Examen périodique universel : critiques internationales et inquiétudes sur les droits humains en Égypte

À l’ONU, l’Égypte fait face à des critiques sur la répression, les prisons et les restrictions aux libertés.

Zawia3

L’Égypte devant l’Examen périodique universel des droits humains

Lignes supprimées | Numéro 3 | Janvier 2025

Ouverture du numéro

L’Égypte devant l’Examen périodique universel des droits humains

Dernière mise à jour : 31/01/2025

Lignes suppriméesReconnu coupable d’avoir reçu des pots-de-vin liés à l’Égypte et au Qatar, l’ancien sénateur Bob Menendez est condamné à onze ans de prison

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1. La responsabilité internationale, l’examen des droits humains et les réponses du gouvernement

L’ancien sénateur Bob Menendez condamné à onze ans de prison

Un tribunal fédéral de New York a condamné mercredi l’ancien sénateur Bob Menendez à onze ans de prison après l’avoir reconnu coupable d’avoir reçu des pots-de-vin, notamment des lingots d’or et une Mercedes, en échange de services favorisant des intérêts liés à l’Égypte et au Qatar. Le tribunal a également condamné l’homme d’affaires égypto-américain Wael Hana à huit ans de prison et l’homme d’affaires américain d’origine libanaise Fred Daibes à sept ans pour leur rôle dans l’affaire.

Le parquet avait requis une peine pouvant atteindre quinze ans de prison contre Menendez, l’accusant d’avoir exploité son poste de sénateur du New Jersey et d’ancien président de la commission des relations étrangères du Sénat pour en faire un instrument d’enrichissement personnel.

Selon NBC, Menendez a rejeté toutes les accusations et annoncé son intention de faire appel. Il a également affirmé que les lingots d’or retrouvés à son domicile du New Jersey, d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de dollars, appartenaient à son épouse Nadine Arslanian, à l’encontre de laquelle le tribunal n’a pas encore rendu de jugement.

Selon l’acte d’accusation, Menendez faisait face à seize chefs d’inculpation, dont la réception de pots-de-vin au profit de l’Égypte, l’extorsion sous couvert de fonctions officielles, la fraude, l’entrave à la justice et l’association de malfaiteurs en vue d’agir comme agent étranger. L’enquête a révélé qu’il avait rencontré des responsables du renseignement égyptien et aidé l’Égypte à obtenir une aide militaire. Il avait aussi apporté un soutien juridique et commercial à l’homme d’affaires Wael Hana, également poursuivi pour corruption et relations illégales avec un gouvernement étranger.

Malgré sa condamnation, Menendez continue de nier les accusations, affirmant que toutes ses démarches relevaient de ses fonctions de président de la commission des relations étrangères du Sénat.

Lignes suppriméesL’Égypte devant l’ONU : critiques internationales et réponses gouvernementales

L’Égypte devant l’ONU : critiques internationales et réponses gouvernementales

Mardi dernier, l’Égypte s’est soumise pour la quatrième fois à l’Examen périodique universel (EPU) devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, après les examens de 2010, 2014 et 2019. Au cours de la séance, Le Caire a fait l’objet de nombreuses critiques de plusieurs États et organisations internationales, portant sur la répression de l’opposition, les conditions carcérales, les restrictions imposées à la société civile et les disparitions forcées. Des appels ont également été lancés à l’abolition de la peine de mort et à l’amélioration de la situation des réfugiés.

Durant la séance, l’ambassadeur britannique auprès de l’ONU, Simon Manley, a critiqué la poursuite des arrestations arbitraires de journalistes et de militants. Il a qualifié d’« inacceptable » le maintien en prison du militant Alaa Abdel Fattah après l’expiration de sa peine. Le représentant permanent adjoint de la Suède, Fredrik Nivaeus, a exprimé l’inquiétude de son pays face à ce qu’il a décrit comme l’« étouffement de la société civile », appelant à mettre fin aux restrictions liées aux interdictions de voyager et au gel des fonds.

Plusieurs États ont également critiqué le « recyclage », pratique consistant à détenir les prisonniers sous de nouvelles accusations dès la fin de leur peine, ce qui conduit à leur maintien en détention pour une durée indéterminée, sans nouveau procès équitable.

Un rapport sur les droits humains constate une dégradation persistante des droits et libertés

Avant la 48e session de l’Examen périodique universel, onze organisations égyptiennes de défense des droits humains ont présenté un rapport commun affirmant que la situation des droits humains en Égypte continuait de se détériorer. Elles ont indiqué que le gouvernement n’avait pas répondu sincèrement aux recommandations de l’examen précédent, en 2019, aggravant les crises politiques, économiques et sociales.

Le rapport a considéré que l’élection présidentielle de 2024 n’avait été ni libre ni équitable et que la fermeture de l’espace public à l’opposition, dans une crise économique écrasante, accentuait les tensions politiques et sociales. Il a aussi relevé la poursuite des condamnations à mort malgré les précédentes recommandations de l’ONU visant à en réduire le nombre. Il a souligné que la législation égyptienne autorisait toujours la peine capitale pour 105 infractions relevant du Code pénal, du Code de justice militaire et de la législation sur les stupéfiants.

Des exécutions en hausse malgré les engagements internationaux

Selon les données des organisations de défense des droits humains, l’Égypte a connu une hausse notable des exécutions ces dernières années :

  • 2020 : 126 personnes exécutées, dont 25 accusées dans des affaires de violence politique.

  • 2021 : l’Égypte a occupé la première place parmi les pays prononçant le plus de condamnations à mort ; 84 personnes ont été exécutées.

  • 2022 : 538 condamnations à mort prononcées, et 39 confirmées par la Cour de cassation et les juridictions de recours militaires.

  • 2023 : 590 condamnations à mort prononcées, dont des condamnations militaires de civils, alors que les procès de civils devant les tribunaux militaires se poursuivaient malgré les recommandations de l’ONU d’y mettre fin.

Disparitions forcées et torture

Le rapport a accusé les autorités égyptiennes de poursuivre les disparitions forcées. Il a indiqué que 821 nouveaux cas avaient été documentés entre août 2022 et août 2023, portant à 4 253 le total des cas recensés depuis 2015. Bien que l’Égypte ait reçu en 2019 sept recommandations de l’ONU visant à mettre fin aux disparitions forcées, le gouvernement ne s’est engagé à en respecter que trois.

Le rapport a aussi relevé une multiplication des grèves de la faim et des tentatives de suicide en prison en raison des mauvais traitements. En 2021, certains détenus de la prison de haute sécurité de Tora ont tenté de se suicider, tout comme le blogueur Mohamed Ibrahim, dit « Oxygen », dans le même établissement. En 2023, des organisations de défense des droits humains ont reçu des lettres sorties clandestinement de prison, dans lesquelles des prisonniers politiques confirmaient la hausse des tentatives de suicide parmi les détenus en raison de la dégradation des conditions carcérales.

Des critiques contre de nouvelles lois élargissant les pouvoirs de l’armée

Le rapport a critiqué l’adoption par le Parlement égyptien de la loi no 3 de 2024 sur la protection des installations vitales. Il estime qu’elle étend les pouvoirs de l’armée pour arrêter des civils et les juger devant la justice militaire, et place sous compétence militaire certaines infractions économiques, telles que les pratiques monopolistiques et la manipulation des prix des produits subventionnés. Il a également accusé le gouvernement d’utiliser la guerre contre le terrorisme depuis 2013 comme prétexte pour faire adopter des lois répressives.

La liberté d’expression assiégée

En 2019, l’Égypte a reçu 29 recommandations de l’ONU visant à garantir la liberté d’opinion et d’expression, dont elle en a accepté 18. Le rapport accuse toutefois les autorités de continuer à violer ces droits au moyen de la loi sur les manifestations, no 107 de 2013, et de la loi sur les rassemblements, no 10 de 1914. Il a également indiqué que le Parlement avait abrogé cette dernière en 1928, mais qu’elle était toujours utilisée pour réprimer les protestations, soulevant des questions sur la transparence du processus législatif en Égypte.

La réponse du gouvernement égyptien

En réponse, le chef de la délégation égyptienne, le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty, a rejeté les critiques adressées à l’Égypte. Il a affirmé que le gouvernement s’était attaché, durant les cinq dernières années, à mettre en œuvre les recommandations acceptées lors du précédent examen, dans le cadre d’une stratégie nationale de promotion des droits humains, et non en réponse à des pressions extérieures.

Abdelatty a présenté plusieurs mesures que le gouvernement affirme avoir prises pour améliorer son bilan en matière de droits humains, notamment :

  • La levée de l’état d’urgence en 2021.

  • La réactivation du Comité de grâce présidentielle pour libérer des prisonniers politiques.

  • Le lancement de l’initiative de Dialogue national pour élargir la participation politique.

  • L’adoption de nouvelles modifications législatives, telles que le projet de Code de procédure pénale et la loi sur les activités associatives, ainsi que la clôture de l’affaire du financement étranger.

  • Le renforcement de la liberté de conviction par la protection des lieux de culte et le renouvellement du discours religieux.

L’ONU devrait publier dans les prochains mois un rapport final sur l’examen du bilan égyptien en matière de droits humains, afin d’établir dans quelle mesure Le Caire a respecté les précédentes recommandations onusiennes. Les organisations de défense des droits humains réclament des mesures plus efficaces pour mettre fin aux violations et garantir les libertés fondamentales.

En octobre, le gouvernement égyptien avait présenté son rapport national au mécanisme du Conseil des droits de l’homme auquel l’Égypte participe pour la quatrième fois depuis son premier examen en 2010. Dans une déclaration à Zawia3, Amr Abdelrahman, directeur de l’unité des libertés civiles de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, décrit ce rapport comme une réalité parallèle. Selon lui, l’Examen périodique universel est censé porter sur les engagements de l’État au titre des conventions qu’il a signées, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant. Or, à la place, le gouvernement égyptien y présente ses efforts de développement et ses dépenses d’éducation, de santé, d’infrastructures et de subventions. Il ajoute que le gouvernement s’était engagé, dans les conventions signées, à respecter des obligations qu’il n’a pas honorées, notamment l’article 19 du Pacte international, relatif au droit des citoyens d’accéder à l’information et d’exprimer leur opinion. Pourtant, aucune loi sur l’accès à l’information n’a encore été adoptée et des journalistes et écrivains sont toujours emprisonnés pour leurs opinions.

Le directeur de l’unité des libertés civiles souligne que le rapport gouvernemental contient des présentations trompeuses : il mentionne des libérations de prisonniers sans en expliquer le mécanisme et cite les manifestations contre l’agression à Gaza comme preuve de la liberté de manifester, alors que des personnes sont détenues pour y avoir participé. Il ajoute que, lors de l’examen de 2019, l’Égypte s’était engagée à mettre en œuvre environ 70 % des recommandations, notamment la modification de la loi antiterroriste, du droit du statut personnel pour garantir les droits des femmes et de la loi encadrant les médias pour empêcher les restrictions à leur encontre, ainsi que l’adoption de lois sur la liberté d’accès à l’information et la lutte contre les discriminations. Ces engagements n’ont pas été concrétisés. Seule une légère amélioration est intervenue dans les libérations de détenus, alors même que d’autres personnes étaient arrêtées. Les salaires ont aussi connu une légère amélioration après l’instauration du salaire minimum, mais l’inflation l’a absorbée. Il relève que les projets de Code de procédure pénale, de loi sur le travail et de droit du statut personnel sont pires que les textes précédents.

L’avocat spécialiste des droits humains Malek Adly, directeur du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, explique à Zawia3 que l’Examen périodique universel est un mécanisme nécessaire, mais qu’il intervient cette fois dans un mauvais contexte international et régional. La plupart des États qui se présentent comme les défenseurs des droits et libertés dans le monde ont manqué à leurs engagements sur la Palestine, ouvrant la voie à une surenchère entre États sur les droits humains. Il affirme que les organisations égyptiennes ont rempli leur rôle de documentation et de présentation des violations, au premier rang desquelles l’absence de liberté d’expression et l’usage systématique de la détention provisoire, alors que la situation politique et sociale se dégrade. Il espère que ces efforts seront couronnés de succès.

L’élection présidentielle égyptienne de 2024 : accusations de restrictions contre les concurrents

Dans le cadre de l’examen des droits humains, des organisations ont estimé que l’élection présidentielle égyptienne de 2024 s’était déroulée dans un climat politique marqué par l’arrestation de plusieurs concurrents politiques ainsi que par des poursuites contre des journalistes et des militants. Les rapports ont indiqué que les autorités avaient ciblé le candidat Ahmed Tantawi : 194 membres de sa campagne ont été arrêtés et plusieurs de ses soutiens ont été intégrés à l’affaire no 16336 de 2023, dite des « parrainages populaires », qui concernait également Tantawi et son directeur de campagne Mohamed Abou Al-Diyar.

Le 6 février 2024, le tribunal correctionnel de Matariya a condamné Tantawi et Abou Al-Diyar à un an de prison. Le 27 mai, la cour d’appel a confirmé le jugement et la peine de Tantawi a été mise à exécution dès le prononcé de la décision.

La liberté des médias : restrictions persistantes et extension du blocage des sites

Le rapport a relevé la poursuite du recul de la liberté de la presse, documentant la détention ou l’arrestation d’au moins 32 journalistes entre 2019 et la fin de 2023, en plus du maintien en détention d’autres journalistes et des pressions exercées sur leurs familles. Il a également indiqué qu’environ 630 sites internet, dont des sites de presse et des plateformes de défense des droits humains, avaient été bloqués depuis 2017.

Le rapport a aussi souligné que le règlement d’application de la loi no 180 de 2018 sur l’organisation de la presse et des médias, publié le 16 février 2020, imposait des procédures administratives strictes aux journalistes et aux médias. La création ou l’exploitation de tout site internet, en Égypte ou à l’étranger, est interdite sans licence du Conseil suprême de régulation des médias, qui dispose également, selon la loi, de larges pouvoirs pour bloquer les sites sans saisir la justice.

Le ciblage au-delà des frontières et les restrictions contre les défenseurs des droits humains

Le rapport a indiqué que, lors des trois précédents cycles de l’Examen périodique universel, l’Égypte avait reçu 31 recommandations de l’ONU demandant de lever les restrictions au travail des défenseurs des droits humains et de garantir qu’ils ne soient pas poursuivis en justice ni soumis à des représailles. Pourtant, la loi no 149 de 2019 sur les associations a donné aux autorités de larges pouvoirs de supervision des organisations non gouvernementales, notamment pour intervenir dans la composition de leurs conseils d’administration, contrôler leurs activités et leur financement, et interdire les sondages d’opinion et les études de terrain sans autorisation préalable.

Le rapport a également relevé l’utilisation des lois antiterroristes pour poursuivre les défenseurs des droits humains en Égypte, ainsi que la persistance des restrictions visant les militants égyptiens à l’étranger. Il a documenté des cas d’opposants politiques et de défenseurs des droits humains vivant hors d’Égypte qui ont été empêchés de renouveler leurs documents officiels, ce qui a affecté leur capacité à voyager, travailler et séjourner légalement, tout en les privant de services médicaux et éducatifs essentiels.

Le monde voit la réalité malgré les tentatives de l’embellir

L’Initiative égyptienne pour les droits personnels a appelé le gouvernement à renoncer à la propagande et au déni et à reconnaître la crise des droits humains, au lieu de promouvoir des stratégies sur le papier qui ne reflètent pas la réalité.

Dans un rapport de recommandations publié aujourd’hui, le 31 janvier, l’Initiative a insisté sur la nécessité de libérer immédiatement les détenus politiques et les prisonniers d’opinion, et de mettre fin au « recyclage » utilisé pour prolonger les détentions arbitraires. Elle a également demandé l’arrêt de la torture et des disparitions forcées ainsi que l’adhésion aux protocoles internationaux garantissant le contrôle des conditions carcérales.

Les recommandations ont souligné l’importance de l’indépendance de la justice et de procès équitables à l’abri des ingérences sécuritaires, ainsi que la modification des lois restreignant la liberté de la presse et de la société civile et l’arrêt de l’utilisation des lois antiterroristes pour réprimer les opposants.

Concernant les droits fondamentaux, l’Initiative a appelé à l’adoption d’une loi globale contre les violences faites aux femmes et à une réforme du droit du statut personnel garantissant l’égalité, ainsi qu’à un moratoire sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort. Elle a également insisté sur la nécessité de protéger les droits des réfugiés et de mettre fin aux refoulements contraires aux conventions internationales.

En matière de droits économiques et sociaux, l’Initiative a affirmé que l’amélioration du niveau de vie des citoyens devait être une priorité, avec une hausse des dépenses de santé, d’éducation et de sécurité sociale. Elle a aussi critiqué le manque d’indépendance du Conseil national des droits de l’homme, appelant à le réformer pour qu’il exerce efficacement son rôle de contrôle.

L’Initiative a conclu en affirmant que « l’image de l’Égypte à l’international ne s’améliorera qu’en changeant la réalité des droits humains ». Selon elle, les engagements du gouvernement au titre de la Stratégie nationale des droits humains doivent se traduire par des mesures concrètes, et non par de simples promesses sans suite.

Lire le reportage publié par Zawia3 sur ce sujet : Les ambassades égyptiennes imposent de nouvelles restrictions arbitraires aux résidents à l’étranger

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2. Les droits dans le Sinaï et la protection contre les déplacements forcés

Le Nord-Sinaï

Entre 2014 et 2021, depuis le début du conflit armé opposant les forces de sécurité au groupe Province du Sinaï, le nombre de victimes civiles dans le Nord-Sinaï a atteint 1 836 morts et 2 915 blessés. En 2020, neuf civils ont été tués par les forces de sécurité, et au moins sept en 2021. Les opérations militaires de ces forces ont comporté des punitions collectives contre les habitants des villes du Nord-Sinaï : arrestations arbitraires, disparitions forcées, torture, exécutions extrajudiciaires et déplacement forcé de milliers d’habitants, ainsi que démolition de milliers de maisons et destruction de terres agricoles. À partir du milieu de 2015, certaines tribus du Sinaï favorables aux forces armées ont commencé à constituer des milices pour soutenir les autorités dans leur guerre contre Province du Sinaï. Depuis juillet 2020, l’armée égyptienne a commencé à armer et à entraîner régulièrement certaines de ces milices progouvernementales, selon le rapport.

La Fondation du Sinaï pour les droits humains a documenté la destruction ou la fermeture de 21 établissements de santé par les forces armées durant les affrontements avec des groupes armés. Entre 2013 et 2022, l’armée a été impliquée dans le recrutement d’enfants âgés d’à peine douze ans dans le Nord-Sinaï, ce qui constitue probablement un crime de guerre. Elle a également confié à des enfants recrutés, âgés de quinze à dix-huit ans, des missions contre les membres de Province du Sinaï, qui les ont ensuite traqués et tués.

Le déplacement des habitants

Le rapport accuse les autorités d’adopter des politiques compromettant le retour des Nubiens sur leurs terres, pour lequel un calendrier avait été fixé jusqu’en 2024. Il cite d’abord le décret présidentiel no 444 de 2014, qui a classé les terres de seize villages nubiens comme zones frontalières militaires où les civils ne peuvent ni vivre ni exploiter les terres, puis les décrets présidentiels nos 355 et 498 de 2016, qui ont approuvé la confiscation de nombreuses terres nubiennes au profit du projet de mise en valeur d’un million et demi de feddans.

La Commission égyptienne a constaté la poursuite des démolitions de maisons et du recours excessif à la force pour évacuer les habitants de la ville égyptienne de Rafah afin d’achever la zone tampon à la frontière égypto-palestinienne. Elle a accusé l’armée égyptienne dans le Nord-Sinaï d’avoir délibérément et illégalement déplacé des dizaines de milliers d’habitants en détruisant leurs maisons et leurs exploitations. Des images satellites prises entre 2017 et 2020 ont montré la démolition d’environ 4 000 bâtiments à Al-Arich, principalement pour créer une zone tampon autour de l’aéroport utilisé à des fins militaires.

La Commission égyptienne a documenté l’expulsion forcée des habitants du quartier d’Al-Gamil, à l’ouest de Port-Saïd, ainsi que la répression violente par le ministère de l’Intérieur de leurs tentatives de conserver leurs logements. Le gouvernement a commencé les expulsions en février 2024, ignorant totalement les solutions proposées par les habitants pour réaménager leur quartier. Les autorités travaillent également activement à exproprier l’île d’Al-Warraq et à en évacuer de force les habitants afin d’y réaliser des projets d’investissement sans indemnisation équitable. Certains habitants ont aussi été arrêtés lors des manifestations contre l’évacuation.

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3. Les libertés individuelles et les conditions carcérales

Les droits et libertés

Dans un communiqué, Amnesty International a déclaré que les autorités avaient engagé une campagne de répression contre l’opposition pacifique par des détentions arbitraires et des enquêtes pénales politiquement motivées. Elle a indiqué qu’en janvier seulement, elles avaient intensifié le ciblage de plusieurs voix critiques : elles ont ouvert une enquête pénale contre le défenseur des droits humains Hossam Bahgat, tandis que l’éminent opposant politique et éditeur Hisham Kassem a appris l’ouverture d’une enquête contre lui. Nada Moghith, épouse du caricaturiste détenu Ashraf Omar, a été arrêtée à la suite d’un entretien avec le journaliste Ahmed Sirag, lui-même arrêté la veille, le 15 janvier, pour ce même entretien ; elle a été libérée contre une caution de 5 000 livres. L’influenceur TikTok Mohamed Allam, connu sous le nom de Rivaldo, a aussi été arrêté pour des vidéos critiquant le président.

L’Initiative égyptienne pour les droits personnels a demandé au parquet suprême de la sûreté de l’État de libérer Ahmed Sirag. Il a fait l’objet de trois accusations : appartenance à un groupe terroriste, financement de celui-ci, publication et propagation de fausses informations, ainsi qu’utilisation du site Zat Masr pour promouvoir les idées de ce groupe. Le parquet a ordonné son placement en détention provisoire pour quinze jours dans l’affaire no 7 de 2025.

Vingt-huit organisations de défense des droits humains en Égypte ont publié un communiqué exprimant leur inquiétude face à l’absence de tout contact avec le poète Abdelrahman Youssef Al-Qaradawi depuis le 8 janvier 2025, après son embarquement à bord d’un avion privé à destination d’Abou Dhabi. Elles ont qualifié cette mesure de précédent juridique dangereux et d’utilisation illégitime des accords internationaux de sécurité pour régler des comptes politiques avec des opposants, appelant les autorités émiraties à révéler immédiatement son lieu et ses conditions de détention. Plus de 550 personnalités publiques, organisations de défense des droits humains et formations politiques avaient signé une pétition demandant sa libération immédiate.

Le 20 janvier, le parquet suprême de la sûreté de l’État a commencé à interroger Mohamed Allam, dit « Rivaldo ». Son arrestation a été marquée par une violente intrusion au domicile, selon les faits documentés par le Réseau égyptien pour les droits humains. Il a été accusé de diffusion de fausses informations, d’appartenance à un groupe constitué en violation de la loi et d’incitation à commettre des actes terroristes. Le parquet a ordonné son placement en détention pour quinze jours dans le cadre de l’enquête.

Le 13 janvier, la Chambre des représentants a approuvé les modifications proposées à l’article 79 du projet de Code de procédure pénale, qui dispose : « Un membre du parquet peut, après autorisation du juge d’instance, ordonner la saisie de tous les courriers, messages, télégrammes, journaux, publications et colis, ainsi que la surveillance des communications filaires et sans fil, des comptes sur les sites et applications de réseaux sociaux et de leurs différents contenus non accessibles à tous, du courrier électronique et des messages textuels, vocaux ou vidéo sur les téléphones, appareils ou tout autre moyen technologique. Il peut aussi ordonner la saisie des supports les contenant ou l’enregistrement de conversations tenues dans un lieu privé, dès lors que cela est utile à la manifestation de la vérité dans un crime ou un délit passible de plus de trois mois d’emprisonnement. »

Lire le reportage de Zawia3 sur la surveillance des communications : La loi sur la surveillance des communications en Égypte : outil de sécurité ou menace pour la vie privée ?

L’Initiative égyptienne pour les droits personnels a critiqué la décision du Conseil des ministres d’ancrer les formations de l’Académie militaire dans les épreuves de recrutement des enseignants. Elle estime que cette nouvelle décision prolonge les modifications de 2022, qui avaient ouvert la voie à la légitimation de l’intervention inconstitutionnelle de l’Académie militaire dans la nomination d’enseignants et d’enseignantes ayant réussi les épreuves légales.

Dans le même temps, huit organisations de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude face à l’utilisation systématique et généralisée de la torture, des mauvais traitements, des disparitions forcées, de la détention arbitraire et des procès inéquitables, ainsi qu’aux conditions effroyables dans les lieux de détention en Égypte.

Les conditions carcérales

Le Front égyptien pour les droits humains a documenté une grève de la faim entamée le 9 janvier par plusieurs personnes en détention provisoire au centre de correction et de réhabilitation du 10-Ramadan 6. Elles demandent la libération des détenus provisoires, le rétablissement d’une heure complète de visite, la possibilité de sortir quotidiennement au soleil pour faire de l’exercice, l’ouverture d’une enquête sur les violations commises par l’administration pénitentiaire et le départ de l’officier de la Sécurité nationale responsable de la prison.

Le 2 janvier, l’épouse du militant politique Mohamed Adel a annoncé son transfert à la prison du 10-Ramadan 4. Au cours des onze dernières années, il a subi diverses formes de restriction de liberté : détention provisoire, surveillance policière douze heures par jour, exécution de peines prononcées pour des accusations politiques et recyclage dans plusieurs affaires reposant sur des accusations similaires.

Le Réseau égyptien pour les droits humains a relayé l’appel à l’aide de Karim Abdel Aziz, récemment libéré de prison et soumis à deux ans de surveillance au commissariat d’Al-Gomrok, à Alexandrie. Il accuse un officier de la police judiciaire du commissariat de le maltraiter, lui et sa famille, et de le menacer de lui fabriquer de nouvelles affaires pour le renvoyer en prison s’il refuse de devenir son informateur.

La détention provisoire

Le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a annoncé que la cour criminelle du Caire avait décidé, le 21 janvier 2025, de prolonger de 45 jours la détention de Mohamed Hamed Abdel Ghaffar dans l’affaire no 4092 de 2024 au registre de la sûreté de l’État, en raison de publications sur la Palestine sur son compte Facebook.

Le 13 janvier 2025, la cour criminelle du Caire a décidé de prolonger de 45 jours la détention d’Ahmed Hisham Shahin, surnommé « Bahar », membre d’un groupe de supporters du club Zamalek, détenu provisoirement depuis juillet 2020, dans l’affaire bien connue no 65 de 2021 au registre de la sûreté de l’État.

Le 13 janvier 2025, la cour criminelle du Caire a prolongé de 45 jours la détention de Nourhan Al-Sayed Ahmed Daraz dans l’affaire no 3528 de 2024, en raison d’une publication sur son compte Facebook critiquant la situation économique et politique.

Entre le 12 et le 19 janvier 2025, l’Association pour la liberté de pensée et d’expression a documenté le renouvellement de la détention de Karim Ibrahim, journaliste à Al-Bawaba, dans l’affaire no 569 de 2020 au registre de la sûreté de l’État suprême ; de Mohamed Al-Qassas, vice-président du parti Égypte forte, dans sa troisième affaire, no 786 de 2020 au registre de la sûreté de l’État ; et de Moataz Bellah Hasab Al-Nabi, poursuivi pour des publications Facebook, dont la détention provisoire dépasse ainsi trois ans. Elle a également recensé le renouvellement de la détention d’Ahmed Al-Tohamy, professeur adjoint à la faculté d’études économiques et de sciences politiques de l’université d’Alexandrie, dans l’affaire no 649 de 2020 au registre de la sûreté de l’État suprême. La cour criminelle du Caire a décidé de prolonger de 45 jours la détention de trois accusés dans le cadre d’enquêtes, parmi lesquels le journaliste Khaled Mamdouh, dans l’affaire no 1282 de 2024 au registre de la sûreté de l’État suprême, et Mohamed Mahmoud Sabri Ismail, dans l’affaire no 95 de 2023 du même registre. Elle a aussi prolongé de 45 jours la détention de trois accusés pour des publications sur les réseaux sociaux : Mohamed Youssef Mohamed Ibrahim, dans l’affaire no 4092 de 2024 au registre de la sûreté de l’État suprême ; Ihab Helmi Amin Hussein, dans cette même affaire, arrêté à son domicile le 28 août 2024 ; et l’entrepreneur Abdelrahman Mohamed Alwani, dans l’affaire no 1635 de 2022 au registre de la sûreté de l’État suprême.

La cour criminelle a prolongé la détention de Yasser Shahin pour des publications Facebook critiquant la position de l’Égypte sur le soutien à la cause palestinienne, et celle d’Asmaa Zakaria pour des publications sur les coupures d’électricité. Elle a prolongé de 45 jours la détention de Mahmoud Abou Sarei et de 45 jours celle d’Ahmed Abbas, poursuivi pour des publications sur Facebook comparant les prix des biens et services entre 2013 et 2024. Elle a également renouvelé la détention d’Ahmed Orabi, l’un des blessés de la révolution. La détention du poète Galal Al-Behairy a elle aussi été renouvelée, au-delà du plafond légal de détention provisoire dans sa troisième affaire depuis son arrestation liée aux paroles de la chanson « Balaha » du chanteur Ramy Essam.

Le 12 janvier 2025, le tribunal correctionnel d’appel de Dikirnis a décidé de libérer sous caution de 10 000 livres cinq personnes poursuivies pour leur participation à un rassemblement de protestation après l’accident de Matariya, dans le gouvernorat de Dakahlia. Le parquet a fait appel de la décision. Elles avaient été accusées d’« incitation à un rassemblement visant à attaquer des personnes et des biens publics et privés, à influer sur les agents de l’autorité publique dans l’exercice de leurs fonctions, et de port de pierres pour entraver la circulation », dans le procès-verbal no 7711 de 2024, délits de Matariya, Dakahlia.

Lire le reportage de Zawia3 sur les événements de Matariya : L’accident de Matariya à Port-Saïd : des milliards pour le développement, des funérailles collectives à l’arrivée

La Fondation du Sinaï pour les droits humains a indiqué que la cour criminelle, siégeant en chambre du conseil au complexe judiciaire de Badr, avait examiné le 21 janvier 2025 le renouvellement de la détention de 64 personnes poursuivies dans l’affaire no 1973 de 2023 au registre de la sûreté de l’État suprême, et avait ordonné leur maintien en détention pour 45 jours. Elle a ajouté qu’en janvier, le tribunal militaire d’Ismaïlia avait décidé de reporter l’examen de deux affaires concernant cinq civils accusés d’avoir enfreint les règles de pêche dans le lac Bardawil : la première porte le no 5 de 2025 et la seconde le no 6 de 2025.

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4. Les droits des réfugiés et la protection internationale

La situation des réfugiés

Le rapport des onze organisations de défense des droits humains présenté dans le cadre de l’Examen périodique universel a indiqué que la Commission égyptienne avait recensé des arrestations et détentions de réfugiés issus de la minorité ouïghoure de Chine et de minorités afghanes, et s’était opposée aux tentatives d’expulsion ou de renvoi forcé vers leurs pays. Il a également relevé la détention de demandeurs d’asile arrivant de zones de conflit par les frontières égyptiennes et les arrestations arbitraires de réfugiés soudanais, syriens et d’autres nationalités. En 2020, les autorités ont mené une campagne d’arrestations de réfugiés après le meurtre d’un enfant soudanais au Caire. Les personnes arrêtées ont été menacées d’expulsion et privées de soins médicaux suffisants dans des lieux de détention inadaptés. En juin 2024, Amnesty International a documenté une campagne d’arrestations massives et de refoulements de réfugiés soudanais : les autorités égyptiennes ont expulsé de force 800 détenus soudanais au premier trimestre 2024 sans leur permettre de demander l’asile, de contacter le HCR ou de contester les décisions d’expulsion.

Le rapport a indiqué que la Commission égyptienne avait documenté des cas de harcèlement sexuel et de tentatives de viol visant de nombreuses demandeuses d’asile, sans ouverture d’enquêtes sérieuses. Après le début de la guerre à Gaza, le 7 octobre 2023, l’Égypte n’a accueilli qu’un nombre limité de réfugiés palestiniens, pour la plupart en besoin de soins. Les autorités leur ont imposé une forme d’assignation à résidence et ont interdit leurs contacts avec la presse. De nombreux Palestiniens déjà présents en Égypte pour étudier, rendre visite à des proches ou se faire soigner n’ont pas pu rentrer à cause de la guerre ; leur titre de séjour a expiré et leurs familles n’ont pas été autorisées à entrer en Égypte. Certains ont indiqué que les autorités égyptiennes leur imposaient d’importantes sommes en dollars.

Lire le reportage publié par Zawia3 sur ce sujet : Entre restrictions de séjour et difficultés de départ : l’Égypte est-elle devenue moins accueillante pour les Syriens ?

La Plateforme pour les migrations et les droits humains et la Plateforme des réfugiés en Égypte ont présenté un rapport commun au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, mettant en lumière les difficultés et les violations subies par les réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants en Égypte entre 2019 et 2024.

Dans le même contexte, la Plateforme des réfugiés en Égypte a critiqué l’exclusion de la société civile et des communautés réfugiées des discussions sur le projet de loi régissant la situation des réfugiés, annoncé par les autorités égyptiennes le 7 juin 2023. Elle a souligné l’absence, en Égypte, d’une législation globale en la matière. La plateforme a également indiqué que les autorités avaient arrêté le militant médiatique syrien Laith Fares Al-Zoubi après une perquisition dans son appartement à Hurghada et l’avaient empêché de communiquer avec sa famille depuis son arrestation. Le 22 décembre, il était apparu dans une vidéo documentant un entretien qu’il avait réalisé avec le consul syrien au Caire, Bachar Al-Assad. Une circulaire de l’Autorité égyptienne de l’aviation civile, adressée aux compagnies aériennes et à leurs agents opérant en Égypte, avait par ailleurs été diffusée : elle interdit aux passagers syriens d’embarquer sur des vols à destination de l’Égypte sans visa obtenu au préalable auprès des ambassades égyptiennes à l’étranger.

Nour Khalil, militant spécialiste des migrations et des droits des réfugiés et directeur de la Plateforme des réfugiés en Égypte, a révélé une vague sans précédent d’interpellations et de détentions de réfugiés africains dans l’ensemble du pays, notamment de femmes et d’enfants, quelques jours avant l’examen de l’Égypte à l’EPU. Dans une publication, il a indiqué que la plupart des réfugiés soudanais dont l’arrestation avait été signalée ces derniers jours avaient été expulsés. Il a ajouté que les cellules des commissariats de Haute-Égypte, du Grand Caire et d’Alexandrie étaient remplies de réfugiés, sans reconnaissance des cartes délivrées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Par ailleurs, l’organisation bulgare Mission Wings a révélé que trois enfants égyptiens étaient morts le 6 janvier au cours d’un voyage de migration régulière, à la frontière turco-bulgare. Elle a accusé les autorités bulgares d’avoir entravé les tentatives des secouristes pour atteindre le lieu du drame.

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5. Les droits des travailleurs et les droits économiques et sociaux

Les droits des travailleurs

Le 12 janvier, les travailleurs des stations d’eau potable et d’assainissement d’Al-Seyouf et d’Al-Nozha, à Alexandrie, ont organisé un rassemblement de deux heures. Ils réclamaient l’application des jugements définitifs reconnaissant aux salariés les écarts dus au titre des primes spéciales, ainsi que l’arrêt du calcul de cette prime après déduction de 7 %, correspondant à l’augmentation périodique, puis de son ajout au salaire global sans intégration au salaire de base, afin de ne pas pérenniser les inégalités salariales. Ils demandaient aussi le versement de la prime de 2017, un règlement financier unifié pour les salariés de la Société holding de l’eau potable et de l’assainissement dans tout le pays et le relèvement de l’indemnité de repas de 200 à 1 000 livres par mois, selon le Centre des services syndicaux et ouvriers. La direction a promis de transmettre leurs revendications aux responsables de la holding.

Les ouvriers de l’usine de confection « T&C; », dans la zone industrielle d’Al-Obour, ont entamé une grève illimitée le jeudi 16 janvier. Ils réclament l’application du salaire minimum, l’arrêt des retenues dépassant 20 % de leur salaire et des moyens de transport adaptés sans déduction de leur coût sur leurs rémunérations. La direction prélève actuellement 1 000 livres par mois pour le transport, malgré l’éloignement de l’usine, située dans la zone industrielle d’Al-Obour, par rapport aux lieux de résidence des ouvriers. Ils demandent également de porter l’indemnité de repas quotidien de 600 à 1 200 livres et d’en garantir le versement toute l’année, sans interruption durant les congés ou le ramadan, ainsi que d’améliorer les conditions de travail à la blanchisserie, qui fonctionne en deux équipes de douze heures chacune. Dans une évolution préoccupante, le Centre des services syndicaux et ouvriers a indiqué que la direction avait retenu un ouvrier et menacé de le remettre aux forces de sécurité déployées autour du site. La direction a d’abord ignoré les revendications, demandant aux ouvriers de reprendre le travail sans ouvrir de négociations. Elle a ensuite annoncé qu’elle prendrait une décision sur l’augmentation le dimanche suivant, tout en précisant que les journées de grève ne seraient en aucun cas rémunérées.

La commission de défense des libertés syndicales du Centre des services syndicaux et ouvriers avait lancé la campagne « Pour une loi du travail équitable », afin de souligner la nécessité de modifier le droit du travail conformément aux revendications et aux droits des travailleurs. Cette initiative répondait au nouveau projet de loi renvoyé à la Chambre des représentants après des modifications gouvernementales.

L’avocat spécialiste des droits humains et défenseur des droits des travailleurs Haitham Mohamedeen affirme à Zawia3 que les mouvements et protestations ouvriers récents s’expliquent par l’inflation et la flambée des prix, alors que les salaires stagnent et perdent leur pouvoir d’achat, empêchant les travailleurs de couvrir les besoins essentiels de leurs familles. Il relève aussi le refus de nombreuses entreprises et usines privées d’appliquer la décision présidentielle sur le salaire minimum, en la contournant de diverses manières. Elles incluent notamment les retenues pour assurances, retraites et syndicats dans le salaire total fixé à 6 000 livres. La décision autorisait les entreprises privées en difficulté financière à demander une exemption au ministère de la Planification et de la Main-d’œuvre. De nombreuses entreprises ont ainsi présenté une demande sans attendre de réponse, se considérant d’elles-mêmes dispensées de respecter le salaire minimum.

Il ajoute que les directions d’entreprises commettent de vastes violations contre les travailleurs avec le concours du gouvernement. Elles cherchent à les dissuader de protester ou de faire grève en fermant les établissements et en les plaçant en congé à durée indéterminée. Le gouvernement et les forces de sécurité prennent généralement le parti des hommes d’affaires au détriment des travailleurs : ils leur interdisent l’accès aux usines et la reprise de leur activité pour mettre fin à la grève, en violation de l’article 375 du Code pénal, les licencient, ou les arrêtent à leur domicile en les accusant d’agression contre la police ou de dégradations. Leurs collègues sont alors soumis à des pressions pour mettre fin à la grève ou à la protestation, comme cela s’est produit avec les ouvrières et ouvriers de l’entreprise textile Wabariyat Samanoud, détenus pendant environ quinze jours puis licenciés. Il signale l’arrestation à leur domicile de 25 ouvriers de l’usine de confection T&C; dans la zone industrielle d’Al-Obour. Certains ont été présentés au parquet et d’autres sont détenus au deuxième commissariat d’Al-Obour, tandis que le lieu de détention des autres demeure inconnu.

Les droits économiques et sociaux

Le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux a engagé une action devant le tribunal administratif du Caire contre le ministre de l’Intérieur, son adjoint chargé des droits humains et le directeur du secteur de la protection communautaire du gouvernorat de Minya, en leur qualité officielle, au nom d’une citoyenne. La requérante avait subi une injection intracytoplasmique de spermatozoïde réussie, qui avait abouti à une grossesse de triplés. Mais l’arrestation de son mari en janvier 2015, condamné en 2022 à quinze ans de prison, avait entraîné la perte de sa grossesse sous l’effet d’un stress psychologique intense. Le recours demande l’annulation de la décision implicite de l’administration refusant de l’autoriser à obtenir des prélèvements et analyses de son mari pour réaliser cette procédure de procréation assistée à ses propres frais.

Fin 2024, les avocats du Centre égyptien ont également obtenu deux nouveaux jugements distincts, dans les affaires nos 1971 et 1963 de 2023, en faveur d’une journaliste et d’un journaliste. Ils obligent le journal Al-Tariq, édité par la société Al-Safwa pour la presse, à leur verser près de 250 000 livres d’indemnisation pour leur licenciement abusif, ainsi que les indemnités de préavis, les congés non pris et les salaires impayés dus.

L’Association pour la liberté de pensée et d’expression a indiqué que le tribunal administratif avait décidé de renvoyer le recours de la docteure Manar Tantawi, dans l’affaire no 73299 de la 77e année judiciaire, devant la dix-huitième chambre, celle qui avait rendu le jugement non exécuté. Ce recours s’inscrit dans le litige persistant sur son droit à obtenir le grade de professeure, entravé en raison de son mariage avec l’ancien détenu Hisham Gaafar.

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6. Les droits des minorités et des groupes marginalisés

Les minorités et les groupes marginalisés

Le rapport des organisations présenté dans le cadre de l’Examen périodique universel a expliqué que les autorités égyptiennes continuaient de recourir aux séances de conciliation coutumière comme solution de remplacement à la justice officielle dans les violences confessionnelles entre chrétiens et musulmans. Ces séances permettent de contourner l’application de la loi et aboutissent parfois à des déplacements forcés, tandis que les agressions confessionnelles et l’incitation à la haine sont ignorées, empêchant de traiter les causes de ces problèmes et d’adopter les textes nécessaires contre les discours de haine religieuse. Le rapport cite les événements du village d’Al-Fawakher, dans le gouvernorat de Minya, où des maisons de chrétiens ont été incendiées le 23 avril 2024, et ceux du village d’Al-Khayari, à Minya, le 5 septembre 2023, où une maison copte a été brûlée et des matériaux de construction pillés sous prétexte que les Coptes bâtissaient une église sans autorisation.

Le rapport a précisé que, depuis la promulgation de la loi no 80 de 2016 sur la construction et la restauration des églises, aucune décision officielle de construction de nouvelles églises n’avait été prise, à l’exception de cinquante dans les villes nouvelles. Cela a conduit certaines organisations à demander une révision de la loi, qui n’a pas définitivement résolu les difficultés juridiques et procédurales, ainsi qu’une loi unifiée sur la construction des lieux de culte.

Il explique que les chiites sont poursuivis et arrêtés pour trouble à la paix sociale et atteinte à la sécurité publique, sous prétexte de liens avec l’Iran. En février 2020, le tribunal administratif a fait droit à une demande de fermeture et d’arrêt de diffusion de sites et chaînes chiites. La Constitution actuelle ne reconnaît que l’islam, le christianisme et le judaïsme, tandis qu’un tiret (-) figure à la rubrique religion des cartes d’identité des bahaïs. Ceux-ci doivent pratiquer leur culte à domicile depuis la suppression des assemblées bahaïes en 1950. Les parents et tuteurs bahaïs sont contraints de signer une déclaration affirmant que « leurs enfants ne s’opposent pas à passer les examens d’enseignement religieux islamique ou chrétien dans les écoles publiques ».

Le rapport explique aussi que l’Égypte a déjà rejeté des recommandations de lutte contre les discriminations envers les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI). Bien que le droit égyptien ne criminalise pas explicitement les relations homosexuelles consenties, le gouvernement utilise la loi contre la prostitution, no 10 de 1961, pour poursuivre les personnes LGBTI, passibles de trois ans de prison. Il utilise aussi à cette fin les articles 279 et 278 du Code pénal. Les personnes LGBTI sont arrêtées et détenues dans des conditions inhumaines. Durant les cinq dernières années, les organisations ont recensé 21 affaires et l’arrestation de 25 personnes. Six cas ont donné lieu à des peines d’un an de prison ou plus, un à une peine inférieure à un an et deux à des acquittements. Les personnes LGBTI détenues, qu’il s’agisse de femmes transgenres ou d’hommes gays, subissent de graves violations de leurs droits. En 2023, 28 personnes ont été soumises à des examens anaux forcés par l’Autorité de médecine légale malgré l’opposition des organisations de défense des droits humains. Les autorités utilisent les plateformes numériques et les sites et applications de rencontres pour traquer, cibler et arrêter les personnes LGBTI. Human Rights Watch a documenté 29 cas d’arrestations et de poursuites judiciaires pour le seul mois de septembre 2023.

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7. Le droit à la participation et à l’expression et l’anniversaire de janvier

L’anniversaire de la révolution de janvier

À l’occasion du quatorzième anniversaire de la révolution du 25 janvier, le Réseau égyptien pour les droits humains a lancé, le 24 janvier, une campagne de publications en ligne pour demander que soit révélé le sort du militant politique Mostafa Al-Naggar, disparu de force depuis le 28 septembre 2018. Il a affirmé que la poursuite de ce crime constituait une grave violation du droit égyptien et international et reflétait l’implication directe des appareils de l’État dans les disparitions forcées systématiques de citoyens égyptiens. Il a demandé la révélation immédiate du lieu de détention d’Al-Naggar, tenu les autorités égyptiennes pleinement responsables de sa sécurité et de sa vie, et réclamé la fin de toutes les formes de disparition forcée ainsi que la révélation du sort de toutes les personnes disparues de force en Égypte.

L’Organisation égyptienne des droits de l’homme a salué la décision présidentielle de gracier 4 600 condamnés à l’occasion de l’anniversaire de la révolution du 25 janvier et de la fête de la Police. Elle a appelé à élargir le recours à la libération conditionnelle en tenant compte des critères juridiques et humanitaires.

Après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu à Gaza, le Réseau égyptien pour les droits humains a appelé les autorités égyptiennes, en premier lieu le procureur général Mohamed Shawky, à libérer immédiatement les dizaines de citoyens égyptiens toujours en détention provisoire dans des affaires liées au soutien à Gaza. Selon l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, au moins 129 personnes, dont deux enfants, sont détenues dans dix affaires, certaines depuis quinze mois.

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8. Les droits des femmes et l’égalité

Les droits des femmes

Dans le cadre du quatrième cycle de l’Examen périodique universel du bilan égyptien en matière de droits humains, plusieurs organisations et initiatives de défense des droits des femmes en Égypte ont présenté un rapport commun sur la situation des femmes et des filles entre 2019 et 2024.

Le rapport explique que le gouvernement avait reçu 82 recommandations concernant les droits des femmes lors de l’EPU de 2019 et en avait accepté 70, tout en rejetant toutes celles relatives à la levée des réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et à la criminalisation du viol conjugal. Malgré l’acceptation de certaines recommandations sur la modification du droit du statut personnel et la lutte contre les violences familiales, aucune loi n’a été adoptée en ce sens. L’article 17 du Code pénal, qui permet d’alléger les peines par clémence, continue d’être utilisé en faveur des auteurs de violences contre les femmes, particulièrement dans les affaires de viol, d’agression sexuelle et de prétendus « crimes d’honneur ». Le rapport souligne aussi l’utilisation de l’article 60 du même code pour justifier les violences conjugales et familiales. Il a documenté 1 006 crimes de violence contre des femmes et des filles en 2022 et 950 en 2023.

Mai Saleh, directrice du programme Femmes, travail et droits économiques à la Fondation de la femme nouvelle et consultante en genre et en soutien institutionnel, explique à Zawia3 que plus de 370 observations avaient été adressées à l’Égypte lors de l’examen précédent, certaines acceptées entièrement, d’autres partiellement. Les organisations de défense des droits des femmes ont décidé de présenter un rapport parallèle pour cet examen, et la Fondation de la femme nouvelle a publié un nouveau rapport complémentaire. Ces deux rapports exposent leur point de vue sur les violences faites aux femmes : la non-ratification de la Convention no 190 sur la violence dans le monde du travail ; l’exclusion des ouvrières agricoles de la protection du droit du travail ; le scandale du concours de recrutement de 30 000 enseignantes et enseignants et la militarisation des emplois ; les mesures arbitraires contre les animatrices sociales ; l’absence de contours clairs du nouveau droit du statut personnel ; les problèmes juridiques de tutelle et d’autorité ; la faible participation politique des femmes ; la situation des droits humains ; et la réalité de l’autonomisation économique des femmes, en contradiction avec les politiques d’austérité gouvernementales dont elles subissent les conséquences, notamment lorsque la protection sociale et les dépenses publiques sont réduites au profit du remboursement de la dette. Elle précise que, lorsque le gouvernement mise sur les petites et moyennes entreprises pour autonomiser les femmes, les organisations de défense de leurs droits insistent sur la nécessité de recourir à l’économie coopérative et solidaire, d’atteindre l’autosuffisance et de créer des emplois durables plutôt que de dépendre de l’endettement. Elle appelle les autorités à réexaminer ces dossiers pour en corriger les faiblesses et leur apporter des solutions.

Dans le même contexte, la Fondation pour les questions des femmes égyptiennes a exprimé sa pleine solidarité avec la professeure d’université Laila Soueif dans son combat, alors que sa grève de la faim pour réclamer la libération de son fils Alaa Abdel Fattah a dépassé 120 jours. Elle a appelé à sa libération immédiate et inconditionnelle.

Alors que le parquet général de Gizeh-Sud a décidé de placer trois suspects en détention pour quatre jours dans l’enquête sur la séquestration d’une jeune fille pendant six ans dans une pièce sombre à Al-Badrashin, l’initiative de défense des droits des femmes Barah Amen a lancé la campagne « J’ai subi l’enfermement à domicile » et le mot-dièse « Liberté aux femmes détenues dans les foyers égyptiens ». Elle vise à mettre en lumière l’enfermement des femmes, une forme de violence domestique, et réclame une loi pour les en protéger. La Fondation Edraak pour le développement et l’égalité a affirmé qu’il ne s’agissait pas du premier cas et que de nombreuses affaires similaires l’avaient précédé : cinq cas d’enfermement forcé ont été recensés au premier semestre 2024. L’enfermement s’accompagne généralement de coups et de tortures continus, pouvant aller jusqu’au meurtre ou pousser les victimes au suicide.

Shaimaa Tantawi, autrice féministe et cofondatrice de Barah Amen, explique à Zawia3 qu’il n’existe pas d’estimations de l’ampleur de l’enfermement des femmes à domicile en Égypte. L’initiative, lancée en 2015, publie toutefois des rapports de suivi des violences familiales indiquant le lien entre l’auteur et la victime, les tranches d’âge et les gouvernorats affichant les taux de violence les plus élevés, ainsi que leurs liens avec les conditions économiques et sociales. Ces rapports s’appuient sur les informations publiées dans la presse concernant les violences domestiques, les meurtres et les affaires liées au statut personnel. L’initiative offre également un soutien psychologique aux survivantes et des conseils juridiques. Elle précise que la campagne avait reçu, lors de son lancement il y a dix ans, environ mille témoignages de victimes d’enfermement à domicile. Elle appelle à l’adoption de la loi unifiée contre les violences pour protéger les femmes, en l’absence d’une loi les protégeant des violences familiales et d’une disposition pénale incriminant l’enfermement à domicile.

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