé les yeux et menotté les mains, et avaient dit à ses proches qu’ils le ramèneraient dans un quart d’heure. Abdelrahman Mansour, l’un des fondateurs de la plateforme, a déclaré à l’agence Associated Press que la force qui a emmené Abu Omeira a détruit sa bibliothèque et le modem internet de son domicile.
Au cours des premiers jours, les familles des six ont envoyé 17 signalements par télégramme au procureur général, au premier avocat général des parquets de la sûreté de l’État et au ministre de l’Intérieur, sans recevoir de réponse. L’Initiative égyptienne a demandé au procureur général, le conseiller Mohamed Shawki, d’ouvrir une enquête urgente pour déterminer les lieux de détention, et a tenu le ministère public pour responsable de la sécurité des journalistes ; puis ses avocats ont déposé le samedi 3 octobre au matin un dix-huitième signalement demandant une enquête sur les circonstances des arrestations, après le refus des forces de sécurité de montrer aux familles le mandat judiciaire d’arrêt et d’amener.
L’organisation Reporters sans frontières a déclaré que cet incident est le premier du genre en Égypte à placer une rédaction entière derrière les barreaux. L’organisation Human Rights Watch a déclaré, dans un communiqué publié le 2 octobre, que la détention des journalistes au secret, assortie du refus de révéler leur lieu de détention, pourrait constituer une disparition forcée au regard du droit international, et a cité Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’organisation, selon lequel le démantèlement d’une rédaction entière en quelques heures, sans préavis ni motif, envoie un message effrayant à tout journaliste travaillant en Égypte.
Soixante heures avant la reconnaissance officielle
Aucune instance officielle n’a reconnu la détention des six pendant une soixantaine d’heures. Le jeudi 1er octobre au matin, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué sur ses pages Facebook et X, dans lequel il affirmait avoir repéré une page sur internet intitulée « Matsda2sh », qu’il a qualifiée de « non autorisée et gérée depuis l’étranger », diffusant des informations erronées et déformant les faits, et que l’examen avait montré qu’elle faisait « partie des comités médiatiques de l’organisation terroriste des Frères musulmans et était gérée par le Frère musulman en fuite à l’étranger » Abdelrahman Shoukry Ali Abdel Galil Mansour, avec l’aide d’éléments à l’intérieur du pays qui préparent les contenus et les lui envoient pour publication en échange d’un financement de l’étranger. Le communiqué ajoutait qu’« il a été possible de régulariser juridiquement les procédures » et d’arrêter six membres de ce qu’il a appelé le comité, dont l’un est inscrit au Syndicat des journalistes et les autres non, et que le ministère avait informé le président du Syndicat des journalistes « en temps voulu » de l’arrestation du journaliste inscrit et des raisons de cette arrestation.
Le communiqué ne mentionnait aucune accusation précise relevant du code pénal ou de la loi antiterroriste, ni numéro d’affaire, ni lieu de détention, ni l’instance qui interroge les six. Des sources syndicales ont indiqué que le Syndicat n’avait reçu aucune notification préalable ou simultanée, et qu’il avait appris l’incident par les appels à l’aide des familles et les avocats de l’Initiative égyptienne.
« Matsda2sh » a répondu le jour même par un communiqué en cinq points intitulé « Nous ne sommes pas des Frères musulmans, selon le témoignage des services de sécurité ». Elle a déclaré dans le premier point qu’elle avait publié en huit ans des centaines de corrections de déclarations et d’informations diffusées par des entités et des personnalités proches des Frères musulmans, et réfuté des centaines de rumeurs diffusées par des médias opérant depuis l’étranger, et que sa dernière correction avait été publiée le 27 septembre, un jour avant l’arrestation de l’équipe, lorsqu’elle avait corrigé des informations erronées répandues au sujet du décret présidentiel n° 395 de 2026 déléguant au ministre de la Défense et de la Production militaire, le général Ashraf Salem, certaines prérogatives du président de la République prévues par la loi sur la mobilisation générale.
La plateforme a déclaré dans les autres points que tous les membres de son équipe sont des Égyptiens résidant en Égypte, que les données de transparence de ses comptes Facebook et X montrent qu’elle est gérée depuis l’intérieur du pays, que Mansour a quitté l’Égypte légalement il y a des années, qu’il n’est recherché dans aucune affaire, et qu’il a obtenu du ministère de l’Intérieur lui-même un extrait de casier judiciaire électronique vierge de toute condamnation. Elle a ajouté que trois des six journalistes avaient fait l’objet, il y a environ trois ans, d’un examen et d’une enquête sur leurs antécédents à la suite de l’arrestation d’un ancien collègue, que les autorités concernées avaient ensuite informé la plateforme qu’aucun lien avec un groupe politique ni aucun financement n’avait été établi, et que les journalistes perçoivent des salaires ordinaires, avec des contrats de travail et des justificatifs de revenus officiels, versés par le système bancaire égyptien.
Dans la nuit du vendredi 2 octobre, une information portant la date du jeudi 1er octobre est apparue sur le site « Al-Masry Al-Youm », affirmant que le parquet suprême de la sûreté de l’État avait décidé de placer en détention « 6 accusés parmi les responsables de la page Matsda2sh » pour quinze jours, sans numéro d’affaire ni texte d’accusation. Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne, a démenti l’information après avoir contacté le chef du parquet suprême de la sûreté de l’État, et Iman Awf, membre du conseil du Syndicat des journalistes et rapporteuse de la commission des libertés, a déclaré que le parquet avait nié devant la délégation du Syndicat avoir mené jusque-là un quelconque interrogatoire des six. Le site n’a pas supprimé l’information, et son directeur de la rédaction n’a pas répondu aux questions de Zawia3 sur sa source et sa date.
Le soir du même vendredi, l’écrivain Abdel Rahim Ali, lors d’une intervention téléphonique dans l’émission « Al-Hekaya » présentée par Amr Adib sur la chaîne « MBC Masr », a diffusé des enregistrements sonores dont il n’a précisé ni la source ni la manière dont il les avait obtenus, affirmant qu’ils étaient de Mansour, qu’il possédait environ cinq cents de ses appels, et que « Matsda2sh » dépend d’une organisation américaine à but non lucratif basée à New York. L’article 57 de la Constitution garantit l’inviolabilité des correspondances et des conversations téléphoniques, et n’en autorise la surveillance ou la consultation que sur décision judiciaire motivée et pour une durée déterminée, et l’article 309 bis du code pénal punit d’emprisonnement quiconque enregistre ou transmet des conversations tenues dans un lieu privé sans le consentement des intéressés.
L’affaire 8083 : les accusations et les interrogatoires
Mohamed Ashraf Abu Omeira a comparu devant le parquet suprême de la sûreté de l’État à 22 heures le samedi 3 octobre, première apparition de l’un des journalistes de la plateforme devant une instance d’enquête. Islam Salama, avocat des journalistes de la plateforme au sein de l’Initiative égyptienne, déclare à Zawia3 que le parquet a interrogé Abu Omeira seul pendant une dizaine d’heures d’affilée, jusqu’à 8 heures du matin le dimanche, et lui a adressé trois accusations : appartenance à un groupe terroriste, publication et diffusion de fausses informations et données, et utilisation d’un compte sur un réseau social, puis a décidé de le placer en détention pour quinze jours dans le cadre de l’affaire n° 8083 de 2026 (Sûreté de l’État suprême). L’Initiative a indiqué que les questions du parquet ont porté sur un certain nombre de couvertures publiées sur la plateforme, sur le mécanisme de choix de ses sujets et sur l’objectif de leur publication, et que la défense a demandé qu’il soit présenté à l’hôpital car il souffre de maladies chroniques ; le parquet lui a alors permis d’obtenir ses médicaments.
Le dimanche 4 octobre au soir, les cinq autres journalistes ont comparu devant le parquet, qui les a interrogés pendant plus de dix heures sans leur permettre de s’entretenir seuls avec leurs avocats, selon l’Initiative égyptienne. Le 5 octobre, l’Initiative a rapporté les propos des avocats de la défense, parmi lesquels des avocats du Syndicat des journalistes, selon lesquels la plupart des journalistes ont fait consigner devant le parquet avoir subi diverses formes de torture et de mauvais traitements dans différents locaux du secteur de la Sécurité nationale, dans les jours qui ont suivi leur arrestation et avant leur présentation à toute autorité judiciaire, et avoir été contraints d’enregistrer des aveux fabriqués. Certains journalistes ont demandé à être examinés par la médecine légale pour faire constater leurs blessures ; le parquet a décidé de n’en présenter qu’un seul, selon l’Initiative.
Selon l’appel urgent publié par Amnesty International le 16 octobre sous la référence MDE 12/1575/2026, les autorités ont soumis les journalistes à une disparition forcée pendant des durées allant de cinq à six jours, au cours desquelles elles les ont privés de tout contact avec leurs familles et leurs avocats. L’organisation a cité un membre de la défense selon lequel les journalistes ont déclaré devant le parquet que des officiers de l’Agence de sécurité nationale les avaient soumis à la torture dans les locaux de l’Agence, par des coups, des électrocutions et des menaces de s’en prendre à leurs familles, alors qu’ils avaient les yeux bandés, certains les mains menottées derrière le dos, pour les forcer à lire devant la caméra des déclarations préparées à l’avance dans lesquelles ils s’incriminaient eux-mêmes, avec la menace de nouvelles tortures s’ils parlaient de ce qui s’était passé.
La défense a demandé au parquet de consigner les faits de disparition forcée, de torture et d’aveux extorqués en tant que plaintes officielles et d’enquêter à leur sujet, de renvoyer les journalistes devant l’administration de la médecine légale pour documenter leurs blessures, et de demander des comptes aux responsables. Le parquet a adressé aux six, selon l’organisation, des accusations comprenant l’appartenance à un groupe terroriste, à savoir les Frères musulmans, le « financement du terrorisme », une accusation passible de la peine de mort, l’utilisation d’un compte sur internet pour promouvoir les idées d’un groupe terroriste, et la publication de « fausses informations ». L’organisation a indiqué que les interrogatoires ont porté sur les employés de la plateforme, ses décisions éditoriales et ses méthodes de vérification des informations, ainsi que sur les antécédents personnels et les opinions politiques et religieuses des journalistes, et que les détenus ont expliqué lors de l’interrogatoire que leur travail repose sur la vérification des informations, y compris celles émanant d’instances officielles.
Le 7 octobre, le ministère public a publié un communiqué annonçant le placement des six en détention provisoire pour les besoins de l’enquête, affirmant que « Matsda2sh » fonctionnait comme un comité médiatique affilié aux Frères musulmans, géré par des membres à l’étranger et employant des personnes en Égypte, et s’est appuyé sur les « aveux » de l’un des journalistes, ainsi que sur des virements bancaires et des correspondances électroniques. Le communiqué indiquait que l’un des accusés avait reconnu son adhésion, ainsi que celle d’autres personnes, au « comité médiatique » de l’organisation, et que les autres avaient nié y avoir adhéré, à l’exception d’un seul qui a déclaré y avoir adhéré auparavant et s’en être séparé avant de travailler pour la plateforme. Le parquet a déclaré qu’aucun des six ne présentait de blessures apparentes, et que l’examen médico-légal de trois d’entre eux n’avait révélé ni blessures ni traces de violence.
L’Initiative égyptienne a répondu au communiqué du parquet en dix points, et a demandé : si les accusations reposent sur la diffusion de rumeurs et de fausses informations, où est l’information ou le reportage publié par la plateforme dont on peut prouver la fausseté ou la fabrication ? Elle a déclaré que le communiqué n’a précisé aucun contenu de ce type, que le parquet n’a confronté aucun des journalistes à un contenu publié au cours d’environ trente heures d’interrogatoire pour chacun d’eux, et qu’il a présenté des relations de travail légitimes et des correspondances éditoriales de routine comme preuve d’une activité criminelle. L’Initiative a critiqué la détention des journalistes pendant cinq jours avant leur présentation à l’autorité d’enquête et l’ignorance de leurs plaintes de torture, et a déclaré que le parquet devait préciser le danger terroriste imminent qui justifiait de les priver de leur droit de comparaître devant une autorité judiciaire dans les 24 heures suivant leur arrestation.
Le mardi 13 octobre au soir, le parquet suprême de la sûreté de l’État a décidé de prolonger la détention des six de quinze jours supplémentaires, et l’Initiative égyptienne a déclaré dans son communiqué publié le lendemain que le parquet avait prolongé la détention sans les confronter à une seule preuve ; elle a demandé au procureur général d’enquêter sur les plaintes de torture et de mauvais traitements, de libérer immédiatement les six et d’abandonner les accusations portées contre eux, affirmant que leur travail journalistique est protégé par la Constitution et la loi. Les autorités détiennent cinq des six à la prison de Badr 1, et Mohamed Ashraf Abu Omeira à la prison du 10-Ramadan 4, selon Amnesty International, qui a déclaré avoir documenté à la prison de Badr des conditions de détention éprouvantes, comprenant une surveillance permanente par caméras, un éclairage continu, des fouilles humiliantes et des restrictions des visites et de la correspondance.
Huit ans de vérification
« Matsda2sh » a été fondée en avril 2018 en tant que plateforme de vérification des faits et de lutte contre la désinformation au moyen d’outils en sources ouvertes ; ont contribué à poser ses premières pierres le défunt journaliste d’investigation Mohamed Abu Al-Gheit, aux côtés d’Abdelrahman Mansour, l’un des administrateurs de la page « Nous sommes tous Khaled Saïd » lors de la révolution du 25 janvier 2011. Plus d’un million de personnes suivent sa page Facebook, tandis que les autorités bloquent son site internet en Égypte. Une étude universitaire publiée en 2021 sur la vérification politique au Moyen-Orient l’a classée parmi six plateformes arabes principales, aux côtés de « Misbar », « Fatabyyano » et « Saheeh Masr », et a relevé qu’elle était la deuxième des six en nombre de vérifications de déclarations de présidents et de dirigeants arabes. Sa page de méthodologie, publiée depuis 2018, prévoit le retour aux sources primaires, l’utilisation de la recherche inversée d’images et le recours aux outils en sources ouvertes, notamment la géolocalisation et le suivi des vols d’avions, lorsque le sujet l’exige.
La plateforme présente sur son site des travaux comprenant la vérification de données gouvernementales sur le nombre de réfugiés et de migrants en Égypte et sur les dépenses de santé et d’éducation, une enquête qui a suivi un pétrolier servant de réservoir flottant de carburant au large du port yéménite de Ras Isa, ainsi que le réseau de sociétés et d’hommes d’affaires qui l’approvisionne en carburant au profit du groupe des Houthis, un suivi par images satellites des travaux de construction sur l’île yéménite de Mayun, qui surplombe le détroit de Bab el-Mandeb, une exclusivité révélant que le parquet de cassation avait recommandé de confirmer la récupération par l’État de 29 parcelles de terrain au monastère Sainte-Catherine, et une analyse des prêts du secteur de l’électricité et de la performance financière de l’Autorité nationale des médias.
La plateforme participe à « la Communauté arabe de vérification » (Arabi Facts Hub), une organisation de recherche à but non lucratif qui étudie la désinformation en arabe sur internet, et qui publie sur son site une liste de vingt-quatre partenaires dans dix pays arabes, dont « Matsda2sh » et « Saheeh Masr » pour l’Égypte, ainsi que plus de 42 000 contenus de vérification rassemblés. Abdel Rahim Ali a déclaré lors de son intervention télévisée que la plateforme dépend de l’organisation à but non lucratif « Open Transformation Lab », basée à New York, une organisation enregistrée publiquement auprès de l’administration fiscale américaine depuis 2018, qui publie ses déclarations annuelles et affirme que sa mission est de fournir des contenus fiables face à la désinformation et à la propagande sur les événements du Moyen-Orient.
La plateforme avait déjà fait l’objet d’une campagne sécuritaire en août 2023, lorsqu’une force de sécurité a fait irruption à l’aube au domicile de son rédacteur Karim Asaad dans la ville d’Al-Shorouk, l’a agressé ainsi que son épouse et les a menacés à travers leur fils, selon ce qu’avaient documenté à l’époque la plateforme et la commission des libertés du Syndicat des journalistes ; elle est ensuite entrée dans les comptes de « Matsda2sh » et a supprimé deux publications sur l’identité de passagers égyptiens à bord d’un avion privé saisi par les autorités zambiennes à Lusaka, avec à son bord environ six millions de dollars, des lingots et des armes. Les autorités ont libéré Asaad en moins de deux jours après l’intervention du Syndicat, et Mansour a déclaré à l’Associated Press que les enquêteurs de la Sécurité nationale avaient alors libéré deux rédacteurs après trente-six heures sans les inculper, n’ayant trouvé aucun lien entre eux et les Frères musulmans. Après cet incident, la plateforme a proposé aux services de sécurité de régulariser officiellement sa situation en tant que plateforme journalistique et de créer un siège réunissant son équipe en Égypte, sans recevoir de réponse, selon une source journalistique au fait du dossier.
Le Syndicat entre négociation et sit-in
La nuit suivant les raids, la commission des libertés du Syndicat des journalistes a publié un communiqué annonçant sa pleine solidarité avec Abdullah Qadri et Mohamed Ashraf, qualifiant leur arrestation et la perquisition du domicile de l’un d’eux de « violation de la loi et de la Constitution », et a demandé leur libération ainsi que celle de toutes les personnes détenues dans des affaires d’opinion et de publication. La rapporteuse de la commission, Iman Awf, a déclaré que l’ajout de nouveaux journalistes à la liste des détenus « bafoue la loi et la Constitution », et a résumé la position du Syndicat à l’égard des six par la formule : « Aucune différence entre syndiqué et non syndiqué ».
Le 30 septembre, le président du Syndicat des journalistes, Khaled Al-Balshy, a déposé une plainte auprès du procureur général et une réclamation auprès du ministre de l’Intérieur, dans lesquelles il a demandé la révélation immédiate des lieux de détention des six et des circonstances de leur arrestation, qu’ils puissent être représentés par un avocat, et qu’ils soient libérés sous la garantie du Syndicat, celui-ci s’engageant à les faire comparaître devant toute enquête ; il a souligné que l’arrestation violait l’article 54 de la Constitution. Le même jour, Al-Balshy a adressé une lettre au parquet demandant que le Syndicat soit informé de la date de tout interrogatoire afin que ses représentants y assistent. Le jeudi 1er octobre au matin, une délégation comprenant les membres du conseil Mahmoud Kamel et Iman Awf ainsi que quatre avocats du service juridique s’est rendue au siège du parquet à Tagammu al-Khamis (Cinquième Quartier), a présenté des demandes officielles pour assister aux interrogatoires, et y est restée toute la journée sans que personne ne l’informe de la tenue d’un interrogatoire, de la rédaction d’un procès-verbal ou d’un numéro d’affaire.
Le samedi 3 octobre au matin, le Syndicat a présenté deux demandes au procureur général et à l’avocat général du parquet suprême de la sûreté de l’État pour obtenir des éclaircissements sur ce qu’avait publié le site « Al-Masry Al-Youm », en s’appuyant sur l’article 69 de la loi n° 76 de 1970 sur le Syndicat des journalistes, qui oblige le parquet à notifier au conseil du Syndicat toute plainte contre un journaliste liée à son travail suffisamment de temps avant l’interrogatoire, et accorde au président du Syndicat ou à son représentant le droit d’assister à l’interrogatoire, ainsi que sur les articles 5 et 53, en vertu desquels le Syndicat défend tout praticien effectif de la profession, qu’il soit inscrit ou stagiaire. Parmi les six, un seul journaliste est inscrit sur les registres du Syndicat, les cinq autres étant stagiaires ou non inscrits. Al-Balshy déclare à Zawia3 que le mémorandum juridique du Syndicat repose sur la responsabilité personnelle du journaliste pour les contenus qu’il publie et sur les garanties prévues par la loi sur le Syndicat, que le Syndicat tient à étendre la protection syndicale aux journalistes non inscrits, et que l’article 35 de sa loi comprend des dispositions relatives à la formation et à la publication avant l’inscription.
Dans l’après-midi du même jour, des dizaines de journalistes ont participé à un sit-in symbolique au siège du Syndicat, rue Abdel Khalek Tharwat, en réponse à un appel lancé par « Matsda2sh » aux journalistes, syndiqués et non syndiqués. La police a fermé les routes menant au siège et installé des barrages pour fouiller les passants, et a demandé à certains de présenter leurs cartes d’identité ; les responsables du Syndicat ont demandé aux personnes présentes de rester dans le hall principal et de ne pas se tenir dans les escaliers. Les participants au sit-in ont brandi des pancartes portant les slogans « Le journalisme n’est pas un crime », « À bas le journalisme des instructions » et « Liberté pour les journalistes », et le conseil du Syndicat, en présence d’Al-Balshy et de huit de ses membres, a convoqué une réunion d’urgence pour le lundi suivant ; les personnes présentes ont convenu de poursuivre le sit-in au sein du Syndicat. Al-Balshy déclare à Zawia3 que le Syndicat négocie avec « les instances concernées » au sujet des six, et se garde de révéler les détails des négociations. Iman Awf déclare à Zawia3 que toutes les options sont sur la table devant le conseil du Syndicat et l’assemblée générale, aussi bien sur la voie de la négociation que sur celle de l’escalade, et que le Syndicat et son conseil sont en session permanente.
Le soir du 14 octobre, le Syndicat a organisé une soirée de solidarité dans son hall, comprenant une exposition de caricatures en solidarité avec des journalistes emprisonnés, dont le caricaturiste Ashraf Omar, des photos prises par des journalistes emprisonnés, dont Haidar Kandil, et une table ronde au cours de laquelle les journalistes Alaa Al-Attar, Medhat Al-Zahed, Gamal Fahmy et Karem Mahmoud ont évoqué leurs expériences de la détention et les batailles autour des lois sur la presse, tandis que des agents de sécurité en civil et en uniforme étaient déployés dans les rues entourant le siège. Les personnes présentes ont convenu d’organiser des soirées de solidarité régulières, parallèlement à la poursuite du sit-in ouvert pour réclamer la libération des journalistes de « Matsda2sh » et de tous les journalistes détenus dans des affaires d’opinion et de publication. Après la décision du 13 octobre, le Syndicat a renouvelé sa demande de libération des six, affirmant qu’il prend les mesures juridiques et syndicales pour défendre tous les membres de l’équipe, y compris les cinq non inscrits.
De Rasha Azab à Lina Attalah
Le lendemain du sit-in du samedi, la journaliste Rasha Azab a écrit le dimanche 4 octobre au matin qu’une convocation officielle était parvenue au domicile de sa famille pour comparaître devant le parquet suprême de la sûreté de l’État le lundi 5 octobre dans le cadre de l’affaire n° 8025 de 2026, une affaire dont le numéro diffère de celui de l’affaire « Matsda2sh », et a commenté : « Le message est clair, et ma réponse est claire ». Azab faisait partie des participants au sit-in. Selon Amnesty International, le parquet l’a interrogée au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux critiquant le ministère de l’Intérieur, l’a accusée de promotion d’actes terroristes, puis l’a remise en liberté contre une caution de 10 000 livres (environ 207 dollars).
Azab a fait l’objet ces dernières années de poursuites répétées : une cour économique d’appel l’a condamnée le 21 août 2022 pour injure et diffamation et lui a infligé une amende de 10 000 livres (environ 207 dollars) en raison de tweets de solidarité avec des survivantes de violences sexuelles. Amnesty International a déclaré en décembre 2024 qu’elle faisait l’objet depuis octobre 2023 d’une surveillance et de menaces répétées, notamment d’une filature par des hommes non identifiés et d’avertissements reçus par des intermédiaires selon lesquels des services de sécurité allaient l’arrêter, et le Syndicat des journalistes a déposé en novembre 2024 une plainte officielle auprès du procureur général en son nom.
Le 19 octobre, le site « Mada Masr » a annoncé que le parquet suprême de la sûreté de l’État avait convoqué sa rédactrice en chef, Lina Attalah, pour comparaître devant lui ce mercredi 21 octobre, dans le cadre de l’affaire n° 9072 de 2026 (Sûreté de l’État suprême), sans préciser les motifs de la convocation ni la nature des accusations. La convocation intervient environ 14 mois après l’interrogatoire d’Attalah par le même parquet le 4 août 2025 dans le cadre de l’affaire n° 6182 de 2025, en raison d’un reportage publié par le site intitulé « Badr 3 : là où les prisonniers affrontent une mort lente », sur les plaintes de détenus concernant leurs conditions de détention, qui comprenait une lettre ayant fuité attribuée à l’ancien vice-gouverneur d’Alexandrie Hassan Al-Brens. Le ministère de l’Intérieur a démenti l’authenticité de la lettre et l’a qualifiée de fabriquée, et le parquet a adressé à Attalah les accusations de diffusion de fausses informations et d’utilisation d’un site internet sans licence, l’a interrogée sur les sources du reportage, puis l’a remise en liberté contre une garantie financière de 30 000 livres (environ 621 dollars). Attalah a nié les accusations et affirmé l’engagement du site envers les règles professionnelles et son souci de présenter les différents points de vue, y compris les réponses gouvernementales.
Le parquet d’appel du Caire avait déjà convoqué Attalah en novembre 2023 dans le cadre de l’affaire n° 22 de 2023, après la décision du Conseil supérieur de régulation des médias de renvoyer les responsables du site devant le parquet en raison d’un reportage sur les scénarios de déplacement des Palestiniens de la bande de Gaza vers l’Égypte, puis l’a accusée en février 2024 de publication de fausses informations et d’utilisation d’un site sans licence, et l’a remise en liberté contre une caution de cinq mille livres (environ 104 dollars). Le site avait déposé deux demandes de licence, en octobre 2018 et en août 2020, selon l’Association pour la liberté de pensée et d’expression ; la justice administrative a rejeté en 2023 son recours contre la décision de refus de licence, et le Conseil supérieur de régulation des médias a annoncé en octobre 2023 son blocage pour six mois, bien qu’il soit bloqué en Égypte depuis 2017. Attalah et trois journalistes du site ont été interrogées en septembre 2022 à cause d’une information sur des accusations d’irrégularités financières au sein du parti « Mostaqbal Watan », et les forces de sécurité l’avaient arrêtée en mai 2020 alors qu’elle menait une interview près du complexe pénitentiaire de Tora, avant que le parquet ne la libère sous caution.
Vingt et une organisations de défense des droits humains égyptiennes et internationales avaient demandé, dans un communiqué commun publié en août 2025 à la suite de l’interrogatoire d’Attalah, l’abandon des affaires ouvertes contre elle et contre les journalistes du site, l’arrêt du recours au parquet suprême de la sûreté de l’État et aux procédures antiterroristes dans les affaires de presse et de publication, et la levée du blocage des sites de presse indépendants, dont Zawia3.
Une solidarité qui traverse les frontières
La Fédération internationale des journalistes, qui représente plus de 600 000 journalistes dans le monde, a annoncé dans un communiqué publié le 2 octobre qu’elle se joignait au Syndicat des journalistes égyptiens pour exprimer son inquiétude quant au sort des six, réclamer leur libération immédiate et inconditionnelle et l’arrêt de la campagne contre la presse. Son secrétaire général, Anthony Bellanger, a déclaré que les autorités avaient arrêté les collègues pour une seule raison, à savoir l’exercice de leur travail consistant à informer les citoyens de la vérité et à protéger l’espace public de l’information contre la désinformation et la propagande, et les a décrits comme un modèle du journalisme en tant que bien public. Sara Qudah, directrice régionale du Comité pour la protection des journalistes, a déclaré que l’arrestation de six journalistes d’une même rédaction et leur disparition apparente représentent une escalade grave de la campagne contre la presse indépendante en Égypte, que la non-inscription de cinq d’entre eux au Syndicat ne justifie pas leur détention, et que tout différend sur la licence se règle par des procédures administratives ou judiciaires transparentes.
Le 30 septembre, plus de cinquante organisations de défense des droits humains et de la presse, égyptiennes, régionales et internationales, ont signé un appel commun, hébergé par le Tahrir Institute for Middle East Policy, pour la libération immédiate de l’équipe de la plateforme ; le nombre de signataires est ensuite passé à plus de quatre-vingts, parmi lesquels le Comité pour la protection des journalistes, l’Institut du Caire pour l’étude des droits de l’homme et l’organisation « Article 19 », ainsi que des organisations égyptiennes qui ont signé depuis l’intérieur du pays, à savoir l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, l’Association pour la liberté de pensée et d’expression, le Front égyptien pour les droits humains, le Forum égyptien des droits humains, le Centre El Nadeem et la Commission égyptienne pour les droits et les libertés. « Article 19 » a demandé dans son communiqué l’arrêt de toutes les formes de ciblage de la plateforme.
Depuis Washington, les représentants démocrates Don Beyer et Suzan DelBene, coprésidents du caucus des droits humains en Égypte au Congrès, ont appelé à la libération immédiate et inconditionnelle des six. Des députés du Parlement européen ont exprimé leur inquiétude face au rythme des arrestations et aux conditions de détention au secret, et ont appelé la justice égyptienne à tenir la défense et les familles informées du déroulement de l’affaire. L’Union des journalistes au Liban, le Syndicat national des journalistes tunisiens, l’Association des journalistes syriens, le Syndicat des journalistes palestiniens et le Syndicat des journalistes soudanais ont signé un communiqué dans lequel ils ont exprimé leur solidarité avec le Syndicat des journalistes égyptiens et ses actions, affirmant que le ciblage des journalistes porte atteinte au droit de la société à savoir.
À l’intérieur du pays, des dizaines de journalistes ont signé, quelques heures avant la publication du communiqué du ministère de l’Intérieur, une déclaration réclamant la libération des six, la garantie de leur sécurité et la révélation de leurs lieux de détention, et le membre du conseil du Syndicat Mahmoud Kamel a déclaré à l’Agence France-Presse que le seul crime commis par les personnes arrêtées est d’avoir fait leur travail de recherche, d’analyse et de révélation des faits. Le parti Al-Dostour a publié un communiqué qualifiant la liberté de la presse de droit constitutionnel fondamental et de garantie du droit de la société à savoir et à demander des comptes, et le Mouvement civil démocratique a exprimé son inquiétude face à la détention de toute l’équipe de rédaction, et a annoncé sa solidarité avec la position du Syndicat, la plainte de son président et le communiqué de la plateforme.
Le dimanche 18 octobre, huit plateformes journalistiques égyptiennes et arabes ont lancé une rédaction commune pour vérifier les informations et les chiffres avancés par le « Forum Égypte 2026 » gouvernemental pendant toute sa durée, du 19 au 24 octobre, sous le slogan « Jusqu’à leur retour… la vérification continue », affirmant que l’initiative est une action de solidarité par laquelle elles occupent la place des six collègues jusqu’à ce qu’ils reprennent leur travail, et ont invité les journaux, les sites et les journalistes de la région arabe à s’y joindre, ou à suivre les sessions du forum et à vérifier ce qui y est dit, ou à partager leurs contenus.
Amnesty International a demandé dans son appel la libération immédiate et inconditionnelle des six et l’abandon des accusations portées contre eux, leur protection contre la torture et les mauvais traitements, la garantie de la confidentialité de leurs communications avec leurs avocats, de contacts réguliers avec leurs familles et de l’accès aux soins de santé, l’interdiction de toute mesure de représailles contre eux ou contre leurs proches pour avoir signalé des violations, et l’ouverture d’une enquête immédiate, indépendante et impartiale sur les allégations de torture et de disparition forcée.
Chiffres de la détention et contexte de la campagne
Le Comité pour la protection des journalistes affirme que l’Égypte détient 25 journalistes, la place parmi les pays comptant le plus grand nombre de journalistes détenus, et au troisième rang pour les allégations de torture et de passages à tabac de journalistes en prison depuis 1992, après l’Iran et Israël. L’Initiative égyptienne a estimé le nombre de journalistes détenus en raison de leur travail en Égypte à vingt-six après la campagne de septembre, tandis que la page de la campagne « LabourStart » fait état de 24 journalistes emprisonnés en plus des six. L’Égypte s’est classée au 169e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 publié par Reporters sans frontières, après avoir occupé le 170e rang en 2025.
Les raids sont intervenus quelques heures avant la date prévue pour l’entrée en vigueur, le 1er octobre, du nouveau code de procédure pénale, la loi n° 174 de 2025, que le gouvernement avait présenté comme une réponse au dossier de la détention provisoire, avec sept alternatives à la détention au lieu de trois et des encadrements de sa durée. Le 30 septembre, la Chambre des représentants a approuvé définitivement, lors d’une séance extraordinaire, une proposition de loi présentée par le député Hisham Al-Hosari reportant d’une année entière l’application de la loi, pour qu’elle entre en vigueur le 1er octobre 2027, et la commission des affaires constitutionnelles et législatives a justifié ce report par la nécessité de compléter les exigences organisationnelles, institutionnelles, techniques et humaines.
Cinq semaines avant la campagne sécuritaire, le ministre d’État à l’Information Dia Rashwan avait adressé aux journalistes, le 20 août, un message qu’il a qualifié d’« épanchement nécessaire », dans lequel il appelait à ouvrir l’espace à l’opinion et à l’opinion contraire, et annonçait la préparation d’une réunion annuelle des médias le 3 décembre 2026 en application de directives présidentielles. Le 21 septembre, Rashwan a rencontré des rédacteurs en chef de sites autorisés et proposé une « entité unifiée » pour les sites électroniques ; le secrétaire général du Syndicat, Gamal Abdel Rahim, a répondu que tout syndicat parallèle violerait l’article 77 de la Constitution, et le vice-président du Syndicat, Mohamed Al-Garhi, a présenté un mémorandum demandant le transfert du ministre au registre des non-exerçants, avant que le ministre ne démente ce qui avait été compris de ses propos. Lors du sit-in du 3 octobre, des journalistes ont demandé quelle était la position de Rashwan sur le sort des six, sans que le président du Syndicat ni aucun membre du conseil ne fasse de commentaire.
Le jour même de la publication du communiqué du ministère de l’Intérieur, l’agence Reuters a rapporté que le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait exempté, dans une lettre datée du 21 septembre, 320 millions de dollars d’aide militaire à l’Égypte des conditions relatives aux droits humains au nom de la sécurité nationale, et une source égyptienne responsable a salué cette décision.
La durée de la dernière décision de prolongation de la détention des six expire à la fin du mois d’octobre, tandis que la défense continue de réclamer une enquête sur les plaintes de torture, et que le Syndicat poursuit son sit-in ouvert et ses efforts pour obtenir leur libération. Il est possible de participer à la campagne « LabourStart » via sa page, en saisissant son nom et son adresse électronique, avec deux champs facultatifs pour le syndicat et le pays, puis en envoyant le message dans sa version proposée ou après l’avoir modifié.
